‹ Livre d'or des Franco-américains de Worcester, Massachusetts [microforme]Chapitre 10 sur 159 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La Sante-Vierge intéressée à l'avenir de l’église canadienne — Assemblée générale de la paroisse. — Faut-il bâtir l’église ou l'acheter? —Versement des souscriptions —La question tranchée soudainement en faveur de l’achat.—Adieux à la Salle d’Horticulture.— Première messe à Notre-Dame-des- Canadiens.

On a pu remarquer que c'est aux jours spécialement consacrés à l'honneur de la Sainte-Vierge, que l'œuvre de l'église canadienne se trouvait d'ordinaire amenée à faire un pas. Cela se comprend d'autant plus facilement, qu’à part l'intérêt général que la Reine de l'Eglise attache à l'expansion du royaume de son Fils sur la terre, et la victoire de la foi sur l'hérésie, une circonstance particulière appelait ici le regard favorable de son cœur. En effet, il n’y avait pas encore à Worcester d'église qui portât son nom. Oril avait été arrêté dès le principe, que l'église canadienne serait mise sous le vocable de la Sainte-Vierge et s'appellerait Notre-Dame des Canadiens.

Le mois de mai, qui s'offrait pour la première fois depuis la naissance de la paroisse fut donc pour celle-ci le Mois de Marie par excellence: ce fut un temps de prières et de communions. Tous les jours, dans chaque famille, après la prière du soir, suivant la recommandation du curé, l'on récitait ‘‘Notre Père'’ et ‘‘Je vous salue, Marie”, accompagnés de l’invocation: ‘‘O Marie, conçue sans péché, donneznous une église’’.—A cette prière ardente de toute la paroisse devait se joindre l'action plus efficace encore de la communion générale. Les cœurs se remplissaient de courage et de confiance; le capital montait.

Dès le premier dimanche du mois, le curé convoqua une

sent, et à l'instant même, à se rendre au jugement de la majorité, quel qu'il fût, sans réserve, sans hésitation, sans récriminations; et que dès lors chacun d'eux mit au succès du plan adopté autant de bonne volonté, de zèle et de dévouement, que s’il en eût été lui-même l'auteur ou le plus ferme appui.

On le promit.

La question était oelle-ci:—Fautil bâtir notre église ou bien l'acheter?— On délibéra quelque temps. Les avis diffé. Pris dqe L'estemblés allait s0 diviser en deux partis à por Près égaux. Avant qu'on eut le temps de mettre la question

une ombre d'appréhension pour l'entente dans l'avenir. Le curé se réserva quelque temps pour réfléchir. Il annon-

Durant Ja semaine, il reçut au-delà de $1300.00. ne qeyiième dimanche de mai, il observa que la sonscrip. tion des deux dernières semaines, bien que généreuse, ne

logue? Quant à moi, sans nuire à ma dernière souscription, déjà payée, je renonce dès maintenant à mon salaire, pour six

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mois, en faveur de l’église. Maintenant, mes amis, ajouta-t-il, en leur montrant de la main un temple protestant dont on apercevait la façade par plusieurs fenêtres de la salle, je vous invite à venir, de dimanche prochain en huit, entendre la messe dans l’église de la rue du Parc. Ce sera là Notre-Dame des Canadiens de Worcester.’’ L'’auditoire fut comme électrisé. Tous les yeux se tournèrent vers l'église désignée. Au sortir de la messe, on ne pouvait cesser de la contempler. L'église dont on allait si tot prendre possession, appartenait aux Méthodistes. Ceux-ci la vendaient au curé de la paroisse canadienne au prix de $22,750.00, aux termes suivants:

—$5,000.00 comptant.

—$1,000.00 par mois, pendant huit mois, de juillet 1870 à février 1871, inclusivement.

De plus, $1,500.00 dans l'intervalle de ces neuf mois, au mois de novembre 1870.

Restait une balance hypothécaire de $8,250.00.

On s’engageait donc à payer, outre les $5,000.00 comptant, $9,500.00 en huit mois.

Une telle obligation paraissait énorme, eu égard à la population et à la fortune de la jeune paroisse canadienne. Mais l'élan était donné.

Le quatrième dimanche de mai était arrivé. C'était donc le dernier que l’on dût passer à la Salle Horticultural. La rente des sièges était payée d'avance pour le mois de juin. Aucun des intéressés ne voulut s’en prévaloir. Tous convinrent de louer leurs places dans la nouvelle église à dater du premier de ce même mois,-tout comme si rien n'eût déjà été payé pour le même objet. Le prix des places était d’un dollar par mois. Cette nouvelle générosité donnait à l’église un revenu extra de $680.00.

Cependant, ce n’est pas sans émotion que les paroissiens de Notre-Dame dirent adieu à l’humble salle de la rue Front. C'était là le berceau de la paroisse, sa grotte de Bethléem, ses catacombes.—C'est là que s'était chantée la première messe paroissiale. —C'est là qu'en face de l’humble autel, au milieu des signes non équivoques du plus grand dénûment, on avait fait, quelques mois auparavant, le serment solennel de

trouver un lieu au Seigneur, un tabernacle au Dieu de Jacob. —C'est là, sous ce toit profane, entre ces murs accoutumés aux fêtes et aux assemblées mondaines, que s'était offert aux yeux de la paroisse recueillie l’oblation pure, le sacrifice d'agréable odeur.—C'est là que s'était donné le spectacle angélique et toujours vivant dans leur mémoire, de la Première Communion de leurs enfants.—De toutes leurs inquiétudes, de toutes leurs espérances, de leurs efforts, de leurs sueurs, la salle qu'ils allaient quitter restait témoin et dépositaire. Elle en gardait à leurs yeux les traces et le souvenir ineffaçable.

Le contrat d'achat de la nouvelle église avait été passé et signé durant la semaine, au nom de l'abbé Primeau.

Le dimanche matin, premier jour de juin 1870, tous les Canadiens de Worcester, plus à bonne heure qu'à l'ordinaire, prenaient une route nouvelle. Ils se dirigeaient avec un empressement visible, qu'ils ne dominaient pas et facile à comprendre, vers Notre-Dame. Ils y arrivaient rayonnants de bonheur comme le voyageur chez soi, le marin au port, les premiers chrétiens remontant au séjour de la lumière et prenant possession du temple des faux dieux. N'était-ce pas là, en effet, une conquête sur l'hérésie? Le temple qui s’ouvrait devant eux n'avait.il pas été comme le panthéon de toutes les opinions—idoles de mensonge—que le jugement privé se crée à lui-même et adore?

En parcourant des yeux l'intérieur de leur église, les paroissiens de Notre-Dame ne purent y apercevoir aucune trace du culte hérétique—L'autel était dressé, brillant d’or, étincelant de mille feux; la croix était arborée au sommet ; les traits vénérés des élus de Dieu apparaissaient au fond du sanctuaire, et le prêtre envoyé des Apôtres, priait sur les degrés de l'autel à l'heure du sacrifice.

Le sujet du sermon fut la ‘‘Vraie Eglise’.

Le chœur de Notre-Dame entonna des chants nouveaux avec un accent inaccoutumé, et le corps de musique canadien jeta vers les voûtes ses brillantes fanfares.

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