‹ Livre de compte de l'Abbé Glaize, curé constitutionnel de Glux [microform]Chapitre 2 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le « Livre de Compte » do l'abbé Gbiize est actiiellomont (l) la propriété d'un bibiio()biIe distingué, colleclionneiir avisé de tout ce (iiii concerne l'histoire d'Auvergne, M. Paul Le Hlanc (2). C'est un manuscrit de 28 cm. 12 de b)ng sur 19 1/2 de lar^-e, revêtu d'une belle couverture en vieux cuir frappé. Il compte 136 leuillets non paginés, écrits tant au verso qu'au recto d'une

(1) M. Paul Le Blanc ou devint possesseur en 1889. U l'acquit des héritiers de l'abbé Saignol, lequel était l'héritier df l'abbé Glaize.

2) Qu'il nous soit permis de i-emercier ici tous ceux qui, à un titre ou à un autre, se sont associés à notre travail : M. Paul Le Blanc, notre compatriote et notre ami, (jui non content de nous autoriseï- aimablement à publier le manuscrit de l'abbé Glaize, a bien voulu encore nous ouvrir libéralement sa riche bibliothèque et ses riches archives et nous donner plus d'un utile conseil: \\. E. Delmas, archiviste départemental du Cantal, qui a eu l'obligeance de consulter pour nous les « Registies d'Insinuations de Tévêché de Saint-Flour », MM. Jean Delmas, Bélard. bibliothécairearchiviste de la ville de Saint-Flour, Manhes, instituteur et secrétaire de mairie à Auriac, auxriuels nous devons les renseignements qui nous ont permis de rédiger les notes sur Bouniol, Lompré, Altaroche (M. Delmas), Bardol et Goreu (M. Belard) Aubughoux, Cascari. Barry, «iounù, la pignatelle de Gly et les diverses mesures : (juarton, setier, etc. (M. .Manhes ; M.Gabriel Serres, cultivateur à Chazelles, qui nous a donné sur le muet de Lambert, sur le garde de Chazelles, sur la situation des propriétés de l'abbé Glaize .les détails précieux: M. Ronchon, archiviste départemental du Puy-de-Dôme, qui a eu lamabilité de nous indiquer quelques sources précieuses (Registre des Insinuations): M. Charles de Bussac, propriétaire à Auzon, qui nous a signalé l'acte de vente des biens de l'abbé Glaize, acte déposé dans les

A. TKEVIS

t'criliuv srrn'M'. mais lisible et iiellc. Le litre, — c'est le litre que lui a (loiiué lauleur, — en est le suivant : Livre de Contpte. A. (rldizr, curr ^/ procureur dr la mm ni une de (Uux. Au vrai, ce litre n'est exact i\\\l\ niuilié. Le Livre de Compte est entremêlé d'une foule de récits et de réilexions, c'est en même temps un

jouriuil.

Ce « Livre de Compte-Journal » sOuvre en l'année 1793 pour se fermer en Tannée 1827 (c'est la date de la mort de l'abbé Glaize). Il est pour nous du plus vif intéièt.

Glaizc avait T.^sprit curieux : il a noté pres([ue au jour le jour, en témoin somme toute impartial et sincère, ce (ju'il voyait et entendait. Il se raconte lui-même naïvement, et son u Livre » n'est pas un document psycbologique des moins importants.

Mais c'est aussi un document dlustoire de premier ordre. Glaize nous promène du Nivernais en Auvergne. Sa vie de [)rètre constitutionnel à Glux, son emprisonnement à Nevers, son voyage à travers les départements du Centre, au commencement de l'année 1794, les sentiments des [)opulation'^ auvergnates à IVndroit des prêtres réfractaires et des prêtres assermentés, une foule d autres détails curieux ou précieux, par exeinj)le des prix de denrées ou d'objets divers (1), voilà ce qu'il nous apprend.

Son « Livre de Compte » est un document de pn^mière main pour (jui voudiait écrire une histoire religieuse de l'Auvergne ou une histoire éconoini([ue de la France [)endant la Révolution.

Une hiissa pas. malgré son intérêt, de rester inédit ()endant plus de 70 ans. On peut même dire qu'il fut à peu près inconnu jusque vers 1889. A cette époque, (ju.dques personnes le lurent, et elles le copièrent ou b^ lirenl copi<T (2). Puis en janvier 1901, le [)ublic en apprit enlin l'existence. M. Desdevises du Dézerl, doyen de la Faculté des Lettres dr Clermont-Ferran.l, traçait en elVet à cette date, en cours public, daprès une de ces copies dont nous avons parlé (3), copie dont il lit d'ailleurs de nombreuses cila-

u.inutes de son frère, notaire à Aiizon, et ontiu nos u.aitres MM. Desdevises du Dêzert Bréhier et Boutrv qui ne nous ont pas niéna^'.'- leurs eneoura^'ements. 0) On peut suivre à travers le Livre de Compte Ihistoire de la dépréciation des

assignats.

(2) Nous en connaissons trois copies. L'une de ces copies fut faite pour M. \ er-

nière, ami de M. Le Blanc.

(3) M. Desdevises du Dézert utilisa la copie de M. Vernière.

lions, un piquant exposé de la vie de l'abbé Glaize pendant les années 179'L 1794 et 179o. Cet exposé fut ensuite publié par lui, le )î juillet 1902, dans la Hrvue hebdomadaire des Cours ('t Conférences sous le tilre YOdfjssée d'un prêtre constitutionnel [179S-1795). p. 769-782.

A ce moment (1), avait paru au Puy, chez Prades-Freydier, une édition du manuscrit, donnée par l'abbé Edouard Peyron, curé de Vieil-ljrioude. M. Desdevises du Dézert la signala à ses lecteurs.

Cette éilition. qui |)orte le lilrc de « Mémoiial de l'abbé Glai/e » (2), est précédée dune étude iiislorique sur le clergé constitulionnel de la llaute-Loire et du Cantal par l'abbé Edouard Pevron.

Jj'élude hislori(jue conlieni, pages vu, vui, ix, une sèche et incomplète ])iographi(^ de l'abbé Glaize et p. xxix une description succincte du manuscrit; elle est au reste écrite en un style agréable.

L'édition e.^t par contre des [)lus défectueuses. Elle est sans notes (3) : en outre, elle présente le plus grave défaut : elle est inexacte.

L'abbé Peyron défigura le texte comme à plaisir : il le divisa en chapitres avec sommaires, il en changea l'ordre (4), il y lit des coupures, il en corrigea le style (5),

(1) L'édition porte la date de 1901. Elle ne parut que vers la fin de l'année 1901.

(2) En voici le titre exact : « Mémorial | de | l'abbé Antoine Glaize | d'Auriac (Cantal) | ancien vicaire de Saint-Georj^es-d'Aurac (Haute-Loire) | prêtre assermenté I et curé constitutionnel de Glux (Nièvre) | mort desservant de V'ézézoux (Haute-Loire) | (1793-1827;. | Ouvrage précédé d'une | Etude Historique \ sur le clergé constitutionnel de la Haute-Loire et du Cantal ] principalement de l'arrondissement de Brioude | par | l'abbé Edouard Peyron | curé de Vieil-Brioude | Le Puy ] Imprimerie catholique A. Prades-Freydier | place Michelet | 1901.

(3) Au vrai, il y a trois notes dans le genre de celles-ci ; J'allais mettre à l'enchère une lie mes soutanes, dit Glaize p. 21, Peyron). Peyron écrit en note : « Etrange idée pour un prêtre de mettre sa soutane aux enchères 1 »

(4) Les vers qui sont à la fin du chapitre vm. et le chapitre ix tout entier (Peyron, pp. 28-30) devraient se trouver au commencement du chap. vi iPeyron. p. 19). Le chapitre xviu (Peyron, pp. 55-56) devrait suivre le chap. xix (Peyron, pp. 37-59;.

(5) Le style de Glaize n'est pas toujours correct et d'un tour aisé. Voici quelques exemples des corrections de l'abbé Peyron : Ms « arrivés à Chàteau-Chinon, ils me déposèrent : — Peyron, p. 4, 1. 9 : En arrivant à Chàteau-Chinon. les

A. TREVIS

enfin, ce qui est pis, en plus d'un endroit, il en altéra le sens (1).

Pour ces raisons, une «'dition nouvelle, plus exacte, plus complète, plus criti([ue en un mot, et d'ailleurs annotée, était-elle peut-ôtre possible : c'est cette édition (jue nous avons entreprise.

Nous y donnons le texte à très peu [)rès (2) in-extenso et dans l'ordre où il se présente dans le manuscrit de 1793 à IS07. A partir de cette dernière date, le « Livre de ('om[)le » ne contient plus guère que des comptes de messes et d'ollices très monotones, des comptes d'achats ou de ventes (jue nous avons utilis('s [)Oui' écrire la dernière partie de la bio<i'rapliie de Fabbé (Ihnze, enliu quelques notes assez curieuses que nous avons reproduites en appendice. Nous avons rétabli les passai^^es retranclu's par l'abbé Peyron : ils sont mis entre < >. Nous avons rétabli également les phrases défigurées par lui : elles sont suivies du signe *. Exception faite pour les fautes d'orthographe ordinaires très nombreuses que nous avons corrigées, la langue et la syntaxe de Tabbé Glaize, l'orthographe i3 qu'il donne aux noms propres, ont été scrupuleusement respectés par nous.

Antoine (i) Glaize naquit dans le Cantal à Chazelles, commune

gendarmes... » — Ms : « s't'criait l'un aussitôt (|u"ils m'apen-urcnt » ; l'eyron p. 4, 1. 13 : « s'écria l'un aussitôt que je fus reconnu. » — Ms : « après leur avoir versé tout plein; Peyron, p. 35, I. 2i : après en avoir versé le contenu à plein verre... » — Ms : « comment il y prendra, cette commune » Peyron, p. li\ 1. 'l : comment il pourra s'y maintenir, cette commune... >> — Ms : « à cause de sa religion ; Peyron, p. 91, 1. 30 : « à cause qu'elle était du parti des assermentés. » etc., etc.

(1) 11 semble que l'abbé Peyron obéit à des préoccupations conressii.nnelles on politiques. Voici des exemples : Ms : <« une soixantainr ou plus de détenus dont r/îiatre prêtres; Peyron, p. 15, 1. 21 : ..donl quelcjuefi prêtres. » Ms : l'on peut dire que la religion a été le .sujet de la plus cruelle tyrannie; Peyron, p. 48, 1. 11 : ...a été surtout le sujet... » — Ms : O mon dieu', vous l'avez sans doute permis que nous fussions enfin humiliés, que l'aumône nous fût nécessaire, à nous prêtres (\\n étions naguère si riches et si orgueilleux: Peyron. p. 62, 1. 6-1-8 : ô mon dieu, vous avez sans doute i>er/nis pour nous humilier (pie l'aumône nous soit nécessaire, à nous prêtres » — Ms : « leur propre ruine et a craindre celle <le la France entière; Peyron, p. 41, 1. 23-24 : leur propre ruine et celle de la France entière. »

(2) A très peu près : nous avons en ellet retranché (pi.dipies enregistrements de baptêmes ou de mariages qui ne présentaient aucun intérêt. Ces suppressions sont d'ailleurs indiquées à b'ur place par une note.

(3; Nous donnons en note l'orthographe exact.

(4) Et non Pierre-Antoine comme l'écrit l'abbé Peyrou dans son étude historique,

« LIVRE DE COMPTE » DE l'aBBÉ GLAIZE V

d'Auriac, canton de Massiac, le 9 janvier 1755. Chazelles est un hameau situé dans le fonds d'une éti'oite vallée, aux versants escarpés, une véritable gorge. Cette vallée est suivie à la fois par une route départementale et par un gentil cours d'eau, bordé (Farbi'es, la Sianne. Ce cours d'eau s'écarte du versant gauche (jue la roule enlace au contraire pour se rapprocher du versant droit, versant mal exposé et qui n'est guère couvert que de genêts, de bruyères, de bois de pins et de chênes taillis. Sur ses bords, auprès d'un vieux pont de pierre, il y a une maison d'aspect assez cossu : c'est la maison natale de Glaize. Elle est seule sur le versant droit ; les autres maisons de Chazelles se trouvent serrées au bord de la loule, adossées et comme accrochées au pied du versant gauche qui, mieux exposé, est en grande partie garni de vignes en terrasses. Entre elles et la Sianne s'étend une mince, mais longue bande de terres cultivables : c'est là que sont les champs et les prairies, mais aussi des verjj^ers de i)ommiers et de novers. Les habitants vivent de ces champs qui sont fertiles et des vignes qui garnissent les pentes ensoleillées. Ils sont ou vignerons (1) ou laboureurs. Les parents d'Antoine (ilaize, Jean (ilaize et Toinette Arfeuille, étaient laboureurs. Ce que nous savons d'eux est bien peu de chose. Ils paraissent avoir été assez à leur aise. Ils s'étaient mariés le 14 avril I7i4 ; ils eurent une belle famille. En 1755, ils avaient déjà quatre tilles, Antoinette (2), Marie (3), Magdelaine (4) et Rose(5j (un lits Jean (6) qui leur était né en 1751 n'avait vécu que trois semaines). Après la venue au monde du petit Antoine, deux fils, Jean et Antoine (7) et une fille Marguerite (8) leur naquirent

p. vu, 1. 4. Voici d'ailleurs l'acte de baptême d'Antoine Glaize : « L'an mil sept cent cinquante cin(] et le dix janvier a été baptisé Antoine Glaize. né d'hier, fils à Jean et ;'i Toinette Arfeuille de Chazelle, les père et mère ; le pari'ain a été Antoine Gly de Cliazelle et la marraine Toinette Arpheuille. fille dudit village lesquels ont déclaré ne savoir signer de ce requis. Signé : Chemiuard curé ». Reg. par. d'Auriac.

(1) Ou plutôt l'étaient : les vignes ont été en partie détruites par le phyllo.xéra.

(2) .Antoinette, née le I'""" février 1745.

(3) Marie, née le 7 décembre 1746.

(4) Magdelaine, née le 27 janvier 17.^0.

(5) Rose, née le 2 janvier 1753.

(6) Jean, né le 28 novembre 1751, mort le 20 décembre 1751.

(7) Jean, né le 14 octobre 1756 et Antoine, né le 31 mars 1758.

(8) Marguerite, née le 21 février 1760.

A. TRÉVIS

encore. Cette fille fui leur (lei-ni(M' enlMiit ; en ITGl (I), un nn .iprès sa naissance, Jean (llai/e, le \u^Vi\ mourait. Le petit Anloine n'avait ([ue six ans. La m«M'e Toinette ArtVuillc [>iit la diieclion de la maisonnée. Nous la voyons en ITliS. marier sa (illc Miir-ucrite (2) au lils d'un laboureur de Las<a»ino, .lean Lscaloiug. Jean Lscaloin?: (juittait Lassaiine et ven;iil se fixer à (^lia/elles, dans la maison dt^> (ilaize. Le petit Antoine avait à <'e moment i:] ans. Avait-il déjà commencé ses .'lutlc^? Nous l'ignorons; il devait avoir vécu sans douic, et vivait et dut vivre (ju<d.jue temps encore de la vie des petits paysans: nous lui veri'ons en etTet dans la suite la connaissauci' la [dus l'amilièi-c des choses de la campagne et le goût le plus [)rouoncé pour la vie ru^^licpie. Kn tout cas, il étudiait eu ITT-'i. car sur l'acte de l>a[)tème (3) d'une petite lille dont il est pai'rain, nous le voyons ([ualifié d' « étudiant ». Il avait alors 1(S ans. San< doute déjà songeait-il à embrasser l'état ecclésiastique. 11 y était poussé, semble-t-il, non seulement par sa foi r(digieu>e (jui élait nielle et sincère, mais aussi par îles considérations toutes terrestres. L'élat ecclésiastique lui apparaissait comme l'état le [)lus respeclé et par suite le plus honorable : « les piéires, dit-il (|uel([ue |)art, (Haient révérés comme des dieux e( du plu- loin ([u"on les voyait, on leur faisait le salut et la ré'vérence i ». U'«<>"' M'i'l ''fi ^'^'^ le 6 août 17S0 (5), il recevait les ordres mineurs el la tonsure;

(1) Le :U mars 1761 « Lan mil sofU reiit soixante un elle :n mars a été inhumé au cimetière de cette église Jean Glaize, laboureur, décédé dhier, âgé d'envinm ((uarante ans, du village de Chazelle?, en présence de sa femme Antoinette Arfcuille, de Jean Lavialle, de iM-ançois S.>rre, de Jean (ily, tous vignorons et habitants <lu(i. Chazelles. et lesquels ont déclaré ne savoir signer de c r.'quis. Signé : Cheminard ruré )> liég. par. d'Auriae.

(2) En réalité Magdelaine. Toutes les soMirs <le Glaize ont changé de prénom à leur mariage. Le mariage de Marguerite Ç.laize avec J^an Escaloing est du 28 septembre 176S. Les autres S(Bur3 de Glaize se marièrent : NLirir (lilotte avec François Delaurier, laboureur à Chazelles, le 21 lévrirr HTO; Magdelaine (ilaize avec Antoine Viallefuut, laboureur A Chazelles, le :i r.-vri.-r !"'•: .\Lirgucrite (Ilaize avec Robert Charuesse, laboureur d Aalia.\ le 21 septembre 1*86.

(3) Acte de baptême de Marguerite C.ly. du 28 septembre 1773. « Parrain. Antoine Glaize, étudiant, fils à feu Jean Glaize, laboureur et à Antoinette Arfeuille de Chazelles ». Reg. par. d'Auriac. — Nous ignorons où Glaize lit ses études : peutêtre les lit-il à Saint-b'lour, peut-être a Hrioude.

(4) V. Livre de Compte.

(5^ Registres des Insinuations ecclésiastiques (Arch. dép. Cantal], année 1780»

mois de septembre.

« LIVRE DE COMPTE » DE l'aRBÉ GLAIZE

VU

puis ayant vendu à son heau-frère Escaloing et à sa so'ur Marouerite Glaize sa part d'héritage sur les biens de son père, le 2G octobre de cette même année, ceux-ci lui constituaient en retour sans doute, par devant M« Houx, notaire à I51esle, ^ en a meilleure forme possible à titre de pensi.m viagère et cléricale la somme de soixante livres suivant Tusage du diocèse de Saint- Flour (1) )). L'année suivante, ou au plus tard au commencement de l'année 1782, il recevait les ordres majeurs et la prêtrise (2). En 1782, il était nommé vicaire à Saint-Georges-d'Aurac (3) (naute- Loire) un assez gros bourg situé dans une plaine fertile, et qui dépendait alors de l'évôché de Saint-Flour. 11 eut pour curé un homme qui était en relation avec les seigneurs du voisinage, l'abbé Compte. Le curé dut présenter à ses nobles amis le jeune vicaire, qui, tout frais émoulu du collège, n'était pas médiocrement fier de ses études « faites avec quebiues fruits ». Glaize vit les nobles assez familièrement. ïl se pi(iuait de belles lettres et ne laissait pas d'être actif. Les arcliives de la mairie de Saint- Georges-d'Aurac conservent un manuscrit de 338 feuillets (4), écrit de sa main et signé de lui (o). Le titre en indique ^utïïsamment l'objet : » Recueil alphabéùque des noms et surnoms, des noms de Vendroh orij/inaire ou domicilié des personnes dont l'acte de leur baptrme, mariaqe ou sApulture est consigné dans les registres d'Aurac depuis rannrr 1(199 jusqu'au premier du mois d'août 118C). Pour être à M. rafjhê Compte une voie connue dans la recherche des actes, Sapientia callidi est intelligere viam suam, prov. c. 14. V. S. Ce 9 août 1786 ». Le recueil est précédé d une longue introduction explicative (IV) et est suivi d'une sorte d'essai

(1) Registres des Insinuations ecclésiastiques, 12 décembre 1780.

(2) Les registres d'Insinuations ne mentionnent aucune ordination pour Antoine Glaize ne figure pas parmi Jes ordinauds de 1782, pas plus d ailleui les autres minorés de 1780. Sans .loute y eut-il en 1781 des ordinations q furent pas insinuées et dans lesquelles il lut compris.

(3) Il était à Saint-Georges-d'Aurac le 20 novembre 1782, car a cette date trouvons un acte .le sépulture rédigé et signé par lui. Il signe et rédige ces

jusqu'en 178().

(4) De 22 cm. 1/2 de long sur 17 cm. 1 '2 de large.

(5) « Unus er'^o introitus est omnibus ad vitam et similis exitus ; sap. c. i. Glaize vicaire T. Cette signature se trouve à la fln du recueil proprement dit et l'essai de statistique. Voir Introduction, p. 8, note 1.

(6,. Voici une analyse succincte de cette Introduction : De limportance .les

781 et ■s que ui ne

nous actes

avant

régis -

A. TRÉVIS

de stalistique (1) do la population de la coinmiino do Saint-

tres d'une jiaroisso et pnrfiruli("'reiiioi»t dos re-zisti-es d'Aurat. — Date dos r(>gistro3 (l'Aurai. — Kiiiine d • es r.-iristi'cs : 6 cahiers. — Contenu de ces catiiers et signes qui servent à les dési^jrner dans le Hfcueil.

Eu Voici d'autre [lart \>' début : « C'est di- rt'doi<;nement du temps passé (ians lequel les rc^'istres d'uno paroisse vout poser leurs principes, c'est de lenchaînement bien tissu de ces mômes titres depuis le primordial Jusqu'au plus récent (jue dépend sans exception le repos de toutes les familles et la preuve de leurs tiroits : c'est par là que I'mifs ditlVrents sont a[>paisés, que leur état est fixé et leurs prétentions démontrées. Tels sont eu général les im[»oi-lans avantages qui résultant de l'ancienneté et de la continuité 'Ui bonne foiMue des actes dont on conserve dans une paroisse la minute et tel est en partieulier la date et l'ordre qu'on observe dans ceux de la paroisse de Saiut-Ceorges-d'Aurat.. . ». — V.n voici également la fin : « C'est ici où sont en dépôt les actes Ar mi»it et de sépulture de toutes les ])ersonnes qui sont décédées dans cette paroisse depuis 1748 jusqu'en HcS'i inclusivement dans le 6e cayer. Quoiquf pro[)re et particulier aux actes mortuaires, l'on y trouve 4 actes de baptême, 3 en Wô'I et 1 en 11B2, que je ne crois point avoir été tianscrits ailleurs. Les actes compris dans les deux sup[)lémens dont l'un est en IIGR et l'autre en 177!» sont distingués par le nud suppléuient, mais le nombre des pages suit celui du registre ; de sorte que si le registre de 1771) par exemple a 8 pages, la U" du supplément doit éjre regardée connue la 9^ et la 2« comme la 10*, etc. P(uii- une plus grande facilité, afin de désigner plus clairement les actes qui sont écrits de ce cayer, j'ai joint ce caractère <> au rap[)ort des enregistrements de sépulture : j'ai joint ces sentimens atlectueux et compatissans à l'inscription des noms et surnoms de tant de personnes ctières dont le souvenir fait ressentir encor»' une si vive et si juste douleur des noms et surnoms de tant de pére=: dont les enfans arrosent tous les joni-s. leurs tombeaux des larmes les plus sincères, dont les enfans destitués des lumières et des secours paternels deviennent la proie de l'infortune et de l'indigence. J'ai joint à linseription des noms et surnoms de tant d'eufans, dont les pères caducs privés des fruits de la force et de l'industrie filiale, passent leur vieillesse dans les travaux pénibles de leur état, et vont terminer leurs jours dans la pauvi-eté et la misère la plus honteuse, des noms et siuMionis de tant de mar'is dont la mort engendre dans la famille la désolation et la discorde, j'ai joint enfin à l'inscription des noms et surnoms de tant d'tionunes dont la perte pro<luit dans la fortune un changement et une subversion si funeste, les sentimens pieux qu'inspireni .i tout chrétien la religion et le devoir. Puissé-je les inspirer à tous ceux qui seront dans le cas de les passeï", comnu' moi, sous les yeux 1 Puisse leur cœur connue le mien n'être point indifférent à leur souvenir! Kh ! pourrait-il notre couir se refuser de participer aux mérites des uns et de contribuer à l'heureuse délivrance des autres? Pourrait-il être insensible aux soutTrauces de ceux-ci, et ne pas vouloir mériter l'amour et la i>rotection de ceux-là? N(mi, il ne sera jamais tranquille qu'il ne se soit acquitté de ces deux commissions : il ne trouvera jamais la vraie paix qu'en participant par st\s [)iirres au soulagement des âmes en soufl'rance. 11 ne jouira jamais d'un solide bonheur qu'en sassurant par ses bonnes onivres qu'il s'est fait des protecteurs dans la vie bienheureuse ».

(1) Cet essai date du 13 octobre 17SG. L'abbé compare les naissances des années 1785-86 aux naissances des années 1604-160,'; et suivantes. H C(uisfate qu'en 1784, il y a 16 naissances de [)lus que sur la fin du dernier siècle. Aurat avait passé de 700 haldtants à 1,000.

Goorges-d'Aurac en 1786. On y trouve en outre des réflexions (i) cl (les notes (2) de Tabbé, surtout force cilalions latines.

A la lin de ilccenibre 178G, peu de temps après avoir acbevé cet ouvrage, (Uaize quillait Saint-rieorges-d'xVurac (3). Deux ans phis tard, à la fin de 1788. il était dans la Nièvre, à Cbàteau- Cbinon, en qualilé de vicaire (4;. Où élait-il allé après avoir (luitté Saint-(ieorges-d'Aurac? Comment vécut-il pendant l'année 1787 et la plus grande parlie de l'année 1788? Quelles raisons enfin lui firent abandonner b> diocèse de Saint-Flou r'.^ Ce sont des questions auxquelles il nous est impossible de répondre. Ce que nous savons, c'est qu'il passa trois années à Cbàteau-Cbinon et, si nous l'en croyons, tiois années fort agréables : Il fréquentait, nous ditil, « tout ce (lu'il y avait de mieux », il était en outre estimé et respecté de ses paroissiens. Il semble d'ailleurs qu'il n'était pas mal satisfait de la tournure (|ue les événements politiques prenaient en France, à ce moment. 11 n'était pas un admirateur lanali(jue de FAncien liégime (5), aussi avait-il des sympathies pour la Révolution commençante. Les lois nouvelles lui paraissaient bonnes. 11 nous le dit lui-même (6) et nous en avons une preuve : il prêta serment à la Constitution Civile du clergé. Pourquoi? On peut s'en faire peut-être une idée. D'abord la Constitution lui parut parfaitement orthodoxe (il était gallican), puis les avantages

(1) u Ladoublc Vital baptisé 1709 para. 6, n» du cayer 2. | * La Fayette Joseph Chavagnac mort 1734, par. 6, n^ l \ Lafond André La Morge, baptisé 1736 par. 9, n» 2\ >^ * FJ. vidi morfuos, maqnos et pusillos : Ne serait-ce pas ici le livre des vivants et des morts, où le nom du héros le plus célèbre est précédé et suivi par le nom d'un misérable laboureur, apoc. 20-12 ».

(2) « Dies veniL (lies tua, in qua reflorent. C'est à la sollicitation de M. l'abbé Compte jointe au puissant crédit de M. de La Fayette que le ])ourg «l'Aurat doit rétablissement de deux foires tous les ans. et le droit d'un marché chaque semaine, la construction d'une maison et l'art ou les premiers principes de filer le coton et la laine au tour, et d'en faire des tissus de ditlérentes espèces, le rétablissement d'un chemin très nécessaire, et la résidence en ce même lieu d'un chirurgien dont les pauvres d'après les bienfaits de leur seigneur reçoivent gratuitement les secours,

etc. ».

(3) Le dernier acte de sépulture signé Glaize est du 1er décembre 1786; un acte du 19 déeend)re est de son écriture. A partir du 5 janvier 1787 les actes sont rédigés et signés par un nouveau vicaire, Fournier.

(4) Dès le mois de juillet il y rédige el signe les actes de baptême, sépulture, etc., en cette qualité.

(5) V. Livre de Compte, ce qu'il dit des causes de la Révolution.

(6) V. idem.

A. TRÉVTS

qu'cllo olVrait aux pivtros du l);«s cloi-v, dent il ('dail, étaient l)ion s.Mluisanls : plu^ d«' portion congru»', à la placo nn traitement honorahle: en outre l'espoir d'arriver aux liantes di-nités de l'Kglise,ja<lis fermées aux pivtres du bas (deriié. 11 l'uls«'duit. Quoiqu'il en soit, il n'eut pa< à se repentir d'avoir ado[)lé une telle lii;ne de conduite. L.'> pirliv> iV-fraetaires ne lardèrent pas à être expo'^és à mille ennuis, voire même mille périls. Pendant ce temps, luimême vivait traufiuille à tdiàteau-Chinon, jouissant comme vicaire d'un revenu de '2Mi) livres, lîientôt il était élu curé et procureur de la commune de (ilux (Nièvre).

Ce fut sur la lin de I7î)l ,1), quil fut élu curé' de Glux. Aussitôt, sans cesser de IVéijuenter « tout ce (pi'il y avait de mieux », il s'occupa à s'arran-er (die/ lui une existence calme et bien ordonnée. Ou peut din> (ju'il vécut pendant jirès de deux ans le plus doucement possible. Il avait une <(Mvanle. un domestique et deux vaches. Pour nourrir c(>s va( lie<. il louait KHI francs une propriété ([ui lui permettait de cultiv.M- pour son usage, ble. pommes de terre et légumes, dont il vendait tout ce qu'il ne pouvait consommer. Ses dépenses se moulaiiMit ;i plus de 2,000 livres par an : il se nourrissait bii^n et. ([uoi-iue dans son n'-ime, il préconise l'eau comme boisson, il ne lni>sail pas d'avoir en cave certain bon vin 2) dont on peut bien croire qu'il usait. Parfois, il s'offrait un voyage à Cbàteau-Cbinon ou à Autun (3) ; d'autres lois il allait aux encans ot tàcbail de pioliter des bonnes occasions (i). Ses ouailles l estimaient : elles lui commaiidai.Mit messes et otfices en abondance (;)). Il était en bons termes avec les officiers municipaux de sa commune : il leur olTrait de t.Mni)> en temps à boire et ceux-ci le regar-

,1) I .s aerniers ados .le bapl.-n.o et de sépulture do Ctiâleau-Chinon signés r.1ai/.e sont du mois d octobre 1791. Heg. par. Aroh. mairie Ch;Ueau-Ch.non.

(2) Eu niKi (début de janvier) il a : « l feuillette de vin vieux, 3 feuilleUes de

''73)Te^'^ février, il va à Autun. il achète entre autres choses : « une livre de figues, l 1. 2 s. Tune carpe 14 s. ... Le S mars il est .lo nouveau a Autun: il achôte encore une carpe, ii s. V. Livre de Compto.

(4^ . l)u 28 juin 1193], acheto 2 lits de domestique, a la vente ^les meubles lu ch-iteau de Koussdlon, vendus au profit do la Nation, 402 1. ; plus «n fauteuil, .U 1. 10 s ■ plus pour des petits tableaux 50 1. » V. Livro dr Compte.

.,5, Le 1^'^ janvier t7u:!. il note les messes .lu'il a reçues à Glux : il y en a puis do 200.

« LIVRE DE COMPTE » DE l'aBBÉ GLAlZE

daient comme « un brave liomme » et « un lion patriote ». Bref, son bien être, comme il dira plus tard, était << incomparable ».

Il était beureux.

VA cepen<lant. autour de lui, l'orage grondait. Sur la fin de l'année 1793, les prêtres réfractaires étaient pourcbassés, les piètres jureurs eux-mêmes étaient suspects. Déjà la ('onvenlion son- <^eait à détruire la religion catbolique et à décbristianiscr la France. IJeaucoup de départements étaient troublés. La Nièvre restait tranquille (1) : elle continuait à être attacbée à sa vieille religion et à ses prêtres. Aussi l'abbé espérait-il pouvoir écbapper à la tempête et conserver son repos. Pour son malbeur, le 28 juillet 1793, arrivait à Nevers le << scélérat » (pii allait troubler sa vie paisible. Fouché, ex-confrère de l'Oratoire, tb'puté de la Loire- Inférieure à la Convention, représentant en mission dans les départements du Centre et de l'Ouest. Le citoyen représentant trouva que tout allait mal dans la Nièvre : la population était plongée dans l'erreur' et le fanatisme: il était urgent de la « moraliser ». Il mit des taxes sur les riclies; puis, il s'essaya à implanter dans le pavs le culte de la Raison. Les autres cultes furent proscrits, surtout le catbolique. Les églises dépouillées, sur son ordre, de leurs ornements servirent à la célébration des fêtes révolutionnaires. A ce débordement d'impiété, le curé de Clux assistait en

gémissant bien bas, car il était des plus prudents. Mais, le

10 octobre, ayant paru un arrêté de Fonché (2), (|ui ordonnait de détruire les croix et autres signes religieux et de graver sur la porte des cimetières : « La mort ost un sommeil éternel », il n y tint plus. 11 refusa ou, plus exactement, par un reste de prudence, il négligea de publier l'arrêté sacrilège. Les curés étaient rendus responsables du défaut de la j)ublicati(m (3). Aussi un certain Hrutus, faïencier de son état et membre du comité de surveillance de Nevers, avant remai(jué cette négligence, donna-t-il l'ordre d'arrêter ce prêtre si peu zélé. Le 30 octobre à 2 beures 1 '2 après

(1) Sur ce point voyez : Madelin. Fouc/ié, p. 80 et suivantes.

(2) V. Livre de Com|ite.

(3) Dans IWncion Régime, les currs publiaient souvent au prune les arrêtés ou même les ordonnances royales. Ils continuèrent à faire au début de la Révolution, des lectures d'actes publics à leurs ouailles. V. A. Mathiez : La Révolution et l'Eglise, ch. ii.

,à^mM'

A. TRÉVIS

minuit, six^^ndarmos vonaiont prendre Glaize dans son presbytère pour le conduire à Chàteau-Cliinon. Là, on déridait de Teuiniener à Xevors. On prit la loule la plus lon-ue. On passa par I^pirv, Sardy, ('.orhi-^nv, Ouh^n et INémei'v. (le l'ut un vovaue bien donloureux pour U^ panvre eur('. A Château rjiinon et ailleurs, on le nionlrait comme une bêle curieuse à la po[)ulace qui l'injuriait et le bafouait, il mourait de bonté et d'humiliation, et puis, il ne laissait pas d être inijuiet. L*' 2 novembre, au soir, on arrivait enlin à Neveis, et il était (mfermé dan- la prison du (( Toit de la (iuenon ». Il y trouvait une soixantaine ou plus de détenus, dont quatre [u^èties.

En ces tristes conjonctui-es. il )'ul du moins la consolation de ne pas se voir abandonné par ses paroissiens. Kn cours de l'oute, à Coibiiiny, prolitant d'un moment de liberté ([u'on avait bien voulu lui laisser, il avait t'ait poiter, par exprès, une leltre au maire de sa commun(\ Dans cette leltre, il demandait (ju'on lui fit passer un certificat de civisme et que sc^s paroissiens fissent une pétition pour réclamer sa mise en libeili'. Le lendemain même de son entrée en pr'ison, dtMix paysans de (llnx arrivaient à Ne vers, porteurs du certiticat de civisme .>! df l.i léclamation. Ni Louché qu'ils virent d'abord, ni le coniilL' de surveillance qu'ils virent ensuite, sui- les conseils de Glaiz(^ lui-même, ne voulurent les écoutei- favorablement, (ilaize dut s'armer de patience et se résigner tant bien (jue mal à suppoitoi- le mauvais réiiime de la prison. 11 ne désespérait pas cependant d'être rebudié'. Il attendait le dc'part de Foucbé. Louché partit poni- Ville-AlVrancbie et on continua à garder l'abbé sous clef. Cette fois il désespéra f)?-esque. Pour recouvrer sa liberté, il n'hésita pas à adresser au comité de surveillance de Nevers um» pétition où il dt'clarait « (|u'il se démettrait de sa cure, renoncerait aux fondions ecclésiastiques et ferait biùler ses letli-es de prêtrise», l^e Comité accueillit bien la pétition. Il fit faire une enquête sui' la vie privée et les opinions du prisonnier et. l'enquête avant été favorable, il onlonna la mise en liberté. Le '2S novembre, à 7 heures 1/2 du soir, (ilaize sortait du u Toit de la (iuenon ». Le surlendemain, muni du procès-verbal de son édargissemenl, il prenait la roule de (ilux . La joie le rendait comme fou: [)ar moments, sur la route, il se mettait à crier de tout son cœuv : « Vive la (liberté ».

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