LE LIÈVRE DE SAINT PIERRE
E bon Dieu se promenait un jour avec saint Pierre à quelque distance d* Amiens.
Tout à coup un gros lièvre déboula presque dans les jambes du Père éternel.
—-'a Le gros lièvre ! s*écria celui-ci.
— Gros lièvre, c'est vrai ; mais pas aussi gros qu'un certain lièvre que je vis Tannée dernière.
— Ah! Et comment était-il?
— Comme un cheval, pour le moins. »
Le bon Dieu sourit dans sa barbe et ne dit rien. Mais après un moment :
— « A propos, bon saint, nous allons passer le pont de la Somme, et Ton dit que la rivière noie infailliblement les menteurs. »
Saint Pierre se gratta la tête et, peu après :
— « A y bien réfléchir, Seigneur, il était comme un veau, mon lièvre. »
Le bon Dieu se tut encore; mais, conmie on arrivait à une rivière, le saint crut que c'était la Somme :
— « Et peut-être était-il comme un mouton. »
La rivière passée, le Père éternel dit :
— « Cette fois, voilà la Somme.
— J'ai bien réfléchi, et mon lièvre à ce que je vois était à peu près comme celui de tout à l'heure.
— Et moi je te dis que la rivière n'est pas plus terrible qu'une autre. »
(Omti en 1879, i^ M- Amèdét Débart, de Warloy [Somme]),
Cette histoire se retrouve telle quelle dans le roman de M. A. Theuriet, intitulé : Madame Heurteloup (la Bête noire) ^ M. Theuriet fait dire ce conte i U veillée dans le pays meusien. Le Chemin de Compostelle, conte que j'ai trouvé dans VÂlmanach du Pèlerin pour 1881, rapporte cette même aventure au chevalier Gauvain et à Huguet, son fidèle écuyer. Cette fois, c'est un renard gros comme un bœnf que l'écuyer Huguet affirme avoir vu un jour. La rivière à traverser est TEbre, et Huguet finit par avouer que le renard était tout au plus gros comme celui aperçu le matin par le chevalier Gauvain, son maître.
S II. — CONTES d'enfants
I Bs contes réunis dans ce chapitre se rapportent à des aventures d'enfants ou à des légendes racontées par les mamans et leurs nourrices. Ils pourraient trouver place dans les autres parties de ce recueil ; j'ai préféré les donner à part, à cause de leur nature, assez différente des autres, et par le sujet et par la marche du récit.