LA CHÈVRE
jL y avait une fois une chèvre qui allait au marché; elle avait des petits biquetons dans sa cabane, et elle leur dit :
— Il ne faudra pas ouvrir la porte au loup, parce qu'il vous mangerait. Vous ouvrirez quand je vous montrerai ma patte blanche.
Le loup, qui avait vu la chèvre aller au marché, arriva à la cabane, et dit en adoucissant sa voix qu'il était la mère des biquetons ; les petits demandèrent à voir la patte, et comme elle était noire, ils n'ouvrirent pas.
Le loup alla chez un meunier et lui demanda de la farine ; il se mouilla la patte et la mit dedans, de sorte qu'elle paraissait toute blanche y mais en se rendant à la cabane, il secoua sa patte, et quand il la montra aux biquetons elle était toute grise, parce qu'il ne restait plus qu'un peu de farine, et les biquetons ne voulurent pas encore lui ouvrir.
La mère arriva, montra sa patte blanche et dit r
Ouvrez la porte, mes petits bichets,
J'ai du lait-lait dans mes tétés.
Du brou-brou (i) dans mes caunés (cornes),
Débarrez, mes petits, petits.
Quand les biquetons eurent ouvert, l'un se cacha dans un sabot derrière la porte, Tautrâ dans Tâtre du foyer, et le troisième derrière une manne.
Le loup revint à la cabane de la, chèvre, et lui demanda si elle voulait s'amuser avec lui. La chèvre dit qu'elle voulait bien.
— Eh bien ! dit le loup, mets à chauffer une bassine d'eau, et nous nous amuserons à sauter par dessus.
Quand l'eau fut chaude, on la descendit du feu, et la chèvre dit :
— Saute, compère le loup.
— Non, saute, toi, commère la chèvre.
La chèvre sauta et ne tomba pas dans l'eau.
Quand ce fut le tour du loup, il prit mal son élan et tomba au milieu de l'eau, et il disait :
— Ah ! que je me brûle dur 1
— Tourne-toi, réponc^t la chèvre, cela te brûlera moins.
— Ah 1 je me brûle encore plus, dit le loup qui s'était retourné.
(i) Brou, lierre j c'est un des noms qu'on lui donne en Haute- Bretagne.
Quand le loup fut mort, on le jeta dehors. Et une vieille bonne femme qui était à sa fouée trouva le loup qui était racorni et tout noir ; elle crut que c'était une bûche à moitié brûlée, et elle le ramassa. Elle le mit derrière son feu, et le loup disait :
Chauffe ton cu^ Ma bonne femme ; il est tout cru.
(Conté en i8jç par J. M. Pluet, de Saint-Cast, mousse.")
Cf. £. Rolland, Faune populaire de la France, t. I, p. 151, où se trouve un conte, probablement lorrain, qui a de l'analogie avec celui*ci.