VAUQUELIN DE LA FRESNAYE
Non, je ne chante plus... l'oiseau sous le feuillage Aux instants les plus doux n'a de chants ni de voix ; Perdu dans son bonheur comme en un saint orage, Il a peur d'éveiller l'écho jaloux des bois. Il soupire, il se tait; il palpite, il expire; Il ne confirait pas au plus voisin zéphyre Le moindre son brillant pour être rapporté, Tout son souffle amoureux est à la volupté. Que lui font les concerts des hôtes du grand chêne, Tous ces gosiers rivaux chantant à pleine haleine,
144 Liviiii d'amour
Bruyants et glorieux, purs favoris de l'art,
Ou ceux dans leur buisson, qui chantent à l'écart ?
Que lui fait qu'on le croie absent ou mort lui-même
Que, ne l'entendant pas, on ignore qu'il aime,
Et qu'on dise en riant qu'il s'est évanoui ?
Si le bonheur nous prend, taisons-nous aujourd'hui !
Ton sein contre le mien, 6 ma belle oppressée,
Comme un calice plein, gardons notre pensée !
Ta voix qui balbutie est douce en se brisant,
Et ta lèvre me parle un parler suffisant.
Loisirs et souvenirs viendront trop tôt, je pense ;
Trop tôt le sort fâcheux, l'empêchement, l'absence
(Oh ! jamais la froideur, jamais !), mais l'âge enfin,
Nous sévreront du bien, seul réel et divin !
Que ferons-nous alors, mon Ame? que ferai-je,
Sinon de déployer ce qu'aujourd'hui j'abrège,
De rouvrir en pleurant tous mes bonheurs secrets,
Et n'en jouissant plus, de les chanter après ?
PAR UN DE CES GAIS MATINS... 14:i
Ibam foi'te via sacra...