ACCUEIL FAIT, A SON ORIGINE, AU PROJET DU CANAL ET DU PORT SAINT-LOUIS
Les lettres suivantes, adressées au promoteur du canal et du port Saint-Louis, ont toutes été écrites en 1847; il y a de cela, par conséquent, trente-deux ans!
Nous insistons à dessein sur cette date.
On remarquera surtout celles de M. le baron Baude, de M. l'amiral Baudin et de M. l'ingénieur Surcll.
Ces lettres montrent surabondamment l'accueil empressé que reçut à son origine le projet du canal Saint- Louis, les hautes sympathies qu'il éveilla, et le concours à la fois actif et bienveillant dont il fut l'objet de la part de l'administration supérieure,
Tout semblait donc en assurer la prompte réalisation.
Cependant, bien que trente-deux années se soient écoulées depuis cette époque, la France ne jouit pas encore des avantages de toute nature qu'elle doit retirer du nouveau port !
Cet exemple est la plus triste et en môme temps la plus éclatante démonstration des retards véritablement déplorables que subissent souvent chez nous, pour les raisons les moins avouables, les travaux les plus importants, les entreprises les plus utiles et les plus fécondes.
Et l'on s'étonne naïvement ensuite de ce que la France se laisse presque toujours devancer dans la voie du progrès !
Monsieur Hippolyte Peut, à Lyon.
Beaucaire, 14 mai 1847.
Monsieur,
Je suis maintenant entièrement campé sur la position précise du Repos (l'anse de ce nom) et sur la direction à donner au canal. Mes employés s'occupent en ce moment à sonder et à niveler toute cette région. J'ai rassemblé les renseignements las plus favorables à cette solution. Tous les capitaines marins que j'ai consultés à Arles l'adoptent avec une sorte d'enthousiasme ; on en parle beaucoup dans la localité et tout le monde en est satisfait. M. Bouvier (ingénieur en chef des ponts et chaussées alors attaché au service spécial du Rhône), à qui j'en ai fait part, l'appuiera de préférence à l'idée du rétrécissement (l'endiguement actuel).
Et plus loin :
Vous me priez de tenir toutes nos dispositions secrètes, cela est facile quant à
l'organisation d'une compagnie, mais impossible quant à l'idée du canal. Elle court depuis an mois les rues d'Arles; les journaux de la localité en ont longuement 'parlé, et le 'projet ne perd rien, je crois, à être précédé par des manifestations publiques gui sont toutes en sa faveur.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération très-distinguée.
A. Surell.
Au môme.
Beaucaire, 46 mai 1847.
Monteur,
Je reçois ce matin la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m" écrire, en date du 13, et j'y réponds immédiatement.
Je n'ai eu connaissance de votre première lettre qu'au retour d'une tournée d'une quinzaine de jours que j'ai faite entre Bsaucaire et la mer ; ce qui ne m'a permis de vjus répondre qu'avant-hier.
Je vais vous reproduire ce que je vous disais.
En ce qui concerne l'expédition du projet dont vous me marquez le terme vers le 15 juin, il n'y faut pas penser. 11 s'agit d'un projet de détails qui doit servir de base à des propositions sérieuses, et qui doit être mûrement et minutieusement étudié.
A quoi servirait, d'ailleurs, de présenter, prématurément, une œuvre à peine ébauchée, à laquelle ni l'administration supérieure, ni les inspecteurs dit Conseil ne sont préparés ?
Ne faudrait-il pas traverser la longue filière, 1° de l'examen des ingénieurs de la localité; 2° de l'enquête ouverte dans la localité; 3° d'une commission d'examen; 4° du Conseil des ponts et chaussées?
Eh bien! toutes ces formalités, absolument inévitables, et qui ne prendront pas moins de six mois, je voudrais les faire porter sur Pavant-projet que je soumets officiellement au Gouvernement avec mon projet des embouchures. Elles prépareront à merveille le terrain, car je ne doute pas que l'idée du canal ne sorte victorieuse de toutes ces épreuves.
Pendant qu'elles s'accompliront, j'étudierai, avec tous les soins que la matière comporte, le projet d'exécution, qui, n'ayant plus à traverser les formalités préliminaires, pourra être immédiatement approuvé et soumis aux Chambres dans la session prochaine.
Dans ce moment, je m'occupe d'expédier mes études des embouchures, et ce n'est qu'à partir du l or juin que je pourrai m'occuper du canal. Je ne puis donc pas prendre l'engagement de vous livrer le projet complètement étudié avant le mois d'octobre.
C'est, du reste, à celte époque que pourront être terminées les formalités de l'avantprojet, ou du moins seront-elles très-avancées.
D'ici là, votre Société ne resterait pas inactive.
Elle pourrait s'annoncer officiellement au Gouvernement comme disposée à lui soumettre des propositions relatives au canal. Elle défendrait l'avant-projet devant les commissions d'enquête et psut-être devant le public. Elle s'efforcera de le faire prévaloir et dans la localité et à Pari3. En un mot, elle se basera sur l'avant-projet et en fera le fondement de ses premières démarches.
J'aurai soin, à cet effet, de vous en adresser une expédition complète, qui donnera un premier aperçu des dépenses, de la direction et des dispositions.
En terminant, je dois vous prévenir, que, dans ma tournée, j'ai passé trois jours à Arles, où j'ai ouvert une espèce d'enquête sur nos projets. J'ai trouvé tout le monde extrêmement bien disposé pour le canal et déjà fort -au courant de la question, soit que vous en ayez parlé à quelques personnes, soit par mes employés.
Gomme dans votre nouvelle lettre vous insistez sur la pensée de finir le projet tout aussitôt, et qu'il m'est impossible de vous le promettre avant le mois d'octobre, si vous vous trouviez gêné par ce retard, veuillez bien ne pas vous considérer comme lié par nos conversations verbales, et faire étudier le travail comme vous l'entendrez.
Vous ne m'en trouverez pas moins disposé à vous seconder et à vous prêter mon appui, en tout ce qui dépendra de moi, pour l'accomplissement d'une œuvre qui sera d'une haute utilité, tranchera des difficultés séculaires, et à laquelle je m'associerai toujours de mes vœux et de tout mon pouvoir.
Veuillez agréer, Monsieur» l'assurance de ma considération la plus distinguée.
A. Surell.
Au même.
Arles, 22 mai 1847.
Mon cher Monsieur,
J'ai pu enfin voir M. Surell hier, et j'ai eu une assez longue conférence avec lui.
11 m'a donné une bonne nouvelle. Son chef, M. Bouvier, ingénieur de toute la vallée du Rhône, approuve le projet de grand canal, tel que vous l'avez conçu, et il y donnera la main.
Vous savez qu'ici l'opinion publique s'y rallie avant môme que la presse s'en soit occupée; à plus forte raison, cette affaire deviendra une affaire nationale dès que la publicité s'en emparera.
Tout à vous.
A. Martin, avocat, adjoint au maire d'Arles.
Au même,
Paris, 29 juin 1847.
Monsieur,
Le projet du canal paraît sourire à M. le sous-secrétaire d'Etat (M. Legrand,
alors directeur général des ponts et chaussées), et je pense que le résultat du travail de M. Surell aura les conséquences que nous désirons. Plus je réfléchis', plus j'examine la question et plus je suis convaincu que le Canal Saint-Louis est le moyen le plus sûr, le plus prompt et le plus durable d'ouvrir le Rhône, et de faire d'Arles un
véritable port de mer
Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de ma considération la plus distinguée.
E. de Grille, député d'Arles.
Au même.
Monsieur,
Les cartes de l'embouchure du Rhône et rbs parages voisins seront tous les jours à votre disposition au dépôt de la Marine, et si vous voulez bien y demander, de midi à trois heures, M. l'ingénieur en chef, il se fera un plaisir de vous les communiquer.
Le travail de MM. les ingénieurs hydrograph es Tme parait eonfirmer toutes vos prévisions, et, en leur donnant à lire le mémoire de M. Surell, je suis sûr d'avoir fait de nouveaux partisans à votre projet.
Agréez, je vous prie, Monsieur, les assurances de ma considération la plus distinguée.
J.-J. Baude.
Au même.
Paris, 18 septembre 1847.
Monsieur,
A mon retour d'Aix-la-Chapelle, où je suis allé prendre les eaux, j'ai trouvé ici la lettre que vous m'avez fait L'honneur de m'écrire le 19 du mois dernier.
Je n'ai eu aucune démarche à faire pour obtenir la mise à l'enquôte du projet du Canal Saint-Louis.
M. Jayr, qui, avant mon départ, m'avait assuré de ses sympathies pour cette entreprise, avait donné les ordres que vous désiriez, et, à Vheure qu'il est, Venquête doit être ouverte.
Vous pouvez compter que l'affaire sera examinée ici avec un grand désir de la voir réussir.
J'ai reçu, il y a peu de jours, de M. l'amiral Baudin, une lettre détaillée sur les grandes choses à faire à Arles, et je crois pouvoir assurer, quoique vos vues ne soient pas encore connues de lui en détail, qu'il les adoptera avec l'ardeur qu'il porte dans toutes les bonnes choses. Quoiqu'il ait quitté le cinquième arrondissement maritime, il sera nécessairement consulté ici sur les opérations qui doivent s'y effectuer.
J'ai entendu émettre un seul doute sur le succès du Canal Saint-Louis, et probablement il se produira dans l'enquête. Il portait sur les effets de la double impulsion qui peut être donnée au sable dans la baie -du Repos par le courant du littoral et par les vents d'Est; mais en supposant les choses aussi fâcheuses que possible, il en résulterait tout au plus la nécessité de s'avancer un peu plus que ne le portent vos plans du côté du port de Bouc.
Je crois devoir appeler votre attention sur c^tte objection, parce que j'ai lieu de présumer qu'elle sera faite dans lo sein du Conseil des ponts et chaussées; et, dans ce cas, il serait bon que la réponse fût prête d'avance (1).
Je n'ai pas besoin, je pense, de vous assurer combien je serai heureux loules les fois que mon humble concours à la grande œuvre que vous méditez vous paraîtra utile, et vous pouvez en disposer sans réserve.
Agréez, je vous prie, les assurances de ma haute considération et de mon dévouement.
J.-J. Baude.
(1) Cette difficulté a depuis longtemps été étudiée avec le plus grand soin; elle est aujourd'hui complètement résolue.
T1ÈCE& JUSTIFICATIVES 107
Au même.
Paris, J cr octobre 1847.
Mo n si eu r,
J'ai reçu co matin la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28 septembre et les journaux dont elle était accompagnée.
M. Jayr, qui suit avec un grand intérêt l'affaire du Rhône dans son ensemble et dans ses détails, est allé au devant de vos vœux ; dès la semaine dernière, il a donné des ordres pour que V enquête sur le Canal Saint-Louis fût ouverte à Lyon et à Nîmes , et, s'ils n'étaient pas encore arrivés sur les lieux au moment où je vous écris, cela tiendrait uniquement au temps qu'exige la copie des dessins qui doivent être mis sous les yeux des Commissions.
Je crois qu'au moyen de cotte combinaison, aucune des vérités qui peuvent être bonnes à publier ne sera étouffée; ce qu'on taira à Marseille sera dit à Nîmes ou à Lyon.
Je ne suis point effrayé de la composition de la Commission créée à Marseille, et je ne pense pas qu'il faille la troubler dans l'exercice de ses fonctions. Il vaut mieux se réserver pour lui répondre et exposer ailleurs les avantages du projet.
Quant à l'opposition de la ville d'Arles, c'est quelque chose de si étrange et de si inexplicable que je serais d'avis de la laisser se produire dans toute sa naïveté.
Ne vous effrayez pas, du reste, de tous ces obstacles; il n'y a pas de chose bonne qui soit arrivée à bon port sans en rencontrer de pareils, et l'on n'a presque jamais fait du bien aux hommes qu'en les forçant à le recevoir. Pour le mal, c'est différent; ils vont à sa rencontre, et avant de mordre la main qui les a fustigés, ils sont longtemps à la lécher.
Tout en se moquant des sottes raisons qui pourront être alléguées contre le Canal Saint-Louis, et espérant bien qu'elles ne prévaudront pas, il faut ne négliger aucun des moyens de les faire avorter.
Vous êtes en mesure de discuter le projet, mais il est bon de préparer les oreilles à entendre la vérité et d'appeler les grands intérêts nationaux, qu'on voudrait étouffer sous des préjugés de localité, à prendre la parole.
Je vous proposerais donc de demander directement au ministre de la marine d'appuyer votre projet. Je ne suis point en mauvaises relations avec lui, et pour peu que cela vous parût utile, je lui remettrais les Mémoires que vous lui adresseriez, et je croirais pouvoir vous assurer qu'ils ne seraient pas perdus de vue. Vous trouveriez à la marine un grand zèle pour votre projet.
En ce qui concerne les habitants d'Arles, qui croient tout perdu si des bâtiments de cinq à six cents tonneaux viennent à la Tour Saint-Louis, voici une des choses qu'on peut leur diro pour les rassurer.
En 1846, le tonnage de la navigation inlernationale du port de Marseille, non compris le cabotage, a été, entrées et sorties réunies, de 1,661,731 tonneaux et de 10,207 navires. Ainsi, le tonnage moyen du bâtiment est de 163 tonneaux.
Il suit visiblement de là que les neuf dixièmes au moins des navires qui naviguent dans la Méditerranée pouvent remonter jusqu'à Arles, et que, si le voisinage de ceux qui auront plus de 3 mètres de tirant d'eau était un danger pour cette ville, ce danger serait bien peu de chose.
J'ajouterai ici un fait dont vous pourriez peut-être tirer parti. Lorsque j'ai visité la côte en 1844, j'ai demandé à M. Mackau de faire faire la carte hydrographique de
l'étang de Berre et du Rhôns, de la mer à Arles; il a immédiatement ordonné que les deux choses fussent faites. Le Rhône, toutefois, est resté en arrière ; mais la décision n'en subsiste pas moins, et vous pouvez l'invoquer comme un témoignage do l'importance de cette navigation.
Votre Mémoire serait une bonne occasion de faire reprendre ce travail, et il n'en coûterait pas beaucoup à M. de Montebello pour le faire exécuter ce printemps.
Agréez, je vous prie, les assurances de ma haute considération et do mes sentiments dévoués.
J.-J. Baude.
Au même.
Paris, 26 décembre 1847.
Monsieur.,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 14 de ce mois, avec l'exemplaire du Mémoire imprimé de M. Sureil.
Je vous remercie de cette communication, que je n'avais pas attendue pour m'occuper de l'affaire des embouchures du Rhône. J'en avais écrit au préfet maritime du cinquième arrondissement et au Ministre pour la recommander à leur attention particulière.
J'en ai aussi écrit à M. Firino, qui préside la Commission de Marseille.
Vous pouvez compter sur ma plus cordiale coopération dans cette affaire y à laquelle s'attache un grand int&'êt public.
Veuillez, Monsieur, agréer avec cette assurance, C3lle de mes sentiments les plus distingues.
Ch. Baudin, vice-amiral.
Les lettres qui précèdent et les témoignages qu'elles renferment nous semblent répondre suffisamment aux allégations de MM. Labadié et consorts (1). Nous les recommandons particulièrement aux méditations de M. de Freycinet.
\\) Voir note 2, page 50.