‹ Livre de famille (volume 2)Chapitre 2 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

11 est de tradition que la célèbre Maison bordelaise de Liqueurs « Marie Brizard & Roger » a été fondée à Bordeaux, vers 1755, par Mlle Marie Brizard, sœur de Martial Brizard, s'associant avec Jean-Baptiste Boger qui a épousé, à la même époque, Anne Brizard, fille de Martial.

Jean-Baptiste Roger et Anne Brizard sont des ascendants de ma femme et la fortune et la position actuelles de la famille de ma femme sont le résultat de la fortune et de la position acquises par Marie Brizard et Roger. J'ai cru intéressant de reconstituer, au moyen de documents certains, l'histoire de la famille de Marie Brizard et celle de la Maison Marie Brizard & Boger, en rattachant à cet axe quelques renseignements sur les autres parents de ma femme. J'ai trouvé beaucoup plus que je n'espérais, grâce surtout aux conseils de M. Bousselot, sous-archiviste aux Archives municipales de Bordeaux. Voici la liste des principales sources auxquelles j'ai puisé et les abréviations par lesquelles je les désignerai :

Archives municipales de Bordeaux, à la Mairie (A M)

Archives départementales de la Gironde, rue d'Aviau. (A D)

Les Archives municipales et départementales sont fort riches. L'incendie de la Mairie, en 1862, qui a détruit beaucoup de documents a épargné les registres de l'état civil.

Documents appartenant à la Mon Marie Brizard & Roger (M B R) Documents appartenant à M. François Daleau, de

Bourg-sur-Gironde (F D)

Beaucoup des documents sur la famille de Marie Brizard sont des actes de l'état civil, c'est-à-dire des actes de baptême, de mariage et d'inhumation. Ils font partie des Archives municipales.

Avant la Bévolution, on mariait et l'on enterrait, à Bordeaux, dans toutes les paroisses, au nombre de dixsept, mais l'on ne baptisait que dans trois : Saint-André, Sainte-Croix et Saint-Seurin, auxquelles, pour être complet, il faut ajouter Saint-Nicolas où se faisaient quelques baptêmes (')• Les diverses paroisses étaient réparties entre ces « Baptistères ». Ainsi, la paroisse Saint-Bémi avait pour baptistère, Saint-André; la plus grande partie de la paroisse Saint- Michel avait pour baptistère Sainte-Croix et, le reste, Saint-André. Dans chaque paroisse, qu'elle fût ou non baptistère, on inscrivait, généralement dans un même registre, au fur et à mesure, tous les actes, de sorte que les registres des églises baptistères contiennent, le plus souvent mélangés, des actes de baptêmes, mariages et inhumations et, les registres des simples paroisses, des actes de mariages et inhumations. Dans ces dernières années, on a, avec beaucoup de patience, constitué des « Bépertoires ». Ce sont les listes des actes de l'état civil avec nom, prénom, date et numéro d'ordre de chacun, listes faites par paroisse et, dans chaque paroisse, par nature d'acte, et

(') Ce droit exclusif fut gardé par les trois églises jusqu'à la Révolution. Son origine est mal connue, malgré les débats provoqués par les nombreuses tentatives, toujours réprimées, des autres paroisses.

où tous les noms commençant par la même lettre sont groupés en un même chapitre et y sont inscrits par ordre de date. Pour trouver, par exemple, l'acte de mariage de Jean -Baptiste Roger avec Anne Brizard, j'ai pris le répertoire des mariages de Saint-Rémi et celui de Saint- Pierre, c'est-à-dire les répertoires des paroisses du quartier de la Bourse où ils demeuraient, d'après la tradition, et j'y ai suivi, à partir de 1750, tous les noms du chapitre R. J'ai ainsi trouvé bientôt, dans le répertoire de Saint-Pierre :

«1038 -Roger Baptiste - Brizard Anne - 13 juillet 1766»

indication que j'ai pu compléter en me reportant au registre lui-même où cet acte est inscrit le 1038e. En opérant ainsi, je suis certain de trouver, sauf s'il y a une lacune, c'est-à-dire si un registre a été perdu, et sauf s'il y a une erreur : ainsi, le décès de Pierre Brizard, 1743, a été répertorié aux naissances; la naissance de Marguerite Brizard, 1719, a été répertoriée sous le nom de Brisefort.

Ces registres remontent jusqu'au milieu ou au début du xvne siècle, sauf celui des baptêmes de Sainte-Croix qui commence à 1540, c'est-à-dire à l'ordonnance de François Ier, de 1539, sur la tenue des actes de l'état

Les Archives départementales possèdent plusieurs des registres qui manquent aux Archives municipales et entre autres d'anciens registres de Saint-André. Mais ils ne sont pas répertoriés, ce qui rend les recherches pratiquement impossibles.

Le Greffe du Tribunal civil possède un double de tous

les registres, sauf lacune, mais sans répertoire. Il a même des registres que ne possèdent pas les Archives municipales. Ainsi, un registre de Saint -André commençant à 1561 ; un de Saint -Seurin commençant à 1564; etc.

Père et mère, frères et sœurs de Marie Brizard

Marie Brizard est née le 28 juin 1714. Elle a été baptisée sept jours après. Voici copie de son acte de baptême, tel qu'il figure dans le registre de Sainte-Croix :

« Le 5ine Juillet aeste baptisée marie fille légitime de pierre brizart charpentier et de janne laborde de la parroisse Ste Crois née le 28me juin de l'année courante parrain martin démons oberbiste marraine marie hostein en présence de jean brousse et martial bonnet».

Le père a signé Brizart et non Brizard. Ces questions d'orthographe n'ont, à cette époque, aucune importance. Il figure dans les actes comme « charpentier », « charpentier de barriques », « tonnelier » et même, une fois (décès de son fils Pierre), comme « aubergiste ».

Les registres font connaître que Pierre Brizard et Jeanne Laborde se sont mariés, à Sainte-Croix, le 24 avril 1708 et ont eu au moins quinze enfants, qui ont tous été baptisés à Sainte-Croix :

1° Jeanne, née le 2 novembre 1711 et dont je n'ai trouvé aucune autre trace;

2° Jeanne, née le 31 mars 1713 et morte le 18 août suivant (Sainte-Croix);

3° Marie, la fondatrice de la Maison Marie Brizard & Boger, née le 28 juin 1714;

4° Jean, né le 26 août 1715. Plus trace;

5° Marie, née le 14 février 1717, morte le lendemain (Sainte-Croix);

6° Marie, née le 6 mars 1718, mariée le 28 novembre 1741 (Sainte-Croix) à Jean Teyssier, raffineur, lequel est mort le 30 novembre 1769 (Saint-Michel). Ils ont eu cinq enfants : Jean aîné, autre Jean, Marie, Elisabeth

(mariée, en 1771, à Jean Lucquet) et Marguerite (mariée, en 1786, à Peverque, forgeron) (F D, 206 et 208, et M B R);

7° Marguerite, née le 16 mars 1719, mariée le 16 février 1746 (Sainte-Croix) à Jean Biguey, tonnelier, qui, pas plus qu'elle, ne sait signer, morte le 16 vendémiaire an IV (8 octobre 1795) à Bordeaux. Ils ont eu trois enfants : deux Martial, dont l'un a peu vécu, et un Charles (F D, 206 et 208, et A M);

8° Martial « l'aîné », né le 31 mai 1720. C'est le père d'Anne Brizard et il en sera souvent question;

9° Arnoul (Arnaud), né le 1er juillet 1721. Pas d'autre trace;

10° Pierre, né le 3 septembre 1722, mort le 17 octobre 1726 (Sainte-Croix) ;

11° Nicolas, né le 27 septembre 1723. Il figure, comme vivant, dans un exploit de 1744 (A D, Arrêt Parlement 3 juillet 1755), mais non pas dans un Arrêt du Parlement de 1752 où il aurait dû être nommé s'il avait encore vécu (A D, 5 juillet 1752) ;

12° Martial, né le 16 juillet 1725, mort le 7 septembre 1728 (Sainte-Croix);

13° Martial « jeune » ou « cadet », né le 20 avril 1727, voilier, décédé à Saint- Pierre, la Martinique, en octobre 1762 (F D, 207, et M B R);

14° François, né le 15 mars 1729, mort le 23 du même mois (Sainte-Croix);

Et enfin I 15° Jeanne, née le 10 septembre 1730 et dont il n'y a plus autre trace.

L'on voit que, parmi ces quinze enfants, trois ont pour prénom unique Jeanne; trois, Marie; et trois, Martial. De là une difficulté particulière pour les identifier lorsqu'ils apparaissent dans les faits subséquents. Nous savons que l'une des Marie est morte presque en naissant, et quant aux deux autres Marie, leurs actes de décès sont beaucoup moins anciens, par suite ils sont fort bien faits et permettent d'identifier sans aucun doute :

4 ventôse an VII (22 février 1799). Bordeaux sud. « Est morte hier soir à dix heures, Marie Brizard,

quatre vingts ans, native de Bordeaux, veuve de

Jean Teycier, rafineur, place Canteloup N° 2 »

16 pluviôse an IX (5 février 1801). Bordeaux. « Du seize pluviôse an neuf de la République française acte de décès de Marie Brizard, décédée ce jour à une heure de relevée, quatre vingt six ans et sept mois, célibataire, née à Bordeaux, rue du Pont de la Mousque 14 bis, fille de feus Pierre Brizard et d'Anne Laborde, sur la déclaration faite par les citoyens Pierre Sauvestre menuisier rue Plus de Rois 14, et Jean Vallat menuisier fossés des tanneurs 6 *.

La rue « Plus de Bois », où demeurait l'un des témoins, s'appelle maintenant rue d'Ares. Elle croise la rue « Libre ou Mourir », maintenant rue de Fleurus, et la rue « Haine aux Tyrans », maintenant rue du Château-d'Eau. Ces noms révolutionnaires n'avaient pas encore été changés en 1804 (A M, Plan de Bordeaux, an XIII).

Jeanne Laborde, la vaillante mère, est morte le 8 juin 1739 (Sainte -Croix) et son mari, Pierre Brizard, le 9 janvier 1743 (Sainte-Croix). Tous deux ont été inhumés dans Véglise, comme il convient à gens qui se respectent. Mais ils ont fait enterrer dans le cimetière de l'église les cinq enfants qu'ils ont perdus avant de mourir eux-mêmes : c'était sans doute moins coûteux.

Origine de Pierre Brizard

L'origine de Pierre Brizard est donnée par les actes suivants :

Son acte de mariage (Sainte-Croix) du 24 avril 1708 :

« Le 24 avril ont esté espoux les fiançailles faites.... pierre brizard charpentier de barriques

majeur son père et sa mère estant décèdes suivant l'extrait mortuaire qui ma este remis délivre par

M teyssier curé darbis résident dans ma

parroisse depuis sinq ans dans la maison de M drouillard en paludate et Jeanne Laborde ma parroissienne de tout tems. . . »

Son acte de fiançailles (Sainte-Croix) du 4 du même mois :

«... J'ay receu la mutuelle promesse de futur

mariage de pierre brizard charpentier de barriques

natif de la parroisse darbis en benauge et mon

parroissien depuis quatre ans et Jeanne Laborde ma

parroissienne. . . »

Arbis est un village situé entre Cadillac et La Sauve

(Gironde). Sa population est actuellement de 328 habitants.

L'acte d'inhumation de Pierre Brizard, en date du

10 janvier 1743 (Sainte-Croix), porte qu'il était « âgé

d'environ 63 ans ». Pierre Brizard est donc né en 1680 ou

environ. Ceci m'a permis de trouver, à la mairie d'Arbis,

son acte de baptême :

« Le quatorziesme davril mille six cents septante neuf a esté baptisé dans Laglise darbis pierre brisard fils naturel Et Légitime de Jean brisard Et de Jeanne dufour ses père Et mère habitans de cette parroisse, son parrain pierre bouyrie habitant de Solignac, sa marrine Isabeau lafon habitante de cette parroisse, tesmoings au baptesme guillein

bouyrie, Et francois ribaut, nasquit Le dit

iour, mois Et an que desus. »

La formule enfant naturel et légitime est d'un emploi constant avant la Bévolution, du moins dans la région de Bordeaux. Mon ami M. Boschach, le savant archiviste de la ville de Toulouse, m'a écrit à ce sujet : « Elle signifie simplement que l'enfant est né à la fois selon les lois de la nature et selon les conventions légales établies par la Société pour le mariage. Ce que nous appelons aujourd'hui enfant naturel, l'ancienne langue l'appelait bâtard. Aussi,

l'équivoque n'était pas possible. L'adoption existant en droit romain, et nos vieux juristes étant tous des romanistes, c'est par opposition au fils adoptif que le terme d'enfant naturel s'introduisit dans le droit français pour distinguer la paternité effective de toute fiction familiale assimilant avec plus ou moins de rigueur un étranger à un vrai fils ». (')

Mes persévérantes recherches à Arbis et aux environs ne m'ont pas donné d'autre acte où il soit question, certainement, de cette famille. En voici le détail :

La commune d'Arbis possède ses registres de l'état civil à partir de 1678. Mais de 1678 à 1690, les registres ne contiennent que les baptêmes. J'ai suivi tous les actes de 1678 à la fin de 1708, année où Pierre Brizard s'est marié « son père et sa mère estant décèdes suivant l'extrait mortuaire. . . délivre par M teyssier curé darbis ». Je les ai même tous complètement lus jusqu'à 1690. Mais, sauf dans l'acte de baptême ci -dessus, je n'ai pas vu le nom de Brisard ou un nom analogue. J'ai trouvé au contraire souvent le nom de Dufour. Ainsi, par exemple : le 20 août 1681, baptême d'un fils d'Helies Carrau et de Jeanne Dufour ou Dufourc (probablement pas la même que l'épouse de Jean Brisard, qui serait mort, car elle se serait bien vite remariée) ; le parrain est de Ladaux. Le 9 Juin 1686, une Jeanne Dufour, d'Omet, est marraine (peut-être la femme de Jean Brisard ou d'Helies Carrau, qui a été habiter Omet?); le parrain est de Ladaux. Le 4 avril 1696, baptême de Jeanne Dufour, fille d'Estienne Dufour. Le 4 octobre 1696, inhumation de Jeanne Dufour (est-ce l'épouse de Jean Brisard, ou d'Helies Carrau, ou plutôt la petite fillette née depuis six mois ? L'acte ne fait connaître ni les parents, ni l'âge). Dans plusieurs actes, on voit que des Dufour et des amis de Dufour sont de

(*) Je ne trouve guère l'expression enfant naturel dans les actes du Nord, dont beaucoup figurent aux lreet2™e parties de ce «Livre». Les gens du Nord n'étaient pas des romanistes.

Ladaux. Le 27 novembre 1678 « bertrand dufour de la parroisse deSolignac» est parrain d'un fils de «guillaume ribaut » ; la marraine est « marthe bouyrie ». Ces noms sont intéressants à rapprocher de ceux qui figurent dans l'acte de baptême de Pierre Brizard, dont la date est presque la même. On se trouve amené à supposer que Jeanne Dufour, la mère, est peut-être de Soulignac et que, par conséquent, les anciens registres de cette paroisse pourraient peut-être contenir des indications sur Jean Brisard, son mari, par exemple leur acte de mariage. Il serait intéressant aussi de faire des recherches dans les registres de Ladaux, village qui est d'ailleurs tout près de Soulignac, comme Arbis. Et même dans ceux d'Omet. Or, les registres encore existants de ces trois paroisses commencent bien avant : Soulignac, en 1626; Ladaux, en 1623; Omet, en 1608 (Inventaire des Archives départementales), ce qui permet, semble-t-il, ces recherches.

J'ai donc été à Soulignac. En remontant, j'ai trouvé les registres de baptêmes, mariages et inhumations, jusqu'en 1692. Puis de 1692 à 1660, une lacune, sauf quelques actes de 1668. Enfin, de 1660 à 1626, les baptêmes seulement. Je ne pouvais donc trouver ce que je cherchais. Toutefois, j'ai noté, en 1650, baptême de Marie Dufour, fille d'Arnaud Dufour, et ayant pour marraine Marie Dufour; en 1648 et 1642, baptêmes d'enfants de Jeanne Dufour, épouse de Bernard Duvignau (ce dernier nom douteux, car fort mal écrit), parrain Jean Dufour. Ceci confirme que des Dufour sont du pays. Peut-être faut-il lire Brisar dans le baptême d'Anthonine, fille de Jean, époux de Marguerite Gaudin, le 14 août 1650? Mais le nom est très mal écrit, il est réellement illisible.

J'ai été à Ladaux. Les registres commencent, en réalité, à 1667, les plus anciens ayant presque totalement péri dans un incendie. Ces registres comprennent tous les actes : baptêmes, mariages, inhumations, mais rédigés de manière très sommaire. J'ai lu complètement les actes de 1667 à 1708. J'y ai trouvé énormément de Dufour et Dufourc (l'orthographe varie ainsi suivant les curés), dont

une dizaine de Jeanne. Plusieurs sont du « village du fourc », hameau voisin appelé maintenant « le Hourc » (les lettres h et f sont à peu près équivalentes dans l'idiome gascon de ce pays). Le nom de Dufour est d'ailleurs actuellement très répandu à Ladaux. Le nom de Brizard, de quelque façon qu'il soit écrit, y est au contraire inconnu. Je l'ai trouvé dans un seul de ces actes, un baptême de 1667 :

« Jeane brisart fille de Vincent brisart et de marie dupuy née le troixiesme de ce mois a été baptisée ce jourdhuy vinctiesme novembre mil six cent soixante sept son parrin jean courtois etsamarrine Jeanne faurez ».

J'ai été aussi à Omet. J'y ai vu des registres assez complets, contenant, notamment, tous les mariages de 1658 à 1686. Mais je n'ai trouvé aucun nom qui ressemble à Brizard ni à Dufour, si ce n'est dans un baptême de 1675 : « sieur Julien Dufour et demoiselle Jeanne dufour frère et sœur » qui « ont este parrin et marrine ».

Enfin, j'ai été au greffe du Tribunal civil de La Béole, où doit se trouver le double de tous les actes de l'état civil de l'arrondissement, ce qui me faisait espérer que je comblerais quelques lacunes. Mais il est moins bien muni d'anciens registres d'Arbis que la commune, il n'a aucun acte ancien de Soulignac et n'a ceux de Ladaux qu'à partir de 1692. J'ai toutefois profité de cette visite pour chercher le nom de Brizard dans les plus anciens répertoires (ceux du temps de Napoléon Iur et de la Bestauration) de toutes les communes du canton de Targon, le canton d'Arbis, Soulignac et Ladaux. Mais je n'ai trouvé ni ce nom, ni aucun qui lui ressemble, tandis que, par contre, j'ai constaté que beaucoup des noms anciens y ont persisté. Il est donc fort possible que les Brizard ne soient pas originaires d'Arbis ou des environs. Peut-être Jean Brisard venait-il de Bordeaux?

Diverses familles Brizard

De nombreux Brizard, en effet, ont habité Bordeaux dès longtemps avant. J'ignore s'ils avaient quelque lien de parenté avec la famille dont je m'occupe.

Les registres des baptêmes de Sainte -Croix nous montrent, de 1668 à 1679, neuf enfants, arrivant en rapide succession, œuvre de François Brizard, hôtelier, et d'Antoinette Daure, tous deux de la paroisse de Saint- Michel, mariés le 20 juin 1666 (Saint-Michel). L'acte d'inhumation de François en date du 26 mars 1681 (Saint- Michel), est ainsi libellé :

« Le même iour a este ensevely dans l'église comme passant françois brisard dit l'hoste du chapon Lardé qui deceda heir sous les aubangs. »

Son âge n'est pas indiqué.

François s'est fait enterrer dans l'église. Ceux de ses enfants qui sont morts avant lui ont été enterrés dans le cimetière.

De ses neuf enfants, un seul, mort en bas âge, s'appelait Jean.

« Sous les aubangs », où se trouvait l'auberge de François, était une rue qui a été remplacée, il y a un demisiècle, par la place Duburg, en démolissant un gros pâté de maisons accolé à l'abside de Saint-Michel.

Les actes, très sommaires, comme ils le sont généralement à cette époque, ne font pas connaître les parents de François.

Je n'ai pas trouvé d'autres Brizard dans les baptêmes de Sainte-Croix à cette époque. Je n'en ai pas trouvé, non plus, en y remontant pendant vingt-cinq ans, à partir de 1668, date de la naissance du premier enfant de

François. Puis, en vingt ans, j'ai rencontré une brillante éclosion de dix enfants, œuvre de Jehan Brizard et Lionne Perrin. Ces enfants sont nés de 1620 a 1643. Aucun ne s'appelle François, ni Jean, ni Vincent.

Un autre ménage Brizard figure, à cette époque, sur les registres de Sainte-Croix, par le baptême de Jehan, né le 6 juin 1623, fils de Pierre Brisar et de Jehanne Belin.

Bemontant encore dans Sainte-Croix, je ne trouve rien pendant quarante-trois ans, c'est-à-dire jusqu'en 1580. Il est vrai qu'il y a une lacune, le registre de 1590 à 1601 ayant été égaré.

Je trouve, le 6 août 1580, le baptême de Jehanne, fille

de Jehan Brisard et de Jehanne Dans cet acte, comme

d'ordinaire à cette époque, et plus anciennement, le jour de la naissance n'est pas indiqué.

Puis, de 1576 à 1565, six enfants d'Arnaud Brisard, ou Brirard, ou Bricard, et de Catherine « sa lame* : ces actes sont peu lisibles et dédaignent l'ortographe.

Enfin, le 2 octobre 1544, presque à l'origine des registres (ils commencent en 1540), je trouve le baptême de Thomas, fils de Bernard Brizard (très lisible). Voici la copie complète de l'acte :

« Le 2e jour Thomas fils de Bernard Brizard et de Pétronille Cussome par. Thomas.... mar. Catherine de la Valle. »

Le nom du parrain est illisible.

Nous avons tous visité les momies que l'on a exhumées de Saint-Michel. Elles datent de quatre siècles. Peut-être, parmi elles, avons-nous vu Bernard Brizard ou son épouse Pétronille?

Des Brizard ou Brisart habitaient déjà le quartier un siècle avant, car un registre de rentes de Sainte-Croix, du xve siècle (AD, H) contient (dernière page, 94 verso) la note suivante qui vient après une note semblable concernant un individu « demorant en la grant carrière [signifie rue] saincte-croix » :

« Jehan brisart fourney [c'est-à-dire fournier]

demorant en lad. rue doit à cause de l'ostau [c'est-àdire maison] ou demore aud. ternie du dimanche gras - III s. t. [c'est-à-dire 3 sols tournois] ».

Cette pièce m'a été montrée et lue par M. Brutails, archiviste départemental de la Gironde.

Les registres de Saint-André, conservés aux archives municipales, ne remontent qu'à 1659. Des recherches semblables m'y ont fait trouver Marie Geneviève, née le 3 janvier 1688, sur la paroisse Puy-Paulin, fille d'Antoine Brisar, archet du guet, et de Marie Cubilier.

Dans les registres de Saint-Seurin, qui ne remontent qu'à 1668, j'ai trouvé un Antoine Brizard, maçon, marié à Guillaumine Promise, qui en a eu quatre enfants de 1690 à 1711; et un Jean Brisard, baradier, marié à Jeanne Degan, qui en a eu, de 1668 à 1677, quatre enfants (dont un Jean, mort en naissant, le 25 novembre 1668, et un autre Jean né le 14 septembre 1672).

Je n'ai rien trouvé à Saint-Nicolas.

Aux environs de Bordeaux, un Brisard figure dans l'acte suivant : 14 septembre 1541, Bobert Brisard écuyer, comme mari d'Isabeau de Capdeville dame de la maison noble de Bernède sise en la seigneurie de Lesparre, dit tenir lad. maison à hommage du seigneur de Lesparre (A M, fonds Léo Drouyn, t. 8, p. 212).

Je n'ai pas étendu ces recherches au xvme siècle.

J'ai trouvé parfois le nom de Brizard ailleurs que dans la région de Bordeaux. Le dictionnaire de Larousse cite trois Brizard, un poète, un comédien et un littérateur, morts tous trois à Paris en 1565, 1791 et 1793.

L'Armoriai général de la France, dressé en exécution de l'Édit de 1696, comprend un Brizard à Angers, un Brizart à Dinan et un Brizart à Paris (Bibl. nat. , manuscrits).

Après la chute de Bobespierre, un mandat d'arrêt a été pris, le 12 thermidor an II, contre « Philipe Sulpice Brizard, instructeur des canoniers » (Archives nationales, A. F. IL 255). Le 22 fructidor suivant, un nouveau mandat d'arrêt a été pris contre lui et trois autres, d'après une

dénonciation contre ces « quatre adjudans de canoniers, portant que ces hommes ont commandé de Braquer les canons sur le Comité de Sûreté générale dans la nuit du 9 au 10 Thermidor et d'avoir harangué la garde de l'assemblée et le peuple dans le sens d'henriot, d'avoir contribué à faire abandonner la convention Nationale dans cette même nuit » (Arch. nat., A. F. II. 256).

Tout récemment, le 5 novembre 1912, un forçat nommé Pierre Brizard, n° 39986, a écrit, à tout hasard, de son bagne de La Guyane, à « Madame Veuve Marie Brizar, Fabrique de Liqueurs, Bordeaux ». Il l'appelle « Ma chère cousine » ! Ce forçat ignorait que Marie Brizard était morte, célibataire, cent douze ans avant. La lettre est sur un imprimé spécial pour lettres des forçats, où figure en haut, dominant tout, la belle formule : « Liberté, Égalité, Fraternité », qu'il paraît vraiment singulier de proclamer à des gens qui sont au bagne.

Martial Brizard et sa descendance

Bevenons maintenant au temps de Marie Brizard. De ses quatorze frères et sœurs, je n'ai plus à m'occuper que de Martial, le « Martial l'aîné », dont la naissance a eu lieu en 1720.

Martial Brizard l'aîné s'est marié trois fois :

La première fois, le 27 juin 1746, à Brest, où il était marchand de vins, avec Mathurine-Angélique Grande, fille de Jean-Allain Grande et d'Anne Neveu (Archives municipales de Brest). Le contrat de mariage, du 23 juin 1746, « porte qu'il y aura communauté de biens entre les époux et qu'en cas qu'ils changent de demeure

en d'autres provinces, ils suivront néanmoins la coutume de Bretagne tant pour les biens meubles et immeubles qui pourraient s'y trouver, que pour ceux qui pourraient se trouver dans les autres provinces où ils pourraient s'établir » (F D, 99). Comme conséquence, « l'an 1792, 4e de la liberté » ('), dans un des nombreux procès de Martial, des avocats de Bordeaux, étudient et discutent, de Bordeaux étant, la coutume de Bretagne, sajurisprudence et son application à la succession de Mathurine-Angélique Grande, qui était morte quarante-trois ans avant (FD,99 : mémoire « A Messieurs Les Juges du Tribunal de District de Bordeaux »).

De ce mariage sont nés deux enfants, tous deux à Brest (Archives municipales de Brest) :

Le 7 mai 1747, Anne Brizard, dont il sera longuement question et qui est appelée souvent Marie -Anne et quelquefois Jeanne;

Et, le 21 octobre 1748, Jean-Frédéric Brizard, capitaine de navires.

Martial Brizard est venu, peu après, établir son domicile à Bordeaux (F D, 99).

Mathurine-Angélique Grande y est morte le 31 août 1749, « âgée de dix huit ans ou environ » (Saint-Pierre).

Martial Brizard a convolé en secondes noces, à Bourg (Gironde), le 10 février 1750, avec Marie Belloumeau, née le 8 mars 1728, fille de Pierre Belloumeau, ancien jurât de Bourg, et de Thérèze Barateau (Archives municipales de Bourg-sur-Gironde), laquelle est décédée le 31 juillet 1768

(<) La date du titre de la « Gazette nationale ou le Moniteur universel », journal officiel de l'époque, ne porte aucune addition jusqu'au 13 juillet 1790, inclus. Au numéro du 14 juillet 1790, l'on y ajoute : « 1er jour de la 24e Année de la Liberté ». Du 15 juillet 1790, inclus, au 13 juillet 1791, inclus : « Seconde Année de la Liberté ». Du 14 juillet 1791, inclus, au 4 janvier 1792, inclus : <• Troisième Année de la Liberté ». Du S janvier 1792, inclus, au 20 août 1792, inclus : « Quatrième Année de la Liberté ». Du 21 août 1792, inclus, au 23 septembre 1792, inclus : « L'An quatrième de la Liberté, et le premier de l'Égalité ». A partir du 24 septembre 1792, inclus : « L'An premier de la République Française. »

(Saint-Pierre). Ils étaient dans une bonne situation de fortune, car, d'après un inventaire dressé quelques jours après ce décès, le 5 août, les biens qu'ils possédaient ensemble, « dépendans de la communauté », s'élevaient, dettes déduites, à 212 000 livres (A D, M0 Cheyron, notaire ; dépôt de cet inventaire le 15 mars 1771) (')• Martial a donc, pendant la durée de ce mariage, réalisé d'importantes économies. J'appelle l'attention sur ce que, comme quantité de métal fin, la livre était à peu près égale au franc, mais que son pouvoir d'achat était deux fois et un tiers plus fort (d'Avenel, Hist. économique. . ., 1894) et même davantage.

De ce mariage sont nés six enfants : Jeanne, Marie dite Thérèse, Dorothée, Ursule, Paul- Alexandre et Adélaïde (FD, 42, et Testament de Marie Belloumeau, du 31 juillet 1768, A D, Fatin jeune) Ç2). Mais, en 1790, seuls, Jeanne, Paul-Alexandre et Adélaïde vivaient encore (Testament de Martial, F D, 42).

Jeanne, née le 27 juin 1753 (Saint-André), a épousé, le 12 décembre 1773 (Saint-Pierre), Pierre Dalheu, capitaine de navires. Son contrat de mariage (AD, Fatin Je, 2 décembre 1773) nous donne un exemple du peu d'importance que l'on attachait à l'exactitude des prénoms : elle y est désignée, en effet, sous le prénom de Marianne, tandis qu'elle signe ce même contrat Jeanne, le seul prénom de son acte de baptême. Pierre Dalheu est mort presque aussitôt, le 19 janvier 1774 (Saint-Pierre).

(') Y compris « un nègre que j'ay achetté il y a un an à Mr Manescat, cap. de Navir — 1200 livres », écrit Martial.

Le même dossier contient l'inventaire des biens meubles au décès de sa première femme, Angélique Grande. 11 ne s'élève qu'à 7 000 livres. J'en extrais seulement ce passage : « Cinq Douzennes assiettes detain — 65 livres » et « huit Plais d° — 36 livres ».

(•) J'observe que, bien que ce testament soit antérieur à la Révolution, il n'y est nullement question d'avantages pour l'aîné. (D'ailleurs jamais, dans mes recherches, je n'ai trouvé trace du droit d'aînesse). Marie Belloumeau pose en principe « le... désir d'établir une parfaite égalité entre tous mes enfants qui me sont également chers.... ensemble le posthume ou posthumes dont je pourrais être enceinte. »

Jeanne Brizard est décédée à Bordeaux le 7 mars 1821 (A M et FD, 90).

Paul-Alexandre Brizard, capitaine de navires, est né le 6 avril 1761 (Saint-André) et décédé le 7 mai 1835 (à Bourg) « âgé de soixante-quinze ans », ce qui confirme la date de sa naissance (').

Le 26 août 1791, ce « fils légitime de S1' Martial Brizard Citoyen » (2) a épousé Marguerite - Thérèse Baboutet (Saint-Martial). Pas d'enfants.

(•) Il était donc bien âgé de 30 ans et 8 mois en décembre 1791. A cette époque d'ailleurs il était marié depuis quatre mois. Ceci rend particulièrement curieuse la pièce suivante (FD) :

« Aujourd'hui vingt six Décembre mil sept cent quatre vingt onze, à Bourg en nôtre demeure, devant nous Pierre Pillot juge de paix de La Ville de Bourg Ecrivant Sieur Darmand Peychaud notre secrétaire greffier, ont comparu sieur Martial Brizard citoyen de cette Ville, y habitant, et sieur Paul Alexandre Brizard son fds, capitaine de navire, demeurant aux Charterons Les Bordeaux, paroisse saint Martial de Bacalan ; Le quel dit sieur Brizard père, nous a Requis Recevoir L'émancipation qu'il vient faire dudit sieur Brizard son fils.

» Sur quoi nous juge de paix, octroyons acte de ce que Le dit sie.ur Brizard fils s'étant mis aux genoux de son père, nue tête et Les mains jointes, et L'ayant prié de L'émanciper, le dit sieur Brizard père a imposé sa main droite sur La tête de son fils, Lui a Disjoint Les mains, L'a fait Lever et a déclarer L'Emanciper. Au moyen de quoi avons tenu et tenons Ledit sieur paul Alexandre Brizard fils, pour dùement émancipé ; en conséquence Lui permettons de vendre, acquérir, transiger, tester et généralement faire tous actes dont une personne Libre peut être Capable ; sans qu'En aucuns cas il ait besoin d'être autorisé par son père, envers Lequel nous Lui enjoignons de ne jamais s'écarter du Respect et de l'obéissance filiale.

» fait le dit jour ».

L'émancipation d'un fils était l'acte par lequel il était mis hors de la puissance du père, puissance considérable et durable dans les pays de droit écrit, imprégnés de droit romain. Je me bornerai, à ce sujet, aux renseignements suivants, que j'ai trouvés dans « Coutumes du Ressort du Parlement de Guienne, par deux Avocats au même Parlement, 1768 » t. I, p. 185-186, t. 2, p. 118-119 (AD) : Il y a Emancipation tacite « après l'âge de vingt-cinq ans » des fils « qui ont

demeuré hors la maison et compagnie de leur père un an ».

Cette Emancipation tacite est « à l'effet uniquement de pouvoir

s'obliger ; mais il ne peut point faire de testament ; il n'a pas

d'ailleurs en sa puissance les enfaus qui lui surviennent après une pareille Emancipation ; enfin son père conserve toujours l'usufruit entier de ses biens adventifs ».

(*) L'appellation « Citoyen » a été employée bien avant la Révolution. Ainsi, dans le « Controlle (petits actes)» de 1762, je lis :

L'an X, il a épousé Marie Perrin. Ce n'était pas un mariage riche, car le contrat porte « les futurs époux ont déclarés n'avoir rien à se constituer» (FD, 82). De ce mariage est né, le 16 prairial an XIII (5 juin 1805), un fils, Pauly-Théodore, qui est parti pour le Pérou, puis pour la Californie ('). Ce Pauly-Théodore a épousé Victoire Brousse, d'où nombreux descendants qui sont tous en Californie et l'Arizona (FD).

En 1809, Paul-Alexandre s'est marié une troisième fois : il a épousé Anne (dite Céladine) Vitrac (le père natif de Tulle), dont il a eu cinq enfants (F D) :

1" Adeline (née 1810, f 1814);

2° Charles-François-Hyacinthe (né 1813, disparu en mer);

3° Maxime (né 31 mai 1815, f 26 mai 1903) ;

4° Céladine (née 6 mars 1818, f 1887) qui a épousé Louis -Félix Daleau, notaire à Bourg -sur -Gironde (né 1815, f 1892), et a eu de ce mariage, Joséphine, François et André Daleau (nés en 1841, 1845 et 1858), tous trois célibataires, demeurant à Bourg;

5° Enfin, Arabelle (née 31 octobre 1823).

Le dernier enfant de Martial, Marie-Adélaïde Brizard, née en 1765 (Saint-André), a épousé Philippe de Marin, de Bourg. De ce mariage sont nés six enfants : Bernard, Adèle, Adolphe, Paulin, Betzi et Jules (FD, 90).

Je ne parlerai pas des autres enfants de Martial et Marie Belloumeau. Je me bornerai à faire observer que (contrairement à l'usage ancien) ces enfants reçoivent, du moins les plus jeunes, plusieurs prénoms chacun : Marie- Dorothée, née en 1757; Jeanne -Ursule, née en 1759;

« sieur Conbelle citoyen » (5 octobre), « sieur Lafore négociant et

citoyen > (18 août), etc (AD). A Bordeaux « Citoyen » était le titre

donné aux jurats sortis de leur charge.

Dans son acte de mariage, Paul-Alexandre est appelé Pierre- Alexandre. Des erreurs de ce genre étaient fréquentes et considérées comme sans importance.

(') o 26 décembre 18C5. Mon cher Maxime. Depuis 24 ans je n'ai pas eu de vos nouvelles. Ma vie depuis que j'ai quitté la france a été

un tissus de tribulation ton frère [signé:] Paul Brizard, Arcata,

Humboldt County, Californie» (FD).

Marie-Thérèse-Adélaïde, née en 1765. L'encre de leurs actes de baptême a presque, complètement pâli : elle était de mauvaise qualité. On voit qu'on se rapproche du temps actuel. Le papier est très bon. La malfaçon du papier ne date guère que de 1830; elle est en retard d'un siècle sur celle de l'encre.

Martial Brizard s'est marié une troisième fois, le 9 avril 1771 (Saint-Rémi), avec une demoiselle Despaignet, Marie (dite parfois Jeanne), fille d'un jurât de Bourg, dont il n'a pas eu d'enfant. Retiré à Bourg, il est en continuelles discussions litigieuses. Le 17 messidor an III, à 75 ans, il présente au tribunal de famille un Mémoire sur le règlement, avec ses neveux Teyssier et Biguey, de la succession de son frère, Martial cadet, mort à la Martinique en 1762 (FD, 207) ('). L'année suivante, condamné par jugement arbitral du 12 vendémiaire an IV, il s'exécute, et le 30 du même mois, il paye à leur représentant 24 087 livres « Réellement Comptant en assignats ayant Cours De monnoye, Comptés, Vérifiés et Devers luy Retirés au Vu de nous notaires » (FD, 208, Me Despiet, à Bordeaux). A cette époque, à Bordeaux, les assignats valaient en or le 54rae de leur valeur nominale (A M, Période rév., série F, carton 55): 24 087 livres en assignats équivalaient à 446 en or ! Il est vrai que Martial n'avait probablement que des assignats. Quoiqu'il en soit, si ses adversaires avaient fait traîner un an ce règlement d'une affaire vieille de trente -trois ans, les assignats n'auraient plus eu cours et Martial n'aurait pu solder qu'en or.

Le 9 thermidor an V (27 juillet 1797), Martial, âgé de 77 ans, passe un acte pour l'application d'une sentence

(') Ce Martial Brizard cadet avait, par testament du 23 octobre 1762 (M B R), laissé tous ses biens aux enfants de son frère Martial l'aîné et de ses sœurs, épouses Teyssier et Biguey ; mais l'usufruit, jusqu'à leur majorité, à Martial l'aîné. Dans son testament il énumèresix de ses esclaves : Don Quichotte, Sancbo, Gascon, Baptiste, Gilles et la négresse Pélagie, et les évalue mille livres chacun.

arbitrale rendue le 29 messidor précédent, entre lui et ses enfants, et qui avait réglé notamment la succession de sa première femme, Mathurine-Angélique Grande, morte quarante-huit ans avant (F D, 219, Mu Peychaud, à Bourg).

Enfin, le 20 germinal an VIII (10 avril 1800), il meurt, à Bourg, âgé de 80 ans, « dans le lieu de son domicile situé près de l'hôtel commun >) (Archives municipales de Bourg-sur-Gironde), c'est-à-dire dans une maison qu'il avait construite au bord de l'escarpement qui domine, au loin, la Dordogne et la Garonne, à un point de vue admirable. Cette maison appartient actuellement aux Daleau. On y voit, dans les ferrures des impostes : « M B 26 M 1777 » (Martial Brizard, 26 mars ou mai 1777).

Martial était très grand. Son cercueil se trouva être trop court. Le menuisier, une brute, qui l'avait fabriqué, prit le marteau qu'il avait apporté pour le clouer, en rompit les jambes de Martial et réussit ainsi à le faire entrer de force (FD).

Commerce de Liqueurs par Pierre, Martial et Jeanne Brizard

Avant d'exposer enfin ce que j'ai appris sur Marie Brizard, sur sa nièce Anne Brizard et son mari Jean- Baptiste Roger et sur la Maison « Marie Brizard & Roger » dont l'histoire est intimement unie à la leur, je crois devoir indiquer ce que je sais sur le commerce de liqueurs fait par d'autres personnes de sa famille : Pierre, Martial et Jeanne Brizard.

Pierre Brizard, le père de Marie Brizard, a laissé en héritage, vis-à-vis la rue Débordes, au pont du Guyt, six

pièces de vigne et une maison contenant une brûlerie avec chaudière, propriété qu'il avait acquise, à crédit, en 1725 et que, trente ans après, ni lui ni ses héritiers n'avaient encore payée (AD, Arrêt du Parlement, 3 juillet 1755). Pierre Brizard a donc distillé. Je n'ai pu savoir s'il a fabriqué des liqueurs.

Son fils Martial l'aîné, dont il vient d'être longuement question, a fabriqué pendant longtemps de l'anisette et d'autres liqueurs. Il figure comme « marchand liquoriste » sur de nombreuses pièces, et notamment sur l'acte de décès de sa première femme, 1749 (Saint-Pierre), et sur le bail qu'il a passé, le 27 janvier 1751, pour louer deux boutiques, avec appartement, sur la place Royale, maintenant place de la Bourse, alors récemment bâtie avec sa façade actuelle. Ces deux boutiques étaient « du côté du passage, l'une devant la dite place, l'autre vis-à-vis la rue des fossets » (Minutes de M° Faugas, actuellement chez Me Duhau). Cette maison est celle qui porte maintenant le numéro 2 (i). Martial l'a achetée plus tard, le 19 juin 1767, au prix de 60 000 livres (FD, 99 et AD, Controlle des actes des Notaires et sous signature privée, 30 juin 1767). D'après une facture de 1759, il vendait l'anisette 30 sols la bouteille et le persico 40 sols (F D, 264), c'est-à-dire environ 1 fr. 50 et 2 francs (le prix actuel de la bouteille d'anisette est de 2 fr. 75). Il embarquait des liqueurs pour Saint- Vallery, près d'Amiens (AD, Fatin Je, 28 janvier 1767). Son commerce n'était pas limité à la France. Il était en rapports d'affaires avec des négociants de Bilbao (AD, Fatin Je, 28 juillet et 9 octobre 1767). Il expédiait des liqueurs aux Antilles. Il en recevait du

(') D'après le «Calendrier de Commerce pour l'an XIII» (A M), Jeanne Brizard, qui l'y a remplacé, demeurait au numéro 1. Mais, à celte époque, la Douane qui fait l'angle, à côté, n'était pas numérotée .

Paul-Alexandre Brizard, le plus jeune fils de Martial, racontait, sur ses vieux jours, être né dans cette maison, « dans la chambre qui est au-dessus de l'arceau de cette place, faisant face à la rivière » (M B R).

sucre et du café qu'il revendait à Bordeaux, non quelquefois sans un certain risque : ainsi en 1761, le navire L'Éventé allant de la Martinique à Bordeaux, fut arrêté et rançonné de 36 500 livres par un corsaire anglais, d'où majoration du prix du sucre et du café qu'il portait à Martial (F D, 266).

Betiré à Bourg, après le mariage de sa fille Jeanne, Martial y cultivait ses propriétés, y vendait du vin (FD, 153) et... tâchait d'échapper à ses créanciers. En avril 1776, il n'osait même paraître à Bordeaux parce que l'un d'eux le menaçait d'une contrainte par corps (FD, 308). Il est vrai qu'une pièce de septembre 1777 le signale comme « Employant ses fonds Et ses Bevenus à Bâtir des maisons dans La ville de Bourg au Lieu de satisfaire ses créanciers » (A D, G. 3548). Mais avoir commis l'imprudence d'entreprendre la construction de maisons devait rendre sa situation particulièrement difficile.

Le 24 septembre 1766, il avait été reçu Bourgeois de Bordeaux (A M, Jurade).

Jeanne Brizard et Pierre Dalheu, sa fille et son gendre, ont pris, en se mariant, la suite de son commerce à Bordeaux, dans la même maison de la place Boyale (Acte sous-seing privé, 2 décembre 1773, FD, 300). Durant son mariage d'un mois, Pierre Dalheu expédie 32 paniers d'anizette au Cap (Saint-Domingue) sur le navire La Comtesse - Dubarry (AD, Fatin Je, 4 février 1774). Veuve de vingt ans, Jeanne continue le commerce de son père et de son mari, en France et aux Colonies. Ainsi, une facture du 5 mai 1774 nous la montre « marchand liqueuriste » et expédiant de l'eau-de-vie (FD, 118); un acte du 27 juin 1782 (A D, Fatin Je) nous apprend qu'elle a envoyé au Cap dix caisses de 54 bouteilles d'anizette fine chacune et quatre caisses d'endaye. Elle ajoute à ce commerce celui du chocolat, du drap, du linge, de la porcelaine, tout au moins pour former des « paccotilles » à vendre aux Colonies (FD, 101). Jeanne habitait encore ce même immeuble « Place de la Liberté », lorsque

Martial dut le céder à ses enfants du second lit par l'acte du 9 thermidor an V que j'ai cité (FD, 219). Une liste de griefs de Paul -Alexandre Brizard (FD, 101), l'accuse d'avoir payé en assignats (mais avait-elle autre chose ?) une pension qu'elle devait à sa sœur, d'où ruine de cette sœur obligée, pour vivre, d'emprunter à 48 °/„ d'intérêt par an. En outre elle aurait proposé, à lui Paul-Alexandre Brizard, par lettre du 29 messidor an VI, un intérêt de 5 °/o seulement sur un certain capital qu'elle lui devait, tandis que « l'argent était à 16 °/0 » (') (FD, 101). ... Il y avait toujours, dans cette famille, de graves difficultés pécuniaires.

UAlmanach de Commerce pour l'année 1191 et celui pour Vannée 1792 qui donnent, par professions, les principaux négociants de Bordeaux, portent « Brizard Jeanne, pi. royale » parmi les « Distillateurs Liqueuristes » qu'ils énumèrent au nombre de 29. Le Calendrier régénéré du Département du Bec-d'Ambez pour la seconde année de la République Française une et indivisible et les autres annuaires bordelais du temps de la Terreur et du Directoire, ne s'occupent pas de commerce. Mais, en 1800, Y Annuaire du Département de la Gironde pour la IXe année de la République française qui énumère, sans indication de nature de commerce, environ 700 négociants de Bordeaux, porte « Daleu (Veuve) place de la Liberté ». Le dernier annuaire sur lequel elle figure est celui de 1806, celui qui consacre la reprise du calendrier grégorien : Almanach général statistique et commercial de la Préfecture de la Gironde, pour quinze mois, ans XIV et '1806, contenant le calendrier depuis le 23 septembre 1805 jusques et y compris le 31 décembre 1806. Une nuance :

(«) J'ai vu deux prêts en « assignats monnoye de Cours », de floréal an III (avril 1795), consentis avec intérêts de 4 % et 3 % (Minutes Maillères, chez M« Castéja. Le second est un emprunt de Marie Brizard & Roger). Je suppose que la somme principale était majorée afin de réduire l'intérêt et d'éviter ainsi l'accusation de négociantisme qui, peu avant, sous la Terreur, était capitale '?

Sous l'ancien régime, Marie Brizard & Roger empruntaient à 5 % (AD, Fatin h, 20 août 1771 et 22 mars 1776).

ce n'est plus le Département, mais la Préfecture de la Gironde : entre les deux, il y a la proclamation de l'Empire. Jeanne y est portée « Brizard (veuve Daleu), place de la Liberté ». Son omission de tous les annuaires suivants prouve qu'elle s'est retirée des affaires en 1806 (Annuaires : A M).

Marie Brizard, Jean-Baptiste Roger et Anne Brizard Débuts de la Maison Marie Brizard & Roger

Il est de tradition dans la famille que Marie Brizard, qui était très charitable, a appris le secret de la fabrication de son anisette d'un nègre qu'elle avait soigné à l'hôpital et qui voulait lui témoigner sa reconnaissance. Cette anisette serait donc d'origine coloniale comme beaucoup d'autres liqueurs.

Quoiqu'il en soit, dans un Begistre « pour servir à l'enregistrement des livres de commerce » de 1762 à 1765, volume malheureusement isolé (AD), j'ai trouvé, à la date du 22 novembre 1762, l'enregistrement (pour clôture?) d'un « Begistre ou Livre pour servir de journal au commerce de Marie Brizard aînée, marchande de cette ville,

timbré le sept décembre mil sept cent soixante un »,

et cette date du 7 décembre 1761 est la plus ancienne à laquelle j'ai pu constater que Marie Brizard se livrait au commerce. Marie Brizard avait alors plus de 47 ans. La nature du commerce n'est pas indiquée.

La première pièce, à ma connaissance, où il soit question de Marie Brizard comme fabricante ou commerçante de liqueurs date de huit mois plus tard. C'est un baif du 18 août 1762 (A D, Me Loche), par lequel « demoiselle Marie Brizard aînée fille majeure marchande liquoriste

actuellement aux faux bourg des chartrons rue pome d'or » prend en location pour sept ans, au sieur Denis, une maison faisant l'angle « de la rue du pont de la mousque et de celle qui va de la ditte rue à la porte du Chapeau Rouge audevant de la Bource consistant en une grande Boutique un magazin » et un logement, au prix de 1 200 livres par an. Le premier terme annuel est payé immédiatement « en quatre billets faits ce jourd'hui par le S1' Jean Baptiste Boger à l'ordre de la ditte Dlle Brizard et qu'elle a présentement passé à celluy dud. Sr Denis » ce qui montre que Marie Brizard avait peu de crédit Ce bail nous fait connaître la signature de Marie Brizard grosse signature, informe, péniblement tracée, qu indique une personne peu lettrée, ne pouvant pas évidemment, tenir elle-même sa comptabilité. En voici la reproduction :

Jean-Baptiste Boger, que nous voyons paraître dans ce bail, était né, dans la paroisse de Sainte-Colombe, le 1er août 1731 (Saint-André). Il avait donc 31 ans. Il était déjà en rapports d'affaires avec les Brizard, car Martial lui avait donné une procuration, le 1er juin 1761, pour encaisser des créances à Brest (Minutes de Me Barberet, chez Me Larnaude). Une procuration du 23 juin 1762, c'est-àdire à peine antérieure au bail Marie Brizard, nous apprend qu'il demeurait aux Chartrons (comme Marie Brizard) et qu'il achetait des marchandises à Bilbao (AD, Controlle des actes des Notaires..., 5 juillet 1762).

Jean-Baptiste Roger était fils de George Roger, tailleur d'habits, reçu plus tard, en 1766, Bourgeois de Bordeaux, et de Marie Marchand, mariés le 8 mai 1726 (Sainte- Colombe) et qui ont eu dix enfants. Marie Marchand étant morte, le 18 mai 1741, George Boger s'est remarié le 10 septembre 1743 (Saint-Pierre), à Jeanne Longeville qui

lui a donné aussi plusieurs enfants dont je citerai seulement Jean et Jérémie. Jean est né le 27 juillet 1743 (Saint- André). Jérémie est né le 4 octobre 1752 (Saint-André) ; son acte de mariage (Sainte-Eulalie, 1er juillet 1776) l'appelle Jean-Baptiste-Jérérnie. D'où confusion possible de ce Jean et de ce Jean-Baptiste-Jérémie avec le Jean- Baptiste qui nous occupe. Le choix de prénoms pouvant prêter à confusion est extrêmement fréquent à cette époque. En 1755, George Boger signe « Boger paire » l'acte de baptême d'un autre de ses fils. Tailleur d'habits, il confondait Père de famille avec Paire de ciseaux! Il était lui-même fils de Pierre Boger et de Jeanne Napsaude. Il est mort le 20 février 1774 (Saint-Bémi). Marie Marchand était fille de Jean Marchand, tailleur d'habits, et de Louize Benard (A M et AD, Fatin J°, 14 juillet 1779, partage de la succession de George Boger) (').

Une descendante de notre Jean - Baptiste Boger, Mmo Capelle, décédée en 1884, a écrit, dans ses « Souvenirs », que l'une des filles de George Boger « fut la fondatrice de la maison Ve Amphous, de la Martinique », maison de liqueurs bien connue. Je n'ai trouvé aucune autre indication à ce sujet.

George Boger avait acquis 3 850 livres et revendu ensuite 3 600 livres « la charge de garde de la Connetablie de France » (Le partage de sa succession).

Le 26 janvier 1763, la Jurade (c'est-à-dire l'Administration municipale) autorisait Marie Brizard à tenir boutique (A M):

« Du Mercredi vingt sixième janvier 1763 sont Entrés En Jurade Messieurs Lapause, Dubergier, d'Arche, Dubouilh, Lartigue jurats, tranchère procureur sindic et Ghavaille secrétaire de la ville

(<) Le Controlle des actes des Notaires (AD) mentionne, au 31 juillet 1767, une procuration donnée par George Roger « pour faire renfermer son fils » (Fatin J% notaire, le 29). Malheureusement, elle fait défaut dans les papiers de ce notaire (AD).

» sur les requêtes présentées en jurade par Srs [suit une liste de divers négociants et négoces] Et Marie Brisard, marchande de Liqueurs, habitants de cette ville, aux fins qu'il leur fut permis d'y tenir magasin, boutique et ouvroir ouvert sur les d. requêtes après que les d. S's [suit la même liste] et Brizard, ont eu fait enquête de leur bonne vie et mœurs, sont intervenus appointements qui du consentement de M. le procureur sindic leur permet de tenir boutique et ouvroir ouvert ou magasin en la présente ville ou faux bourgs pour y vendre des marchandises de leur commerce, à la charge de se conformer aux Statuts et règlements de police. » *

Une opposition du 3 mai 1764, à « la demoiselle Brizard marchande Liqueuriste à bordeaux, tant pour Elle que pour le sieur Bogier fils son associé » lui a interdit de faire aucun payement de loyer ou autre, aux représentants de feu le S1' Denis. Elle lui a été notifiée le lendemain « en Son domicilie, près l'hôtel de la bource », c'est-àdire dans la maison louée du dit Sr Denis en 1762 (AD, Controlle. . . petits actes, 7 mai 1764, et Me Duprat). C'est, à ma connaissance, la pièce la plus ancienne où il soit question de l'association de Marie Brizard et J.-B. Boger.

Le bail à loyer d'une maison rue du Pont-de-la-Mousque, avec issue sur les fossés du Chapeau Bouge, passé le 9 mai 1765, nous montre Marie Brizard et Boger, négociants, et signant de la raison sociale Marie Brizard & Boger (AD, Fatin JL'). Ils étaient rue du Chapeau- Bouge, c'est-à-dire dans la maison Denis, louée en 1762, qui en faisait l'angle.

A partir de cette date, les actes au nom de cette raison sociale sont fort nombreux. Je me bornerai à en citer quelques-uns (AD, Fatin Je) intéressants à d'autres titres:

Par l'un, du 22 juillet 1765, « les sieurs Marie Brizard et Boger négocians associés à Bordeaux et y demeurant rue pont de la mousque », donnent procuration au

capitaine du navire La Pomone, allant au Cap (Saint- Domingue) pour payement de marchandises livrées depuis le 28 avril 1764 et de cinquante paniers d'anizette embarqués sur le dit navire.

Par un autre, du 16 août 1765, « Marie Brizard et Jean Roger négocians associés » achètent, à moitié prix, des créances sur le Sr Denis. Les 4 et 15 septembre 1767, ils achètent encore d'autres créances sur le Sr Denis, avec grand rabais « en considération des périls et Risques ». Ces achats sont évidemment des mesures préparatoires à l'acquisition de l'immeuble où ils étaient installés, d'après le bail passé par Marie Brizard quelques années avant.

Par acte du 31 octobre 1766, Marie Brizard et Roger donnent procuration pour toucher le montant de cent paniers d'anizette embarqués pour Saint-Domingue à bord de L'Athalante.

Des actes de notoriété, des 10 et 28 janvier 1767, nous les montrent embarquant de l'eau-de-vie de handaye pour Saint-Vallery. à destination d'Amiens.

Des recherches ont été faites, avec grand soin, dans les divers registres du « Controlle des Actes des Notaires et sous signature privée » (AD) et dans les minutes de plusieurs notaires, pour le temps compris entre la passation du bail de 1765 (pièce « Marie Brizard et Roger ») et celle du bail 1762 (qui est au nom seul de Marie Brizard). Elles n'ont fait découvrir, en plus de l'opposition de 1764, qu'un seul acte où figure Marie Brizard, et ce n'est pas un acte de commerce : c'est une procuration donnée, le 17 mai 1763, par « Marie Brizard... Marchande liqueuriste », pour la succession de son frère. Elles ont donné, au nom de Jean-Baptiste Roger, une procuration contrôlée le 15 mars 1764, où il est désigné comme demeurant rue du Pont-de-la-Mousque. C'est un peu comme chercher des épingles dans une meule de foin. Le résultat suffit au moins à démontrer que Jean- Baptiste Roger, après avoir demeuré, en même temps que Marie Brizard, aux Chartrons, l'a suivie rue du Pont-de-la- Mousque. Je n'ai donc trouvé aucune trace d'acte

constitutif de la Société Marie Brizard & Roger. En suivant le « Controlle. . . ., petits actes » (AD), j'ai trouvé, au 17 décembre 1762, le contrôle d'un acte de Société, passé, sous-seing privé, entre Laf'on et Blanchon, plus de trois ans auparavant, le 2 novembre 1759. Peut-être Marie Brizard et Roger ont-ils passé un acte de Société, mais ne l'ont-ils fait contrôler, comme Lafon et Blanchon, que plusieurs années après, lorsqu'une circonstance a rendu ce contrôle nécessaire? Peut-être même ne l'ont-ils jamais fait contrôler ? On comprend que les recherches effectuées dans les registres de l'époque où cet acte a été passé (à supposer qu'il ait jamais été passé), n'aient donné aucun résultat.

J'ai cherché l'enregistrement de cet acte dans les sentences consulaires (A D), où il aurait dû figurer, semble-t-il, aux termes de l'Ordonnance de 1673. Je ne l'ai pas trouvé, quoique ces dossiers contiennent l'enregistrement de beaucoup d'autres Sociétés. Parmi ces enregistrements, certains concernent la dissolution de Sociétés verbales de commerce, dont la constitution ne paraît avoir été l'objet d'aucune formalité. Peut-être la Société Marie Brizard & Roger était-elle verbale ? J'observe que l'acte de vente de la Maison de commerce par Marie Brizard à Anne Brizard, de l'an IV, dont il sera question plus loin, se borne, pour l'origine de la Société, à cette simple mention : « La Société de commerce qui avoit subsisté plusieurs années entre la dite Brizard et le dit Boger sous le nom de Marie Brizard et Roger ».

Le 13 juillet 1766, Jean-Baptiste Roger, âgé de 35 ans, a épousé Anne Brizard, âgée de moins de 20 ans, fille de Martial et nièce de Marie (Saint-Pierre). L'acte de mariage porte, naturellement, la signature de Jean-Baptiste Boger. Elle est d'une très bonne écriture et ressemble beaucoup, ainsi que son paraphe, à la signature « Marie Brizard et Roger » que l'on voit dès la première pièce de 1765, et qui demeure celle de la Maison jusqu'à la Révolu-

tion ('). Anne Brizard signe d'une bonne écriture, ressemblant quelque peu à celle de son mari. Voilà évidemment les comptables de Marie Brizard.

La date de ce mariage a permis de trouver F « Insinuation » du contrat, c'est-à-dire son enregistrement (AD, 5 juillet 1766). L'insinuation a fait connaître, comme d'ordinaire, la date du contrat, 29 juin 1766, et le nom du notaire, Fatin jeune, indications qui ont permis de retrouver le contrat lui-même (AD) et, par le nom de ce notaire et par celui de son successeur, Me Manières, beaucoup d'autres actes. Les actes de Fatin jeune sont d'autant plus faciles à consulter qu'ils se trouvent aux Archives départementales, soit parce qu'ils faisaient partie de la « Garde- Note » de la Compagnie des Notaires de Bordeaux, confisquée par l'État sous la Dévolution ; soit parce qu'ils ont été versés à ces Archives, à titre de dépôt, par un successeur trop encombré de dossiers. Les actes de Me Maillères sont chez son successeur actuel, Me Castéja.

Dans ce contrat qui règle « les effets civils du mariage proposé» entre J.-B. Boger et Anne Brizard « qui promettent le célébrer incessament en face d'Église, à la première réquisition qu'ils s'en feront ou qui leur en sera faite, à peine de tous dépens, domages et intérêts », il est stipulé :

1° « En faveur et considération duquel mariage, et pour

aider à en supporter les charges, le dit sieur Brizard

constitue en dot à la dite demoiselle sa fille la somme de

neuf mille livres payables après le décès du dit sieur

Brizard, sans intérêt, jusques alors s'en réservant l'usufruit et jouissance ». Les charges que ces 9 000 livres ont aidé à supporter n'ont pas été celles du début du mariage, car le dit Sr Brizard a vécu encore trente-quatre ans I

2° En outre, le dit Sr Brizard donne à sa fille la somme de 3 000 livres « qu'il a présentement payée », libéralité d'un intérêt plus actuel. Il est vrai que cette somme est

(') Après cette époque, elle a été remplacée par une signature peu différente et qui est encore la signature de la Maison.

délivrée, non pas en espèces, mais « en deux billets par lui présentement faits à l'ordre dudit sieur Roger, futur époux ». Ceci laisse un doute, car le dit sieur Brizard apparaît, dans bien des pièces, comme peu pressé de se libérer.

La dite somme, ainsi que celle de 9 000 livres ci-dessus est stipulée « censée fonds et immeuble réversible à la dite future épouse et aux siens, de son estoc et ligne, pour être sujette à la disposition de la Coutume de Bordeaux » .

3° En outre, Marie Brizard « voulant prouver d'une manière autentique à la dite demoiselle future épouse, sa nièce, la satisfaction qu'elle a du présent mariage, et pour la convaincre de sa tendre amitié, fait don et donnation entre vifs et irrévocable à la dite demoiselle future épouse » de 6 000 livres en argent à prendre après son décès, sans intérêt. Or, elle n'est morte que trente-cinq ans après !

Voilà la future bien dotée.

Pour ce qui est de Jean-Baptiste Boger, il est seulement stipulé :

4° « Le dit sieur Roger déclare se constituer la

somme de huit mille livres provenantes de son commerce,

à quoi il a évalué sa moitié tant du fonds de boutique

que des dettes actives de sa société avec la dite demoiselle Marie Brizard ».

Il est stipulé : « Seront les dits futurs époux associés par moitié, en tous les acquêts, meubles et immeubles que Dieu leur fera la grâce de faire pendant leur mariage ». Somme toute, ils sont mariés suivant ce que nous appelons la Communauté réduite aux acquêts, art. 1498 du Code civil. C'était le régime matrimonial en usage à Bordeaux.

Et ont signé: les futurs époux, quarante-sept parents et amis et deux notaires, en tout cinquante et une personnes. J'allais oublier que, d'après le préambule du contrat, chacun des futurs époux se marie « de l'avis et conseil » de ses « parents et amis soussignés ».

L'évaluation ci-dessus à 8 000 livres faite par Jean- Baptiste Roger, montre que l'inventaire, à cette date, de la Maison de commerce Marie Brizard & Roger se serait élevé à 16 000 livres. J'ai voulu évaluer cette somme en francs, au pair, mais j'ai trouvé des résultats très différents suivant que je prenais comme base telle ou telle des pièces d'or en cours (voir : Mem. sur les variations de la Livre tournois, par Natalis deWailly, 1857). Si l'on se base sur le prix, en livres, de l'argent métal (d'Avenel, Hist. économique..., 1894), ce qui est rationnel, car les payements se faisaient en monnaies d'argent, on trouve que, à cette époque, la livre est à peu près égale au franc. L'inventaire se serait donc élevé à environ 16 000 francs. Mais une telle somme représentait, alors, bien plus que même somme actuellement. Ainsi, par exemple, Marie Brizard et Roger ont payé à raison de vingt-cinq sous par jour, le charpentier qui a fait diverses réparations à leur maison de campagne de Gradignan, près Bordeaux (A D, Fatin Je, 22 avril 1773) (1), tandis que, maintenant, la journée de charpentier est, à Bordeaux, de 5 fr. 50 à 6 fr. 50 (Bourse des salaires), c'est-à-dire quatre à cinq fois supérieure. D'après d'Avenel (Hist. économique. ..,1894), le pouvoir d'achat de l'argent, déduit du coût de la vie, était alors deux fois et un tiers son pouvoir actuel, et cette proportion a notablement augmenté depuis vingt ans que d'Avenel a écrit son ouvrage.

Ils furent heureux, je suppose, et ils eurent beaucoup d'enfants, j'en suis certain, onze au moins : George-Pierre, né le 28 juin 1767; Jeanne-Eulalie, qui a épousé Fulcrand Fave, née le 17 avril 1769; Jean -Baptiste -Augustin, conspirateur royaliste, né le 15 juillet 1770; Jean-Frédéric, né le 28 août 1771; Marie-Augustine, née le 10 octo-

(') Cette propriété, en maison, vignes et bois (Lescoueyre et Aux Ombreys) était située le long et à l'ouest de l'ancien chemin du Moulin -de-Monjoux à Léognan (An, acte susdit, et Eaux et Forêts, Réquisitions, Verbal du 28 mars 1772). Elle est actuellement une partie de l'Orphelinat de l'Abbé Moreau et sa maison n'est autre, je pense, que le bâtiment central de cette institution.

bre 1772; Georges-Auguste, né le 2 novembre 1775, mort à deux mois; Ursule-Hélène, née le 2 janvier 1777, morte à quatre mois; Basile-Augustin, l'un des associés de la Maison, né le 7 mars 1778 ('); Jean-Baptiste Urbain, né le 3 mai 1780; Jeanne-Honorine, née le 18 avril 1782, morte le surlendemain; Bernard-Théodore, l'autre associé, et plus tard, le seul propriétaire de la Maison, né le 15 mars 1784 (tous, baptistère Saint-André). Marie Brizard fut marraine du premier né : c'était bien dû !

Cette année 1766 fut marquée, pour Jean-Baptiste Boger, par un autre bonheur : il fut reçu Bourgeois de Bordeaux.

Mardi 18 mars 1766 : « Sieurs Pierre Viguié Et Jean Baptiste Boger fils aîné, négociants, habitants de cette ville ont prêté le serment de Bourgeois d'icelle au cas requis Et accoutumé, après avoir fait enquêtes de leurs bonnes vies Et mœurs devant M. Berjon Jurât commissaire à ce député » (A M, Jurade).

En 1769, Marie Brizard et Boger ont acquis la maison de la rue du Pont-de-la-Mousque, celle du Sr Denis, dans laquelle ils étaient installés depuis sept ans (MBB, Arrêt du Parlement du 17 août 1769 ; est cité, AD, Fatin Je, 7 mars 1770). Cette maison tombait de vétusté : ils n'ont guère tardé à la reconstruire (Acte de vente de cette maison, Bizat notaire, aux A M, actes notariés 1864).

(<) Je possède son portrait, en uniforme d'élève de Sorrèze. Au dos, on lit : « augustin Bazile Roger âgé de 16 ans 1/2 peint à Sorrèze par chaleau dans le courant de fructidor l'an second de la République une et indivisible ». C'est août-septembre 1794.

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Prix de liqueurs et Situation commerciale de Marie Brizard & Roger

Voici une facture de cette époque. Je rappelle qu'une livre vaut à peu près un franc et, par conséquent, un sol à peu près cinq centimes.

(AD, Fonds de V abbaye de Sainte-Croix : Comptabilité.)

du 6 août 1766 Pour Dom Rodier 11 Boutteilles anizette à 24 s. L. 13„4„

2 d» huile de venus à 40 s 4„-„

du 9: Sep^" L. 17„4„

3 Boutteilles Liqueurs fines

1 d° anizette 1„4„ ,

Reçu Les vingt quatre L. 24„8„

Livres huit sols

Bordeaux Le 26 - Septre 1766

[Signé :] Marie Brizard et Roger

Un cahier de Comptes de l'abbaye de Sainte -Croix porte, à la date du 3 février 1769, la mention suivante (AD, H. 1086, fol. 6) :

Payé à Ma10 Brizard pour 6 bouteilles anisette... 7 livres 4 sols.

Il en résulte le même prix de 24 sols par bouteille. Des factures de 1779 et 1780 (M B R), donnent pour le prix par bouteille :

Anisette commune 24 sols .

Anisette fine, compris la rouge 30 sols.

D'après des factures de 1781 et 1783 (MBR), le prix par bouteille est : Anisette, compris la rouge, 35 sols.

Le prix de l'anisette a donc augmenté. L'on va constater que cette progression a continué.

Une facture du 30 juillet 1789 (M B R) porte :

10 bouteilles anizette à 38 sols 19 livres

6 ditto angélique |

1 ditto noyeau j

1 ditto barbade > 10BH«s 55 sols. 27 10

1 ditto fine orange \

1 ditto venus )

Caisse et corde 1 16

Droits et billets 1

49 livres 6 sols Une autre, du 1er avril 1790 (MBR) :

24 bouteilles anizette 40 sols 48 livres.

Marie Brizard et Roger faisaient fabriquer des bouteilles en verre noir et en verre blanc, près de Villandraut (A D, Fatin Je, 7 mars et 25 décembre 1769).

Ils ne bornaient pas leur commerce aux liqueurs, car, en 1768, ils ont expédié de Feau-de-vie et du vin vieux au Gap, Saint-Domingue (A D, Fatin Je, 24 avril 1770).

D'après la tradition,, la Maison Marie Brizard & Roger atteignait, à cette époque, une grande prospérité. Deux lettres (FD, 309 et 310), écrites le 4 et le 12 mai 1776 à Martial Brizard, alors installé à Bourg, disent cependant que Marie Brizard et Roger sont « gêné plus que vous ne pensés ». Il est vrai qu'ils doivent faire un payement de 12 000 livres peu de jours après; et aussi que ce renseignement est donné à Martial pour refuser de lui prêter de l'argent.

Marie Brizard et Roger ont acheté successivement plusieurs immeubles à Bordeaux et à la campagne, aux environs. C'est une preuve de prospérité et de situation grandissante ; mais cette preuve n'est pas absolue, car nous avons vu, par exemple, que Pierre et Martial Brizard ont acheté maison et terrain, sans avoir assez pour payer,

ce qui a d'ailleurs beaucoup contribué à leurs embarras pécuniaires.

Les renseignements suivants sont plus probants :

Les Rôles de la Capitation de 1777 (A D, C. 2792) « répartie sur chacun des Contribuables, à proportion de ses biens et facultés », énumèrent pour le « Corps des Cafetiers et Liqueuristes », quarante-cinq personnes, dont la plus taxée, de beaucoup, est « Marie Brizard Liqueuriste, 100 livres ». Viennent ensuite : un cafetier, 60 livres; un autre cafetier, 54 livres; Jeanne Brizard, Liqueuriste, 48 livres. Tous les autres payent beaucoup moins. Ce Rôle « vérifié par Nous Subdélégué de Monseigneur l'Intendant au Département de Bordeaux » (voici le mot Département bien avant la division territoriale décrétée par l'Assemblée nationale) a été fait le 30 juillet 1777. Comme comparaison, je remarque que les contribuables les plus frappés par cette Capitation sont trois armateurs qui payent 600, 589 et 502 livres.

On lit dans Histoire du Commerce de Bordeaux, par Malvezin, 1892, t. III, p. 205, que, en 1782, dans le commerce de Bordeaux avec les Colonies : « Les navires français avaient pour chargeurs principaux, Brizard, Grandmaison,

Dussumier ». La liste est de vingt et un et le nom de

Brizard y figure, peut-être fortuitement, le premier.

L'anisette de Bordeaux était renommée. Quelques années après, à Paris, l'on insultait des victimes du tribunal révolutionnaire, en disant : Celui-là « c'est de l'anisette de Bordeaux » (Archives nationales, Procès Fouquier, n° 24, p. 1. Cité par Wallon, Tribunal révol. t. IV, p. 114).

L'étude des dossiers de la période révolutionnaire conservés aux Archives municipales et départementales, m'a donné quelques renseignements qui permettent de se faire une idée de la situation de Marie Brizard et Roger vers la fin de leur carrière :

«Jn.-Btc Roger, liqueuriste, derrière la Bourse» a été l'un des 90 députés élus, le 7 mars 1789, par les corporations de Bordeaux, pour nommer les représentants du Tiers-État

aux États Généraux (A M, A A. 26). L'assemblée des 90 a joué un rôle, à plusieurs reprises, au début de la Révolution (Histoire de la Terreur à Bordeaux, par A. Vivie).

J'ai trouvé Roger, l'un de ces 90 Électeurs, et son fils, parmi les « Noms de Messieurs les Citoyens Qui ont fait le don généreux à la patrie de leurs Boucles et autres objets » (AD, L. 849) : Roger donne une paire de grandes boucles le 3 octobre 1789; le 5, Roger fils donne aussi une paire de grandes boucles, et, en outre, un étui en or. Cette liste comprend, au total, 700 paires de grandes boucles de souliers et 148 de petites.

Roger a été l'un des administrateurs de la Société qui a émis des Billets de Confiance, garantis par des assignats en dépôt ('). Ces billets, dont le total s'élevait à douze millions de livres, ont été créés, avant l'apparition des petits assignats, pour suppléer la monnaie métallique, qui avait totalement disparu.

Le « Journal de la Contribution Patriotique », année 1790 (A D, L. 1302), porte, au 22 may 1790 « Reçu de M J» Baptiste Roger au nom de Raison de Marie Brizard et Roger neg1 mille Livres pour le tiers de sa contribution suivant la fixation ». La contribution totale de la Maison était donc fixée à 3 000 livres. Elle était payable par tiers, en 1790, 1791, 1792 (AD, L. 849) et, comme elle était du quart du revenu, le revenu avoué était de 12 000 livres. J'ai constaté que, sans être dans les tout à fait premières, elle était cependant bien au-dessus de la moyenne.

Beaucoup ont payé cette contribution avec du papier de commerce. Ainsi, le payement ci-dessus de Roger figure comme suit :

Billet de la Caisse d'escompte du 6 juillet 1787.. 1 000 L

Intérêts acquis au 22 de ce mois 3.1.8

La contribution n'est que de 1 000

Rembourcé. . . 3.1.8

(') Ernest Labadie, Les Billets de Confiance émis par les caisses patriotiques du département de la Gironde (1791-1793).

Voici un extrait du « Contrôle des Récépissés délivrés par le Receveur du District » de Bordeaux « pour l'Emprunt forcé, Département du Bec d'Ambez ». Ce nom du département nous reporte en pleine Terreur (A D, L. 1314 et 1315) :

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