‹ Littérature russeChapitre 75 sur 82 · DE ROBERTY · texte numérisé non relu

DE ROBERTY

de H. C. Carey et du « Capital » de K. Marx. Depuis, vivant à Paris, M. de Roberty n'a plus écrit qu'en français. Dans ses « Notes sociologiques » publiées de 1876 à 1878 par la « Revue de philosophie positive », puis réunies en volume, et dans une série d'autres volumes qui paraissent à peu près annuellement, notamment dans son « Essai sur les lois générales du développement de la philosophie », il a exposé l'idée fondamentale de son enseignement, d'après laquelle la philosophie est un fait concret, qui n'appartient exclusivement ni à la bioloo-ie ni à la sociologie, et dont les éléments constituants doivent être étudiés par ces deux sciences à la fois. L'objet de la psychologie, c'est-à-dire l'homme sentant, pensant, voulant, n'est qu'un produit des conditions biologiques et des conditions sociales. La psychologie doit donc être regardée comme une dépendance, un prolongement de la sociologie. D'après cette hypothèse, à laquelle son auteur donne le nom de bio-sociale, et que M. Izoulet s'est appropriée dans sa « Cité moderne », la société « crée l'individu psychique ». Mais là où M. Izoulet voit une révolution, M. de Roberty n'aperçoit qu'une nouvelle classification des sciences. Personnellement, je n'arrive pas à découvrir ce que l'une ou l'autre peuvent changer à la définition plus ancienne de Lewes, dans « The physical basis of mind » (1860), disant que les facultés spécialement humaines de l'intelligence et de la conscience ne peuvent être que le produit de la coopération des facteurs sociaux avec les facteurs biologiques. Il me semble bien même avoir trouvé la même idée chez un autre précurseur, beaucoup plus ancien, qui s'est appelé Jean- Jacques Rousseau.

En Russie, depuis l'exil volontaire de M. de Roberty, Vladimir Soloviov me paraît rester seul en possession

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d'une doctrine philosophique indépendante et relativement originale. Né en 1853, fils du célèbre historien et élève de l'Académie ecclésiastique de Moscou, il appartient par ses origines à l'Eglise et à l'école slavophile. Depuis 1888, il a rompu avec l'une et avec l'autre, en s'insurgeant contre la théorie de l'exclusivisme national, développée par Danilevski dans son ouvrage « Russie et Europe » (1888, 3® édit.). Il croit toujours, avec Dostoïevski, à l'universalité de la mission historique dévolue à son pays, mais pense que, pour la réaliser précisément par l'organisation universelle de la vie humaine selon la vérité, ce pays doit, comme le voulait Tchadaiev, faire acte d'abnégation, en consentant à l'union de l'Eglise gréco-byzantine avec l'Eglise romaine. Le monde oriental et ie monde occidental représentent, d'après Soioviov, les deux premiers degrés du développement de l'organisme humain : monisme initial, confondant les trois principes vitaux : sentiment, pensée et volonté, et atomisme consécutif, décomposant ces éléments dans la vie, dans la science, dans l'art et provoquant leur conflit. La recomposition et la coordination de ces éléments réclame, pour un troisième et dernier degré d'évolution historique, l'intervention d'un principe conciliateur supérieur — lequel ne peut être que la propriété de la race slave et, en particulier, de la nation russe, seule libre de tout exclusivisme et susceptible de s'élever au-dessus des intérêts étroits, où s'absorbe l'activité des autres peuples.

La très vive contradiction que l'auteur a rencontrée dans son pays semble faite pour infirmer la base même sur laquelle il a prétendu y élever l'édifice idéal de l'avenir humain. Ses anciens coreliQ:ionnaires du slavophilisme ne révèlent jusqu'à présent aucune aptitude à représenter devant le monde le principe conciliateur.

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