LETTRE A LA REINE DE SUÈDE
degrés de son progrès, le succès de son accomplissement, et les règles de son usage. Je dirai donc seulement ici le sujet qui me porte à Toffrir à Votre Majesté, ce que je considère comme le couronnement et le dernier bonheur de son aventure. Je sais, Madame, que je pourrai être suspect d'avoir recherché de la gloire en le présentant à Votre Majesté, puisqu'il ne sauroit passer que pour extraordinaire, quand on verra quHl s'adresse à elle ; et qu'au lieu qu'fZ ne devroit lui être offert que par la considération de son excellence, on jugera qu't7 est excellent par cette seule raison qu'i^ luiesto/jfert'. Ce n'est pas néanmoins cette espérance qui m'a inspiré un tel ' dessein. Il est trop grand, Madame, pour avoir ' d'autre objet que Votre Majesté môme. Ce qui m'y a véritablement porté est l'union que je trouve en sa personne sacrée de deux choses qui me comblent également d'admiration et de respect, qui sont l'autorité souveraine et la science solide ; car j'ai une vénération toute particulière pour ceux qui sont élevés au suprême degré ou de puissance ou de connoissances. Les derniers peuvent, si je ne me trompe, aussi bien qiie les premiers, passer pour des souverains. Les mêmes degrés se rencontrent entre les génies qu'entre les conditions ; et le pouvoir des rois sur leurs sujets n'est, ce me semble, qu'une image du pouvoir des esprits sur les esprits qui leur sont inférieurs, sur lesquels ils exercent le droit de persuader, ce qui est parmi eux ce que ' le droit de commander est dans le gouvernement politique. Ce second empire me p^rof t même d'un ordre d'autant plus élevé, que les esprits sont d'un ordre plus élevé que les corps ; et d'autant plus équitable qu'il ne peut être départi et conservé que par le mérite au lieu que l'autre peut l'être par la naissance ou par la fortune. 11 faut donc avouer que chacun de ces empires est grand en soi ; mais, Madame, que Votre Majesté me permette de le dire, elle n'y est point blessée, l'un sans l'autre me paroît défectueux. Quelque puissant que soit un monar-
* Tous nos manuscrits mettent avec raison : la, e//«, «//«, offerte^ extellenitt car c^est le mot macAme qui domine tout, et non pas celui à!ouvrage^ jeté incidemment. Il ne faut pas faire écrire Pascal en 1650, comme on écrivait en 1779.
' Les quatre manuscrits : ee dessein.
' Ce qui est ce que. Est-il possible d^impnter un pareil style k Pascal ? Les quatre manuscrits : le droit de persuader, qui est parmi eux ce que le d. Cest évidemment la vraie leçon.