‹ Livre d'amourChapitre 18 sur 47 · IMITÉ DE COLLINS · texte numérisé non relu

IMITÉ DE COLLINS

Si quelque flûte de Sicile,

Quelque note d'un buis docile, Te peut, ô chaste Soir, espérer arriver,

Parmi les bruits de tes haleines Si fraîches en mourant, et le chant des fontaines

Qui monte à l'heure du rêver ;

(1) Le poète a cherché dans cette imitation à rendre surtout la couleur et le mouvement rhythmique de l'original. Il aurait à demander pardon pour certaines hardiesses que réclamait la fantaisie de l'inspiration et que les puri3tes ont reprochées dans le temps au poète anglais lui-même. C'est pourtant grâce à ces vives nouveautés, soutenues d'un sentiment doux et vrai, que l'ode de Gollins est restée unique et qu'elle mérite à jamais de vivre.

122 LivnE d'amour

Dans les prés, modeste Génie,

Glissant dune démarche unie, Tandis qu'à l'autre bout, sous des cieux encor chauds,

Le soleil empourpré qui nage Rattire à lui, renflamme en son dais de nuage

Tous ses rideaux et ses réseaux ;

A cette heure où l'air qui s'apaise

N'a rien d'ailé qui ne se taise, Hors la chauve-souris, hirondelle des nuits,

Qui, près des vieux murs qu'on côtoie, Repasse et bat et crie, et tempère la joie

Aux sens trop vite épanouis,

Hors le hanneton monotone

Qui, plein du faux ton qu'il bourdonne, Dans mon sentier étroit se rue innocemment,

— A cette heure, ô Soir, qu'il t'agrée D'inspirer à ma voix, à ma lèvre altérée

Quelque chant qui puisse, un moment,

Qui puisse, à l'égal de tes ombres,

Des blancs coteaux aux vallons sombres Décroître avec lenteur et fuir à l'infini,

Dont le suave accent exhale Le charme que réserve à l'àme pastorale

Ton retour chaque fois béni !

Car sitôt qu'au bord de ton voile

Tu lais briller la pâle étoile, A ce tremblant signal en silence avertis,

Le chœur des Heures plus sacrées, Les Esprits qui, le jour, aux corolles dorées

Sommeillaient, en foule sortis

S'assemblent, et Nymphes et Fées,

Leurs tempes de joncs rattachées, Et les Plaisirs pensifs, et les Ennuis rêveurs,

Tous au char ombreux qu'ils attèlent, Un pied dans la rosée, attendent et t'appellent

Comme des amants ou des sœurs.

124 LIYKE D AMOl'n

Oh ! qu'alors la vaste bruyère

De sa scène sauvage et fière Prolonge à mes regards l'horizon sourcilleux !

Que plus haute sur la vallée, Plus sombre au front des bois, la tour, mieux dentelée,

Parle des morts et des aïeux !

Ou si l'orage et sa menace,

Si la pluie à torrents qui chasse, M'empêchent, malgré moi, loin des sentiers mouvants,

Qu'au moins abrité sous la grange Qui domine la plaine, à cette horreur étrange,

Aux flots grossis, fouettés des vents,

Au déchirement des nuées, Au son des cloches remuées, Des cloches des hameaux au plus lointain du ciel, A ces beautés je m'esjouisse (1)

(1) E jouir ou plutôt csjouir, vieux mot que réjouir ne remplace pas.

Jusqu'à ce que, gagnant par degrés, s'épaississe Un voile d'ombre universel !

Oui, tant qu'Avril qui recommence,

Doux Soir, épandra sa semence Et sa senteur en pluie à tes cheveux épars,

Tant qu'aux longs jours où tu recules, L'Eté ménagera tes douteux crépuscules

Et s'égaîra sous tes retards,

Tant qu'après ces grappes vermeilles

Automne emplira tes corbeilles Lentement, à regret, des couronnes des bois,

Tant que de son tapis blanchâtre Hiver amortira tes pas, et près de l'âtre

Consolera tous tes effrois ;

Aussi longtemps, belle Vesprée, Invoquant ton heure assurée,

126 uvrk d'amour

L'Amitié qui sourit, l'Etude au chaste front,

La Sagesse sensible encore, La Fantaisie errante et qui de jour s'ignore,

Soir, ces deux hôtes t'aimeront !

Aussi longtemps l'Amour qui mêle

Aux courts plaisirs l'âme immortelle, Ira par tes Edens méditer ses secrets :

Puisse-t-il jamais dans l'absence Ne languir trop sevré de ta sainte puissance,

Plus sainte à l'ombre des forêts !

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