L'HOSPICE DES PETITES SŒURS FRANCISCAINES
L'Hospice des Petites Sœurs Franciscaines de Marie, qui abrite aujourd'hui les vieillards sans famille ou abandonnés, est un spacieux et confortable édifice. Son histoire, s'écrira plus tard pour la plus grande gloire de Dieu, et pour rendre à tous ceux qui ont aidé cette œuvre, la part de mérites qui leur revient selon la justice et la vérité. Nous ne voulons, dans les lignes qui vont suivre, que donner un court aperçu de l’œuvre accomplie.
L'année 1889 marqua le début de cette institution. Il y avait longtemps que le vénérable curé de Notre-Dame de Worcester, l'abbé Brouillet, songeait à ouvrir un asile pour les orphelins et les enfants abandonnés de la ville de Worcester. Pour donner suite à son pieux dessein, des comités se formèrent le 12 août 1889, dans les diverses sections franco-américaines de la ville en vue de prélever des fonds pour aider à l’œuvre.
Voici comment se composaient ces comités:
Comité de Notre-Dame: MM. Lévi Beaulieu, Dr. F. D. Fontaine, Dr. L. Lemaître Auger, J. B. Lucier, Napoléon R. Thibert. e
Comité de la section Saint-Joseph: MM. F. X. Lucier, Antoine T. Lamoureux, Edouard Rochette, Joseph A. Marchesseault, Arthur H. Fontaine.
Comité de South Worcester: MM. Godfroi Labonté, Louis Gagnon, Hilaire Bouchard, Philippe Mathieu, Alcide O. Mondor.
L'abbé Brouillet fit venir de Manchaug, Mass., deux insti-
tutrices tertiaires de Saint-François d'Assise, qui par l’entremise de l'abbé Delphos, alors curé de East Douglas, avaient obtenu des autorités ecclésiastiques la permission de porter l’habit du Tiers-Ordre et de faire des vœux.
Les Tertiaires s’installèrent d'abord dans un logis préparé par l’abbé Brouillet, et situé au coin des rues Grand et Southgate. Ce local attenait à la chapelle Sainte-Anne, où l'on venait dire la messe tous les dimanches pour les Canadiens de cette partie de la paroisse.
Dès le commencement, l'œuvre sembla bénie de Dieu, car aussitôt les orphelins arrivèrent en grand nombre et plusieurs jeunes filles de Worcester et des environs vinrent se joindre aux deux institutrices tertiaires pour partager leurs travaux. Entourée de la sympathie et de la généreuse coopération des Catholiques de Worcester, l'œuvre progressa rapidement. Déjà en janvier 1891, le nombre des orphelins des deux sexes s'élevait à 250 et celui des malades âgées à 15.
Les premières directrices furent la Sœur Marie-Joseph, supérieure, et la Sœur Marie-Anne de Jésus, son adjointe.
Le 12 janvier 1891, à la suite de pénibles difficultés et sur les conseils de Monseigneur P. T. O’Reilly, évêque de Springfield, la communauté quitta le logis de South Worcester pour aller s'établir dans un autre quartier de la ville, où, unies dans la prière, le sacrifice, l'humilité et la soumission à la volonté de Dieu, les Sœurs attendirent des jours meilleurs, qui d’ailleurs, ne tardèrent pas à venir.
En octobre 1891, elles firent l'acquisition de la maison actuelle de la rue Bleeker. Depuis, qui n’a entendu parler de cet humble orphelinat où plus de 60 orphelins, dès les premiers mois, trouvèrent les douces joies de la famille avec la tendresse et les soins de véritables mères? C'est au moyen de la quête de tous les jours que les Petites Sœurs subvenaient aux besoins de leurs enfants. Et elles ont toujours trouvé un encouragement et une générosité dignes de l'œuvre entreprise, et cela sans distinction de nationalités, ni même de croyances.
Monseigneur O'’Reilly, alors évêque du diocèse, les encouragea à persévérer, car il appréciait leur œuvre et il leur con-
seilla de s'établir ailleurs comme Maison-Mère, leur promettant de les accepter dans son diocèse, comme il l'avait fait pour d'autres communautés.
Le bon Dieu y pourvut d'une manière toute providentielle. Par l'entremise de l'abbé A. Delphos et de M. le docteur de Martigny, elles furent placées en rapport avec feu le Rév. Ambroise Fafard, V. F., curé de la Baie Saint-Paul, Canada, qui venait d'ouvrir une maison de refuge aux vieillards abandonnés de sa paroisse et qui cherchait des religieuses pour en prendre la direction. Ce digne prêtre est considéré dans la communauté comme le Fondateur. En effet, s’il n’a pas présidé à ses commencements, il a adopté l'œuvre naissante comme la sienne propre; il l’a soutenue, lui a donné des bases solides et en a fait, avec la grâce de Dieu, une vraie congrégation religieuse.
Appelées par le Rév. Ambroise Fafard à prendre la direction du refuge qu'il venait de fonder, quatre Sœurs quittèrent Worcester pour la Baie Saint-Paul le 11 novembre 1891. Par les soins parternels de ce vénéré prêtre et avec la bienveillante permission de Sa Grandeur Monseigneur L. N. Bégin, alors évêque de Chicoutimi, cet établissement devint plus tard la Maison-Mère de la Communauté.
L'année suivante, le 12 août 1892, Sa Grandeur Monseigneur M. T. Labrecque qui venait de succéder à Monseigneur Bégin sur le siège épiscopal de Chicoutimi, voulut bien permettre aux Sœurs de prononcer :eurs premiers vœux.
Le Noviciat s’ouvrait le 1er mars 1893. Le 31 juillet 1896, les fondatrices, au nombre de dix (l’une étant morte dans l'intervalle), prononçaient leurs vœux perpétuels.
En établissant leur Maison-Mère à la Baie Saint-Paul, les Petites Franciscaines de Marie conservèrent comme succursale leur maison de Worcester, et le 7 décembre 1897, elles étaient approuvées régulièrement dans le diocèse de Springfeld par Sa Grandeur Monseigneur T. D. Beaven.
En janvier 1898, sur la demande de Sa Grandeur Monseigneur Beaven, l'œuvre des orphelins fut changée pour celle des vieillards des deux sexes, âgés de 60 ans et plus.
Les demandes d'admission se faisaient de plus en plus nombreuses et pressantes; une annexe fut construite dès cette même année. Cette maison devint vite insuffisante, il fallut songer à l'agrandir encore et cela, en ne comptant que sur la charité publique, l'Hospice Saint-François n'ayant pas d'’autres revenus.
L'Hospice actuel est à quatre étages (soubassement non compris), en brique, ornements en granit. Sis sur la rue Thorne, il se compose d’un corps principal flanqué de deux ailes pouvant loger deux cents personnes dans ses vastes appartements. La partie la plus récente, comptant 48 appartements, est reliée à l’ancienne maison par un viaduc.
L'architecte, M. Onésime E. Nault, s'est plu à y introduire toutes les améliorations modernes et ce, avec un succès qui mérite toutes félicitations. L'ascenseur est mû par un pouvoir hydraulique. Le coût total de l'édifice est de $60,000.00.
La Révérende Mère Marie Joseph fut la première supérieure de la maison de Worcester. Appelée à fonder une autre mission en 1898, elle fut remplacée par la Révérende Mère Marie de la Providence, supérieure actuelle.
Le personnel actuel se compose de trente-huit religieuses.
Pour venir en aide à l'œuvre, une association s'est établie parmi les Catholiques de la ville, sous le nom de ‘‘Société de Bienfaisance Saint-François.’ Elle a pour Président, M. John F. Jandron; vice-présidents, M. H. Oscar Rocheleau et Mile Emma 9Delorme; secrétaire, Madame Eliza Kelly; secrétaire-financière, Sœur Marie de Saint-Vincent-de-Paul; trésorière, Révérende Mère Marie de la Providence.