‹ --Littérature--Chapitre 21 sur 65 · MON TRÈS-CHER FRÈRE · texte numérisé non relu

MON TRÈS-CHER FRÈRE

J'ay autant de joye de vous trouver gay dansla solitude ijin^ j'avois de douleur quand je voyois que vous l'étiez 'lans le monde. Je ne sçais néanmoins comment M. de Sacy s'accommode d'un pénitent si réjoui, et qui prétend «illsfaire aux vaines joyes et aux divertissenfiens du mond»' pardes joyes un peu plus raisonnables et par des jeux d'esprit plus permis , au lieu de les expier par des larmes continuelles. Pour moy, je trouve que c'est une pénitence fen douce, et il n'y a guère de gens qui n'en voulussenl faire autant. Je m'en rapporte pourtant bien à sa conduite 'l^'n demeure fort en repos; car je crois autant lui devoir '•éférer, que vous à la mère Agnès; elle ne m'a rien dit f ^iir l'article oii vous vous rapportez à elle. C'est pounfuoy

' Rec. de M. P., p. 19. Recueil d'Utrechty p. 268.

je vous dis, et dod pas elle, que vous devez être plus sage à Taveoir, et je crois en cela être animée de son esprit; plilt à Dieu rétreen tout le reste, et pour vous endoctriner plus par l'exemple que par des paroles! Ce sera icy la Un des niaiseries volontaires de cette lettre.

Je loue l'impatience que vous avez eue d'abandonner U)Ut ce ({ui a encore quelqu'apparence de grandeur; mais j<* metonne que Dieu vous ait fait cette grâce; car il me semble que vous aviez mérité, en bien des manières, d'élre encore «[uelque temps importuné de la senteur du bourbier (|ue vous aviez embrassé avec tant d'empressement, et il semble qu'il étoit bien juste que tout ce qui peut encore ressentir le monde dans le désert vous retint captif, après avoir eu tant d'éloignement de ce qui vous en pouvoit délivrer. Mais Dieu a voulu faire voir en cette rencontre que sa miséricorde surpasse toutes ses autres œuvres; je le supplie de la continuer sur vous en faisant ' profiter du talent 4u*il vous a donné.

Il en faut dire de même de la cuiller de bois et de la \aisselle de it^re. C'est l'or et les pierres précieuses du chrisliîinisme; il n'y a que les princes qui en doivent avoir à leur table ; il faut être vraymenl pauvre pour mériter cet honneur, qui doit être absolument dénié à ceux qui sont roturiers, selon M. de Renti ^. Mais ce qui me console, c'est que celte sorte de principauté n'est pas héréditaire, ei que, comme on la peut perdre après l'avoir possédée, ou |)eut aussi l'acquérir après l'avoir longtemps méprisée; e( ime des meilleures voyes, à mon sens, est de faire comme si on l'avoit déjà, non pas par usurpation ou par hypocrisie, mais pour passer de Tappauvrissement à la pauvret»',

' Recueil d'Utrecht : on voms faisant profiter. C'est la bonne leçon. ' Sic.

comme ou va de rhumiliation à Thumilité. Dieu vous en fasse la grâce I

J'ai éprouvé la première que la santé dépend plus de J.-C. que d'Hippocrate, et que le régime de l'âme guérit le corps, >i ce n'est que Dieu veut nous éprouver et nous fortifier par nos infirmités. Il est vray que c'est un grand avantage d'a- Y(»ir assez de santé pour pouvoir faire tout ce qu'on nous couseille pour guérir notre âme ; mais ce n'en est pas un moindre que de recevoir une pénitence de la main de Dieu inéme. Si nous sommes à lui, nous serons toujours bien, soilen vivant, soit en mourant. Il n'est pas dit : si quelqu'un veut. venir après moy, qu'il fasse des ouvrages bien [léiiibles et (|ui demandent de grandes forces, mais qu'il reiiunce à soy-môme ; un malade le peut pelit-êlre mieux fainî <|irun homme bien sain.

Après quelques mois d'une piété vive mais raisonnable, hscal avait succombé à son humeur bouillante, et sa preinièro modération avait fait place à une dévotion extrême rt à des exagérations que sa sœur elle-même lui reproche ^'iiis le billet suivant :

LURAIT d'une LETTRE.de LA SOEUR EUPHÉMIE A SON 1R[:RR PASCAL.

Ce t" décembre 1655 '.

«On m'a fort congratulée pour la grande ferveur qui vous «^he si fort au-dessus de toutes les manières communes, lue vous mettez les balets'^ au rang des meubles superflus. .

' Rec. de M. Périer, p 7 lel aussi p. 111.

loe main récenle a mis au-dessus, p. 111, valets. Le manus- •^l de la Bibliollièque royale, Suppl. fr., no 397, contient cette

198 JACQUELIUE PASCAL.

Il est nécessaire que vous soyez, au moins durant quelques mois, aussi propre que vous êtes sale, afin qu'on voye(pie vousréussissésaussi bien dans rhumblediligence et vigilance sur la personne qui vous sert que dans Thumble négligence de ce ([ui vous touche ; et après cela, il vous sera glorieux et édifiant aux autres de vous voir dans Tordure, s'il esl vray toutefois que ce soit le plus parfait, dont je doute beaucoup, parce que saint Bernard n'étoit pas de ce sentiment.

La sœur Sainte-Euphémie avait été nommée sous-raaîtresse des novices à Port-Royal. Elle-même expliquée!) quoi consistait cet emploi.

RXTRAIT d'une LETTRE DE LA SOEUR SAINTE-EUPHÉMlE A MADAME PÉR1BR K

GLOIRE A JÉSUS, AD TftÈS-SAIIfT SACBEHBflT.

Ce Î3 juin 1655.

Jepensois continuer à répondre à cet article de votre lel Ire dans le même style ([ue vous l'avez écrite ; mais je n'a; pu m'y résoudre, parce ([ue je n'ay plus de gayeté quau< il fautv(3nir sur ce chapitre. C'est pourquoy je vous suppli* très- humblement de croire tout ce que je vous en dirai ; la lettre ; car je parle de mon plus sérieux. Je ne douti pas qu'on ne vous ail fait Temploy que j'ai plus grand qu i

lettre de Jacqueline, et donne halais^ p. 295. Cependant pour la k çon mlets il faut dire qu'il y a quelques lignes plus bas : vigilant sur la personne qui vous sert.

' Rec. deM. Périer, p. lit.

n'est, et c'est une des raisons qui me fait vous en parler sérieusement; car après tout, ce n'est rien du tout; et je crois qu'un autre que moy ne s'en appercevroit presque pas. Mais c'est beaucoup pour moy qui n'ai cherché qu'à me faire cacher, et qui ne suis capable que de faire quelque ravauderie dans une petite cellule ou de balayer la maison, car je suis devenue fort experle en ce métier, à laver les (Quelles et à filer; voilà ce que j'ai fort bien appris.

Vous saurez * donc que l'employ qu'on m'a donné est d'être n'sidente dans le noviciat pour avoir l'œil sur les petits raanquemens que les postulantes nouvelles venues, dont on ne manque guère céans, peuvent faire, manque de sçavoir los coutumes et les ordres de la maison, pour les en avertir et les leur apprendre peu à peu. J'ay soin aussi de la plupart de leurs petits besoins extérieurs, pour les pourvoir (le souliers, de chausses, d'épingles, de fil, etc., etc. Et parce que la mère Agnès, qui est notre maîtresse, comme vous savez (car je crois que vous savez aussi que je suis encore du noviciat), et la sous-maîtresse, qui est une excellente |»orsonne dont je n'ay pu m'empêcher de vous parler une fois parce qu'elle étoit alors la première maîtresse des petits enfans, ont trop d'occupation pour se charger de l'instrucliou de celles qui sont si ignorantes qu'il leur faut apprendre le premier alphabet de la foy, c'est à moy à qui on a donné ce soin ; et afin que vous n'ayez plus sujet de vous plaindre démon silence, je vous avoue ingénuement qu'on m'a aussi chargée de leur conduite dans ce qui regarde la conscience, en sorte qu'elles n'ont que moy pour conseil dans la maison ; car dehors elles ont leur confesseur. Voilà ^w quoy consiste proprement ma charge, pourquoy il est Ijcsoin, non pas d'un petit mulet ^, comme vous dites, mais

' Le manusc. : savez.

' Le manusc. : malet.

de quelque chose de plus que ceque j'ay. Vous voyez bien néanmoins que ce n'est pas grand'cbose en soy, puisque je n'ay qu*à recevoir des autres ceque je leur dois donner, et (|ue ma sœur Madeleine, qui est toujours présente, peut me redresser dans les fautes que j'y fais, et a Tœil sur elles cunime sur moy, et que les pauvres filles, qui sont si mal |M)nrvues de conductrices, peuvejit, quand bon leur semble, s'adresser à elle ou môme à la mère Agnès. Mais avec tout cela, je ne laisse pas de bien trembler, quand je considère quej'ay entre les mains la vocation de cinq ou six filles, s'il faut ainsi dire, et qu'elle dépend eh quelque sorte de mon peu de charité et de lumière, qui fait souvent que je préfère mon repos à leurs besoins, faute de les connoitre ou de les vouloir soulager.

Je vous dis la vérité : voilà naïvement ce qui en est; je vous avoue que l'ouverture de cœur qui doit être entre nous m'a souvent donné du scrupule sur le secret que je gardois avec vous sur cela pendant que vous étiez icy , et que vous me demandiez si souvent quel employ j'avois; et jV vois même écrit sur mon agenda pour savoir de la mère y\gnès si je ne vous devois pas cette confidence ; mais Dieu a permis que je l'aye toujours oublié : cela a fait que je n'y ay ])1 us pensé depuis que vous êtes partie. Je n'en ay rien dit non plus à mon frère; s'il le sçait, c'est comme vous par d'autres que par moy. Il y a un grand avantage en cet employ, en ce que sa principale obligation consiste à faire connoitre Dieu aux autres, et à leur inspirer et à leur imprimer sa crainte et son amour. Mais vous avouerez qu'il y a aussi un grand danger , parce qu'il est bien difficile de parler de Dieu comme de Dieu, et qu'il est bien dangereux de donner aux autres de sa disette, au lieu de son abondance. Priez Dieu qu'il regarde mes deux deniers comme les grandes aumônes des riches, et qu'il me fasse la grâce

de m'inslruire inoi-m^me en instruisant les autres. Adieu , ma chère sœur, je suis tout à vous en N.-S. ,

S(»:UK DE Salnte-Eupiiémie, religieuse indigne.

Conseils sur la manière de se conduire avec les doniesti-

<\\ies.

LËHRE DE LA SOEUR SAlNTE-EUrUÉMlE PASCAL A MADAME l'ÉRlER '.

Ce 15 août 1055.

Ma très-chère SOEUR,

Je prends une grande feuiJIe, parce que je suis en diWolionde vous faire une grande lettre, si Dieu ra*en fait la Knice. Après avoir lu votre lettre, que mon frère m'apporta, je ne pensois pas du tout à y répondre, premièrement parce que je me trouvois très-éloignée de le pouvoir; el outre cela je ne croyois point du tout le devoir, parce qu'il me semble qu'il n'y a rien de plus sauvage que de voir une petite novice, qui à peine commence d'ouvrir les yeux à la. vraye lumière , vouloir se mêler d'éclairer les autres et de porter le flambeau devant eux. Cela me sem- Wc insupportable; néanmoins, voyant que je ne pouvois ^'His procurer d'ailleurs le secours que vous me demandiez, parce que l'bumilitéde nos mères et la maladie de M. Singlin m'en ôtoient tout moyen , j'ay cru que m'étanl ^">uvée autrefois dans la peine où je vous vois, je pourrois Vous dire avec liberti» ce que je me suis dit h moy-mème,

' Rec. de M. Périer, p. 647.

puisque, comme je le prétends, nous ne sommes qa'un cœur et une âme en Jésus-Christ.

Comme j'en étois là, il m'est venu en pensée que M. de Rebours anroit peut-être bien la bonté de vouloir vous donner quelques avis ; cela m'a fait interrompre pour le consulter, et c'est par son ordre que je vous écris ce qu'il ne peut vous écrire lui-même présentement, parce qu'il a fort mal aux yeux, et de plus parce que ce n'est pas, dit-il, à lui à donner conduite à personne ; c'est M. Singlin qui 'a mission pour cela, et non pas lui, à ce qu'il veut croire.

11 m'a donné charge de vous dire que, comme c'est une chose constante qu'une des principales et indispensables obligations d'un chef de famille est le soin qu'il doit prendre de la régler, encore qu'il soit vray que ce soin doive être divisé et que celui des hommes regarde principalement le mary et celui des filles la femme ; néanmoins cela n'a pas lieu chez vous, M. Périer étant trop occupé |)our s'y donner comme il faut, ce qui vous en charge, sans pourtant l'en décharger, parce que l'obligation principale doit toujours être préférée. Que si vous pouviez le porter à s'acquitter d'un devoir si important, vous en seriez quitte ; mais si cela n'est pas, vous en demeurez chargée ; ce qui vous oblige (comme vous voulez travailler à leur salut ^ et non pas simplement à vous acquitter extérieurement de cette obligation, ce qui seroit assez aisé) à tâcher premièrement de les bien connoître en les éprouvant même en de petites choses qui vous peuvent faire connoître s'ils ont de la piété ou non, s'ils sont hypocrites ou hardis à se faire connoître mauvais, quels vices régnent en eux, et de quel bien ils sont plus susceptibles. II faut

' Le manusc. : votre.

aussi tâcher de vous faire aimer d'eux en ne les reprenant point aigrement, quoiqu'il le faille toujours faire sévôrei»erit et fortement; et pour cela il faut, autant qu'il est possible, laisser passer son émotion avant de les reprendre, et alors leur faire grande honte de leurs fautes, et leur faire entendre qu'on est beaucoup plus fâché pour le tort qu'ils se font que pour celui qu'on en reçoit; et il leur iautsouveut répéter cela, car c'est une maxime générale que lous les esprits qui ne sont pas fort subtils, comme ceux k peuple et des enfans, ne conçoivent autre idée des personnes qu'ils fréquentent que celle qu'ils leur donnent eux-mêmes ; en sorte que, pour se rendre aimable à eux, il leur faut dire qu'on les aime, qu'on s'y croit obligé, et qu'on croiroit manquer au plus important de ses devoirs son manquoit d'affection pour eux. Après cela il seroit Vieil difficile que d'autres leur persuadassent le contraire, /worvu toutefois qu'on ait soin de le leur ramentevoir souvent. C'est pourquoy il ne faut pas se contenter de leur donner à entendre par des mots couverts la tendresse qu'on a pour eux, ou de la leur témoigner en prenant soin d'eux dans leurs maladies, dans leurs afflictions ou dans\ leurs autres besoins ^qui sont des occasions favorables et qu'il faut bien ménager; mais outre cela il le leur faut dire nettement et en plusieurs manières, en leur disant oéaomoins aussi clairement que c'est à condition qu'ils demeureront dans leur devoir et qu'ils serviront avec fidé- Ulé leur Dieu et leur maître.

Pour ce qui est des temps où il faut employer l'huile ou le vin, la discrétion le doit faire juger ; tout ce qu'on vous p«ut dire en«général, c'est que, toutes les fois qu'il ne s'agira que de votre intérêt particulier il faut endurer patieminent, non pas en le dissimulant, mais en leur témoignant que vous le leur pardonnez, et que s'ils ont à faire des

!20i JACQUELINE PASCAL.

fautes, vous aimez beaucoup mieux que ce soit contre vous que contre d'autres.

Vous pouvez aussi user de la même indulgence envers les fautes d'inadvertance, comme de perdre, rompre ou mal faire quelque chose, sinon qu'il y eût une notable négligence ; que, s'il n'y en a pas, il leur faut dire qu'on souiïrira volontiers de pareils manqucmens, quoy qu'on \ souffre delà perte, pourvu qu'on voie qu'ils soient soigneux à se garder de ceux où Dieu est offensé. Et il ne faut pas manquer de leur faire remarquer là-dessus combien peu il se trouve de maîtres dans ce sentiment, ce qu'il faut faire néanmoins sans ostentation, en mêlant toujours quelcfiies paroles qui tendent au mépris de soi-même, et surtout en leur insinuant beaucoup qu'on s'eslimeroit bien plus heureux d'cHre en leur cx)ndition que dans celle où l'on est; il leur en faut souvent faire remarquer les avantages et le danger de celles qui sont plus élevées. Mais quand ils feront des fautes contre Dieu, contre leur maître, contre la charité et l'union qu'ils doivent avoir entr'eux, c'est alors qu'il faut se rendre sévère jusqu'à être terrible ; car il faut savoir que le peuple et les enfans sont comme les juifs qui n'agissent que par menaces ou par promesses ; parce qu'après avoir réglé par ce moyen, comme par force, l'extérieur, on attire la miséricorde de Dieu pour leur donner l'esprit intérieur, dont cette conduite, qu'on tient sur eux dans cette vue, est la voye et même sert de mérite pour l'obtenir. Il ne faut rien souffrir dans ces rencontres, mais le dire à leur maître et l'exhorter à les punir sévèrement, sinon qu'on eût sujet de croire qu'ils en sont humiliés et qu'ils n'y retomberont plus. 11 est très-bon que la plus grande menace que l'on puisse faire soit de les chasser, et pour cela il faut que vous leur procuriez de bons gages et un bon traitement; car c'est par là qu'il

les faut captiver d'abord jusqu'à ce que l'afiection succède à l'intérêt.

Pour venir à bout d'une partie de ces choses, il faut que vous preniez l'habitude de les appeler de fois à autre dans votre cabinet, une fois toutes les semaines plus ou moins, chacun en particulier, et là, leur demander fompte de leur créance et de leur manière de prier Dieu, et leur expliquer fort brièvement les principaux articles lielafoi et s'arrêter plus sur la morale qu'il en faut tirer, comme de l'unité de Dieu dans la trinité des personnes divines; leur faire entendre comme quoy, dans la multiplicité des objets et des affaires de là terre, nous ne devons avoir qu'un amour, un* désir et un nécessaire qui doit Kgler tout le reste ; sur les mystères de l'incarnation et t l'Eucharistie, leur faire voir l'obligation d'aimer et fnniter celui que nous adorons, etc. ; leur faire apprendre k» commandemens de Dieu et de l'Église, et leur faire Wtendre qu'ils s'étendent bien plus loin qu'on ne pense fordjnaire.

I M. de Rebours est aussi entièrement d'avis que vous ne ^n^/uiez pas de les faire prier Dieu en commun devant fous tous les soirs.

Jacqueline, comme maîtresse des novices et chargée do ffiducalion des enfants à Port-Royal, consulte son frère |Br une nouvelle méthode de lecture que Pascal avait îûH'fltée. Malheureusement la copie de cette lettre de lacqueline dans notre manuscrit est. très-défectueuse, et te d'une phrase n'y semble pas très-intelligible. Mais ce |ui résulte certainement de ce document, resté inconnu Qu'ici, c'est que la méthode de lecture qui porte le nom le Port-Royal doit être attribuée à Pascal; que c'est do lui, et par le moyen de sa sœur Jacqueline, qu'elle s'introu. 15

(luisit dans les écoles de ce monastère et plus lard fui érigée en théorie dans la Grammaire générale de Port- Royal.

« Chap. VL — D'une nouvelle manière pour apprendre à lire facilement en toutes sortes de lanfçues.

Il est certain que ce n'est pas une grande peine à ceux qui commencent de connaître simplement les lettres, mais la plus grande est de les assembler. Or, ce qui rend maintenant cela plus difficile, est que chaque lettre auml son nom, on la prononce seule autrement qu'en l'assemblant avec d'autres. Par exemple, si l'on fait assembler frii à un enfant, on lui fait prononcer ef, er, y grec, ce qui le brouille infailliblement lorsqu'il veut fondre ensuit'' ces trois sons ensemble pour en faire le son de la syllalie frif. Il semble donc que la voie la plus naturelle, comme quelques gens d'esprit l'ont déjà remarqué, serait que ceiiv qui montrent à lire n'apprissent d'abord aux enfanl« i connaître leurs lettres que par le nom de leur prononciation ; et qu'ainsi pour apprendre à lire en latin, par exemple, on ne donnât que le même nom à'e h Ye simple, 1 " et l'œ, parce qu'on les prononce d'une même façon... qu'on ne nommât les consonnes que par leur son naturel, en y ajoutant seulement Ye muet qui est nécessaire pour les prononcer.... que pour celles qui en ont plusieurs (sonsj comme c, gf, t, s, on les appelât par le son le plus naturel et le plus ordinaire qui est au c le son de qucy et au g le son de gue, au t le son de la dernière syllabe de fort/i,eiî Y s celui de la dernière syllabe de bourse. Et ensuite on leur apprendrait à prononcer à part, sans épeler, le> syllabes ce, a, ge, giy tia, tie, tri *. »

• Duclos, dans son édition de la Grammaire générale de P. r>" 1756, s'explique ainsi sur le chapitre que nous venons de citer :

Ces mots, comme quelques gens d'esprit Vont^ d^à re^ marqué f contiennent une allusion jusqu'ici obscure, que vient éclaircir la lettre de Jacqueline. Déjà dans sa los;i(jue, Port-Royal s'était servi de VArt de persuader de Pascal, avant que cet admirable fragment fût connu et imprimé.. Ici, il emprunte à ce même Pascal une méthode grammaticale, qui assurément n'ajoute pas beaucoup à la gloire du grand géomètre, du grand physicien, et de Tincomparable auteur dos Promndales et des Pensées , mais qui met en relief ce besoin de rigueur et de netteté, attribut particulier du génie de Pascal , qu'il portait dans les plus petites comme dans les plus grandes choses.

26 octobre 1655 *.

I/obéissance et la charité me font rompre le silence, M. T. C. F., avec vous la première, lorsque j'y pensois le

» Tout ce chapitre est excellent et ne souffre ni exception ni réplique. Il est étonnant que Tautorilé de P.-R., surtout dans ce (emps-là et qui depuis a été appuyée de rexpériénce, n'ait pas en- <'ore fait triompher la raison des absurdités de la méthode vulgaire. C'est d'après la réflexion de P.-R., que le bureau typographique a doDDé aux lettres leur dénomination la plus naturelle : je, be, Y'', etc. Cette méthode déjà admise dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie, et pratiquée dans les meilleures écoles, ''emportera tôt ou tard sur l'ancienne par l'avantage qu'on ne leurra pas enfin s'empêcher de reconnnoître; mais il faudra du ^mps; car cela est raisonnable. » Domergue, dans l'ouvrage inti- ^u\é -. la Prononciation française déterminée par des signes invariables avec application à divers morceaux en prose et en vers contenant tout ce qu'il faut savoir pour lire avec correction et avec .7oû(, Strasbourg, 1796, in-S», professe ouvertement la méthode de P.-Royal. M. Girault Duvivier, Grammaire des Grammaires^ la <^ûDDe comme la seule raisonnable, et aujourd'hui elle a presque partout triomphé de l'ancienne routine.

' Hec. de M. P., p. 109.

moins, je vous le déclare, afin que vous ne vous en scandalisiez pas.

Nos mères m'ont commandé de vous écrire, afin que vous me mandiez toutes les circonstances de votre méthode pour apprendre à lire par le B. C. D. E., où il ne faut pas que les enfans sachent le nom des lettres; car je vois bien comment on peut leur apprendre par A * à lire, par exemple Jesu, en les faisant prononcer Je e zeu ; mais je ne vois pas comment on leur peut faire comprendre facilement que les lettres finissantes ne doivent point ajouler d'e; car naturellement, suivant cette méthode, ils diront Jesuse, sinon qu'on leur apprenne qu'il ne faut prononcer Ve à la fin que lorsqu'il y est effectivement ; mais je ne vois pas comment pouvoir leur apprendre à prononcer les consonnes qui suivent les voyelles, par exemple, en : car ils diront enSy au lieu de prononcer an, comme veut souvent le françois. De même pour on ils diront one, et raêniti en leur faisant manger l'e, ils ne le diront de bon acceni, si on ne leur apprend à part la prononciation de Vo avec Vn; et* non pas d'autre dans l'esprit, mais je crois que vous les aurez prévus; voilà ce qui regarde l'obéissance.

Pour la charité, la lettre que je vous envoyé vousl'eclairera. Je pense que le plutôt fait seroit de faire savoir a M. de Bernières le désir de celte bonne fille , sans attendre le temps où les autres sortiront. Vous le pouvez faire en lui envoyant cette lettre, si vous jugez à propos, ou par quelqu'autre voie, il ne m'importe, pourvu qu'on lui procure quelque retraite; car elle me fait grande compassion. Je tie vous fais point compliment sur la peine

' Sic.

' 11 y a là évidemment quelque chose de passé ; comme ;'flt ^^ doutes et n.

que je vous donne : la charité est elle-même sa récom-

Si vous m'avez oubliée le 10 de ce mois, qui est le jour de mon baptême , je vous supplie de réparer cette faute aujourd'hui. Tous les 2& du mois me sont chers depuis que Dieu m'a fait la grâce de dépouiller pour jamais l'habit du monde un 26 de may. J'ay bien intérêt que vous soyez tout à Dieu avec tout ce qui vous appartient, puisque je suis du nombre autant pour le moins par sa grâce que par la nature ; car proprement je suis votre fille : je ne l'oublieray jamais.

Soeur Euphémie, religieuse indigne.

Mandez-mby, s'il vous plait, si vous êtes encore M. de Mûns^

C'est encore en qualité de maîtresse des novices et de îwus-prieure que Jacqueline composa, en 1657, un Règlement pour les' mfam^ qui a été imprimé à la suite des i'onstUuti'Ons du monastère de Port-Royal , en 1665. Ce règlement contient de très-belles choses , et nous le reproduisons ici tout entier, avec l'avertissement des éditeurs *|ui signale le défaut d'une discipline si austère.

• Pascal, lorsqu'il alla s'établir dans une auberge, rue des Cordiers, à l'enseigne du Roi David^ entre le collège des jésuites et celui d'Harcourt, avait pris le nom de M. de Mons. Voyez t. I«r, Appendice n« 1, p. 316.

210 iACQUELINE PASCAL.

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