‹ Livre d'or des Franco-américains de Worcester, Massachusetts [microforme]Chapitre 12 sur 159 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Elan nouveau.—Nouvelle manière de fêter la Saint-Jean-Baptiste, ou Le 24 Juin 1870 à Notre-Dame.—Offrandes généreuses affluant de tous côtés.

Si l’on veut tenir compte des circonstances déjà indiquées, et des dépenses nécessaires que réclament tous les jours les conditions d’une église nouvelle, l’on imaginera facilement que les paroissiens de Notre-Dame ne fussent pas tentés, malgré les choses déjà accomplies, de considérer comme superflus de nouveaux efforts pour l'avenir.

A l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste, le curé de Notre- Dame proposa, à la onzième heure, un programme de célébration d’un genre tout original Ce projet, soigneusement tenu secret jusque-là, n’avait rien de commun, pouvons-nous dire, avec les réjouissances ordinaires d’une fête patronale, et personne que lui n’y avait certes songé. Tout étrange qu'il fût, ce programme ne manquait pas pourtant de traditionnalisme, ni de poésie même, pour des hommes plus amis des grandes œuvres que des beaux discours et des brillantes processions.

Le plan en question partageait la paroisse en deux sections. D'un côté c'étaient les enfants inoccupés, les jeunes filles restant à la maison, les femmes journe.'ment livrées aux soins du ménage; de l’autre, les journaliers, les gens de métier ou d'’industrie, hommes, femmes ou jeunes filles, les hommes de profession, enfin, pour tout dire en un mot, toute la population de la paroisse, travaillant et gagnant salaire.

Le matin de la Saint-Jean-Baptiste, il faut se réunir quelque part. Aucun rendez-vous n'était désigné. Mais de bonne heure, chacun devait se tenir chez soi, prêt à marcher.

Voici le mot d'ordre:—Première section, droit à Notre- Dame. Là, s'agenouiller pieusement, l'enfant à côté de sa mère, prier, entendre la messe avec dévotion.

—Seconde section, à l'ouvrage, au poste de tous les jours, mais le salaire du jour devant être au bénéfice de Notre-Dame.

Dans les rues, en procession, sous les drapeaux, au piquenique, personne.

Le soir, réunion générale à la Salle Mechanics; drames, chant, discours; puis offrande à Notre-Dame du salaire de la journée.

Tous, à cette proposition, n'eurent qu'un cœur et qu’une âme.

Le 24, à onze heures du matin, le curé de Notre-Dame télé. graphiait à Montréal:—‘‘Tous les Canadiens de Worcester à l'ouvrage. Salaire du jour réservé pour l'église. Ce soir, grande fête.’

La fête eut lieu en effet et fut belle. Tous les visages étaient gais, tous les cœurs contents d'eux-mêmes et glorieux. Aux discours et aux représentations dramatiques, se mélaient les chansons nationales et populaires :—

Comme le dit un vieil adage, Rien n’est si beau que son pays...

Un Canadien errant,...

A la claire fontaine...

Canadiens, fils de soldats...

Souvent de la Grande-Bretagne,...

Vive la Canadienne, Et les enfants, avec ensemble et entrain, ravis d’enthousiasme, répétaient :— O Canada! mon pays, mes amours...

A tout préférons la patrie,...

Avant tout soyons Canadiens, ...

MM. Ferdinand Gagnon et le Dr. Napoléon Jacques furent, avec Monsieur le curé de Notre-Dame, les orateurs de cette soirée.

On y avait donc gagné en fait de jouissances réelles, et personne n'avait rien perdu, puisque, en tous cas, la journée de. vait appartenir à la fête.

Heureuse journée! Elle déposait aux pieds de Notre-Dame le cadeau de $1,403.00.

Il existe de cette fête, que nous appellerons héroïque, une carte commémorative.

Cette carte porte à ses angles supérieurs une simple croix. Au centre se dessine le castor. On y voit, élégamment tracé en lettres d'or:—

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