EXTRAITS D'UNE PREMIERE EBAUCHE DES NOTICES DE M"* CAMPAN
J'ai trouvé, dans les papiers de mon oncle Léon Parliot, une première ébauche, bien sommaire, de ces Notices. Quelques passages méritent d'être reproduits:
« Aux Coudreaux, ce 25 Septembre 1818.
La proprié lé des Coudreaux est située près de Cliàteaudun, Eure-et-Loir.
« Tandis que ma nièce l'Infortunée Maréchale Ney est forcée de suivre en pays Etrangers l'Education de ses quatre fds, j'habite avec sa sœur Madame Gamot La Terre des Coudreaux.
« Mon père fut à Leipsich ou a Guetting suivre le droit public, puis en Angleterre, mais pendant un court séjour qu'il fit à Paris, il devint éperdument amoureux de Mlle Cardon, dont à la vérité la beauté étoit peu commune, mais dont la fortune avoit été totalement dilapidée par son père = mon grand père s'opposa fortement à ce mariage, tout étoit arrangé pour que mon père Epousa une fille qui lui apportait deux cent mille francs de dot — l'amour prévalut, il se brouilla pour quelques années avec son père, et n'épousa ma mère que par le moyen des sommations respectueuses. Mon grand père, courroucé contre lui, refusa de le secourir dans ses besoins il fallut être placé, les talens de mon père étoient déjà connus on parla de lui au Maréchal de Belleisle qui le fixa à Versailles
en lui donnant la place de Secrétaire Interprette des affaires Etrangères avec six mille francs d'appointcmens. Mon père n'avoitque vingt-cinq ans lorsqu'il se maria et vint s'établir à Versailles. Non seulement ma mère ne lui avoit apporté que ses charmes et ses qualités vraiment vertueuses, mais ses parens étant ruinés, il eut de suite à fournir à l'Existance de son beau père et de sa belle mère et a soutenir dans la carrière militaire Les deux jeunes frères de ma mère qui furent placés dans le corps Royal du génie. Ma mère eut de suite neuf Enfans. Mon père savoit qu'après la mort du sien il aurait de la fortune il pouvoit croire que son frère toujours valétudinaire ne vivrait pas ou au moins ne se marierait Jamais, ces idées, les charges pesantes que lui occasionnoient les parens de sa femme et le nombre de ses Enfans, lui firent dépenser quoique sans fortune plus du double de son revenu, il contracta des dettes, son père les paya plusieurs fois on lui en tint naturellement compte sur la succession et près de la moitié de sa fortune se trouva dépensée avant la mort de mon grand père — en 1763. Le Duc de Choiseul accorda à mon père une confiance qui ne s'est jamais démentie, il créa pour lui le bureau des Interprettes des affaires Etrangères, de la guerre de la marine et sa place lui valut alors plus de trente mille francs, malheureusement pendant les onze années qui avoient précédé cette heureuse Epoque il avoit eu le temps de former un déficit que son augmentation de fortune ne put combler parce qu'il fut alors obligé de vivre comme les premiers commis ses collègues et de dépenser beaucoup d'argent pour l'Education de son fils et de ses quatre filles — voila comment mon père fut amené à Versailles et les raisons qui le décidèrent à accepter pour ses filles des places auprès des Princesses de la famille Royale, pensant que de si augustes protectrices l'aideraient à les Etablir avec de faibles dots.
« J'étais l'ainée de ses filles, mon frère M'' Genêt actuellement établi à New-york fut le dernier de ses Enfans il a dix ans de moins que moi. »
POUR MON FILS