‹ Livre d'amourChapitre 22 sur 47 · VAUQUELIN DE LA FRESNAYE · texte numérisé non relu

VAUQUELIN DE LA FRESNAYE

Non, je ne chante plus... l'oiseau sous le feuillage Aux instants les plus doux n'a de chants ni de voix ; Perdu dans son bonheur comme en un saint orage, Il a peur d'éveiller l'écho jaloux des bois. Il soupire, il se tait; il palpite, il expire; Il ne confirait pas au plus voisin zéphyre Le moindre son brillant pour être rapporté, Tout son souffle amoureux est à la volupté. Que lui font les concerts des hôtes du grand chêne, Tous ces gosiers rivaux chantant à pleine haleine,

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Bruyants et glorieux, purs favoris de l'art,

Ou ceux dans leur buisson, qui chantent à l'écart ?

Que lui fait qu'on le croie absent ou mort lui-même

Que, ne l'entendant pas, on ignore qu'il aime,

Et qu'on dise en riant qu'il s'est évanoui ?

Si le bonheur nous prend, taisons-nous aujourd'hui !

Ton sein contre le mien, 6 ma belle oppressée,

Comme un calice plein, gardons notre pensée !

Ta voix qui balbutie est douce en se brisant,

Et ta lèvre me parle un parler suffisant.

Loisirs et souvenirs viendront trop tôt, je pense ;

Trop tôt le sort fâcheux, l'empêchement, l'absence

(Oh ! jamais la froideur, jamais !), mais l'âge enfin,

Nous sévreront du bien, seul réel et divin !

Que ferons-nous alors, mon Ame? que ferai-je,

Sinon de déployer ce qu'aujourd'hui j'abrège,

De rouvrir en pleurant tous mes bonheurs secrets,

Et n'en jouissant plus, de les chanter après ?

PAR UN DE CES GAIS MATINS... 14:i

Ibam foi'te via sacra...

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