‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 43 sur 99 · LES LOUPS · texte numérisé non relu

LES LOUPS

jL y avait une fois une bonne femme qui était à faire de la galette de blé noir ; le chat voulait prendre le graisset (i) à la bonne femme, pour lécher la graisse qui était dessus, et elle lui donnait des coups de toumette (2) pour l'en empêcher. Le chat h.graf^na (3); elle se mit à appeler son bonhomme, et le chat s'enfuit.

Il trouva une oie, puis un jars, puis une chèvre, et enfin un cheval, et ils se mirent à faire route ensemble. Ils allèrent bien loin, et entrèrent dans un bois. Le chat grimpa au haut d'un arbre pour voir s'il apercevrait une lumière, et il aperçut au loin une lueur ; il s'en approcha et vit des loups

(i) C'est un chifibn qui sert à essuyer le galetier. (2) C'est rinstrument qui sert & retourner la galette de sarrasin.

(j) L'égratigna.

qui étaient dans une cabane en train de faire des J)eux (i).

Le chat songea à part lui : « Quelle singerie leur ferai- je bien ? » Il prit une pierre dans sa patte et la jeta par la cheminée au milieu des peux qui étaient brûlants ; ils éclaboussèrent le nez des loups, qui s'enfuirent en criant comme si on les écorchait.

Alors le chat descendit, et voyant qu'il n'y avait plus personne dans la maison, il cria à ses compagnons d'entrer, puis il dit :

— .Qji'est-ce qu'il y a à manger ici? Le blé noir est pour les oies, le foin pour le cheval et la chèvre, et le lard sera pour le chat.

Ils Gèrent se coucher. Le chat se mit dans les cendres, la chèvre devant le foyer, l'oie et le jars sous la table, et le cheval derrière la porte.

Les loups eurent envie de voir ce qu'étaient devenus leurs peux ; en apercevant les deux yeux du chat qui brillaient, ils dirent : « Nous avons encore du feu; » mais ils n'osaient rentrer.

Un vieux loup plus hardi que les autres entra -et souffla sur les charbons du foyer; quand il soufflait il voyait le feu s'éteindre, et il se rallumait quand il cessait : c'était le chat qui ouvrait €t fermait les yeux.

(i) Bouillie de blé noir.

Un autre loup vint; le chat lui égratigna le nez ; le loup cria ; la chèvre se réveilla et lui donna des coups de cornes; les oies lui mordirent la queue, et le cheval la lui coupa tout ras d'un coup de pied.

Et le pauvre loup disait :

— La vieille bête prétendait qu'il n'y avait rien, €t il y avait des griffes pour me griffer le nez, ûçs cornes pour me corner, des maçons qui me donnaient des coups de pic dans le derrière et un couturier qui m'a coupé la queue avec ses ciseaux.

(Conté en 1879 par J. M. Hervé, de Pluduno, âgé de treize ans.)

Ce petite conte présente quelques an^ogies avec h Chat, n° lvii des Contes populaires de la Haute-Bretagne (Cf. Grimm, les Musiciens de la vilh de Brème; le Blanc mouton, conte écossais de Campbell, traduit par L. Brueyre, et Gubernatis, Mythologie, t. I, p. 201 et 429).

Page 1