‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 35 sur 99 · SAINT ANTOINE PORTIER DU PARADIS · texte numérisé non relu

SAINT ANTOINE PORTIER DU PARADIS

u temps jadis, le bon Dieu, mécontent de saint Pierre, lui ôta les clés du paradis et le mit pour quelques mois en pénitence.

Il investit saint Antoine des fonctions de portier ; mais il exigea que le saint se séparât de son petit cochon.

Saint Antoine alla prendre son poste en grommelant, et il était de fort mauvaise humeur, car il n'avait jamais été nulle part sans être accompagné de son fidèle pourceau. Aussi, il recevait fort mal les gens qui se présentaient pour entrer au paradis, leur fermait la porte au nez et les repoussait avec de dures paroles.

Un vieux recteur qui venait de mourir se présenta, croyant être sûr d'entrer.

— Qui êtes-vous ? demanda saint Antoine d'un ton bourru.

aïO CONTES POPULAIRES

^-- R«aeor de Chantée.

— On n'entre pas.

— Comment ! la porte du paradis serait fermée pour un vieux serviteur comme moi ?

— On n'entre pas, et plus de réplique, cria, saint Antoine.

Le vieux curé s'assit fort mécontent sur une borne qui était à l'entrée du paradis, songeant au passe-droit qui lui était fait.

Il vit venir une religieuse qui frappa aussi à la porte.

— Qui est là? dit saint Antoine d'une vois rude.

— Une soeur de charité, •— On n'entre pas.

— Je suis une sœur de charité, répéta-t-elle, croyant que le portier avait mal entendu.

— On n'entre pas.

La sœur vint s'asseoir sur la borne qui était de l'autre côté de la porte, en face de celle où était le vieux recteur, et se mit à pleurer ; puis, conune deux personnes assises à une porte en attendant qu'elle s'ouvre sont portées à causer, ils se racontèrent leurs mésaventures, tout en cherchant le moyen d'entrer au séjour des élus.

Pendant qu'ils étaient à deviser, voici qu'ils entendent un bruit de cheval au galop et de ferraille, et un cavalier s'arrête à la porte^

qu'il heurte violemment avec le pommeau de son épée.

— Qui est là ? demande ^aint Antoioe d'uae voix douce, car il avait peur.

— Artilleur ! crie une grosse voix.

— Entrez, dit saint Antoine qui ouvre la porte à deux battants. £t TartiUeur entre à cheval dans le paradis, en faisant jaillir des étincelles sous les pieds de sa monture.

Cependant le recteur, qui avait tout vu et tout entendu, dit à la religieuse :

— Ma sœur, vous désirez vivement entrer en paradis?

— Oui, certes, monsieur le recteur.

— Hé bien ! voici ce qu'il faut faire : mettezvous à quatre pattes; je vais monter sur votre dos ; vous soufflerez et vous direz : brum I quand je vous éperonnerai, et par ce moyen nous pénétrerons au séjour des élus.

La bonne sœur se met à quatre pattes; le recteur monte dessus, faisant du bruit, criant, frappant du pied et éperonnant la sœur avec ses talons, et il heurte avec violence la porte du paradis.

— Qui est là ? demande saint Antoine.

— Artilleur, mille bombes I s'écrie le curé.

— Entrez, dit saint Antoine.

. Le curé, toujours à cheval sur la nonne, péné^

tra dans le paradis en faisant un bruit à rendre sourd, et saint Antoine murmurait :

— Est-ce qu'il va en arriver un escadron ?

Cette légende m'a été contée par un de mes amis qui la tenait de sa bonne, originaire des environs de Rennes.

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