‹ Livre de famille (volume 3)Chapitre 6 sur 62 · DANS LA JOURNÉE DU 6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

DANS LA JOURNÉE DU 6 OCTOBRE

« Du même jour neuf mars mil sept cent quatre-vingt-dix, en l'une des salles du Chàtelet, quatre heures de relevée, en présence desdits sieurs Brion et Boucher-Durmont, notables adjoints.

« Demoiselle Henriette-Adélaïde Genêt, âgée de trente-un ans environ, fcmmc-de-ehambre de la reine, épouse de M. Pierre-César Augué, receveur-général des finances de la reine, demeurant à Paris, rue neuve de Luxembourg, paroisse de la Madeleine de la Ville-l'evèque, N° 15; laquelle, après serment par elle fait de dire et déposer vérité; qu'elle nous a représenté copie de l'assignation à elle donnée hier par le dit Fayel, huissier : lecture à elle faite des arrêté et réquisitoire susénoncés et de l'ordonnance susdatée, a déclaré n'être parente, alliée, servante ni domestique des parties.

« Dépose que le 5 octobre dernier et jours suivants, elle étoit de service près de la reine; que ce jour elle n'a pas quitté les appartemens et n'a rien vu de ce qui s'est passé à Versailles; que la reine se coucha très-tranquillement, niais elle déposante et madame Thibault ne se couchèrent pas; que le mardi 6 octobre à six heures et un quart, elles entendirent un bruit occasionné par des femmes qui passoient sous les fenêtres de l'appartement de la reine, mais que ce bruit ne les inquiéta pas; mais qu'un quart d'heure environ après, ayant entendu un bruit considérable du côté de la salle des gardes de la reine, elles ouvrirent la porte, et elle vit un garde du roi, qu'elle a appris depuis être le sieur de Miomandre, qui barroit la porte avec son mousqueton à des gens qui vouloient passer;

qu'il se tourna vers elle et dit : « Madame, sauvez la reine : ses jours sont en danger ». Elle déposante ferma la porte au verrou; après quoi, de concert avec madame Thibault, elle entra clic/, la reine, lui passèrent un jupon et des bas et la conduisirent chez le roi, par un petit passage, qu'on apelle le passage du roi; qu'arrivée chez le roi, elle déposante n'est pas sortie des appartemens, et n'a rien vu de ce qui s'est passé ce jour-là à Versailles, qui est tout ce qu'elle déposante a dit savoir : lecture à elle faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté, n'a requis salaire et a signé avec nous le greffier et les dits sieurs adjoints, à pareil endroit et au bas des pages de la présente déposition. Ainsi signé, Cenet, Brion, Durmont, OUivier, Olive de la Gastine et de Nouvillers. »

« Du neuf mars mil sept cent quatre-vingt-dix,

« Demoiselle Marie-Elisabeth Nolle, âgée de soixante-un ans, veuve de sieur Pierre Thibault, première femme-de-chambre de la reine, demeurante à Paris, rue des Petits-Augustins, N° 16;

o Dépose que le 5 octobre dernier elle étoit de service près la reine; qu'elle n'a pas quitté ce jour l'appartement de sa majesté, et ne sait que par ouï-dires ce qui s'est passé à Versailles dans cette journée ; que sa majesté couchée, elle déposante s'est jetée sur son lit dans un cabinet qui précède la chambre à coucher de la reine; que le mardi 6 octobre, sur les six heures un quart du matin, elle a entendu beaucoup de bruit; qu'elle s'est levée pour savoir d'où partoit ce bruit, et ce qui l'occasionnoit; qu'elle vit que c'étoit des femmes du peuple qui étoient sur la terrasse; que la reine, dans ce moment, ayant sonné, elle déposante entra dans la chambre à coucher; que la reine lui ayant demandé qu'est-ce que c'étoit que ce bruit, elle lui répondit que c'étoit ces femmes de Paris, qui vraisemblablement n'ayant pas trouvé à coucher, se promenoient; que cette réponse parut tranquilliser la reine; et elle déposante se retira; qu'environ un quart-d'heure après elle entendit un bruit bien plus grand qui partoit de la salle des gardes; qu'elle déposante, et madame Augué, autre femme -de -chambre de la reine ouvraient la porte de la pièce ou elles étoient, et virent que des brigands vouloient forcer les gardes pour entrer, et que ces derniers

empêehoient, en formant une barrière avec leurs fusils qu'ils plaçoient en travers la porte; qu'elle déposante, effrayée, entra précipitamment dans la chambre où la reine étoit couchée; qu'elle l'a l'ait lever, lui a passé un jupon et des bas, et par un passage dérobé elle l'a avec ladite Auguë, conduite chez le roi »

« Du 19 décembre 1789

« François-Aimé de Miomandre de Sainte-Marie, âgé de trente- trois ans, garde-du-corps du roi,

« Dépose que le 5 octobre dernier, à l'arrivée du peuple à Versailles, vers six heures de l'après dîner, le roi ordonna à M. le comte de Luxembourg, capitaine de ses gardes, de ne point opposer la force à la force, et de s'exposer plutôt au plus grand danger : . ...

« que le 6 dudit mois d'octobre, vers six heures du matin, lui déposant étant sur le balcon de la salle du roi, a vu entrer par la cour des princes, une multitude de gens armés de piques, de bâtons et autres armes, qui se portoient vers la voûte qui va à la chapelle

« Alors lui déposant et ses camarades se l'enfoncèrent chacun dans leur salle; qu'au même instant ces gens enfoncèrent les portes et les forcèrent à quitter les salles; que lui déposant se trouva en face des fenêtres de la dite grande salle, et vit prendre la sentinelle de la salle de la reine, l'entraîner sur l'escalier. Alors, voyant le danger que couroit sa souveraine, lui déposant vola dans sa salle. En y entrant, il aperçut le sieur du Repaire, son camarade, renversé sur le dos, un homme lui tenant une pique sur l'estomac; lui déposant parvint à le dégager de son assassin. Le dit sieur du Repaire ne quitta pas la pique, et l'entraîna avec lui, entendant les propos qu'on tenoit contre sa souveraine, ces malheureux disant : Nous voulons couper sa tête, son cœur et fricasser ses foies, et cela ne finira pus là. Lui déposant vole à l'appartement de la reine, ouvre la porte, et crie à une darne qu'il aperçut au bout d'une autre pièce : Madame, sauvez la reine : on en veut à sa vie; je suis seul contre deux mille tigres; mes camarades ont été forces de qui I ter leur salle. Alors lui déposant ferma la porte sur lui, et après quelques minutes de combat, un homme lui a porté un coup de pique, qu'il eut le bonheur de parer; le

même homme prenant sa pique du côté du fer, et lui lança un coup qu'il ne put parer, duquel coup lui déposant fut terrassé. Alors le milicien que lui déposant a précédemment signalé, dit à ces malheureux : Reculez-vous, et prend mesure de la tête de lui déposant avec son fusil, et lui en a appliqué un coup du côté du chien, qui est entré dans le cerveau de lui déposant; alors le voyant baignant dans son sang, ils le crurent mort, »

(Moniteur du 5 frimaire an 2 — 25 novembre 1793, V. S.)

Séance de la Convention du 4 frimaire.

« Un membre du comité des finances propose un projet de décret relatif au compte des fermiers généraux.

« Bourdon de l'Oise. Voilà la centième fois que l'on parle des comptes des fermiers généraux. Je demande que ces sangsues publiques soient arrêtées et que si leurs comptes ne sont pas rendus dans un mois, la Convention les livre au glaive de la loi.

« Cette proposition est décrétée et étendue aux régisseurs généraux, intendans des finances et administrateurs des domaines nationaux. »

(Archives de la Préfecture de Police, Paris.)

« Documents à consulter pour l'histoire de la Révolution française Catalogue par Léon Labat. »

[Les documents en question ont presque tous péri dans l'incendie de la Préfecture de Police par le gouvernement insurrectionnel de la Commune, en 1871; mais, dans ce catalogue, je trouve : ]

« Auguié (Pierre César), Receveur général des Finances.

« S'est constitué lui même prisonnier en vertu du décret.

« Incarcération : Port Royal, 6 frimaire an 2.

« Conduit chez lui, 25 pluviôse an 2. »

(Archives de la Préfecture de Police, Paris.)

« Département de Police.

a Commune de Paris.

« Le Concierge de la Maison de Suspition recevra le nommé Pierre Cezar Auguié Receveur g^ des finances Qui s'est Rendu de lui Même à la Mairie au terme du Décret

« qui lui est envoyé de la Mairie, et il le gardera jusqu'à nouvel ordre.

« Fait au Département de Police, Hôtel de la Mairie, le 6 frimaire de l'an 2e de la République.

« Les Administrateurs de Police

[Signé] « Heussée Mennessier »

M""' Campan raconte, dans ses Notices, que M. Auguié se rencontra, en prison, avec un grand nombre de financiers. Les pièces ci-dessus en donnent l'explication. J'observe que M. Auguié était non seulement Receveur général des finances, mais aussi — d'après divers actes de 1779 et 1781 — « Régisseur général des vivres du Royaume », situation visée explicitement par le décret précité.

(Mairie de S' Remy-lez-Chevreuse, Seine-et-Oise.)

« La nation Et La loi. « Liberté Egalité.

« Nous navons que la Loi pour Guide.

« République françoise une Et indivisible « Municipalité de Saint Rémy Lez Chevreuse « Registre des délibérations prises au Conseil général de la Commune de Saint Rémy Lez Chevreuse, Canton de Chevreuse, district de Versailles département de Seine-et-Oise »

« Lan deusien de La République Le dix uit floréal e La

municipalité de St Remy Les chevreuse faisant Les fonction de Comité de Surveillance en vertue dune Letre anous adressée par Lagent nationale du district de Versaille en date du dix huit dudit mois portant de mètre Tous Les vins quelle que soit Leur qualité et audevie sur Réquisition qui se trouve dans Les maisons des deTenu nous sommes Transporte à Coubertin au domicilie de La citoyene auegué ou étant arivée avons Requis La dit Citoyne de nous l'aire Louverture de Sa cave après avoir donné Lecture de La dit Letre a susdit Citoyen Auegué laquelle de fait à L instant elle nous a exposé que Le citoyen auguee nest point compris Dans La classe des Des Tenu quil a Sa Liberté quil na des garde que comme contable ne croiyant pas pouver nous en Reporte a ses observation nous avons Cru quil étoit de notre prudence D'apposé Les Cellée sur Ladit Cave provisoirement De Dresser procès verballe qui la Renvoyer sur Les Champs au citoyen agent nationale pour y faire droit.

« fait et arête en La maison de La Citoyen Augue et avons Consetitué La dit Citoyen auegué pour gardué des dit Celle et a acxepté et a signée avec nous Les jours et an que de sus.

[Signé] « Genêt femme Adgoié

Rouché Chanoine Maire

Reguien off. 11ÉLY S. greff. »

ni

(Archives nationales. A. F. x. II 255.)

Registre des Mandats du 5 messidor (folio 816).

« Dates des Mandats — Du 4 thermidor.

« Nombre des pièces — 2.

<i Nom des personnes désignées dons les Ordres — Auguel.

« Copies des Mandats et Ordres — Vu les renseignemens produits Le Comité arrête que le nommé Auguel demeurant à Paris rue f. b. Poissonnière N° 31 et sa femme partout où elle sera rencontrée, seront saisis et traduits dans la maison de détention dite Lazare à Paris que les scellés seront apposés sur leurs papiers et effets et que ceux de leurs papiers qui

seront trouvés suspects dans la perquisition qui en sera faite, seront distraits et apportés au Comité.

« Charge le Con Bonnard de mettre le présent à exécution et de requérir au besoin la force armée signé Louis (d. b. r.), Arnar, Voulland et Dubarran.

o Dates de la remise des ordres — Le 4 Thermidor.

ci Noms des charges de l'exécution des Ordres — Bonnard.

« Compte Rendu de l'exécution ou motifs de non-exécution — Exécuté d. Jour. Incarcéré à la maison d'arrêt du Mont-blanc, rapporté un Procès Verbal et une lettre, plus deux autres procès verbaux dont un prouv que la femme Auguel s'est jette par une fenêtre. »

Ce Comité est le Comité de Sûreté générale de la Convention.

Louis (d. b. r.) est désigné ailleurs, en toutes lettres : Louis (du Bas-Rhin).

(Archives Nationales. F 7. 4582.)

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