A AD
Oh ! ne les pleure point ces lettres inquiètes
Qu'il te faut, pauvre Amie, à tes heures secrètes
Dévorer en tremblant et vite anéantir ;
Ne désire jamais t'y plus appesantir.
Ce qu'en mots égarés tour à tour je t'envoie
D'épanchement amer, de tristesse ou de joie,
Prends-le, — puis brûle, oublie, et, si c'est un trésor,
Mon âme intarissable en peut donner encor.
L'arbre est là, fais un signe, et les fleurs trop heureuses
Sur chacun de tes jours vont pleuvoir plus nombreuses.
Vis donc, et laisse aux vents aller chaque débris.
— Et ces pages, vois-tu, qu'aiment tes yeux chéris,
Plutôt qu'un coin les cache à loisir conservées,
C'est mieux pour moi, c'est mieux, qu'aussitôt arrivées, Tu les lises, émue, — en une heure cent fois, — Humides de mes pleurs, brûlantes sous tes doigts; Que l'effet s'en imprime en images plus tendres; Que, tièdes de ton sein, elles volent en cendres; Et que dans ta mémoire, adorable tombeau, Le sens, ainsi qu'une âme, échappant au flambeau, Survive pur et flotte entouré d'auréoles, Et retrouve par toi de plus fraîches paroles. Au lieu d'un froid tiroir où dort le souvenir, J'aime bien mieux ce cœur qui veut tout retenir, Qui dans sa vigilance à lui seul se confie, Recueille, en me lisant, des mots qu'il vivifie, Les mêle à son désir, les plie en mille tours, Incessamment les change et s'en souvient toujours. Abus délicieux ! confusion charmante !
Passé qui s'embellit de lui-même et s'augmente ! Forêt dont le mystère invite et fait songer, Où la Réminiscence, ainsi qu'un faon léger, T'attire sur sa trace au milieu d'avenues Nouvelles à tes yeux et non pas inconnues !
k septembre 1831.
A ADELE
io mi son un che, quando
Amore spira, noto, e a quel modo Ch'ci detta dentro, vo significando.
DANTK, Purg., C. XXIV.
Cantet, amat quod quisque : levant et carmina curas.
CALPURNIUS, Eclog., XI.
Pour combler nos ennuis, pour consoler l'absence, Pour tâcher que d'Amour l'implacable puissance, Au récit des douleurs qu'il put seul enflammer, Fasse trêve à sa rage et se laisse charmer ; Pour offrir à ton âme un soin qui l'alimente Et porter quelque miel à tes lèvres d'amante, Adèle, tu t'es dit de m'écrire à loisir L'histoire de ton cœur, l'ordre où chaque désir,
Où chaque émotion à temps y vint éclore ;
Comment s'accrut ce feu qui maintenant dévore,
Quelle grAce en naissant, quelle humide lueur,
Tendre éclat du matin, innocente chaleur :
Amitié toujours vive et jamais définie :
Abandon et devoir, plénitude, harmonie ;
Tes enfants, leurs baisers, un époux glorieux.
Mon visage assidu, délices de tes yeux.;
Un composé flatteur où, sous la règle austère,
Vaguement se glissait une part de mystère,
Assez pour animer sans trouble et sans effroi
Chaque heure de tes jours, — trop peu déjà pour moi !
Alors tu me diras par quelles étincelles,
Par quel subtil éclair de mes regards fidèles,
Par quels pleurs de ma voix que j'étouffais en vain,
Mon secret commença de couler dans ton sein,
Et ton étonnement suivi de tant de joie,
Et ta première atteinte, ô ma charmante Proie !
Tandis qu'ignorant tout et rebelle a l'espoir,
De peur d'aigrir mon mal, j'évitais de te voir, —
Et quand ma folle erreur, un moment gracieuse,
Entre nous deux bientôt fatale et soucieuse,
Grandit, se fit ombrage, et, d'un air de raison, M'entraîna hors de toi chercher la guérison, À ce coup insensé qui déchirait la trame, Ton éveil en sursaut, calme et paisible femme, Toi jusqu'alors égale et d'entière beauté, Depuis huit ans assise en ta félicité, — Ton cri hagard, la foudre éclatant dans ton rêve : L'amertume du philtre et la douleur du glaive ; Ton pauvre cœur jaloux, de soupçons s'ulcérant ; L'incendie effréné par tes veines errant ; Pour toi plus de sommeil ; tes paupières chargées ; Sous leurs cheveux pâlis tes tempes ravagées (1) ; Ce doux front qui baignait aux purs rayons du ciel, Et virginal encor dans l'aspect maternel, Sillonné tout à coup d'un reflet de délire ; Ces six mois de tourments, toi seule peux les dire ; Toi seule aussi tu peux dire les jours meilleurs, Ta clémence, et le bien que te firent mes pleurs ; Torrents d'émotions si fortes, si pressées, Que ni savant blanchi sur les choses passées,
(1) Théocrite, Idylle II, vers 85.
Ni pèlerin sublime, illustré de revers,
Sans relâche affrontant l'orageux univers,
Ni conquérant rapide, âme de vingt armées,
Nul de ceux dont les noms gagnent des renommées,
Qu'il ait couru le monde ou l'ait pris et changé,
N'a tant senti que toi qui n'as jamais bougé !
Oui, tu m'écriras tout, féconde et naturelle, En ta langue coulante où rien ne fait querelle (1) ; Je l'attends et j'y compte, et d'avance en retour A mon propre miroir je te peins notre amour ; Je te le peins en moi, tel qu'il fut, tel qu'il aime ; Heureux si mon récit et le tien sont le même !
Moi, vois-tu (ne ris pas, le mot est sérieux), Adèle, à mon midi, déjà je me sens vieux ; Je le sens à ce cœur qui se fixe et s'élève, A cet esprit plus mûr, aux lenteurs de ma sève,
(1) « Imaginez, mon ami, que ce matin, dans mon lit, je pensais que cela m'amuserait d'écrire pour moi ma vie jusqu'à cette époque. Je diviserais cela en trois chapitres pour l'ordre des événements. Ce serait écrit comme un portier, mais c'est égal... » [Fragment du roman ébauché.)
Au tour humble et sévère où tendent volontiers Les débris résignés de mes penchants altiers ; A cette intelligence, il est vrai, plus lucide, Sans vapeur fantastique et sans foudre homicide, Mais d'où mon bon soleil à chaque heure s'enfuit, Et dont le clair cristal frissonne avant la nuit ; — Je le sens bien souvent à ma tête qui pèse, Aux cheveux dont ma main, qui s'y baignait à l'aise, Ramène sur mon front quelque anneau dispersé ; A mon sourire aimant qu'une ride a gercé, Au gémissement sourd, unanime, à voix basse, De quelque chose en moi qui s'affaisse et se lasse. D'où vient cette fatigue ? et pourquoi donc sitôt ?
— D'amers plaisirs d'un jour m'ont-ils valu ce lot ?
— Dans mon illusion, ai-je de trop bonne heure Tenté l'impénétrable au seuil de la demeure, Demandé l'éclat vif à nos verres obscurs
Et la fresque idéale aux parois de nos murs ?
— En ce concert grossier, mon âme trop hardie, Le prenant sur un ton de haute mélodie,
Quand tout pleure et tout gronde et tout crie à la fois, A-t-clle, en la forçant, cassé sa frêle voix ?
— Ai-jc, en entrant, heurte les régents de notre âge (1)? Plusieurs ont-ils compris mon généreux outrage ? Et moi, qui tiens toujours, après avoir ose.
Dans mon stoïque effort me suis-je enfin brisé?
— Peut-être tout cela ! — mon tendre amour lui-môme, Son fardeau de bonheur accablant et suprême, Cette attente éternelle au delà du présent, Patiente, immobile et sobre, et se disant
Que la privation, l'absence, les années,
Ne font qu'éprouver mieux les âmes destinées;
Tout ce qu'en notre exil cet oracle béni
Apporte incessamment d'auguste et d'infini,
De mortel aux désirs, d'angélique pour l'homme,
— C'est assez pour hâter l'instant qui nous consomme ! Adèle, aujourd'hui donc mon être est achevé ;
Je ne cours plus, je vais lentement, j'ai trouvé ! A d'autres la fraîcheur de la brise inquiète, Les voyages brillants, gai butin du poète, Et la lyre abondante aux accords superflus !
(1) On croit sentir passer sous cette qualification quelques-uns de nos chefs doctrinaires et universitaires.
La jeune Invention ne me visite plus ; Avant de leur revoir leurs ailes nuancées, J'ai besoin de couver bien longtemps mes pensées, De recueillir mes jours en cet unique emploi, Et de me souvenir, chère Adèle, de toi. Ainsi, fervente encor, sans regagner l'ivresse, Ma Muse à te chanter s'applique avec tendresse. Je m'y plais, j'y séjourne et m'y fais un abri; Et ceci, dans mon chant, quelquefois m'a souri, Qu'après ces soins pieux de s'aimer, de s'écrire, Nous, passagers en deuil, chacun dans son navire, A l'heure inévitable où rouleront sur nous La tempête funèbre et le gouffre jaloux, Quelque flacon scellé, revomi par l'abîme, Sauvera nos deux noms, leur alliance intime, Notre double mémoire aspirant à s'unir, — Tout ce qu'absout toujours l'indulgent avenir !
Quand je te vis d'abord, qui l'eût dit? Jeune sage, Austère et rougissant, cœur malade et sauvage, Poursuivant dès l'enfance un être inespéré, Mais sans désir certain, sans objet déclaré;
62 LIVRE d'AMOUD
Sensible à toute femme et ne rêvant pour mienne
Que quelque belle vierge obscure et plébéienne
Et pauvre comme moi ; le rêvant par fierté,
Par chimérique vœu de sainte égalité,
Parce qu'ainsi l'avaient pratiqué dans leur vie
Ces chastes Girondins qu'à vingt ans on envie (1) ;
— Tel j'étais, — pur, ardent, idolâtre avant tout
De ces âpres vertus, voisines du dégoût,
En gravant dans mon sein l'image réservée,
Pour opposer un culte à l'époque énervée ;
Trop à l'étroit moi-même et sans possible essor :
Avide étudiant, poète à naître encor,
Et n'ayant jusque-là fait d'ode ou d'élégie
Qu'en article au journal après ma chirurgie.
Ce journal, toutefois, ce Globe sérieux
Où, mes jours de loisir, j'écrivais de mon mieux,
C'était l'issue ouverte à mon âme importune :
Des auteurs du moment j'y marquais la fortune,
Et l'éloçre naïf, le blâme courageux
(1) Il y aurait peut-être à épiloguer sur cette qualité de chastes attribuée aux Girondins; mai9 tout est relatif, et le poète à vingt ans les voyait ainsi.
Exerçaient ma candeur enflammée à ces jeux. J'osais fronder en plein les modes usurpées, Sur les banquets flatteurs suspendre des épées, Rompre les succès faux et le laurier qui ment ; Et ce qu'aussi j'aimais, je l'aimais hautement ; J'admirais comme un frère, avec joie, avec larmes; De mes plus belles sœurs je dénonçais les charmes ; Et, sous la moquerie ou les dédains muets, Plusieurs me semblaient grands, et je les saluais. Ainsi je fis pour Lui, qu'on raillait comme étrange : Ce qu'il chantait de simple à ta douce louange Se répéta surtout dans mes échos ravis ; De là je le connus, et de là je te vis. — En entrant je la vis, ma future maîtresse, A côté du génie, un peu reine et déesse, En sarrau du matin, éclatante sans art, M'embarrassant d'abord de son fixe regard. Et moi qui d'Elle à lui détournais ma paupière, Moi pudique et troublé, le front dans la lumière, J'étais tout au poète ; et son vaste discours, A peine commencé se déroulant toujours, Parmi les jets brillants et l'écume sonore,
Comme un torrent sacré que le pasteur adore, Faisait (lutter sans cesse et saillir à mes yeux Dans chaque onde nouvelle une lyre des dieux ; Et mon choix fut rapide, et j'eus ma destinée ! — Debout la jeune épouse écoutait enchaînée ; Et je me demandais quel merveilleux accord Liait ces flots grondants à ce palmier du bord. Puis elle se lassa bientôt d'être attentive ; Sa pensée oublieuse échappa sur la rive ; Ses mains, en apparence, au ménage avaient soin; Mais quelque char ailé promenait rame au loin, Et je la saluai trois fois, à ma sortie,... Elle n'entendait rien, s'il ne l'eût avertie.
0 vous, vers qui j'aspire et dont j'ose à mon tour
Baiser la blanche robe, — ô maîtres en amour ! —
Nos Virgilcs, à nous, en haute poésie,
En gravité suave, en chrétienne ambroisie ;
Aïeux du grand Milton, qui, sous leur pâle éclair,
Laissez, sans les bénir, Hamlet avec Werther,
Dont Lara ni René n'ont l'haleine divine,
Et qu'aiment Manzoni, Wordsworth et Lamartine;
O vous, Dante, Pétrarque, harmonieux amants, Qui nous avez noté vos plus secrets tourments, Et peint dès le bouton vos fleurs adolescentes Et la tendre verdeur de vos palmes décentes ; Vous qu'éclaira soudain votre objet nonpareil Comme au matin d'avril un lever de soleil, Et qui solennisez l'an, et le mois, et l'heure, La minute où le Dieu mit en vous sa demeure, Dites, comprenez-vous ce présage, et pourquoi 11 fallut l'avertir et la tirer vers moi ; Pourquoi ce fut ainsi durant deux ans peut-être, Nos regards s'efïleurant sans qu'amour en put naître; L'un pour l'autre incertains ; Elle animée ailleurs, Distraite, et m'honorant parfois entre plusieurs ; Moi rien qu'à Lui, dévot à sa lyre sacrée ; Trouvant là, sous son aile, Arqua, Tibur, Ascrée, L'univers ; — et d'en bas révérant le fruit d'or Que l'ombrage profond lui gardait en trésor ! Dites pourquoi ce fruit, dans son attrait sévère, Aux instants où le cœur nomme un nom qu'il préfère, M'aurait paru de loin comme un trop fier présent ; Pourquoi sur ce front digne, à ce tour imposant,
Je rattachai si tard la grâce souveraine;
Et comment toujours pris aux buissons de la plaine,
Aux sentiers du vallon, à pas lents je montai
La colline de grande et sereine beauté ! —
Certes, c'était chez moi moins vertu que faiblesse.
La Muse, en me touchant, me baigna de mollesse;
Mon âpreté de sage, attiédie aux zéphirs,
Laissa du premier jour courir tous mes désirs ;
Ma raison oublia de régner davantage.
Ainsi c'était faiblesse, inconstance, partage,
Tendresse qui chantait quelque volage espoir,
Et ne savait, hélas ! lancer ni recevoir
L'étincelle rapide et de foudre mêlée,
D'où prend feu sur son char l'âme au ciel envolée.
Tout me vint de l'aveugle habitude et du temps.
Au lieu d'un dard au cœur, comme les combattants,
J'eus le venin caché que le miel insinue,
Les tortueux délais d'une plaie inconnue,
La langueur irritante où se bercent les sens :
Tourments moins glorieux, moins beaux, moins innocents
Mais plus réels au fond pour la moelle qui crie
Qu'une resplendissante et prompte idolâtrie ;
Un amour plus infirme en naissant, et plus dur A contenir ensuite au type chaste et pur (1) !...
Pourtant un jour (déjà bien près de deux années Avaient distrait sans but mes fautes entraînées ; Déjà j'avais en vers chanté ton Epoux-roi (2), Ton nouveau-né d'alors, mais rien encor sur toi), Un jour, comme j'entrais vers l'heure de trois heures, Chers instans consacrés et qu'aujourd'hui tu pleures, Il venait de sortir ; tu voulus, je m'assis ; Nous suivîmes longtemps je ne sais quels récits, Mais qui me tenaient moins que ta langueurchargée, Ta beauté si superbe et toute négligée, Laquelle encor baignant aux voiles de la nuit, Entr'ouvrait au soleil et la fleur et le fruit : Tel, en un val ombreux, sur la pente boisée,
(1) On sait les vers de Molière dans la Princesse d'Elide (acte I, scène I) :
Ah ! qu'il est bien peu. vrai que ce qu'on doit aimer, Aussitôt qu'on le voit, prend droit de nous charmer, Et qu'un premier coup d'oeil allume en nous les flammes Où le Ciel, en naissant, a destiné nos âmes ! et les suivants.
(2) "AvaÇ, au sens antique.
Un narcisse enivrant garde tard la rosée ;
Tel, aux chaleurs d'été, sur les étangs dormants,
Au pied des vieux châteaux peuplés d'enchantements,
Au sein des verts fossés, aux pleins bassins d'Armide,
Nage un blanc nénuphar dans sa splendeur humide.
J'osai voir, j'osai lire au calice cntr'ouverl ;
J'osai sentir d'abord ce parfum qui me perd ;
Pour la première fois, le rayon qui m'éclaire
Fit jouer à mes yeux un désir de te plaire,
Frêle atome tremblant, presque un jeu d'Ariel,
Mais devenu bientôt monde, soleil et ciel.
Ta beauté dans l'oubli dévoilait sa lumière.
Un moment, au miroir, d'une main en arrière,
Debout, tu dénouas tes cheveux rejetés :
J'allais sortir alors, mais tu me dis: Restez !
Et, sous tes doigts pleuvant, la chevelure immense
Exhalait jusqu'à moi des senteurs de semence (1).
Armée ainsi du peigne, on eut dit à la voir,
Une jeune Immortelle avec un casque noir (2).
(1) Iliade XIV, vers 174 et suiv., toilette de Junon.
(2) C'est à peu près le vers d'Alfred de Musset dans les Contes d'Espagne et d'Italie.
RgCIT 69
Telle tu m'apparus, d'un air de Desdémone,
0 ma belle Guerrière ! et toute ta personne
Fut divine à mes yeux. Depuis ce jour, tout bas...
Qu'est-ce ? j'allais poursuivre et dire les combats, Les désirs étouffés, les ardeurs et les larmes ; Mais, tandis qu'au récit trop plein de sombres charmes Lentement je reviens comme aux seuls biens cachés, A travers les ennuis de mes jours empêchés, Tandis que je reprends à de longs intervalles Le tissu déployé des tristesses fatales, Voilà que tout s'éclaire et tout change à la fois. Quelques printemps de plus ont embelli les bois Et préparé pour nous la charmille épaissie ; — Pour nous ! — car ta prison s'est enfin adoucie, Car lui, le dur jaloux, l'orgueilleux offensé, S'est pris au piège aussi d'un amour insensé. Il court après l'objet qui, nuit et jour, l'enlève ; Et nous, prompts à jouir de chaque courte trêve, Nous courons non moins vite aux bois les plus voisins, Comme en la jeune Idylle, ombrager nos larcins ; Si bien, qu'au frais retour de nos marches fleuries,
Au seuil, où nous entrons, des blanches laiteries, L'hôtesse, habituée à nous revoir tous deux, Sourit et semble dire : « Ah ! ce sont les heureux ! »
Printemps qui sitôt rachète Les mois perdus et les ans !
Fraîcheur facile et parfaite Au sortir des maux pesants !
Germes que la terre enfante, Désirs dont l'âme s'enchante, Après d'amères rigueurs !
Prompt oubli dans la vallée, Source en nous renouvelée, Rajeunissement des cœurs!
Hier la grêle et la tempête Sur nous roulaient en éclats ; Aujourd'hui nous avons fête Dans la plaine des lilas (1).
(1) Probablement Romainville.
La sève, un temps endormie, Partout monte, à mon Amie, Et va féconder l'été.
Tes pleurs coulent, même signe ; Comme les pleurs de la vigne, Ce n'est que luxe et beauté.
Combien tient-il de jeunesses Dans un seul cœur de mortel ? Combien de fois les promesses Nous font-elles arc-en-ciel ?
Jusqu'à ce que l'ombre règne Et que la vieillesse éteigne Ces flambeaux qu'Amour ornait ; Jusqu'à ce que le mystère De la tombe nous enserre Sous le gazon qui renaît !
(La date de cette fin, à partir du vers : Qu est-ce ? j'allais poursuivre... est postérieure au moment des pièces suivantes ; ces promenades à la Plaine des Lilas, à Romainville, doivent être du même temps à peu près que le Retour de Saint-Mandé, la pièce finale . )
IL EST ICI TOUJOURS... ^3
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