CHAPITRE IX
La fête de Noël fête des enfants.—Privilège de la Messe de Minuit.—Le premier bazar de la paroisse.—Brillant résultat.
Le 26 septembre 1870, il y avait un an que la paroisse canadienne de Worcester avait eu sa première messe paroissiale. C'était dorc le premier anniversaire d'un jour mémorable et sacré pour elle. Bien des faits avaient eu lieu depuis cette époque. L'œuvre avait grandi. Le chemin parcouru du point de départ à celui d'arrivé” devait étonner les paroissiens eux-mêmes.—Il y eut messe d'actions de grâces à Notre- Dame. Quel contraste entre la scène de la Salle Horticultural et la solennité d'aujourd'hui, à douze mois d'intervalle! N'eût-on pas dit Bethléem et le Thabor.
Noël arrivait pour la seconde fois, mais avec un éclat tout nouveau. La crèche, qui donne à cet anniversaire incomparable son caractère propre de bénignité et de tendresse, devait avoir sa place, cette année, dans le sanctuaire de Notre- Dame. Il faut dire ici, en effet, que quelques semaines seulement auparavant, au mois de novembre, alors que le curé se préparait à se rendre à Montréal, pour affaires personnelles et importantes, les jeunes gens de Notre-Dame, sans aucune insinuation de sa part, avaient fait entre eux seuls une souscription, et présenté à leur curé, avant son départ, une somme de $116.00, le priant d'acheter un groupe de la Sainte- Famille pour Noël qui approchait. (Nous avons mentionné cette offrande au milieu des autres, au chapître précédent.) Le curé acheta donc un magnifique groupe en cire, représentant l'Enfant-Jésus couché dans la crèche, et Marie et Joseph ageuouillés à ses côtés. La veille de Noël, la crèche avait pris
DE WORCESTER, MASSACHUSETTS o1
place au coin du sanctuaire de Notre-Dame. Tout autour et au-dessus du berceau, de jolis sapins entrelaçaient leurs branches toujours vertes. Or représentait ainsi la grotte de Bethléem. Au fond de la grotte se dressait, comme signe prophétique, une croix de feu, brillant à travers les rameaux. Au-dessus, formée de mille jets, brillait une couronne étince. lante.
A l'occasion de Noël les paroissiens de Notre-Dame reçurent une récompense bien flatteuse. En considération de leur noble conduite, Monseigneur de Springfield leur accorda, par un privilège extraordinaire, la faveur de la Messe de Minuit.
La Messe de Minuit!—Combien de jeunes Canadiens qui ne l'avaient jamais vue, et ne la connaissaient que par les récits animés des anciens? Combien d'hommes et de femmes élevés au pays, et de vieillards, qui brûlaient de la revoir?—La Messe de Minuit!—L'heure mystérieuse et solennelle,-—les té. nèbres qui planent,—le firmament serein, —les astres tranquilles,;—le silence universel,—les fenêtres embrasées de l'église, —les lustres étincelants,—la crèche ardente,—l'autel enveloppé de feux et d’encens,—la majesté du sacrifice, —les grands souvenirs du christianisme, —les voix pénétrées,—les cantiques de Noël, —l'écho sensible du chant des anges et des voix émues des bergers.—Comment rendre cette poésie divine?
Notre-Dame était comble.
Douze petites filles, de dix à douze ans, vêtues de blanc, formaient une couronne autour de la crèche. Pendant la messe, elle firent la quête, qui rapporta $137.00.
La collecte ordinaire du jour de Noël donna $418.00.
Les premiers mois de l’année 1871 furent marqués par un grand bazar qui s’ouvrit à la Salle Mechanics le 16 février, et qui dura quatre jours. Le produit net de ce bazar fut de $5,491.46. Sur cette somme on envoya $400 au Pape Pie IX et $400 à la France alors si malheureuse.