‹ Livre d'heures peintChapitre 2 sur 6 · I. JEAN FOUCQUET · texte numérisé non relu

I. JEAN FOUCQUET

RACE à une note inscrite, entre le ier avril 1488 et le 8 o (Sobre 1503, par un secrétaire du duc Pierre II de Bourbon, nommé François Robertet, à la fin d’un manuscrit fameux de la Bibliothèque Nationale de Paris, le tome ier d’une traduâion française des Antiquités Judaïques de Flavius Josèphe,* nous savons d’une manière formelle qu’une série de splendides miniatures duXVème siècle, contenues dans ce volume, eSt “de la main du bonpaintreet enlumineur du roi Loys Xlème, Jehan Foucquet, natif de Tours.”

Le nom de ce Jean Foucquet, peintre et enlumineur en titre du roi de France Louis XI, a été trop longtemps oublié en France. Cependant, il fut célèbre jadis, et plusieurs écrivains du quinzième et du seizième siècle l’ont cité comme un des grands noms de la peinture. En 1495, un des seigneurs delà suite de Charles VIII, décrivant l’habitation royale de Poggioreale, près Naples, trouve cette “maison de plaisance” plus délicieuse “ que le beau parler de maiStre Alain Chartier (célèbre poète français du XVème siècle),la subtilité de maiftre Jehan de Meun (auteur de la seconde partie du Roman de la Rose), et la main de Fouquet ne sauraient dire, escripre ni paindre.”f En 1503-4, un littérateur de profession, historiographe et poète ampoulé, qui vivait dans la maison de Marguerite d’Autriche et était spécialement chargé des rapports de cette princesse avec les artistes, Jean Le Maire de Belges, parle deux fois avec admiration de Jean Foucquet. Dans Ida Plainte du Désiré ouDéploration du Trépas de Mgr. Toys de Luxembourg,^ Jean Le Maire met en parallèle des artistes comme Léonard de Vinci, * Bibl. Nationale, manuscrit français 247. Pour tout ce qui concerne ce manuscrit, aujourd’hui complété à Paris de son tome 2 (formant le manuscrit 21.0 13 du fonds français des nouvelles acquisitions), consulter : Paul Durrieu, Les Antiquités Judaïques et le peintre Jean Foucquet, Paris, 1907 (certains exemplaires portent : 1908), in-folio, avec 27 planches hors texte, t Archives de l’art français, t. 1, p. 275.

Jlmprimée à la suite de la Légende des Vénitiens , du même auteur, Lyon, vers 1509, in-I2°, et Paris, 1512, in 40.

Gentile Bellini et Pérugin, avec des maîtres plus anciens, tels Que Marmion jadis de Valenciennes Ou que Fouquet, qui tant eut gloires siennes,

nommant immédiatement après eux Poyet (Jean Poyet, peintre miniaturiste très eStimé qui, en 1495 ou 1496, fut employé par la reine Anne de Bretagne à illustrer des “ petites heures ”), Roger (Van der Weyden), Hugues de Gand (Van der Goes) et Joannes (Memlinc) “ qui tant fut élégant.” On voit à quelle noble compagnie eSt associé Foucquet. Dans une autre composition poétique, faite en l’honneur de Marguerite d’Autriche et intitulée La Couronne margaritique , le même auteur donne une liste de grands peintres ; les deux premiers sont Roger Van der Weyden et notre Jean Foucquet :

Car l’un d’iceulx eStoit maiStre Roger,

L’autre Fouquet, en qui tout los s’emploie.

Viennent ensuite, dans la liste, Hugues Van der Goes, Dirk Bouts, Memlinc, Marmion et le “ roy des peintres,” Jean Van Eyck, avec quelques artistes dont la renommée s’eSt moins bien maintenue. Colin d’Amiens, Loys de Tournai, etc.* Jean Le Maire de Belges pouvait, d’ailleurs, parler de Foucquet en connaissance de cause, car Marguerite d’Autriche, sa protedrice, possédait une petite madone de la main de notre peintre, f

Un autre écrivain qui s’eSt occupé de choses d’art, Jean Pèlerin, dit Le Viateur, chanoine de Toul, né vers 1445, dans la troisième édition de son traité De artificiali perspettiva, parue en 1521, cite aussi Foucquet parmi les peintres “décorans France, Almaigne et Italie,” nommant avec lui, entre autres maîtres, Poyet, Colin d’Amiens, Mantegna, le Pérugin, Léonard de Vinci, Hugues Van der Goes, Lucas de Leyde, Raphaël et Michel- Ange. J:

Mais avant ces auteurs, qui écrivaient de 1495 à 1 5 21, d’autres personnages, dont le témoignage e& encore plus intéressant parce qu’ils furent contemporains de Foucquet, ont aussi parlé de lui en termes admiratifs.

Le premier eft le célèbre architede et sculpteur florentin Antonio Averulino ou Averlino, dit Filarete. Dans un traité d’architedure rédigé entre 1460 et 1464 et adressé au duc de Milan, Francesco Sforza, Filarete s’occupe de rechercher des grands peintres susceptibles de décorer une cité idéale, dont il établit le projet. “Je redoute. Seigneur, écrit-il à Sforza, qu’il ne faille attendre, car il y a ici disette de maîtres qui soient bons.” Et il déplore les morts prématurées ou récentes de Masaccio, Masolino, Fra Angelico, Domenico Veneziano, Pesellino, Andrea del CaStagno. “ C’eSt pourquoi, ajoute-t-il, je redoute qu’il ne soit difficile d’avoir d’excellents peintres. ... Il faudrait voir si dans les pays d’outre monts, il ne s’en trouverait pas. Il y en avait bien

* Jean Le Maire de Belges, Les Illustrations de Gaule et singu/aritez de Troye, suivies de : La Couronne margaritique ,é ditiondeLyon, 1 549, in-folio, p. 399 des Illustrations , et p.70 de La Couronne.

t L’inventaire de Marguerite d’Autriche, dressé en 1516, signale en effet : “ Un petit tableau de Nombre Dame, bien vieulx, de la main de Foucquet, ayant eftuy et couverture.” Le Glay, Correspondance de l’empereur Maximilien 1er et de Marguerite d' Autriche, publiée pour la Société de P Histoire de France, Paris, 1839, 2 vol. in-8°, t. 2, p. 481.

J Jean Pèlerin, op. cit., vers imprimés sur le titre de l’édition de 1 521. Cf. Anatole de Montaigi.on , Notice historique et bibliographique sur Jean Pèlerin , dit Le Viateur, Paris, 1861, in-8°, avec fac-similés, p. 59-74.

un de la plus grande valeur qui s’appelait maître Jean de Bruges (Jean Van Eyck), mais lui aussi eSt mort. Il me semble qu’il doit y avoir encore un autre maître, Roger (Van der Weyden), qui eSt bien doué. Il y a encore un Foucquet, français* * * § ; s’il vit encore, c’eSt un bon maître, surtout pour les portraits d’après nature. Il a fait à Rome le pape Eugène avec deux des siens auprès de lui, qui, en vérité, semblent proprement vivants. Il les a peints sur une toile qui a été placée dans la sacristie de la Minerve. Je le dis parce qu’il les a peints de mon temps. ”f

Le second personnage du quinzième siècle qui intervient à propos de Foucquet eft un autre Florentin, Francesco Florio, probablement homme d’église, qui a résidé à Tours. Celui-ci, dans une lettre adressée à un de ses amis de Rome, mentionne les belles choses que l’on pourrait voir à Tours en l’année 1477. $

A cette occasion, il témoigne la plus vive admiration pour des peintures de Foucquet, qui se trouvaient dans l’église Notre-Dame-la-Riche. “ Là, dit-il, je compare les images des saints des temps anciens avec les modernes, et je réfléchis combien Jean Foucquet§ l’emporte par son art sur les autres peintres de tous les siècles. Ce Foucquet dont je parle eêt un homme de Tours, qui, plus habile de beaucoup pour la peinture, a surpassé, non seulement les peintres de son temps, mais tous les anciens. Que l’antiquité vante Polygnote ! Que d’autres exaltent Apelles ! Pour moi je serais heureux si je pouvais trouver des mots pour célébrer dignement les produirions admirables du peintre de Tours ! Pour que tu ne croies pas que je poétise, tu pourras, dans notre église de la Minerve, savourer quelque chose de l’art de ce peintre, en allant regarder le portrait du pape Eugène, peint sur toile, qu’il n’a fait pourtant que dans sa jeunesse et dont il a réussi cependant à donner une telle image par sa vision pénétrante. N’en doute pas, car je t’écris la vérité, ce Foucquet eSt capable de créer par son pinceau des visages vivants et d’imiter presque Prométhée lui-même.”ll

Les deux textes que nous venons de citer parlent d’un portrait du pape Eugène (et il faut entendre ici le pape Eugène IV) qui avait été peint à Rome par Jean Foucquet, et se conservait dans l’église de la Minerve. Ce portrait était encore célèbre au seizième siècle. Il a valu au peintre tourangeau l’honneur d’être cité par Vasari, l’auteur des fameuses Vies des peintres italiens. Dans sa première édition, parue en 1550, Vasari raconte qu’au moment de la mort de Simone, frère de Donatello, “ arriva à Rome Giovanni Fochetta, peintre très célèbre, qui peignit à la Minerve le pape Eugène, qu’on

* Le nom de l’artifle a été déformé, dans les manuscrits du traité de Filarete, en Giachetto ou Grachetto ; mais le témoignage de F rancesco Florio, rapporté ci-dessous et qui parle du même portrait du pape Eugène IV, ne laisse aucun doute sur l’identité du maître signalé par Filarete avec Jean Foucquet. — Cf. Anatole de Montaiglon, Je an Fouquet et son portrait du pape Eugène IF , dans les Archives de l'art français, 2ème série, t. I (Paris 1861, in 8°) p. 454-468 ; et le Dr. W. Von Oettingen, dans son édition du traité de Filarete, Vienne (Wien), 1890, in-8° (dans la colleétion des Quellenschriften zur KunStgeschichte und Kunsltechnici des Mittelalters und Neuzeit, neue Folge, III Band), p. 716

f Antonio Averlino Filarete, édition de son traité d’architeélure donnée par le Dr. W. Von Oettingen, p. 307.

% Cf. Georges Lafeneflre, Jehan Fouquet, Paris, 1905, in-40, chapitre III, p. 21-29.

§ Le texte latin porte : Johannes Fochetus.

|| Francisco Florii, florentins, ad Jacohum Tarlatum CaSlellionensem, de probatione Turonica. Imprimé pour la première fois par Salmon, d’après les papiers de Dom Martène, dans les Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. 7 (1855), p. J05.

tint à cette époque pour une très belle chose, et qui se lia beaucoup avec Antonio Filarete.”* Dans la deuxième édition des Vies des peintres, le fait eSt rapporté sous une forme un peu différente. “ Peu de temps après la mort de Simone, le Filarete, revenu à Rome, mourut à soixante-neuf ans. Il fut enterré dans l’église de la Minerve, où il avait fait peindre le portrait d’Eugène IV à Giovanni Foccota, peintre très loué, pendant que lui, Filarete, demeurait à Rome au service de ce pape.”f

Le pape Eugène IV eft mort le 23 février 1447. C’eSt donc antérieurement à cette date que Filarete a pu être à son service et faire peindre son portrait par Foucquet. Dans sa première édition, Vasari ajoute encore que la liaison de Foucquet avec Filarete ne dura pas parce que, à la suite d’un souper que les deux artistes firent ensemble à la campagne, Filarete fut pris d’une dysenterie qui l’emporta. Cette mort eut lieu en 1469 ou 1470. Il semblerait donc que Foucquet fut revenu une seconde fois en Italie postérieurement à 1447, car, en résumant plus loin ce qu’on peut savoir de l’existence de Jean Foucquet, nous verrons qu’on le retrouve, dans l’intervalle, travaillant en France. L’hypothèse d’un second voyage de Foucquet en Italie ne serait pas, à tout prendre, absolument inadmissible. Toutefois, il faut remarquer que cette indication de la présence de Foucquet auprès de Filarete, à l’époque de la mort de celui-ci, ne se rencontre que dans la première édition de Vasari et qu’elle a été supprimée dans la deuxième, ce qui donne à penser que Vasari lui-même, après avoir d’abord admis le fait, l’a plus tard considéré comme incertain, sinon même erroné.

Parmi les témoignages anciens, constatant la célébrité de Foucquet, mis par écrit de son temps, ou durant une période relativement voisine de sa vie, il faut encore ranger la note, que je rappelais au début de ce travail, apposée entre 1488 et 1503 à la fin du tome ter des Antiquités Judaïques, qui appartenait alors au duc Pierre II de Bourbon, par le secrétaire de ce prince, François Robertet. Robertet atteste qu’une partie des miniatures du volume J sont “ de la main du bon paintre et enlumineur du roy Loys Xlème, Jehan Foucquet.” L’expression de “bon paintre” semble relativement froide à côté des éloges enflammés de Francesco Florio. Néanmoins, le fait même que ces quelques mots ont été tracés, au plus tard au début d’octobre 1503, et peutêtre même dès une époque voisine de 1488, eSt extrêmement significatif. En effet, dans les habitudes du temps, c’était chose absolument exceptionnelle en France, et même anormale, qu’une personne autre que l’artiste en personne prit soin d’inscrire sur un manuscrit le nom du miniaturiste qui avait travaillé à illustrer le volume. Pour que Robertet ait cru devoir déroger sur ce point aux usages, il fallait que le nom de

* “ Capito in queSto tempo a Roma Giovanni Fochetta, assai celebrato pittore, che fece nella Minerva il Papa Eugenio, tenuto in quel tempo cosa bellisima, et dimeStico se assai con Antonio (Filarete).” Giorgio Vasari, Le vite de’ piu excellents architetti, pittori etscultori italiani, édition de *55°. t. i,p. 359-

f Vasari, Vite, édition Sansoni, avec notes de G. Milanesi, t. 2, p. 461. Montaiglon a très bien expliqué comment le nom de Fochetta, donné dans la première édition de Vasari, eSt devenu, dans les éditions postérieures, Foçcota et même Foccora.

f Les trois premières miniatures avaient été peintes avant le milieu de l’année 1416 pour le duc Jean de Berry, premier possesseur du volume. Les suivantes furent ajoutées par Foucquet après que le manuscrit fut arrivé, par héritage, à Jacques d’ Armagnac, duc de Nemours, arrière-petit-fils, en ligne féminine, du duc Jean de Berry. — Sur cette question, voir P. Durrieu, Les Antiquités Judaïques et te peintre Jean Foucquet, chapitre III.

Jean Foucquet fut un très grand nom, et que lui-même, Robertet, éprouvât une vive admiration pour ce maître.*

En 15 j6,unavocat tourangeau, Jean Brèche, dans un Livre de Droit, mentionne encore J ean Foucquet et ses deux fils, Louis et François, mais d’une manière très brève, et qui n’eft même pas très favorable à “ ces Foucquets,” placés par lui bien au-dessous de Jean Poyet.f

Puis le silence se fait, et le nom du bon peintre et enlumineur du roi Louis XI eSt totalement oublié. C’eft tout au plus si, en 1739, dans un Mémoire historique sur la Bibliothèque duroy,% rédigé d’après les notes de Boivin le Cadet par l’Abbé Jourdain, on signala, sur la foi de la note de Robertet, que, sous Louis XI, “il y avait aussi un enlumineur en titre, nommé Jehan Foucquet, de Tours, dont l’habileté paraît surtout dans les tableaux historiques du manuscrit des Antiquités Judaïques de Josèphe.

Il faut arriver au dix-neuvième siècle pour voir les érudits et les critiques commencer à se préoccuper de nouveau de notre maître. En 1 8 1 8, un historien tourangeau, L. C. Chalmel, fait une place à Foucquet, dans ses Tablettes chronologiques ... de TouraineW Chalmel ne se borne déjà plus, comme source d’information, à l’indication donnée par la note de, Robertet sur le Josèphe de la Bibliothèque Nationale, ms. français 247. Il connait, d’après les papiers de Dom Martène, le texte de Francesco Florio et lui emprunte 1 histoire du portrait du pape Eugène IV, dont il place l’exécution en 1443.

Cependant, chose curieuse, c’eSt peut-être par une œuvre relevant avant tout de la littérature que le nom de Jean Foucquet commença à reconquérir sa faveur auprès du grand public. Un chef d’escadron d’etat-major, le baron de Crespy-le-Prince, un de ces officiers amis des Arts et de l’Histoire, comme la France en a souvent vu naître, qui était d’ailleurs peintre lui-même et élève de David, s’éprit d’admiration pour les miniatures de Foucquet contenues dans le Josèphe. Il rêva de reproduire la série de ces miniatures. En attendant, il fit du maître Tourangeau le principal personnage d’une nouvelle de Style romantique intitulée : Fa Bille de Foucquet , qu’il publia en 1834, dans un recueil périodique à l’usage des gens du monde. 51 Cette nouvelle, dans laquelle on sent l’influence du Quentin Durward de Walter Scott, eSt à la fois très romanesque et très enfantine dans ses données. Elle contient des anachronismes tout à fait amusants.

* Ajoutons que François Robertet a pu connaître personnellement Jean Foucquet. Il était fils de Jean Robertet, greffier de l’Ordre de Saint-Michel. Or, on verra plus loin que, d’après un document d’archives, Jean Roberteta dû forcément se trouver en relations direétes avec Foucquet, vers l’époque de la création de l’Ordre de Saint Michel en 1469.

f Parlant des célébrités ayant habité la Touraine, Jean Brèche nomme : “ Inter piétores, Johannes Foucquettus atque ejusdem filii Lodoicus et Franciscus. Quorum temporibus fuit et Johannes Poyettus, Foucquettiis ipsis longe sublimior optices et piéturae scientia.” — Johannis Brechaei , Turoni jurisconsulte, ad titulum Pandectarum “ de verhorum et rerum significatione ” commentant. Lyon, 1556, in-folio, p. 410.

f Inséré en tête du Catalogue des livres imprimés de la Bibliothèque du roy. Théologie , t. 1, Paris, 1739, in-folio.

§ P. VII du volume mentionné à la note précédente.

|[ Tablettes chronologiques de l’hiïioire civile et ecclésiastique de Touraine , Tours, 1818, in-8°, p. 196 ; cf. du même auteur Histoire de Tour aine, Tours, 1828,4 vol. in-8°, tome4, àla Biographie des Tourangeaux célèbres, p. 186.

TI France et /taïr, recueil périodique publié à Paris, chez Fournier &Cie. N ° de décembre 1834: — La Fille de Foucquet a été réimprimée, au tome I, p. 203-245 de l’ouvrage : Chroniques sur les Cours de France, Paris, 1843, 2 vol. in-8”.

A un certain moment, deux des personnages de la Cour de Louis XI se mettent à parler des poèmes d’Ossian ! Néanmoins, il y a des traits qui sont fondés sur des faits réels. J’y ai même trouvé une indication qui m’a beaucoup étonné. Je croyais bien avoir été le premier à mettre en lumière, dans un travail datant de 1 890, et d’après l’examen critique des documents d’archives, que Jean Foucquet avait dû certainement être en relations avec Jean Robertet, greffier de l’Ordre de Saint-Michel, et père du François Robertet qui a écrit la note sur le Josèphe de la Bibliothèque Nationale. J’ai constaté après coup que le Baron de Crespy le Prince avait déjà connu, ou du moins soupçonné, ces relations entre Foucquet et Robertet. A un certain endroit de sa nouvelle, il met en scène le roi Louis XI, qui cause dans la plus grande intimité avec Jean Foucquet. Le roi se préoccupe de bien loger son peintre favori et lui dit textuellement : “ Je veux que tu sois le mieux possible. J e donnerai moi-m ême un coup d’œil à ton appartement. Il sera commode, spacieux. Tu pourras y recevoir à coucher ton ami Robertet et sa famille.”

Comment le chef d’escadron d’état-major était-il ainsi éclairé sur certains points ? Nous le savons par l’aveu même d’un érudit qui avait fourni des indications. Cet érudit n’eft autre que le Comte Auguste de BaStard d’EStang, amateur passionné des manuscrits à miniatures, qui se consacra, pendant la majeure partie de sa vie, à l’entreprise d’une publication colossale, restée malheureusement inachevée, sur des Peintures et Ornements des Manuscrits.*

C’eSt à ce Comte Auguste de BaStard que revient l’honneur d’avoir véritablement remis en pleine lumière la supériorité du talent de Jean Foucquet. La mort avait frappé le Baron de Crespy le Prince. Dès 1834, le Comte de BaStard reprit l’idée, qu’avait eue celui-ci, de publier les miniatures du Josèphe. Il ne put seulement qu’en donner six, dans son grand ouvrage des Peintures et Ornements des Manuscrits, \ reproduites en couleurs, d’une façon digne d’éloges, mais beaucoup trop coûteuse pour l’exécution.

Il se proposait cependant de publier l’œuvre entière du maître. Cette intention eSt exprimée dans une lettre adressée à Paulin Paris, et que ce dernier a imprimée en 1838J;. Dans cette lettre, des plus remarquables, le Comte de BaStard apprécie la valeur du maître de Tours, avec une clairvoyance et une sûreté de jugement qu’il a fallu soixante ans pour faire définitivement triompher. “Digne précurseur de Léonard de Vinci, d’Albert Dürer, d’Holbein et de Raphaël, écrivait-il à Paulin Paris, Foucquet prend un vol si élevé qu’on doit lui donner une place parmi ces grands maîtres et le nommer désormais avec eux.”

Après le Comte de BaStard et Paulin Pâris, toute une pléiade d’érudits sont venus tour à tour défendre et établir sur des bases de plus en plus solides la renommée de Foucquet. Parmi eux, il convient de citer, en première ligne : pour la France, le Marquis Léon de Laborde, membre de l’InStitut, dont l’immense érudition se doublait d’un esprit si pénétrant, père du Comte Alexandre de Laborde, lui aussi membre de l’InStitut, qui se consacre aujourd’hui avec tant de généreuse ardeur à la mission de contribuer à faire mieux connaître les plus beaux manuscrits à peintures du monde entier ; et, pour les pays autres que la France, G. F. Waagen, en qui nous devons * Sur la vie et l’œuvre du Comte Auguste de Bavard, consulter : Léopold Delisle, Les Cosleüions de BaSiard d'Eüang à la Bibliothèque Nationale, Nogent-le-Rotrou, 1885, in-8’.

f L. Delisle, Les Colleaions de BaStard, p. 256, Nos. 255b à 257b, de l’énumération des planches exécutées, ou préparées, pour l’ouvrage du Comte de Bastard.

f Paulin Pâris, Les Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, Paris, 1836-1848, 7 vol. in-8°, tome 2 (1838), p. 261-268 et 292, pour ce qui concerne Jean Foucquet.

saluer, sur la question des œuvres de Foucquet, un des ouvriers de la première heure s’étant montré le plus perspicace.

Cependant la pensée d’une publication générale des miniatures de Jean Foucquet, qu’avaient caressée le Baron de Crespy le Prince et le Comte Auguste de BaStard, n’était pas perdue de vue. L’éditeur Curmer reprit l’idée et acheva de faire paraître à Paris, en 1866-1867, deux volumes in-40, richement illustrés de chromolithographies en couleurs, portant ce titre : l’Oeuvre de Jehan Foucquet.

Entre le moment où le Comte de BaStard avait projeté de reproduire les peintures de Foucquet et l’année où Curmer réalisa le projet, différents auteurs, en dehors du Marquis Léon de Laborde et de Waagen, avaient parlé du Maître de Tours ; tels : le ComteHorace de Viel-CaStel, Vallet de Viriville, Charles Louandre, Ferdinand Denis, Anatole de Montaiglon, Charles Blanc, Jules Labarte, etc. Peu à peu, le nom de Jean Foucquet sortait de l’ombre. Il devint presque populaire lorsque l’apparition de l’ouvrage de Curmer eut suscité, dès le début de la publication, de nombreux et chaleureux commentaires. Saint René Taillandier, Paul de Saint- Viftor, Henry de Riancey, ErneSt Chesneau, Edouard de Barthélemy, Philippe Burty, Octave Lacroix, et jusqu’à des critiques dramatiques, comme Jules Janin et Francisque Sarcey, employèrent leur plume à célébrer, dans la presse périodique, la gloire du vieux maître français, dont ils cherchèrent à faire revivre et à propager l’antique réputation. Plus tard, de nombreux érudits ou historiens de l’art s’occupèrent à leur tour de Jean Foucquet ; Léopold Delisle, dès 1868, Paul Viollet, Charles de Grandmaison, Giraudet, Georges Duplessis, Courajod, Henri Bouchot, Paul Le Prieur, Georges LafeneStre, F. A. Gruyer, Paul Vitry, Jean-J. Marquetde Vasselot, Henry Yates Thompson, Sir George Warner, Mrs. Mark Pattison (plus tard Lady Dilke), Georges Hulin De Loo, Max J. Friedlander,* Wilhelm Lübke,f Henry Martin J Emile Mâle,§ J. A. Herbert, || bien d’autres encore, dont la liste serait trop longue à donner ici au complet. Et tout en m’excusant de me nommer moi-même, je me permettrai de rappeler que, depuis plus de trente ans, j’ai consacré à Jean Foucquet, et à ce qui concerne la question de ses œuvres, toute une série d’études et publications, parmi lesquelles deux importants volumes accompagnés de planches hors texte en héliogravure.

Les divers écrivains qui se sont occupés de Foucquet se sont naturellement attachés à relever les renseignements que les documents d’archives peuvent donner sur le maître. Ceux-ci, malheureusement, se réduisent à un petit nombre de mentions, pour la plupart très sommaires.

Jean Foucquet, nous l’avons vu par la note de Robertet à la fin du Jos'ephe, était natif de Tours. De son enfance et de son éducation, nous ne savons rien par les textes. En 1818, Chalmel a formulé une hypothèse d’après la lettre de Francesco Florio qui indique que Foucquet était jeune quand il peignit le portrait du pape Eugène IV.

* On trouvera la bibliographie détaillée des travaux ou des articles consacrés à Jean Foucquet par les auteurs que je cite ici, depuis le Comte de Baftard, Paulin Pâris, le Marquis de Laborde et W aagen, j usqu’à Max F riedlander, dans mon grand volume sur Les Antiquités Judaïques et le peintre Jean Foucquet, p. II 9- 125.

f Geschichte der Renaissance in Frankreich, Stuttgard, 1886, in-8°, p. 9 et suiv.

X Les Miniaturistes français, Paris, 1 906, in-8 °, et son récent travail sur Les Fouquet de Chantilly , dont nous reparlerons plus loin.

§ L’art religieux de la fin du Moyen-âge en France, Paris, 1908, in-40

|| llluminated Manuscripts, Londres (1911), gr in-8°, p. 266 et 277 à 283 ; et planche xliî

Estimant que ledit portrait avait été exécuté en 1443, supposant d’autre part que l’artiste pouvait avoir alors de 2 1 à 22 ans, Chalmel eSt arrivé à conclure que Foucquet avait dû naître vers 1420. Cette supposition de Chalmel a été souvent répétée ; mais on voit quel caraâère d’incertitude elle présente.

Ce qui reste certain, c’eSt que Foucquet a été à Rome, où il s’eSt rencontré avec Filarete ; qu’il a été appelé à l’honneur de peindre dans la Ville Eternelle un portrait du pape Eugène IV, qui a fait sensation par son caraâère de vérité et de vie; enfin, qu’au moment où il fixait sur la toile les traits du Souverain Pontife, il était encore dans sa jeunesse, “in ipsa adhuc juventa exiStens,” suivant l’expression même de Francesco Florio. Anatole de Montaiglon, dans un travail très bien fait, s’eSt efforcé de préciser la date d’exécution de ce portrait d’Eugène IV. Il a démontré que l’œuvre n’avait pu être peinte par Foucquet qu’entre 1443 et les premières semaines de 1447.*

Combien de temps Foucquet demeura-t-il en Italie ? A quelle époque revint-il en France ? Nous l’ignorons complètement à l’heure présente. Pour retrouver, dans un document écrit, la trace du maître, il nous faut franchir un intervalle de quatorze ans depuis la mort d’Eugène IV et descendre jusqu’à l’an 1461.!

Le 22 juillet de cette année 1461, le roi Charles VII mourait près de Bourges. Suivant les traditions de la Cour de France, il fallait exécuter une effigie du souverain défunt. La tête du cadavre de Charles VII fut à cette intention moulée par un sculpteur nommé Pierre de Hennes ou Hannes. Celui-ci s’en alla ensuite, avec son moulage, de Bourges à Paris où, dit un texte d’archives, “ il pensait trouver Foucquet le peintre.”

La même année 146 1 , le successeur de Charles VII, le roi Louis XI, devait faire son entrée à Tours. La ville se prépara à le recevoir dignement. On se préoccupa d’abord de faire faire un dais pour abriter le roi. Foucquet fut appelé à donner son avis à ce sujet et l’on se rangea à son opinion, qui était de faire le dais bleu, brodé au milieu d’un soleil d’or contenant les armes royales et semé d’L couronnés, avec des parties en blanc et rouge, des franges d’or et des anges aux quatre coins. On projeta aussi de célébrer l’évènement par des représentations théâtrales, “ farces et mystères par personnages.” Trois artistes furent chargés de diriger les préparatifs : Foucquet, le sculpteur Pierre de Hennes et un architeâe nommé Simon Chouain. Us se mirent à l’œuvre pour arrêter “ certains devis de chafauds (c’eSt-à dire, échaffauds ou estrades), mystères et farces à la venue et entrée nouvelle du roy noStre sire.” Mais le proj et ne se réalisa pas. Pendant que le roi était à Amboise, on eut l’idée de le faire consulter par le bailli de Tours et messire Pierre Bérard, pour savoir s’il prendrait réellement plaisir à ces “ fainctes et miStères faiz en chafauds.” A quoi Louis XI répondit, “que non, et qu’il n’y prenoit nul plaisir.” En conséquence, les préparatifs furent arrêtés. Il restait seulement à indemniser Foucquet et ses collaborateurs du temps qu’ils avaient déjà consacré à l’ouvrage ; à cet effet, les échevins de Tours leur allouèrent, par délibération du 25 septembre, 1461, une somme de cent sols tournois. On remarquera que, dans les textes qui nous ont transmis ces indications, notre artiste eSt simplement nommé : Foucquet le peintre.

* Anatole de Montaiglon, 'Jean Foucquet et son portrait du pape Eugène IF, paru d’abord dans les Archives de T Art français, 2ème série, t. I (Paris, 1861, in-8°), p. 454-468, et réimprimé dans FŒuvre de Jehan Foucquet, de Curmer, t. 2, p. 27-37.

f Pour l’origine individuelle de chacun des documents d’archives qui vont être cités et analysés dans ce qui suit, se reporter à mon livre sur Les Antiquités Judaïques et le peintre Jean Foucquet, p. 87-89.

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Ce n’est donc pas avant le cours du règne de Louis XI qu’il reçut ce titre de peintre du roi, dont nous allons le voir paré ultérieurement.

Par ordonnance royale du ier août 1469, Louis XI institua l’Ordre de Saint- Michel. Cette création entraîna l’exécution de plusieurs morceaux de peinture. L un d eux eSt une miniature placée en tête d’un exemplaire des Statuts de l’Ordre dont nous reparlerons au chapitre suivant. Les autres consistaient en tableaux. Ces tableaux, qui ne sont malheureusement pas autrement précisés, furent exécutés par jean Foucquet. On lit, en effet, dans le compte de maître André Briçonnet, pour treize mois entiers commençant le ier octobre 1470, la mention suivante: “A Jehan Foucquet, peintre, la somme de LV livres tournois pour XL escuz d’or, laquelle le roy noStredit seigneur lui a ordonné et fait bailler comptant, le XXVL jour dudict mois de décembre, sur ce qu il luy pourra eStre deu pour la façon de certains tableaux que ledit seigneur lui a chargez faire pour servir aux chevaliers de l’Ordre de Saint-Michel, nouvellement prinse par iceluy seigneur, pour ceci . L.V., lt.”

Dans le cours de cette année 1469, qui vit la création de l’Ordre de Saint-Michel, un document nous montre Foucquet à Tours, prenant part, le 4 oâobre, à une sorte de réunion générale des bourgeois de la ville.

En 1472, Foucquet fut chargé par la duchesse d’Orléans, Marie de Clèves, veuve de Charles d’Orléans, le poète, de faire “ certaines histoires, tourneure et enlumineure d’or et d’azur en unes Heures,” autrement dit d’exécuter pour elle un livre d’Heures avec miniatures. Pour s’entendre avec la princesse à ce sujet, Foucquet dut aller de Tours à Blois ; et pour sa peine la duchesse lui alloua 110 sous tournois, qui furent payés au peintre le 20 juillet 1472.

S’il faut en croire un document qui se serait trouvé jadis dans la colleétion Benjamin Fillon, Foucquet, avant le jour de la Pentecôte 1474, aurait encore peint et doré un autre livre d’Heures pour un personnage resté à juste titre célèbre, Philippe de Commines. Pour son salaire, il aurait reçu 23 écus, dont 16 payés le 29 mai 1474, et le solde plus tard.

Malheureusement, il n’eSt pas du tout certain que le document de Benjamin Fillon ait réellement existé. En tout cas, il a disparu sans laisser de traces. On doit vivement le regretter, car parmi les livres d’Heures que j’énumérerai dans mon second chapitre, et qui me semblent contenir des miniatures de Foucquet ou de son atelier, il en eSt un qui, sur une de ses peintures, pourrait bien montrer le blason de Philippe de Commines, ce qui serait en harmonie avec l’hypothétique document.

Certains auteurs prétendent que Foucquet aurait exécuté aussi un livre d’Heures pour Jean Moreau, valet de chambre de Louis XI et bourgeois de Tours. Mais cette assertion doit être rejetée, car elle repose sur une fausse interprétation de la pièce que Benjamin Fillon affirmait posséder et qui se serait rapportée au livre d’Heures destiné à Philippe de Commines.

En 1474, nous retrouvons Foucquet en relations avec Louis XI. Ce roi fut très préoccupé de préparer de son vivant le tombeau qui devrait un jour recevoir sa dépouille mortelle. Il demanda des proj ets à trois artistes, au sculpteur Michel Colombe, à notre Foucquet, et à un autre peintre, également très célèbre en son temps. Colin d’Amiens. Un compte de l’année 1474 nous apprend, à ce sujet, que Colombe avait fait, pour la tombe du roi, un petit modèle ou patron “ taillé en pierre ” et que “ Jehan Foucquet, peintre à Tours,” reçut 22 livres “ pour avoir tiré et peint sur parchemin un autre patron pour semblable cause.”

C’eSt vers cette même date que Foucquet paraît être entré définitivement dans la Maison du Roi. En effet, le compte de 1474 l’appelle encore simplement ^ peintre à Tours, tandis qu’en 1475, d’autres comptes royaux portent cet article : “ A Jehan Foucquet, peintre du roy, pour entretenir son estât.” Ce titre officiel de peintre du roi, mentionné dans le compte de 1475, corrobore l’indication semblable donnée par la note, que nous avons transcrite au début de ce chapitre, du Josephe de la Bibliothèque Nationale.

En 1476, Foucquet fit pour la ville de Tours un dais qui servit a 1 entree solennelle d’Alphonse V, roi de Portugal, et reçut de ce chef, au mois de septembre, en payement de son travail, 12 livres tournois.

En 1477, Francesco Florio parle de Foucquet comme d’un maître encore vivant. Mais le 8 novembre 1481, l’artiste était mort ; car un aveu, rendu à cette date par le chambrier de la collégiale de Saint-Martin de Tours au trésorier de cette collégiale, mentionne seulement : “ la veufve et héritiers de feu Jehan Foucquet, peintre.’’

Jean Foucquet laissait deux fils, Louis et François, qui, eux aussi, s’adonnèrent à l’art de lapeinture. Mais d’après le témoignage de ce Jean Brèche, avocat deTours, dont j’ai parlé plus haut, ces deux fils paraissent n’avoir eu qu’un talent médiocre. D’ailleurs, on ne sait absolument rien de certain sur eux ; et si l’on a parfois proposé de reconnaître François Foucquet dans un certain “ egregius piâor Franciscus,” cité dans une lettre de l’écrivain Robert Gaguin, datée de 1473, cette assimilation n’a que la valeur d’une pure hypothèse, et d’une hypothèse qui, je l’avoue, me paraît très hasardeuse.

En dehors des pièces d’archives, il nous reste, comme document relatif à Foucquet, la note de François Robertet, inscrite à la fin du tome 1 du Josèphe. Cette note atteste que c’est Jean Foucquet qui a complété l’illuStration du volume. D’autre part, ce travail d’achèvement a été fait pour Jacques d’ Armagnac, duc de Nemours. FoucqueJ a donc été employé sûrement par ce prince, qui fut grand amateur de manuscrits à peintures et en avait réuni une admirable colleélion.*

Jacques d’Armagnac, né en 1433, titré duc de Nemours en 1465, eut un deftin tragique. En 1476, le roi Louis XI le fit arrêter au château de Carlat, conduire prisonnier à Vienne en Dauphiné, puis au château de Pierre-Encise et finalement à la Bastille. Traduit devant le Parlement de Paris, le malheureux prince fut condamné à, mort comme rebelle et décapité le 4 août 1477. Par conséquent, si Foucquet a travaillé pour le duc Jacques de Nemours, comme le fait eSt certain, ce ne peut être qu’avant l’époque où commença, en 1476, la ruine du duc Jacques.

Ici s’arrêtent les indications que nous donnent les documents contemporains ou les textes remontant à une date encore relativement voisine de l’époque où a vécu Jean Foucquet.

On a tenté de compléter cette biographie par inductions et hypothèses. Les hypothèses, quand elles ont un point de départ sérieux et qu’elles sont déduites avec logique, sont licites. Mais il faut avoir soin de les donner pour ce qu’elles sont, et de ne pas se laisser entraîner trop facilement à prendre pour vérités démontrées ce qui n’eêt encore qu’hypothèse.

Or, l’imagination de certains auteurs, en ce qui touche à Jean Foucquet, a été parfois un peu plus loin qu’il ne convenait et la légende e£t venue se mêler à l’hiftoire réelle, f

* P. Durrieu, Les Antiquités Judaïques, p. 13-14.

f P. Durrieu, La légende et l’histoire de Jean Foucquet, Paris, 1907, in-8° (extrait de l'Annuaire — Bulletin de la Société de l’ Histoire de France).

Ainsi, la plupart de ceux qui ont prétendu raconter la vie de l’artifte de Tours ont accordé, dans leurs récits, une place de premier plan à un haut fonctionnaire de l’époque, Etienne Chevalier. Etienne Chevalier aurait été le principal protecteur de Foucquet, devenu, a-t-on écrit, “ son maître préféré.” En réalité, ce rôle attribué à Etienne Chevalier n’eft attesté par aucun document écrit du temps. Etienne Chevalier a bien possédé un superbe livre d’Heures, sur lequel nous aurons à revenir, et dont il paraît très probable — en ce qui me concerne, je n’hésite pas à dire : indubitable, quoiqu’il n’y ait pas à cet égard de preuve formelle — que les miniatures ont été peintes par Foucquet. Je crois aussi, quoique toujours sans preuve documentaire, qu’un portrait d’Etienne Chevalier, de grandeur naturelle, aujourd’hui au Musée de Berlin, eft de la main de Foucquet. Foucquet paraît donc bien avoir compté effedivement Etienne Chevalier parmi ses clients. Mais, pour faire de ce dernier le grand protedeur de Foucquet, on s’est appuyé sur cet autre argument, donné comme péremptoire, que Foucquet, en dehors du livre d’Heures, aurait encore illustré de miniatures pour Etienne Chevalier un célèbre manuscrit de Boccace conservé à Munich. Or, j’ai démontré que le Boccace de Munich n’avait été aucunement exécuté pour Etienne Chevalier, mais bien pour un personnage différent : le contrôleur des finances Laurens Gyrard. Cela diminue singulièrement la valeur scientifique des théories échaffaudées relativement à l’ampleur des rapports de Foucquet avec Etienne Chevalier.

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L’ENSEMBLE DES MINIATURES CERTAINEMENT PEINTES PAR JEAN FOUCQUET, OU QUI PEUVENT LUI ÊTRE ATTRIBUEES AVEC GRANDE

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