‹ Livre d'amourChapitre 20 sur 47 · MOI QUI RÊVAIS LA VIL · texte numérisé non relu

MOI QUI RÊVAIS LA VIL

SONNET

En attendant, ma Bien-aimée, voici une phrase de ma dernière lettre qui s'est, d'elle-même, cette nuit, tournée en sonnet.

(Lettres.)

Moi qui rêvais la vie en une verte enceinte, Des loisirs de pasteur, et sous les bois sacrés Des vers heureux de naître et longtemps murmurés ; Moi dont les chastes nuits, avant la lampe éteinte,

Ourdiraient des tissus où l'âme serait peinte, Ou dont les jeux errants, par la lune éclairés, S'en iraient faire un charme avec les fleurs des près (1) ; Moi dont le cœur surtout garde une image sainte !

(1) Pieriosque dies et amantes carmina noctes. Stace.

Au tracas des journaux perdu, matin et soir, Je suis à ce métier comme un Juif au comptoir, Mais comme un Juif du moins qui garde en lademeur

Dans l'arrière-boutique où ne vient nul chalant.

Sa Rcbecca divine, un ange consolant,

Dont il rentre baiser le front dix fois par heure.

dans l'église propice... 139

SONNET

Ceci, mon Amie, se rapporte au temps où nous étions moins libres de nous voir et où il me fallait tant attendre dans les églises.

(Lettres.)

Dans l'Eglise propice où nous avons fait choix De venir un moment et de causer derrière Quelque pilier du fond, au dernier sanctuaire, Que de fois, attendant, inquiet, que de fois

Je maudis, non pas vous qu'avec respect je vois, Vieillards, femmes du peuple et pauvres en prière, Clair-semés dans la nef et baisant la poussière, Fidèles qui n'avez de regards qu'à la Croix,

Mais ces jeunes rôdeurs qui nous peuvent connaître, Postérité qu'hier Quasimodo (1) fit naître, Chaque jour plus nombreux, grâce au malin héros ;

Moyen âge amateur, qu'en notre courte joie Et notre longue attente, on dirait qu'il envoie Pour lorgner chaque ogive et béer aux vitraux!

(1) Le héros de Notre-Dame de Paris.

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