CHAPITRE V
Le nouveau curé poursuit infatigablement sa tâche. Fondation de l'œuvre du Tabernacle —L ‘œuvre des enfants. —La pre-
mière communion. —Visite solennelle aux églises. —Premier compte-rendu financier.
Le premier soin du nouveau curé, quand il arriva de Mont. réal avec les vases sacrés, les vêtements sacerdotaux, les garni. tures d’autel, fut de pourvoir à l'honneur du sanctuaire. Pour
accordait aux servantes
faveur. Le jour de leur
des grandes fêtes—privi èges exclusifs que l'église n’accorde à Personne autre dans la paroisse canadienne
si elles mouraient non-mariées,
Le missionnaire canadien mit aussi à l'œuvre des enfants tout son zèle. Chaque semaine, le mercredi, il les réunissait ; il les faisait lire, leur enseignait les prières du matin et du soir, le catéchisme; leur apprenait même les premiers mots de leur propre langue, car quelques-uns d'entre eux ne parlaient pas le français; le tout s'entremélait de chant, de quelques petits essais de déclamation, de récitation, d'exercices militaires, etc. Tous les dimanches, à huit heures et demie, c'était la messe des enfants. À cette messe, les enfants occupaient comme aujourd'hui le centre de la nef, et le peuple se rangeait sur les côtés, en arrière ou dans les galeries. L'instruction, qui n’y manquait jamais, s'adressait spécialement aux enfants. Ils monopolisaient tout à cette messe, même la musiqu: et le chant.
Enfin, un grand jour allait arriver pour les jeunes: Noël, la fête des enfants par excellence, l'époque heureusement fixée pour leur première communion.
Cette Première Communion n'était pas seulement première pour les enfants: c'était la première aussi qui se fit dans la jeune paroisse canadienne, la première même, dans un certain sens, pour tous les paroissiens, puisque, jusque là, on n'avait jamais distribué la sainte communion dans l’humble salle du la rue Front, mais que chacun allait la recevoir dans l’une ou l'autre des églises de la ville. On avait fait de grands préparatifs, paré la salle du mieux que l’on avait pu. Tous les parents étaient invités, et tous les enfants, après plusieurs jours consacrés à la confession et à li prière, attendaient, dans un saint transport, l'aurore du lendemain. De bonne heure, ils arrivèrent, accompagnés de leurs parents et d’une grande partie de la paroisse. Ils se rangèrent avec ordre au milieu de la salle, sur deux colonnes: d'un côté, les petits garçons, en noir, avec bracelet blanc au bras gauche; de l'autre, les petites filles, avec robes blanches et voiles blancs: tous modestes et recueillis comme des anges. Ils étaient au nombre de soixante-six. Combien de mères heureuses qui n'avaient jamais contemplé pareil spectacle? Combien d’autres, dans la paroisse, parmi les assistants, qui remontaient dans leurs souvenirs, pour le retrouver,
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ter, posément et avec de Dieu et de l'Eglise,
Ançmoment de la communion, le curé adressa a parole aux jeunes chrétiens. 1 leur répéta, en présence de 1
Oh! viens, Jésus, Ne tarde plus:
C’est par Marie Que je t'en prie.
Oh! viens, Jésus; Ma joie, à moi, Tu le sais bien, Jésus, c’est toi.
grand jour; et ils un ardent désir :—
rs du
L'émotion avait gagné tous les assistants, les cœurs étaient attendris ; il y avait des larmes dans tous les yeux.
Enfin, la petite troupe rayonnante de piété commence à s'ébranler. Deux à deux, avec religion, ils montent les degrés qui conduisent au sanctuaire, s'agenouillent, reçoivent l'hostie sainte, et traversant le sanctuaire, ils descendent par le côté opposé, et vont se remettre à leurs places.
Après l'action de grâces accompagnée de quelques paroles pleines d'édification, on offrit aux jeunes chrétiens le souvenir du plus beau jour de leur vie. C'était une image représentant le, Première Communion, et portant ces mots tirés de l'Exode: —Ce jour vous sera un monument éternel, et vous le célébrerez par un culte perpétuel, comme une fête solennelle à la gloire du Beigneur.—L'après-midi, les nouveaux chrétiens se réunirent une seconde fois au pied de l'autel, d'abord pour renüre grâces à Dieu, et ensuite accomplir un acte public de religion. A la suite de leur curé, deux à deux, formant une longue file, avec le costume solennel du matin, ils allèrent faire une visite à chaque église de la ville. Là, ils récitèrent à haute voix quelques prières et chantèrent, dans la langue de leurs pères, et sur les airs du pays, les cantiques :—
Il est né le divin Enfant...
La Religion nous appelle...
O Marie, Vois ta famille chérie...
au grand étonnement et à l'admiration des étrangers.
Par là, nos jeunes chrétiens n'’entendaient pas seulement rendre solennellement grâces à Dieu: ils voulaient surtout annoncer leur entrée dans la grande communion des fidèles et prenaient possession de leurs titres comme citoyens de la cité chrétienne.
Aucune cérémonie religieuse n’a laissé dans l'âme des anciens paroissiens de Notre-Dame une impression égale à celle de cette Première Communion.
Parlons maintenant «. premier compte rendu des finances de la paroisse fait aux paroissiens.
La paroisse canadienne de Worcester existait depuis six mois. Le temps était donc venu de lui faire connaître l'état de ses finances.
Le curé le fit en effet le 27 mars 1870,
Les recettes —y compris la collecte de Noël: 5298.75 et l'offrande de la Première Communion : $21.17-—s'élevaient à $3,655.60. Les dépenses, à $1,287.37.
Il y avait donc en caisse $2,368.23.
A la même date, le mobilier appartenant à l'église valait $747.00.
Donc, l'actif de la jeune paroisse se trouvait être de $3,115.23.
Et cependant il faut remarquer que les six mois écoulés étaient six mois d'hiver, c'est-à-dire le temps le plus dur de l'année, Il y a plus, cette année-là, la gêne avait été plus grande qu'à l'ordinaire, il Y avait eu suspension de travail de
en conséquence, et pour rendre moins onéreux le versement des contributions, jugé opportun de ne point faire la collecte ordinaire de Pâques.
En dépit de toutes ces circonstances exceptionnellement défavorables, on avait cependant réussi, comme on le voit, à réaliser, en moyenne, au milieu d'une population vivant de son travail de chaque jour, un montant de plus de $500.00 par mois.