VIII AVANT-PROPOS
Po$Uscriptum de cette nouvelle édition. — JTai le regret d'annoncer que depuis 1844 on n a pas pu découvrir d'autres lettres de Jacqueline, ni d'autres écrits sortis de sa plume, si ce n est quelques pièces de vers de sa première jeunesse qui ne méritent point d'être remarquées. La seule lettre autographe qui nous rappelle sa main, est encore celle dont j'ai donné le facsimilé. En revanche, on a mis au jour un assez bon nombre de variantes, qui m'ont servi à confirmer ou à rectifier les leçons des manuscrits dont j'ai fait usage, dans l'impuissance de remonter aux originaux, qui pourtant ne peuvent avoir péri et très-probablement sont encore ensevelis dans la poussière de quelque bibliothèque janséniste, à Clermont, à Utrecht ou à Paris.
t" juillet 1849.
Dans un grand siècle, tout esl grand. Lorsque, par le concours de causes différentes, un siècle est une fois monté au ton de la grandeur, Tesprit dominant pénètre partout: des hommes peu à peu il arrive jusqu'aux femmes; et, dès que celles-ci en sont touchées, elles le réfléchissent avec force, et le répandent par toutes les voies dont elles disposent : incomparables, dans leur vive nature, pour exprimer et propager les qualités à la mode, sérieuses ou futiles, vertueuses ou dépravées, mais jamais rien à demi, et toujours extrêmes en bien ou en mal, selon le vent qui souffle autour d'elles. Ainsi, dans le xvil* siècle, ce type immortel de la vraie i^^randeur, je n'admire pas moins les femmes que les hommes. Charles Perrault a fait un livre sur les hommes illustres de son temps % où des portraits
' Les hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, arec leurs portraits au naturely par M. Perrault, de l'Acactémie
de la main de Lubin et d'ËdcIinck, de courtes et exactes notices, mettent en lumière les personnages célèbres de cette grande époque. Si j'étais plus jeune, ou si j'avais plus de loisir, si je pouvais dérober quelques heures à d'austères éludes, je trouverais un plaisir inexprimable à composer un recueil pour servir de pendant à celui de Perrault, et que j'intitulerais à mon tour les Femmes illustres du dix-septième siècle. J'en voudrais faire un livre où il n'y aurait presque rien de moi et où je déposerais toute mon âme. Si je vaux quelque chose, c'est par l'admiration de ce qui est beau ; et cette tendre et profonde admiration pour ce qu'il y a de plus beau au monde après un grand homme, c'est-à-dire une femme digne d'avoir une place à côté de lui, je voudrais la marquer, je voudrais la rendre, s'il était possible, contagieuse, par toutes les ressources de l'art et d'une érudition sobre et choisie. L'art ici, ce serait la typographie et la gravure, et nullement la rhétorique, qui serait assez peu de mise devant ces graves ou charmantes figures. Le beau format in-folio, des portraits authentiques, retracés sous mes yeux par un burin fidèle, des biographies plus exactes encore et tout aussi brèves que celles de Perrault, à peine un modeste avant-propos sur les sources où j'aurais puisé : voilà tout l'ouvrage.
Comme Perrault, je ne ferais aucune classification ; .je mettrais ce qui est beau à côté de ce qui est beau, sans rechercher si toutes ces beautés se ressemblent. Il n'y aurait pas d'autre ordre que celui de la chronologie. Le mouvement, le progrès, ou plutôt le déclin insensible du siècle y paraîtrait par la succession de ces différentes figures, d'abord si sévères et si grandcSs, puis de plus en
française; 2 vol. in-fol., tome 1er, iggg; tome II, 1700. 11 en a été fait une réimpression à La Haye, en 1736, sans portraits, t vol. in-lî.