TROP LONGTEMPS DE TOI DETACHEE
Trop longtemps de toi détachée,
Quand déjà ma marche empêchée Tombait par les buissons, mourait sous les chaleurs,
Quand l'âme allait être tarie, Par Toi, comme aux plus frais des soirs de rêverie,
Par Toi j'ai retrouvé les pleurs.
Quand, pour toute idole nouvelle,
Pour tout sectaire qui harcèle, J'abandonnais l'étude et tant de morts chéris,
Par Toi ces maîtres d'innocence, Charme de l'intervalle, asile de l'absence,
Par Toi m'ont doucement repris.
48 LIVRE o'amoli!
Quand, dans la querelle entamée
Et l'ambitieuse fumée, La Muse, en se voilant, de moi se retirait,
Par Toi, d'une prompte clémence, Sa voix, qui se taisait, tout d'un coup recommence,
Par Toi renaît son chant secret,
Plus secret que jamais, plus tendre,
Que la Gloire ne peut entendre, Mais que l'Amour écoute, en nous disant tout bas
Quelle belle, un jour, consolée (Quand nous ne serons plus) nous lira dans l'allée
Où plus d'ombre retient ses pas.
Et s'il survient, par aventure,
Quelque indiscret dans sa lecture, Elle rougit, pourtant n'ayant rien à cacher ;
Car, loin de toi, quant aux doctrines De volupté sans frein ou d'ardentes ruines
Toute mon âme allait pencher,