NONCHALAMMENT, HIER
Nonchalamment, hier, la dame que tu sais,
Comme dans le salon près d'elle je passais,
M'appela, me parla de toi, daigna te plaindre
De l'abandon, dit-elle, où tu te vas éteindre
Puisqu'un si noble époux par Phryné t'est ravi ;
Et, d'autres s'y mêlant, ce furent à l'envi
Plaintes, compassion et touchants commentaires
Sur tes pleurs d'Ariane en tes nuits solitaires :
« — Elle veut s'en cacher, mais le mal est plus fort !
» — Chaque soir, quand vient l'heure où l'infidèle sort,
» Voyez-la bien, son œil qui couve la pendule
» A l'air de demander que l'aiguille recule.
» Sensible comme elle est, ce chagrin la tuera.
» — Non, elle est douce et calme, elle s'habitûra. —
» — S'habituer, Monsieur ! jeune encore, il est triste
» D'être ainsi négligée ! » Et la plus belle insiste,
LIVRli D AMOUR
Prenant des airs d'égards pour ta pauvre beauté. Et moi je me rongeais, en silence irrité.
— Qui doue vous a permis, indifférents sublimes,
D'ouvrir si vite un cœur le plus vaste en abîmes,
Le plus riche en tendresse, en parfums renfermés,
Le cœur de mon Amie, ô vous qui la nommez !
D'où savez-vous les pleurs de sa paupière émue?
De quel droit jugez-vous cette âme à moi connue,
Ame qui ne vient pas à plaisir se montrer
Et que j'ai mis en tout six ans à pénétrer ?
Oh ! qu'on cesse, il est temps, un discours que j'évite !
Ce souffle du dehors étrangement agite
L'invisible courant d'elle à moi répandu,
Le fil éolien entre nous deux tendu !
Oh ! défense aux amis, passants et foule oisive,
A tout ce qui n'est pas l'ombrage de la rive,
L'oiseau sous le balcon, l'air du soir, le zéphyr,
Ou l'accent d'un désir, ou l'écho d'un soupir,
De jamais proférer, d'une langue infidèle,
Ni son nom devant moi, ni le mien devant elle !
Ce devrait être ainsi dans notre éloignement ;