L,E PÈRE
Las! que sais-je?
l'ohclb.
Il me semble Que Ton doit commencer par consalter ensemble Les choses qu'on peut faire en cet événement.
La scène est complète; rien n'y manque, pas mèaie le coquin de neveu.
Ce qu'il y a de frappant dans le cas présent, c'est que la scène qu'on vient de retracer est une chose réelle, c'est que ce dialogue du père et de l'oncle a eu textuellement lieu par lettres, par lettres que le public peut lire à l'heure qu'il est* ; c'est qu'à l'insu des deux vieil-
\ . Voyez les Mémoires de MiraheaUf oa plutôt sur Mirabeau, ré." cemment publiés, tome III. Ce trayail, fait malheureusement d'une façon peu intelligente, contient sur Mirabeau et de Mirabeau un certain nombre de choses curieuses, authentiques et inédites. Mais ce qu'il renferme de plus intéressant, à notre gré, ce sont des extraits de la correspondance intime du marquis de Mirabeau avec le bailli, son frère. Tout un côté peu éclairé jusqu'à présent du dix-huitième siècle apparaît dans cette correspondance, on le père et Tunde de Mirabeau, personnages originaux d'ailleurs, tous deux grands écrivains sans le savoir, grands écrivains dans des lettres, dessinent admirablement, dans un cercle d'idées qui va s'élargissant et se rétrécissant selon leur fantaisie et les accidents, leur cœur, leur famille, lear époque. FTous conseillons à l'éditeur de multiplier les citations de cette correspondance; nous regrettons même qu'on n'ait pas songé à en faire une publication
lards, il y avait au fond de leur grave contestation un des plus grands hommes de notre histoire; c'est que le marquis et le commandeur ici sont un vrai marquis et un vrai commandeur. L'un se nommait Victor de Riquetti, marquis de Mirabeau ; l'autre, Jean- Antoine de Mirabeau, bailli de l'ordre de Malte. Le coquin de neveu y c'était Honoré-Gabriel de Riquetti, qu'en 4781 sa famille appelait V Ouragan et que le monde appelle aujourd'hui
MlBABEAU.
Ainsi, un homme avorté ^ une créature disloquée^ un sujet dont on ne peut rien faire^ une tête bonne à faire casser aux insurgents, un criminel flétri par la justice, un fléau d'ailleurs, voilà ce que Mirabeau était pour sa famille en 4781.
à part aassi complète que possible, dans tous les cas trè.s-sobrement élaguée. Les Lettres du marquis et du bailli de Mirabeau, père et oncle de Mirabeau, eussent été un des testaments les plus importants du dix-Lnitième siècle. Doublement riches sous le rapport biograpliique et sous le rapport littéraire, ces Lettres eussent été pour Phîstorien une mine, pour l'ccrivain un livre. Ces lettres, qui sont du meilleur style, continuent jusqu'en 1789 Texcelleote langue française de Mme de Sévigné, de Mme de Maintenon, de M. de Saint-Simon, lia correspondance publiée en entier ferait un précieux pendant aux Lettres de Diderot. Les lettres de Diderot peignent le dix huitième siècle du point de vue des philosophes, les lettres des Mirabeau le peindraient du point de vae des gentilshommes; face, certes, non moins curieuse. Cette dernière collection n'importerait pas moins que la première aux études de ceux qui voudraient savoir complètement quelle est définitivement l'idée que le dix-huitième siècle a léguée au dix-neuvième.
Espérons que la personne entre les mains de laquelle se trouve cette volumineuse correspondance comprendra la responsabilité qui résulte pour elle d'un pareil dépôt, et dans tous les cas, le conservera intact à Tavenir. D'aussi précieux documents sont le patrimoine d'une nation et non d'une fainille.
Dix ans après, en 179i , ïe f*' «vril, nne foulte immense encombrait les abords d^ane' maison de la» Chansséc'd'Antin. Cette foule était morne, silencieuse, consternée, profondément triste. Il y avait dans la maison un homme qui agonisait.
Tout ce peuple inondait la rue, la cour, TescaMer, Fantichambre. Plusieurs étaient là depuis trois jours. On parlait bas, on semblait craindre de respirer, on interrogeait avec anxiété ceux qui allaient et venaient. Cette foule était pour cet homme comme une mère pour son enfant. Les médecins n'avaient plus d'espoir. De temps en temps, des bulletins, arrachés par mille mains, se dispersaient dans la multitude, et ?on entendait des femmes sangloter. Un jeune homme, exaspéré de douleur, offrait à haute voix de s'ouvrir Tartère pour infuser son sang riche et pur dans les veines appauvries du mourant. Tous, les moins intellig€nts même,, semblaient accablés sous cette pensée que ce n'était pas seulement un homme, que c'était peut-être un peuple qui allait mourir.
On ne s'adressait plus qu'une qcrestion dans la ville»
Cet homme expira.
Qu^ques minutes après que le médecin qui était debout au chevet de son lit, eut dit : // est mort! le pi ésident de l'Assemblée nationale se leva de son siège et dit : il est mort ! tant ce cri fatal avait ea peu d'instants rempli Paris. Un des principaux orateurs de F Assemblée, M. Barrère de Yieusac, se leva en pleurant et dit ceci d'une voix qui laissait échapper plus de sanglots que de
paroles : « Je demande que l'Assemblée dépose dans le procès-verbal de ce jour funèbre le témoignage des regrets qu'elle donne à la perte de ce grand homme ; et qu'il soit fait au nom de la patrie, une invitation à tous les membres de l'Assemblée d'assister à ses funérailles. »
Un prêtre membre du côté droit, s'écria : « Hier, au milieu des souffrances, il a fait appeler Mgr l'évéque d'Autun, et en lui remettant un travail qu'il venait de terminer sur les successions, il lui a demandé, comme une dernière marque d'amitié, qu'il voulût bien le lire à l'Assemblée. C'est un devoir sacré. Mgr l'évéque d'Autun doit exercer ici les fonctions d'exécuteur testamentaire du grand homme que nous pleurons tous. »
Tronchet, le président, proposa une députation aux funérailles. L'Assemblée répondit : Nous irons tous !
Les sections de Paris demandèrent qu il fût inhumé « au champ de la fédération, sous l'autel de la patrie. » Le directoire du département proposa de lui donner pour tombe « la nouvelle église de Sainte-Geneviève, » tt de décréter que « cet édifice serait désormais destiné à recevoir les cendres des grands hommes. »
A ce sujet, M. Pastoret, procureur général syndic de la commune, dit : « Les larmes que fait couler la perte d'un grand homme ne doivent pas être des larmes stériles. Plusieurs peuples anciens renfermèrent dans des moimments séparés leurs prêtres et leurs héros. Cette espèce de culte qu'ils rendaient à la piété et au courage, rendons-le aujourd'hui à l'amour du bonheur et de la
i^B LITTÉRATURE
liberté des hommes^ Que le temple de la religion de« vienne le temple de la patrie ; que la tombe d'an grand hooune devienne l'autel de la liberté! »
L'Assemblée applaudit.
Barnave s'écria : « Il a en effet mérité les honneurs qui doivent être décernés par la nation aux grands hommes qui l'ont bien servie 1 »
Robespierre, c'est-à-dire l'envie, se leva aussi et dit : c Ce n'est pas au moment où l'on entend de toutes parts les regrets qu'excite la perte de cet homme illustre, qui, dans les époques les plus critiques, a déployé tant de courage contre le despotisme, que l'on pourrait s'opposer à ce qu'il lui fût décerné des marques d'honneur. J'appuie la proposition de tout mon pouvoir, ou plutôt de toute ma sensibilité. »
Il n'y eut plus, ce joar-là, ni côté gauche ni côté droit dans l'Assemblée nationale, qui rendit Ixmt d'une voix «e décret :
a Le nouvel édifice de Sainte- Geneviève sera destiné à réunir les cendres des grands hommes.
a Seront gravés au-dessus du fronton ces mots :