‹ Livre de famille (volume 3)Chapitre 5 sur 62 · ARRIÈRE-GRANDS-PARENTS · texte numérisé non relu

ARRIÈRE-GRANDS-PARENTS

Elle a épousé, en 2es noces,

le Général de la Ville.

Pas d'enfant.

Anne de Viguier d'Auglanat.

Épouse, 24 juin 1877,

— >■ Benoit Froment,

Avocat à Figeac.

Descendance.

ça a

es *-

gS

■ci: -ûj *i -^

mil sept cents trente huit et fut baptisé le lendemain par moy prêtre soussigné le parain fut maître pierre César Auguié bourgeois et la marraine demoiselle Jeanne audouard épouse du sieur Guary marchand présents messieurs Balthazard Oualieu antoine Guary marchands le parrain la marraine et le père du baptizé signés avec moy. »

1776. Figeac (Lot), paroisse du Pu y :

« L'an mil sept cens soixante seize et le vingt neufvieme jour du mois de juillet messire pierre César Auguié conseiller

au sénéchal de la présente Ville décédé hier sur cette

paroisse âgé de soixante huit ans environ a été inhumé dans la présente église. »

Le secrétaire de la mairie de Figeac, qui m'a envoyé ces trois actes, m'a écrit :

« Le lieu d'origine de. cette famille [Auguié] pourrait bien être des environs de Figeac, à Assier, canton de Livernon, où les Auguié sont nombreux. Les Guary sont nombreux à Figeac ou ont été nombreux. Plusieurs membres de cette famille ont occupé des situations importantes, entr'autre Mr Guary Directeur général des mines d'Anzin, décédé il y a quelques années. »

Je trouve, à plusieurs reprises, le nom d'Auguié dans Inventaire sommaire des Archives départementales, Lot, série B :

Jean P.enoit Auguié, meunier à Béduer, en 1760 ; Géraud Auguié, travailleur, et autres Auguié, à Faycelles, en 1774 ; Joseph Auguié, cordonnier à Assier, en 1768, 1775 ; Antoine Auguié, maréchal à Assier, en 1775 : Antoine Auguié, marchand à Assier, en 1785

Figeac, Faycelles, Béduer, Assier, sont des communes limitrophes ou peu s'en faut.

Tout ceci montre que mes ascendants Auguié étaient

du pays, et non pas des immigrés venus d'ailleurs depuis peu.

Un des frères de mon ascendant, Antoine Benoît (né à Figeac le 24 décembre 1740, mort à Jacmel, .Saint- Domingue, le 28 août 1777), avait ajouté à son nom Auguié le qualificatif de Lascan. A ce sujet, le secrétaire de la mairie de Fa\ celles m'a écrit : « Une partie de la commune de Faycelles — environ 70 hectares — porte le nom de Lascam, et 2 ou 3 hectares s'appellent même Lascam d'Auguié. Voilà peut-être l'origine de la désignation Auguié de Lascan. »

Je possède copie (P I) du Contrat de mariage de Biaise de Viguier d'Auglanat avec Avoye Auguié, 23 février 1753. Ce contrat a été passé par Mc Prat, notaire à Figeac, renseignement à noter parce que beaucoup d'actes concernant des Auguié doivent, sans doute, se trouver dans l'étude de son successeur. J'observe que, dans ce contrat, le père de la future est toujours appelé Auguié et la future Dauguié. De même, sa mère y est appelée De Guary, mais son grand-père et ses oncles, Guary tout court. J'observe aussi que, pour une partie de la dot qui ne sera payée que dans deux ans, il sera servi « Ljnterest au denier vingt », c'est-à-dire à 5 °/0.

- J'ai trouvé aux Archives nationales, Y. 5197, un dossier concernant une lille de Antoine Benoit Auguié. En voici des extraits. L'on y verra avec quelle étrange facilité l'on pouvait attribuer légalement la paternité d'un enfant :

« Antoine benoit auguié Bourgeois de Paris eut un Enfant

avec Mad|lc Dnbuqiioy dont elle accoucha très secrètement le 20 août 1772.

« antoine benoit auguié repassa dans les isles avant les couches de MIIl- Dubuquoy.

« celle cy se confia au S1' auguié frère et lui fit demander le jour du Baptême de l'enfant les noms du père.

« Le S>' auguié les Envoya ainsi antoine benoit auguié fils Pierre cezar auguié père (')

« c'est cette mauvaise énonciation qui a causé l'erreur de l'extrait de Baptême cy joint qu'il convient de faire reformer pour rendre hommage à la vérité.

« L'enfant Baptisé le 20 août 1772 est fils d'antoine Benoit et non de pierre cezar. »

« Extrait du Begistre des Batêmes de l'Eglise Paroissiale de Saint-Sauveur de Paris, pour l'année mil sept cent soixante douze.

« Le jeudi vingtième du mois d'aoust de l'année mil sept cent soixante Douze est née et a Eté Baptisée Marie adelaide, fille De pierre César auguier Bourgeois De paris et de Marie

nicole Dubuquoy Bue Beaurepaire ; parein Le

père absent. ...»

Voici quelques passages de la supplique :

« La suppliante rue de Bohan Et le suppliant rue

neuve Luxembourg

Les noms de baptême de la suppliante sont exacts

mais ceux du Père ne le sont pas — puisqu'ils sont antoine benoit auguier décédé aux isle et cotes St Domingue Le vingt huit aoust mil sept cent soixante dix sept ainsy que le tout resuite de l'extrait des registres des sépultures de la paroisse ou il a été inhumé.

« Ces faits et quelques dispositions particulières que le S antoine benoit auguié avoit faits pour sa fille sont a la connaissance particulière de son oncle qui a suivi son veu en suivant aus. son éducation ....

[Signé] « M N Dubuquoy Auguié »

(') On a vu que le père de Antoine Benoit et de son frère Pierre César s'appelait aussi Pierre César.

« 7. Xbre 1790.

« Reformation d'acte de Baptême Auguié

« Vu par nous Claude Dupont cons du Roy son acte

de sépulture En datte du vingt huit aoust 1777 tire des Registes de la pss* S Jacques et S Philippe de Jacmel Isle Et Cote

St Romingue Nous disons que l'acte de Baptesme De

la ditte Marie adelaide Auguié sera reformé

« Ce sept Décembre mil sept cent quatre vingt dix. »

J'ai trouvé au Ministère des Colonies, à Paris, l'acte d'inhumation de Benoît Auguié :

Jacmel, St Domingue, 1777, Folio 321.— « Au jour du 28 août a ete inhumé dans la cimetière de cette paroisse IVR Antoine Benoit Auguié de Lascan natif de figeac en quercy fils de messire Pierre Cezar Auguié conseiller du Roy au presidial de Figeac et de Madf Marie du garry dem1 au dit Figeac ses père et mère Conseiller du Roy et son procureur au siège de l'amirauté de cette ville de Jacmel décédé aujourd'hui en son hôtel âgé d'environ trente cinq ans. »

« Contrat de Mariage Auguié-Genet, du 4 Juillet 1779. M" Moinet, Notaire à Paris ( Son successeur actuel, 1906, est M° Amëdée Lefebvre, 8 Rue de l'Échelle |.

« Pardevant Les Conseillers du Roy Notaires au chatelet de Paris soussignés

« furent présens S Pierre-César-Auguié Régisseur Général des Vivres du Royaume dem1 à Paris rue de Graminont paroisse Saint Roch, Majeur fils de deffunt M'c Pierre César Auguié Conseiller en la Sénéchaussée de Vigeac en Quercy et de D« Marie Guary son Epouse, a présent sa veuve, ses père et mère; de laquelle IK'.sa mère il a déclaré avoir le consentement d'Une part

o Me Edme Jacques Genêt chef de bureau des Interprètes des affaires étrangères, et Du marie anne Louise Cardon son

épouse demeurants a Versailles paroisse St I is,

stipulants ici tant en leurs noms que pour I)i|i: Adelaide henriette Genêt, leur fille mineure, l'une des femmes de chambre de la Reine, demeurante avec les dits S et D" ses père et mère pour ce présents et de son consentement d'autre part.

« En la présence et de l'agrément de la Reine de Madame la Princesse de Lamballe de Madame la Princesse de Chimay Et de leurs parents et amis cyapres nommés scavoirde la part de la D111-1 future Epouse du S augustin Bernard Louis Rousseau Ecuyer M'rc des Exercisses desEnfans de l'ranee maitre d'hôtel de madame la Comtesse d'Artois et de D<= Julie francoise Genêt son Epouse Remueuse des Enfans de france Elle sœure de la future.

« D1-' henriette Louise Genêt Epouse de M Pierre Dominique Bertholet de Carnpan M'™ de la garderobbe de mad* la Comtesse Dartois sœur.

« Dlle anne glafîere sophie Genêt aussy sœur. De antoinette Gonet Epouse de M Pierre Dominique Bertholet de Campan Secrétaire du Cabinet de la Reine. Louis francois Lechevin premier commis de la maison du Roy cousin. M1'0 francois Baron de tott Brigadier des armées du Roy chevalier de St Louis amy. De adelaide Jeanne albertine Blin de Grandcours Epouse de M Girard Controlleur de la maison du Roy aussy amy. Et de M Charles francois Esmangart de Bournonville amy

« Et de la part dud futur Epoux

« de M« Guillaume Louis Marie av au Parlem' cons. du Roy Banquier Expéditionnaire en Cour de Rome son petit cousin. Et de M Charles Louis Cardon chevalier de L'ordre Royal Et militaire de St Louis et major de la ville d'arras oncle de la future Epouse

« Premièrement Lesd S et Dlle futurs Epoux seront communs en tous biens meubles et Conquets Immeubles suivant la Coutume de Paris »

Il est clair que la Dlk' Genêt est peu fortunée, mais les Genêt ont obtenu que M. Auguié sera nommé à un poste

de finance avantageux, en guise de dot. Ainsi, plus tard, sous Napoléon Ier, Mlic Rousseau a épousé dans de semblables conditions, M. de St-Ëdme et, sous Napoléon III, M"1' Poniatowska a épousé Prosper de Montarnal.

« le S futur Epoux entend se marier avec les biens et droits qui lui appartiennent et qui concistent

« 1" dans les biens qui doivent lui revenir de la succession de M son père comme son héritier universel Institué à Charge d'Usufruit réservé à Mde sa mère et de la Légitime envers ses puisnés [c'est-à-dire du minimum que, en pays de droit écrit, le père était obligé de laisser à chaque enfant], Telle qu'elle est fixée par le Testament du père Commun

« 2" dans | l'héritage de son frère décédé à St-Domingue ]

« 3" dans son Intérêt dans la régie generalle des Vivres du Pioyaume

a 4" Et enfin dans une gratiffication annuelle de Quatre mille Livres que le Roy a bien voulu lui accorder en faveur du futur mariage avec Mlle Genêt en attendant qu'on puisse lui donner une place ou Intérêt de finance Convenable suivant le bon de Sa Majesté dont Ampliation signée Necker a été déjà remise aud S futur Epoux

« En faveur du futur Mariage Les d S et D° Genêt ont Constitué en dot en avancement d'hoirie de leurs successions futures a lad h^ future Epouse leur fille, la Somme de seize mille Livres, en un trousseau d'habits Linges dentelles et autres effets a l'usage de sa personne, et en différentes sommes a recevoir pour trois années d'appointements dus a la d Dlle future Epouse, en raison de sa place de femme de chambre de la Reine, et qui appartiennent aux d S et De Genêt qui en ont fait annuellement l'avance a la d D"u leur fille ainsi qu'elle le reconnoit et dont le s futur Epoux est content.

« fait et passé a Versailles a Legard de La Reine, de Madame la Princesse de Laniballe de la Princesse de Chimay au château de Versailles

« a legard du Prince de Monbarré et de M1' de Vergennes chacun en sa demeure

« Et a Legard des parties Contractantes Leurs parens et amis cy dessus nommés en la maison et demeure des S et D» Genêt cy devant désignée

« Lan mil sept cens soixante Dix neuf le quatre Juillet avant midy

j Et ont signés [Suivent les signatures.] »

Je crois intéressant d'ajouter quelques observations sur plusieurs des personnes qui ont signé :

La Reine, Marie- Antoinette, Guillotinée le 16 octobre 1793.

M. L. T. de Savoye. C'est la Princesse de Lamballe. Elle a signé Marie-Louise-Thérèse de Savoye. Elle était Chef du Conseil et Surintendante de la Maison de la Reine. Massacrée à Paris, à la prison de la Force, en septembre 1792, avec détails de hideuse bestialité.

La Princesse de Chimay était attachée à la Maison de la Reine comme Dame d'Honneur.

Le Prince de Montbarrey et M* de Vergennes étaient l'un Ministre de la guerre, l'autre des affaires étrangères. Genel, le père de la future, était « chargé du Dureau des Interprètes » dans le premier ministère — « chef du Dureau des Interprètes » dans le second. Il était d'ailleurs aussi « Secrétaire-Interprète » au Ministère des Finances, dont le « Directeur Général », c'est-à-dire Ministre, était Necker. Et aussi « Secrétaire interprète » dans le « Conseil de la Maison et Finances de Monseigneur Comte d'Artois ». (Almanach Royal, 1780). Il avait su mettre à profit sa connaissance de l'allemand et de l'anglais !

Le Prince de Montbarrey est mort en émigration, en Suisse. M1' de Vergennes a eu l'heureuse chance de mourir avant la Révolution.

Le Baron de Toit est mort en émigration, en Hongrie.

Aiigustin-Bernard-Louis-Rousseau a été guillotiné le 25 messidor an II.

La D"e Genêt, la mariée, s'est tuée le S thermidor an II, pour n'être pas guillotinée.

Heureusement que la mère de la mariée, Marie-Anne- Louise Cardon, l'ancienne lingère, épousée malgré l'opposition acharnée du père Genêt, ne prévoyait pas tout cela. Sa joie eut été bien troublée !

1779. Mariage de W Auguié avec Adélaïde Henriette Genêt, paroisse St Louis, Versailles (Mairie de Versailles).

« L'an mil sept cent soixante dix neuf, le douze juillet

Nous soussigné avons fiancé et uni en légitime mariage

de leur mutuel consentement et de celui de leurs parents : M>' Pierre César Auguié, Régisseur général des vivres du Royaume, âgé de quarante ans et sept mois, natif de la paroisse de Notre Dame Pupuy de la ville de Figeac, diocèse de Caors, demeurant en la paroisse Saint Roch de Paris, rue de Gramont, fils de deffunt M> Pierre César Auguié, Conseiller en la Sénéchaussée de Figeac en Quercy, et de Marie Guary d'une part, et dlle Adélaïde Henriette Genêt, femme de chambre de la Reine, native de cette paroisse âgée de vingt ans et dix mois, fille de M'1 Edme Jacques Genêt, Chef du Bureau des interprètes des affaires étrangères, et de Marie Anne Louise Cardon de fait et de droit domicilié en cette paroisse pavillon Baithellon rue Royale, d'autre part, en présence du côté de l'époux de M1' Guillaume Louis Marie Avocat en parlement Conseiller du Roy Banquier expéditionnaire en cour de Rome, son cousin, rue Taranne, paroisse St Sulpice à Paris et de Mi' Jean Jauberthon, Médecin inoculateur du Roy (') rue St Pierre, paroisse St Eustache à Paris, et du côté de l'épouse de ses père et mère, de M'' René Girard controlleur de la

(') La vaccine n'a été découverte, par Jenner, qu'en 1796 et introduite en France qu'en 18C0. Avant, l'on « inoculait » le pus d'un bouton de petite vérole, en choisissant une épidémie bénigne, dans une saison douce, ce qui donnait la petite vérole dans des conditions favorables. L'on évitait, de la sorte, pour l'avenir, cette terrible maladie. Louis XVI, aussitôt devenu roi, en juin 1774, s'est fait inoculer ainsi que sa famille.

L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1893, I, 167, reproduit une lettre du 28 avril 1789 sur l'inoculation projetée de la petite vérole au Dauphin, opération que prépare « M. Jauberlon, inoculateur des Enfanls de France » en recherchant un virus convenable : « L'inoculation prochaine de M. le Dauphin, exigeant les plus grandes précautions sur le choix du germe »

maison du Roy, au grand commun, de M'' Augustin Bernard Louis Rousseau, ccuyer Maître d'hôtel de Madame la Comtesse

d'Artois au château, et autres lesquels ont signé

avec nous. »

1784. Baptême d'Antoinette Auguié (Madame Gamot, mon arrière-grand-mère), paroisse Notre-Dame, à Versailles (Mairie de Versailles). Elle était née à Paris le 28 avril 1780. Les mots de cet acte que j'ai reproduits en italiques ont été barres pendant la Révolution.

« L'an mil sept cent quatre vingt quatre, le Cinq May, Antoinette Louise, née à Paris rue du Temple, Paroisse St Nicolas des Champs, le vingt huit avril, de l'année mil sept cent quatre vingt et Ondoyée le même jour par permission de feu Msr l'Archevêque de Paris, par Mr le Vicaire de la ditte paroisse St Nicolas des Champs, fille de Messire Pierre César Auguié, Ecuyer Conseiller Receveur Général des finances des Duchés de Lorraine et de Bar Demeurant Présentement à Paris, Riie neuve du Luxembourg, Paroisse St Roch, et de Dn,p Adélaïde henriette Genêt, son épouse, Tune des femmes de Chambre de la Reine, a reçue aujourdhuy dans la Chapelle du Roi, le Supplément des Cérémonies du Baptême de Mï l'Abbé de Castellane, Aumônier de Sa Majesté, en présence de nous Soussigné, Curé, le parrain a été Très haut, Très Puissant et Très Excellent Prince Louis Auguste, Roi de france et de Navarre, et. la marraine, Très haute, Très Puissante et Très Excellente Princesse Marie Antoinette, Archiduchesse d'Autriche, Reine de france et de Navarre qui ont bien voulu signer.

[Signé] « Louis Marie Antoinette Auguié Genêt Auguié L'abbé de Castellane aumônier du roi

Brocquevielle Curé »

La baptisée avait plus de quatre ans ! Elle aurait pu signer aussi (').

Ses prénoms, Antoinette et Louise, sont ceux de sa marraine et de son parrain, la Reine et le Roi.

(') J'ai lu que le roi Louis-Philippe, a été tenu sur les fouis de baptême, à l'âge de douze ans, par Louis XVI et Marie-Anloinette.

Voici la signature de Louis XVI et celle île Marie- Antoinette que j'ai copiées, avec grand soin, sur cet acte de baptême :

(/lia f 'te rt/i#n / lc$l

La signature de Louis XVI diffère beaucoup de son écriture, qui est fort menue. Elle est semblable à celle de ses prédécesseurs, Louis XV et Louis XIV : c'est la signature de la fonction.

La signature de Marie-Antoinette, examinée suivant les régies de la graphologie, indique bien plus d'imagination que de raisonnement (lettres, et même parties de lettres, non liées) C).

J'ai consulté, aux Archives nationales, A E IL 1281. I1'1 vol., l'insignifiant journal personnel qu'a tenu Louis XVI. J'y ai trouvé : « 1784 — Mois de May — Mercredy — 5 — Rien. Baplesme de la petite Auguié dans la Chappelle N. D. » C'est de la main de Louis XVI, comme tout ce journal.

1782. Baptême d'Aglaé Louise (Eglé) Auguié (La Maréchale Ney). (Archives de la Seine).

(') La signature de Marie-Antoinetle sur le contrai de mariage Auguié - Genêt présente également ce caractère — et aussi la signature, sur ce même contrat, de la l'rincesse de Lamballe, sa meilleure amie.

« Extrait des Registres baptistaires de la Paroisse Saint Nicolas-dcs-Cliamps, à Paris. Le Lundy vingt cinq Mars mil sept cent quatrevingt deux a été baptisée Aglaé Louise fille de Mie Pierre César Auguié Conseiller receveur général des finances de la Province de Loraine et du Barrois et de dllc' Adelaide henriette Genêt son épouse l'une des femmes de Chambre de la lieine demeurante rue du temple, le Parein M'e Mathurin Auguié Vicaire général du diocèse de Vence demeurant susdite rue. La Mareine Marie Anne Louise Cardon Ve de Edme Jacques Genêt premier commis des affaires Etrangères dm1 à Versailles prse St Louis et ont signé avec nous.

<r Collationné, et délivré par nous, vicaire de ladite Paroisse, soussigné. A Paris le neuf mars de l'année mil sept cent quatre-vingt-cinq. Granet. »

Le jour de sa naissance n'est pas indiqué. Mais l'Extrait de son acte de naissance annexé à son acte de mariage (elle s'est mariée à Thiverval, Seine-et-Oise), porte : « L'an Mil sept cent quatre vingt deux, le lundi Vingt cinq Mars, A été nommée Aglaé Louise, née hier »

1784. Naissance de Adélaïde Henriette Joséphine (Adèle) Auguié (Madame de Broc). (P I).

« Municipalité de Paris — Naissance — Adelaide henriette Joséphine Auguié —

« Extrait du registre des naissances de la ci-devant Paroisse Roch.

« L'an mil sept cent quatrevingt quatre, le treize Janvier, a été nommée henriette Joséphine, née avant-hier, fille de pierre- César Auguié et de Adelaide henriette Genêt, son Epouse.

« Les témoins ont été Joseph-françois-Marie Marie et Louise henriette Genêt.

« Collationné par moi Secrétaire-Greffier-Adjoint. »

L'acte dont ceci est un extrait, était certainement un acte de baptême. Mais cet extrait ayant été délivré sous Révolution, on a eu soin d'y omettre toute mention de ce sacrement.

Les trois demoiselles Auguié, dont je viens de reproduire les actes de Baptême ou de Naissance, ont suivi des carrières bien diverses, mais elles ont été réunies dans la mort : elles sont ensevelies, toutes les trois, dans l'Église de Saint-Leu (Seine-et-Oise).

An II, 1794. Décès de Mme Auguié (mire de mon arrièregrand-mère Gamot) (P I et Archives de la Seine).

« Municipalité de Paris.

« Extrait des registres de Décès du neuf thermidor, l'an deuxième de la République Française, une et indivisible. Acte de décès de Adélaïde Henriette Genêt, du jour d'hier, neuf

heures du matin, âgée de trente cinq ans, native de

domiciliée à Paris rue du faubourg Poissonnière N° 31, mariée à Pierre Cézar Auguié et dëcédée rue de la loi N° 273, section de Lepelletier.

« Sur la déclaration faite par les témoins dénommés aux registres qui ont signé avec l'officier public.

« Collationné par moi, officier public de l'Etat Civil nommé par le Comité de Salut public. »

Voici l'histoire de la mort de M"10 Auguié : On lit dans la « Gazelle Nationale ou le Moniteur universel, Le 30 du 1er mois L'an IIe de la République Française » (') :

(') Le 1" mois n'a été appelé vendémiaire que quelque temps après. Le Calendrier Républicain a été créé e1 modifié par plusieurs décrets de la Convention, pris successivement.

J'ai vu une pièce ainsi datée :

« Bordeaux le 2J jour de la 2'<° décade du 21' mois de la 2'lc année de la République française, une et indivisible » (Archives municipales de Bordeaux, Fonds Aurélien Vivie, T. 10).

« Tribunal Criminel Révolutionnaire.

« Suite du procès de Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche, veuve Capet.

« Du 23 du premier mois, l'an 2 de la République.

« Le président à l'accusée — N'avez-vous pas ce jour-là (') étant à l'Assemblée législative dans la loge du Logographe (*/, reçu de l'argent de ceux qui vous entouraient?

« L'accusée — Ce ne fut pas dans la loge du Logographe, mais bien pendant les trois jours que nous avons demeuré aux Feuillans, que, nous trouvant sans argent, attendu que nous n'en avions pas emporté, nous avons accepté celui qui nous a été offert.

« Le président — Combien avez-vous reçu?

s L'accusée — Vingt-cinq louis d'or simples ; ce sont les mêmes qui ont été trouvés dans mes poches, lorsque j'ai été conduite du Temple à la Conciergerie; regardant cette dette comme sacrée, je les avais conservés intacts, afin de les redonner à la personne qui me les avait remis, si je l'avais vue.

« Le président — Comment nommez-vous cette personne?

« L'accusée — C'est la femme Auguel.

J'ai cherché, aux Archives nationales, dans le dossier même du Procès de Marie-Antoinette (W. 290, N° 179, dans A E1. 5). Je n'y ai pas trouvé l'interrogatoire, mais, mieux que cela peut-être, les notes prises, par Fouquier- Tinville, de sa main, au cours de l'audience. Dans ces notes j'ai trouvé le passage que voici :

« La femme hogué a remis de l'argent à Marie Antoinette suivant son aveu » — c'est-à-dire suivant l'aveu de Marie- Antoinette.

Fouquier-Tinville a écrit Itogué pour Auguié, de même que, dans ces notes, il a écrit Destin pour d'Estaing.

(') Le 10 août 1792.

(*) Sorte de sténographe.

On voit que Auguié se prononce en supprimant l'i ; Marie-Antoinette le prononce ainsi et Fouquier-Tinville l'écrit sous sa dictée (')•

Au bout de plusieurs mois, l'on découvrit, paraît-il, que « la femme Auguel » n'était autre que Mmc Auguié. Au moment d'être arrêtée, Mmc Auguié s'enfuit et, ainsi que M"R' Campan nous le raconte dans ses Notices, elle fut se cacher dans un hôtel garni d'où bientôt, la veille même de la chute de Robespierre, elle se précipita par la fenêtre. Si elle s'était laissé prendre, elle aurait presque certainement échappé à la mort. Le nombre des personnes incarcérées dans les prisons de Paris était alors d'au moins 10 000 ('). La plupart ne passaient donc pas, avant longtemps, au Tribunal révolutionnaire.

On trouvera plus loin de très intéressants documents sur la mort tragique de M"10 Auguié, que j'ai découverts aux Archives nationales, où ils étaient inconnus pareeque le nom de Auguié y avait été mal écrit.

La rue de la Loi est celle dénommée actuellement rue de Richelieu. A quel numéro actuel correspond le N°273, révolutionnaire, où est morte Mnic Auguié ? M. Lazard, sous-archiviste des Archives de la Seine, a traité cette question, devant moi, comme suit :

D'après le Sommier des Biens nationaux, ans V et VI, la portion de la Bibliothèque nationale, située contre la rue Colbert, portait le N° 280 et l'hôtel Talaru, situé de

(') Ma sreur, Mmc Malapert, possède un joli carnet sur lequel est une chanson composée en 1812, pour la Cèle de M. Auguié, la Saint- Pierre. Le mot Auguié figure à chaque couplet, en fin de vers, et rime avec aime, prôné, galle, beauté, entouré, fêté,

(*) Moniteur universel du 25 messidor an II (c'est-à-dire 13 jours avant) : « Etat des prisons. Le bulletin de la police porte le nombre des prisonniers à 7.502. » Mais l'on admet qu'il était, en réalité, bien plus considérable.

l'autre côté de celle rue, aux Nos 62 et 64 actuels, portait les Nos 279 et 278 (tous les numéros se suivaient alors d'un même côté de la rue sans avoir égard à aucune distinction entre les pairs et les impairs) ('). En admettant, ce qui doit être a peu près vrai, qu'à chaque numéro révolutionnaire correspond un numéro actuel, on a la concordance :

279 révolutionnaire 62 actuel.

273 révolutionnaire 74 actuel.

Le 273, où est morte M'"° Auguié, serait donc le 74 actuel. C'est une maison située à l'angle de la rue du Quatre-Septembre, dans le pâté qui s'étend jusqu'à la rue de la Bourse. Cette maison est fort étroite (8m), mais profonde (16"'). Elle a été entamée par le percement de la rue du Quatre-Septembre, qui a enlevé, en totalité, les N»s 70 et 72.

D'après M. Lazard, cette indication n'est pas certaine, mais elle ne peut être inexacte que d'une maison ou deux.

Celte indication a été précisée et rectifiée de la manière suivante :

J'ai consulté, chez l'éditeur Didot, 54 rue Jacob, les annuaires d'adresses qu'il a publiés et qui forment une série continue depuis l'annuaire de 1800, ou Almanach du Commerce de Paris pour l'an VIII. J'ai trouvé dans celui pour l'an XITI, 1805 : « Viel (Mc) (Hôtel de Dublin) R. de la Loi, 273 — Lepelletier » — et, dans celui pour 1806, la

(') Et, en outre, les maisons étaient alors numérotées par quartier, et non par rue, ce qui explique les numéros très élevés que présentent des maisons, même dans des rues très courtes. Avant et après, le numérotage était par rues. (L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1894, II, 460 — et M. Lazard.)

même indication, mais, comme pour toutes les maisons de cette rue, avec changement de numéro : le nouveau numéro qui y remplace le 273 est le 68. J'ai constaté celte nouvelle indication dans les annuaires suivants jusqu'à celui de 1809, où j'ai arrêté mes recherches : le numéro y est le 68, mais le nom de la rue est devenu rue de Richelieu.

M. Lazard, auquel j'ai communiqué ce résultat, a eu l'extrême obligeance de faire des recherches dans les Sommiers fonciers de l'Enregistrement, qui sont conservés au siège de cette Administration. Les sommiers de 1805, qui ont suivi immédiatement le changement du numérotage, ont malheureusement été détruits parce qu'on les trouvait trop encombrants. Les sommiers que l'on a conservés commencent en 1810. Us ont permis à M. Lazard de constater que le N° 68 est devenu plus tard, par changement du numérotage, le N° 70; — qu'il a été occupé par le locataire principal Viel jusqu'en 1842; — qu'il a été acheté par la Ville de Paris le 28 mars 1867, et a disparu pour faire place à la rue du Quatre-Septembre, primitivement nommée rue du Dix-Décembre. L'emplacement de la maison où est morte Mme Auguié est représente par une partie de la chaussée qui s'étend devant le N" o de la nie du Quatre-Septembre. J'ajoute que l'immeuble voisin, le 68 actuel, fait pendant au 74, de l'autre côté de la rue du Quatre-Septembre, et que, sur cette rue, il porte le N« 3.

Les Sommiers fonciers ont permis aussi à M. Lazard de reconnaître que le N" 31, révolutionnaire, de la rue du faubourg Poissonnière, domicile de M. et M""' Auguié, porte actuellement le Nu 52. Les ferrures d'appui des fenêtres de la façade sur la rue montrent que cette partie de L'immeuble, tout ou moins, date de la lin du règne de Louis XV, est donc la même que du temps de M. et M1"" Auguié. L'Almanach pour l'an VIII, 1800, m'a

appris que M. Auguié y demeurait encore à cette époque. Mais les Almanachs suivants montrent qu'il a été habiter rue Sainl-Lazare peu après.

« Du 26 Thermidor an 3e

« Inventaire après le décès de la G"" Genêt fe Auguié »

Cet inventaire a été dressé par Me Maine, notaire à Paris.

La famille s'adressait précédemment à une autre étude. Mais le titulaire, Me Dufouleur, ayant été guillotiné, le 15 prairial an II, fut remplacé d'office par le gouvernement, sans présentation, par quelqu'un de son choix, le 27 thermidor suivant ('). A la suite de ces événements, M. Auguié s'est adressé à une étude différente, celle de M0 Maine, qui a conservé, jusqu'à maintenant, la clientèle de notre famille, à Paris. Le titulaire actuel est ML' Delapalme, rue Montalivel 11.

« A la requête de Pierre Gezar Auguié Citoyen

franchis déni, à Paris rue du fauxbourg et section poissonnière N° 31... tuteur de Antoinette Louise Auguié âgé de quinze

(') Plusieurs mois après la nomination du remplaçant, les papiers de l'étude Dufouleur étaient encore sous le séquestre de la Nation : « Aux Citoyens administrateur Composans le Bureau du Domaine National du Département de Paris. Pierre Michel Genel O francois demeurant à Villeneuve la Montagne. Vous demande Citoyens la Remise des papiers qui lui appartiennent Etans chés Dufouleur notaire condamné et qui sont relatifs a L'acquisition qu'il a faite du Domaine du Moulin Darnac... [signé] Delamarre par procuration. » D a fallu produire 5 pièces, sur le vu desquelles, le P.ureau en question a rendu, le 5 germinal an III, un arrêté, longuement rnolivé, enjoignant au « chef de ses archives » de faire cette remise. (Archives nationales, T. 1675, 901). L'État ne lâche pas facilement ce qu'il a une fois saisi !

ans passés, d'aglaé Louise Auguié âgée de Treize ans et d'adelaide henriette Joséphine Auguié âgée de unze ans passés, les enfans de lad. deffunte son Epouse. . . . étant dans les lieux composant l'apartement qu'il occupe au premier Etage d'une maison sise sude rue poissonnière N° 31 avec lad0 D" son Epouse qui est décédée rue de la loi Nu 273 section Le Pelletier le huit thermidor dernier

« Premièrement Expédition en parchemin du Contrat de mariage dud Pierre Cezar Auguié et de lad. deffunte adelaide henriette Genêt, passé devant Momet . . le quatre juillet mil sept cent soixante dix neuf » [Je l'ai analysé plus haut. |

Je n'ai pu tirer au clair si les prisées de cet inventaire sont évaluées en numéraire, ou bien en assignats, qui n'étaient alors reçus que pour un trentième de leur valeur nominale. En effet, d'une part, le métal argent de l'argenterie est évalué sur une base qui ne diffère pas (ou très peu) de celle de 1 franc pour 5 grammes, comme pour nos monnaies actuelles; — d'autre part, certaines évaluations, celles de'Iivres de la bibliothèque par exemple, semblent excessives.

« Dans une garde robe. Une seringue d'Etain

« Dans environ Cent coquillages de différentes formes

sous leur cage en verre [A la fin du xviii0 siècle, il était

de mode, pour les gens de bon ton, de posséder beaucoup de belles coquilles. ] « Dans les armoires et commodes, a Item un habit et veste de drap rayé verd et gris, un autre habit de drap noisette brodé en or, un autre habit de drap verd, deux habits de drap noir usé,

prisés Ensemble 700 L.

[Nombre immense de livres, détaillés ouvrage par ouvrage :] « Item. Le Papillon d'europe trois volumes in 4°,

prisés mille livres cy 1 000 L.

« Item, anacharsis en sept volumes in 8° prisés six

cent livres avec sa carte cy 600 L.

« Item l'encyclopédie en trente cinq volumes in folio prisés six mille livres G 000 L.

« Item la maison rustique en deux volumes in 4° prisés cent cinquante livres cy 150 L.

o Item Jean Jacques Rousseau en trente trois volumes in 8° prisés quinze cent livres cy 1 500 L.

« Item voltaire en soixante sept volumes prisés huit cent livres cy 800 L.

« Item Buffon en cinquante sept volumes in 12 prisés quinze cent livres cy. . . 1 500 L.

« Item une cuiller à potage, quatre cuillers à ragoût seize couverts et six cuillers à Caffé, le tout a filet en argent poinçon de paris pesant ensemble seize marcs Deux onces, fixés à juste valeur et sans crue à raison de Cinquante livres Treize sol six deniers le marc, revenant lad. quantité à md prix à la somme de 823 L. 17 S. 4 D. »

Le marc (se divisant en 8 onces ou en 192 deniers) pesait 245 grammes environ.

Des objets énumérés clans cet inventaire, j'ai retrouvé : 1' « anacharsis en sept volumes... », que je possède (est-ce le même ?) et le « portrait du citoyen Auguié peint à l'huile dans son cadre ovale de bois doré », dont à hérité mon frère, qui a bien voulu me le remettre.

Analyse de nombreuses pièces concernant « une habitation établie en sucrerie située au Camp de Louise», au Cap, à Saint-Domingue. Antoine Benoît Auguié de Lascan, frère de mondit Auguié, étant à Saint-Domingue, en a fait acquisition, le 30 mai 1773 (l'usufruit au profit d'un tiers, sa vie durant, étant toutefois réservé par le vendeur), pour 300 000 Livres, dont 50 000 ont été payées comptant. — Testament dudit antoine Benoit Auguié, en lad. ville du Cap, le 28 janvier 1777. — Acte de mise en possession de lad. habitation, en datte du 28 avril 1789 à la requête de Pierre jean Grunier négoliant au cap stipulant pour « Pierre César auguié receveur général des finances des duchés de lorraine et de Bar légataire universel de antoine Benoit auguié de Lascan son

frère ». — « Le d s auguié » expose « que cette habitation a été vendue par son fondé de procuration à M. Dufour Derian imprimeur au Cap par contrat passé devant Campigny notaire en lad ville du Cap » le 25 may 1789, moyennant 300 000 Livres payables par sixième d'année en année. (>)

« Actions de la Caisse depargnes et de bienfaisance. . . . pour en jouir led. auguié et adelaide henriette genêt sa femme et après le décès du survivant d'eux par antoinette Louise auguié, leur fille, née le » 28 avril 1780, « aglaé Louise auguié, leur fille, née le » 24 mars 1782 et « adelaide henriette Joséphine auguié, leur fille, née le » 11 janvier 1784. Il y a deux séries de ces actions : la première, en date du 31 mars 1792, la seconde du 30 septembre 1793. Elles ne sont pas évaluées.

Analyse de nombreuses pièces concernant l'acquisition du domaine et moulin d'Arnac, district de Brives, département de la Corrèze. J'ai trouvé, d'autre part, qu'il est dans la commune de Puy-d'Arnac. Ce bien a été acheté, par Pierre Michel Genêt, du fondé de pouvoir spécial de François de Ferrière de Sauvebœuf, le 27 septembre 1793 (Dufouleur, Nre à Paris), au prix de 250 000 Livres, dont 102 600 ont été payées comptant. . . aux créanciers, fort nombreux, du dit Sauvebœuf. —

('.) Tous les Français ayant été brutalement dépossédés par l'insurrection des nègres, le gouvernement français a obtenu, longtemps après, du gouvernement nègre, une somme à répartir en indemnités entre les anciens propriétaires.

J'ai trouvé la lin de cette affaire :

Bibliothèque nationale L f. 158.41. État Détaillé des Liquidations de l'Indemnité de St-Dominguê, T. VI : 1™ section. — Juridiction du Cap. — Paroisse de l'Acul. Sucrerie au Camp de Louise. Anciens propriétaires : Dufour de Hians (Charles Louis» et Auguié de Lascan (Antoine Benoit). Les ayants droit sont 7 Dufour et les 2 Auguié que voici : Auguié Aglaé Louise, veuve de Michel Ney, et Auguié Antoinette Louise, comtesse de Laville. Décision du 11 mai 1S33. Montant alloué 31 200 francs, à partager pour toutes indemnités, cidre les 9 !

« Expédition d'un acte sous signature privée déposé

à deloche notaire à Paris par acte du vingt neuf Messidor dor contenant déclaration de Command dud domaine et Moulin d'arnac par led genêt au profit dud. Pierre César auguié », c'est-à-dire vente à Auguié qui se réserve de faire connaître le véritable acheteur. — Exploit d'huissier, du 22 prairial dc'', d'offres réelles faites par Genêt aud. de Sauvebœuf de 118 429 Livres, montant de ce qui lui restait dû en principal et intérêts. Jugement du 17 messidor dU1', donnant acte. — Led. Auguié déclare, dans le présent inventaire « qu'il doit encore sur l'acquisition du domaine et Moulin d'arnac la somme de cent vingt mille livres ».

Le présent inventaire comprend :

« Item une pièce qui est une reconnaissance sous signature privée de la somme de vingt deux mille livres en assignats donnée à lad délimite par la Cn<= Genêt, fL' Iiertholet Campan le premier thermidor dernier, payable à volonté. [M"ie Campan a donc emprunté cette somme à sa sœur, M111» Auguié, quelques jours avant la fuite et la mort de cette infortunée — à moins que ce soit, chose improbable, justement le contraire.]

« Et procédant led C. auguié a déclaré que le douze thermidor de Lan deux ses enfans lui remirent de La part de feue leur mère une somme de vingt quatre Mille livres en espèces d'or provenant de plus forte somme remise à laditte deffunte par le C Vincent en qualité d'Exécuteur du testament de feu le C Julien receveur général des finances auquel ledit Comparant avoit remis en mil sept cent quatre vingt onze des fonds pour les lui placer. [Ce passage semble montrer que M. Auguié est sorti de prison, au plus tard, le 12 thermidor an 11 : aussitôt après la chute de Robespierre. Cependant, le mandat de mise en liberté n'est que du 17, ainsi qu'on le verra plus loin. ]

« [Déclare] qu'il avoit remis une somme de Douze mille livres aussi en espèces d'or depuis trois ans à une personne de Confiance qui s'en est dessaisie par peur ou tout autre motif et qu'il n'a pas jusqu'à ce moment récupère cette somme en même espèces.

« Déclare en outre quil a lespoir de recevoir de la trésorerie nationale une somme d'environ Deux cent mille livres en suscriptions sur le Grand livre de la dette publique, si l'on exécute à son égard le décret de la Convention nationale qui rend aux Comptables les vingt cinq pour cent qu'ils ont payé en vue de leur débet. »

Cet inventaire m'a donné l'impression que le ménage Auguié-Genet était riche et l'avait été bien davantage.

M. Auguié a possédé le Château et domaine de Grignon, où est maintenant installée l'École nationale d'Agriculture. J'ai eu de nombreux renseignements à ce sujet par M. Risch, instituteur à Thiverval (Seine-et-Oise), la commune où est Grignon.

Les sept enfants d'Alexandre-Guillaume de Galard de Béarn de Brassac, comte de Brassac, avaient hérité, en 1792, du magnifique Château et Domaine de Grignon, propriété de leur mère. Mais deux de ces enfants étant Chevaliers de Malte et se trouvant, pour ce motif, hors de France, avaient été considérés comme émigrés, d'où mise sous séquestre de Grignon et sa confiscation pour deux septièmes. Après diverses péripéties, les cinq autres enfants avaient racheté à la Nation ces deux septièmes.

Grignon était dans un état déplorable : Les meubles avaient été vendus, la grêle du 17 juillet 1793 avait cassé 1 900 carreaux, la toiture avait beaucoup souffert, le parc était dévasté, etc

Devenus seuls propriétaires, les cinq enfants de Brassac vendirent Grignon à M. Auguié, par acte sous-seing privé du 8 thermidor an IV, pour 78 115 francs, payés le même jour, en pièces d'argent « ci devant monnoie dites écus de six livres ». Je trouve que ce payement pesait 400 kilos !

M. Auguié dépensa aussilôt 10 000 francs pour mettre en état sa nouvelle acquisition. Mais la vente du 8 thermidor an IV ayant été considérée comme nulle,

parce que la Nalion avait encore certains droits, Grignon fut mis en adjudication, le 15 floréal an VI, et, cette fois, M. Auguié en devint propriétaire sans conteste. Prix 78 200 francs. 11 y fit beaucoup d'améliorations.

Le 17 thermidor an X eut lieu à Grignon le mariage de la seconde fille de M. Auguié avec le général — depuis Maréchal — Ney.

M. Auguié vendit Grignon au général — depuis Maréchal — Bessières, le 29 thermidor an XI (acte devant Me Guenoux, notaire à Paris), moyennant 2G0 000 francs, dont 60 000 payés comptant. Je remarque que c'était trois fois le prix d'achat.

Je possède une curieuse lettre de ma grand'mère Clémence Gamot, du 6 août 1821, où elle raconte longuement la visite que sa tante la Maréchale Ney, qu'elle accompagnait, vient de faire à Grignon : Grignon est resté comme jadis, à peu de changements près, émotion de la Maréchale, etc. J'en ai donné copie à M. Risch pour l'ouvrage qu'il prépare sur Grignon. Je l'ai reproduite plus loin, dans la partie de ce Livre consacrée aux Ney.

La sœur cadette de la Maréchale Ney, Mmc de Broc, était revenue à Grignon dans des circonstances bien différentes et elle y avait assisté à un curieux spectacle, ainsi que l'a raconté Baudus, aide de camp du Maréchal Bessières, dans ses Études sur Napoléon, T. I, p. 242 :

« Napoléon [quelque temps après son divorce] arriva à Grignon dans la matinée. Sa suite était nombreuse. Le roi de Bavière l'accompagnait ainsi que les reines de Naples et de

Hollande, les maréchaux Moncey et Davoust,

les duchesses de Bassano et de Cassano, M"le de Broc, ....

En descendant de voiture, il se mit à chasser Dans la

soirée. . . on dansa. Tout le monde prit part bon gré mal gré à ce genre de divertissement, même le roi de Bavière auquel l'empereur dit assez brusquement : « Loi de Bavière, dansez. » Et ce monarque, alors âgé de 55 ans, d'une rotondité qui

devait lui rendre cet exercice pénible, s'empressa de prendre pourtant une danseuse et de se placer à un des quadrilles ... Le héros d'Auerstaedt et d'Eckmuhl, qui n'avait ni dans la tournure, ni dans les manières, rien de bien favorable pour se livrera ce genre de plaisir, fut également obligé d'y prendre part. Il n'y eut pas jusqu'à la vieille duchesse de Cassano, dame d'honneur de la reine de Naples, qui protesta vainement au danseur que Napoléon lui envoya, qu'il y avait 30 nus qu'elle avait renoncé à la danse ; il fallut qu'elle figurât dans

un quadrille. L'empereur le voulait ainsi

« Le lendemain à huit heures du matin (on était alors en hiver) on annonça à l'improviste que l'empereur partait pour Rambouillet. Toutes les dames qui étaient du voyage furent obligées de se jeter en voiture, ayant eu à peine le temps de passer une robe. Ce brusque réveil, cette absence de toilette ne leur furent pas favorables, il n'y en eut parmi elles que quelques-unes dont la beauté, déjà fatiguée par des veilles trop nombreuses, triompha pourtant de cette rude épreuve. Nous citerons la reine de Naples, madame de Broc et la princesse Aldobiandini. »

M. Auguié fut l'un des deux « Receveurs généraux des finances » pour la « Lorraine », de 1781 jusqu'à la Révolution, en 1791 (Almanach Royal de 1782 à 1791. — Son adresse, dans les dernières années, est « rue Neuve de Luxembourg, impair », le mot « impair » s'appliquant aux Exercices financiers dont il était chargé). Il fut l'un des cinq « Administrateurs généraux de la Loterie Royale » (Almanach Royal, 1792 — son adresse : fauxbourg Poissonnière), puis « Nationale » (Almanach National, 1793).

Divers actes de 1779 et 1781 nous le montrent « Régisseur général des vivres du royaume ». Nous

savons, par Mme Campait, qu'après la Terreur, il fut Administrateur des vivres à l'année du Rhin. Un acte notarié du 9 ventôse an III (27 février 1795) le qualifie : « L'un des agens généraux des subsistances militaires » (Archives nationales T. 1675, 901).

Enfin, M. Auguié fut « Administrateur général des Postes aux lettres », depuis les dernières années de la Révolution jusqu'à sa mort (survenue au début de la seconde Restauration), ainsi que je l'ai constaté sur les Almanachs de Paris de l'an VIII et années suivantes et dan s le Mon itcur universel du 26 sep tem bre 1815. Ces mômes Almanachs m'ont appris que l'Administration des Postes aux lettres avait, à sa tète, un Directeur général, sous les ordres immédiats duquel étaient 5, puis 7, Administrateurs généraux, dont M. Auguié. La situation de M. Auguié était donc celle qu'a maintenant un Chef de Division de Ministère. M. Auguié n'en était pas satisfait : « Voyez combien, malgré l'appui de sa fille, mon oncle a souffert d'être administrateur », écrit Henri Campan à sa mère, le 17 février 1813 (L P).

J'ai trouvé, aux Archives de la Seine, l'acte de décès de M. Auguié :

« Acte de décès du dix septembre mil huit cent quinze, à dix heures du matin. — Le jour d'hier à huit heures du soir

est décédé en son hôtel, rue de Bourbon N° 76, , Pierre

César Auguié, âgé de soixante seize ans et demi, administrateur général des Postes, né à Figeac, département du Lot, veuf de Adclaide henriette Genêt » [Les témoins sont ses domestiques.]

Il avait 76 ans et demi et il était encore en service ! L'on n'avait pas encore imaginé la limite d'âge pour les fonctionnaires.

La rue de Rourbon est la rue de Lille. M. Lazard m'a dit que le N° 76 était sans doute à l'emplacement occupé actuellement par la rue de Solférino.

Le croquis de M. Auguié, tracé par Mme Carnpan, est amusant (M E L) :

« Paris 30 Juillet 1808. Mon Eglé [La Maréchale Ney] . . ton père est toujours dans le suprême bon ton dans les ^allantes et misterieuses rnanierres partant pour Bag. en poste en ne le disant qu'à son valet de chambre intime laissant ses amis et même sa famille dans l'incertitude sur le lieu ou il a porté ses grâces et ses soupirs. »

Page 1