‹ Littérature orale de la PicardieChapitre 33 sur 67 · LE) LÉGENDES DES TEMPLIERS · texte numérisé non relu

LE) LÉGENDES DES TEMPLIERS

>RÈs de Beaucourt, village situé à une dou^ zaine de kilomètres d'Amiens, se trouvait autrefois, à ce que racontent les paysans, un couvent de chevaliers de la Croix-Rouge, autrement dit un couvent de Templiers. Il était bâti sur une petite colline nommée aujourd'hui le Mont-Rôti. A ce couvent sont rattachées les deux

légendes snivantes, fort populaires à Beaucourt et dans les e&virons :

Du temps des moines à la Croix-Rouge, lors* qu'une jeune fille d'un des villages dépendant du couvent désirait se marier, elle était tenue de passer quinze jours dans le monastère des Templiers. Cétait, disaient ces derniers, pour qu'elle pût y apprendre la tenue du ménage, la cuisine et aussi les devoirs, de la femme envers son mari. Dès que les jeunes filles s'étaient rendues au couvent, les chevaliers de la Croix-Rouge n'avaient rien de plus pressé que de les faire servir à satisfaire leurs passions et, malgré les larmes et les protestations des malheureuses jeunes fenmies, elles devaient passer par les volontés de leurs maîtres et seigneurs. Les quinze jours écoulés, on renvoyait les fiancées à leur Êimilie et la plt^rt n'osaient rien rapporter de ce qui leur était arrivé chez les Templiers. Mais plusieurs d'entre elles, à peine échappées des mains des moines, n'avaient pu suf^rter leur déshonneur et étaient allées se précipiter dans une petite rivière passant près de là, dans l'Hallue.

Bien souvent on peut entendre des gémisser ments, la nuit, dans la vallée de THallue ou sur le Mont-Rôti; ce sont ces jeunes filles qui reviennent pleurer au lieu qui vit leur mort et leur déshonneur.

Le soir, dans le bois de Beaucourt ou sur le Mont-Rôti, les passants attardés entendent de longs gémissements et dés cris confus de rage et de désespoir. On raconte que ce sont les chevaliers à la Croix-Rouge qui reviennent chaque nuit pleurer dans ces bois les crimes commis sur les jeunes filles et tous leurs attentats inconnus. Bs doivent ainsi rester jusqu'à la fin du monde.

Parfois aussi on entend un bruit de pas, de feuilles froissées, de branches violemment écartées, de galop insensé, de cris, de sanglots, de hurlements, et si la lune est dans son plein, on aperçoit des milliers de fantômes, vêtus d'une longue robe rouge de sang, poursuivis par une troupe de jeunes filles échevelées, vêtues de longues robes blanches ; les fantômes, épouvantés, s'enfuient à travers les taillis, toujours poursuivis

par les spectres, qui ne sont autres que ceux des jeunes filles qui, autrefois, se noyèrent de déses* poîr dans PHallue quand les Templiers leur eurent fait violence.

(Légendes racontées m i8yç, par M. Bemaux Appotlinairt, de Beaaamrt [SomnuJ).

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