‹ Livre de familleChapitre 24 sur 36 · LE S CAMPAN · texte numérisé non relu

LE S CAMPAN

Reg. le 14 may

« LOUIS par la grâce de Dieu Roy de france et de Navarre, à tous présens et à venir, Salut.

« Nôtre cher et bien Amé, L. S. Pierre Dominique Bertholet Campan, Nous a paru être du nombre de nos Sujets qui par leur zèle et leur service peuvent espérer de recevoir des témoignages de nôtre Satisfaction, de ressentir les effets de notre bienfaisance, Son père et sa mère ont été attachés, l'un pendant plus de quarante ans à notre très chère et honorée

Dame et Ayeule la feiie Reine, Et l'autre pendant prés de vingt ans à nos très chères et aimées Tantes ; Sa femme Nièce de la Nourice du feu Dauphin nôtre très cher et honoré Père, a été dès mil sept cent quarante quatre attachée à notre d. Dame la feiie Reine et l'est encore à présent à la Reine nôtre très chère Epouse et Compagne; Les Services personnels dud. S. Campan ne Sont ni moins anciens, n'y moins recommandables, ils ont commencé en mil sept cent trente-neuf, auprès de lad. Dame la feiie Reine, il les a continués depuis tant auprès d'elle qu'auprès de lad. Dame Reine nôtre très chère Epouse et Compagne, qui luy donna il y a déjà qu'elques années une marque distinguée de sa confiance, en lui conférant la place de Secrétaire de son Cabinet, qu'il exerce actuellement; C'est en Elevant led. S. Campan aux droits et prérogatives de la Noblesse que nous croyons devoir récompenser comme il le mérite d'aussy longs Services réunis dans une seule famille et toujours remplis avec l'assiduité, l'exactitude Et l'empressement actifs qui prouvent l'attachement et la fidélité. A CES CAUSES Nous avons de nôtre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, Annobly par ces présentes Signées de nôtre main, Annoblissons led. S. Pierre Dominique Bertholet Campan, Secrétaire du Cabinet de la Reine, nôtre très chère Epouse et Compagne et du Titre de Noble, et d'Ecuyer l'avons décoré et décorons, Voulons et nous plait qu'il Soit censé et réputé Noble, tant en Jugement que dehors, Ensemble ses Enfans, postérités et descendans Mâles et femelles nés et à naître En légitime- Mariage; que comme tels ils puissent prendre en tous actes et en tous lieux la qualité d'Ecuyer, parvenir à tous degrés de Chevallerie, Autres dignités, Titres et qualités réservés à nôtre Noblesse; qu'ils Soyent inscrits au Catalogue des Nobles et qu'ils jouissent et usent de tous les droits, privilèges, prérogatives, prééminences, franchises, Libertés Exemptions et immunités dont jouissent et ont accoutumés jouir les anciens Nobles de notre Royaume, tant qu'ils vivront Noblement et ne feront Acte de dérogance; Comme aussy qu'ils puissent acquérir tenir et posséder tous fiefs, Terres et Seigneuries Nobles de quelques Titres et qualités qu'elles Soyent; Permettons audit Sieur Pierre Dominique Bertholet Campan, et à ses Enfans, postérités et descendans de porter des Armoiries timbrées telles qu'elles Seront réglées et Blasonnées par le S-. d'hozier, Juge d'armes de fiance et ainsy qu'elles seront peintes et figurées dans ces présentes au

qu'el son acte de règlement Sera attaché Sous nôtre Contre-Scel avec pouvoir de les faire peindre, graver et insculper si elles ne le sont déjà en tels endroits de leurs Maisons, Terres et Seigneuries que leur Semblera, sans que pour raison de ce ledit Campan, ses enfans, postérités Et descendans puissent être tenus de nous payer et à nos Successeurs Rois, aucune finance et indemnité, dont à qu'elques Sommes qu'elles puissent monter Nous leur avons fait et faisons Don par ces présentes et Sans qu'ils puissent être troublés n'y recherchés pour qu'elque cause et prétexte que ce Soit, à la charge pour eux de vivre Noblement et Sans déroger. SY DONNONS en mandement à nos Ames et féaux conseillers les Gens tenant nôtre Cour de Parlement, Chambre des Comptes et Cour des Aydes à Paris, que ces présentes ils ayent à faire Enregistrer et du contenu en icelle jouir et user ledit Sieur Campan, Ses Enfans, postérités et descendans mâles et femelles nés et à naître en Légitime mariage, pleinement, paisiblement et perpétuellement, Cessant et faisant cesser tous troubles et empêchement quelconques, nonobstant tous Edits et Déclarations à ce contraires, aux qu'els et au dérogatoires des dérogatoires y contenus, Nous avons déroges et dérogeons pour ce regard seulement et sans tirer à conséquence. Car tel est nôtre plaisir Et à fin que ce soit chose ferme et Stable à toujours, Nous avons fait mettre nôtre Scel à ces dites présentes, Sauf en autre chose nôtre droit Et l'autruy en tout. « Donné à Versailles au mois de Mars, L'an de grâce mil sept cent quatre vingt-deux, Et de nôtre règne le huitième. « Signé Louis, par le Roy signé Amelot, et plus bas est Ecrit Visé pour annoblissement En faveur de Pierre Dominique Bertholet Campan. Signé hue de Miromesnil.

« Au dessous Est La mention de L'Enregistrement

des d. Lettres, ainsi qu'il suit.

a Registre, ce requérant, le Procureur général du Roy, pour jouir par l'Impétrant, ses Enfans, postérité et descendans, mâles et femelles, nés et à naitre en légitime mariage, de leur effet et contenu et Etre exécutés selon leur forme et teneur, Sans approbation de la qualité de Juge d'Armes de France, donnée par les dites Lettres Patentes à Antoine Marie d'hozier, Suivant l'arrêt de ce Jour, à Paris en Parlement Le quatorze May mil sept cent quatre vingt-deux.

« Signé Dufranc.

« Au dessous Collation faite, Signé Dufranc, avec paraphe.

« Collationné et trouvé conforme à la minute des dites Lettres de Noblesse, étant au Dépôt de la Section Judiciaire des Archives de l'Empire, et délivré (Pour Seconde Expédition) à M. Mollion, ce requérant fondé de pouvoir de De Jeanne Louise henriette Genêt, v° de M. Bertholet Campan, Sur- Intendante de la Maison Impériale Napoléon d'Ecoùen, et d'après la déclaration par elle faite et signée qu'elle ne veut faire usage de la d. Expédition que pour éclairer des questions de propriété et de filiation indépendantes de tous droits féodaux, conformément à l'avis du Conseil d'Etat, approuvé par Sa Majesté le dix février mil huit cent six.

« En foi de quoi j'ay apposé le sceau des archives.

« A Paris le quatorze Mars mil huit cent douze

« Pour le garde des Archives de l'Empire Membre de l'Institut de la Légion d'honneur.

. [Signé] « Terrasse »

(Bibl. Nale. Manuscrits. Nouveau d'HoziER. 40.)

« Bertholet Campan. 1782. Paris.

« Règlement d'armoiries pour le S>' Pierre -Dominique Bertholet-Campan, Secrétaire du Cabinet de la Reine, en conséq« des Lettres de son annoblissement du mois de mars 1782.

« Antoine-Marie D'Hozier de Sérigny chevalier, Juge d'armes de la noblesse do France, chevalier-grand-croix-Honoraire de l'ordre Royal des Sls Maurice et Lazare de Sardaigne.

« Vu les Lettres Patentes en forme de Charte données par le Roi à Versailles en ce présent mois de Mars mil sept cent quatre-vingt-deux, signées Louis et plus bas Par le Roi Amelot, par lesquelles sa Majesté annoblit le S>- Pierre-Dominique Bertholet-Campan Secrétaire du Cabinet de la Reine, ensemble ses enfants, postérité et descendants, mâles et femelles, nés et à naître en légitime mariage.

« Nous, en vertu de la clause énoncée dans les dites Lettres, qui permet audit Sr Pierre-Dominique Bertholet-Campan, et à ses enfants, postérité et descendants de porter des armoiries timbrées telles qu'elles seront réglées par nous comme Juge d'Armes de la Noblesse de France, et ainsi qu'elles seront figurées dans les dittes Lettres auxquelles notre acte de

Règlement sera attaché sous le contrescel de la chancellerie conformément à l'Arrêt du Conseil du 9 de mars 1706, avons réglé pour ses armoiries un Ecu d'azur à un Paon d'Or posé sur une Tente d'Argent et accosté de deux autres Tentes de même, les dites trois Tentes représentant un Camp; et un Chef aussi d'Argent chargé de cinq Boulets de sable i^osés deux et trois : le dit Ecu timbré d'un Casque de profil orné de ses Lambrequins d'Or, d'azur, d'argent et de Sable. Et afin que le présent Règlement d'Armoiries, que nous avons compris dans nos Registres des annoblissernents puisse lui servir, et à ses enfants, et postérité, mâles et femelles, nés et à naître en légitime mariage tant qu'ils vivront noblement et ne feront aucun acte de dérogeance, nous l'avons signé et fait contresigner par notre Secrétaire qui y a opposé le sceau de nos armes.

« A Paris le mercredi vingt-septième jour du mois de mars de l'an mil sept cent quatre-vingt-deux.

[Signé] « d'hozier-de-Sérigny « Pour minute. »

Voici un croquis de ces armes. J'en ai vu le dessin magnifiquement enluminé, aux Archives nationales, dans le Registre des Chartres, P. 2601, juin 1782, f" 14, verso.

J'observe que ces armes constituent un rébus: Camp, Paon, c'est-à-dire Campan, intention d'ailleurs exprimée par d'Hozier.

Je suis frappé de ce que Louis XVI a anobli M. Campan uniquement pour services domestiques et avec cette condition que ces services sont non-seulement les siens mais autant ceux de ses ascendants et de sa femme : c'est une continuité de services dans une famille que le Roi a voulu distinguer. L'on verra bientôt qu'il en est de. même pour l'anoblissement de M. Rousseau.

Mme Campan a laissé des Mémoires célèbres. Elle les a terminés en 1813 (Correspondance inédite de Mme Campan avec la Reine Hortense, T. II, p. 110 et 11(5) et ils ont été publiés aussitôt après sa mort, survenue en 1822. Ces Mémoires comprennent la fin du règne de Louis XV el tout le régne de Louis XVI. Il est de tradition, dans la famille de ma mère, que les Mémoires imprimés diffèrent du manuscrit parce que, lors de la publication, le gouvernement a exigé que beaucoup des appréciations de Mmu Campan soient modifiées, surfout celles, très défavorables, sur le rôle joué vis à vis de Louis XVI par son frère : Monsieur, Comte de Provence (Louis XV11I au moment de la publication).

Mon oncle Léon Partitif (ou, plus exactement, sa succession) possède, parmi de nombreux papiers de M"10 Campan, un énorme manuscrit (0m21 sur 0m32 avec Ûm04 d'épaisseur) de ces Mémoires. C'est une copie que MmB Campan a, de sa main, modifiée, complétée, surchargée. On l'a comparé, il y a quelques années, aux Mémoires imprimés et l'on y a indiqué sur des ficlies épinglées, toutes les différences. Elles ne m'ont paru ni nombreuses ni importantes.

Cependant, la tradition de la famille de ma mère est peut-être exacte, au fond, et il se pourrait qu'il ait existé un antre texte des Mémoires de Mmc Campan. En racontant, en effet, la vie d'Henri Beyle (Stendhal), dans le Compte Rendu des séances de l'Académie des Sciences morales et politiques, 1902, 1er semestre, M. Arthur Chuquet donne, p. 441, les détails suivants qui se rapportent au séjour de Beyle à Paris en 1800 :

« Mme Cardon, née Deloyen, personne adroite et intrigante, tante de M">e Campan, veuve d'un major de la place d'Arras, avait été femme de chambre de Marie-Antoinette, et avant l'événement de "Varennes, elle fit le voyage de Belgique avec une malle qui contenait le trousseau de la reine. Beyle raconte qu'on lut dans son salon les Mémoires de Mmc Campan, dont le. texte différait beaucoup de 1' « homélie naïve » qui parut en 1823, et il rapporte les curieux propos de Mme Cardon, que Versailles était la cour du roi Pétaud et que Marie-Antoinette, bonne, bornée, pleine de hauteur, très galante, se moquait fort de l'ouvrier serrurier nommé Louis XVI, si dissemblable de son aimable frère le comte d'Artois. » [ Suivent, en petit nombre, des détails sur Mme Campan, les demoiselles Auguié, Edmond Cardon, et, parmi eux, la stupéfiante erreur que voici : Les trois demoisellles Auguié ont épousé le Maréchal Ney, le Baron de Broc et « la troisième M. Pannelier » . ]

.levais reproduire quelques renseignements donnés par la première édition des Mémoires qui ont été imprimés (1822, 3 vol.) :

MAISON DE LA REINE (T. I, p. 291 et suiv.).

« Chambre de la Reine. »

La reine avait deux premières femmes de chambre et deux survivancières :

Madame de Misery, titulaire ; Madame Campan, titre survivance;

Et Madame Thibaut, titulaire; Madame Régnier de Jarjaye, en survivance.

« Les fonctions des premières femmes étaient de veiller à l'exécution de tout le service de la chambre; de recevoir l'ordre de la reine pour les heures du lever, de la toilette, des sorties, des voyages. Elles étaient de plus chargées de la cassette de la reine, du paiement des pensions et gratifications. Les diamans leur étaient aussi confiés. Elles avaient les honneurs du service, quand les dames d'honneur ou d'atours étaient absentes, et les remplaçaient de même pour faire les présentations à la reine. Leurs appointemens n'excédaient pas douze mille francs; mais la totalité des bougies de la chambre, des cabinets et du salon de jeu, leur appartenait chaque jour, allumées ou non, et cette rétribution faisait monter leur charge à plus de cinquante mille francs pour chacune. Les bougies du grand cabinet du salon des nobles, pièce qui précédait la chambre de la reine, celles des antichambres et corridors, appartenaient aux garçons de la chambre. Les robes négligées étaient, à chaque réforme, portées, par ordre de la dame d'atours, aux premières femmes. Les grands habits, robes de parure et tous les autres accessoires de la toilette de la reine appartenaient à la dame

d'atours elle-même

« La reine avait douze femmes ordinaires : «

« Madame Régnier de Jarjaye, en même temps première femme en survivance

« Madame Campan, en même temps première femme en survivance et lectrice des princesses filles de Louis XV, ne remplissait depuis long-temps que les fonctions de la place de première; madame de Misery, sa titulaire, étant retirée dans sa terre de Biache, près Péronne;

« Madame Auguié, morte victime delà révolution, pour avoir prêté vingt-cinq louis à la reine pendant les deux jours qu'elle passa aux Feuillans. M. Auguié était alors receveur-général des finances du duché de Lorraine et de Bar, et administrateur des subsistances;

« Madame Cardon, veuve du major d'Arras, restée avec de la fortune, vivant dans ses terres ;

« Les huit femmes de la reine les plus anciennes réunissaient trois mille six cents francs de traitement;

« Les quatre dernières avaient deux mille quatre cents livres. [Toutes celles que j'ai nommées ci-dessus sont dans les huit premières de la liste. ] «

« On n'accordait point do retraite aux premières femmes; elles conservaient la totalité des émolumens de leur place trop considérable pour qu'on put les indemniser. Les survivancières les remplaçaient à la cour, et avaient six mille livres d'appointemens. »

« Secrétaire de Cabinet : M. Campan.

« Il était chargé de toute la partie de correspondance qui ne regardait pas les secrétaires des commandemens ou l'abbé de Vermond. Il possédait la confiance de sa maîtresse, et remplaça L'abbé de Vermond qui émigra le 17 juillet 1789, jusqu'à sa fin arrivée en septembre 1791. La reine voulut bien donner des larmes à sa mort occasionnée par la douleur que ce serviteur fidèle éprouva pendant les scènes sanglantes de la révolution. Son sang tourna entièrement dans la nuit du 5 au 6 octobre, à Versailles, et les premiers symptômes d'une hydropisie de poitrine se manifestèrent le lendemain.

« M. Campan était de plus bibliothécaire de la reine depuis son arrivée en France, quoiqu'elle en eût laissé le titre à

M. Moreau

(< Bouche.

« MM. Dufour et Campan fils, en survivance; «

« Ces charges exigeaient la noblesse »

Ces mêmes Mémoires donnent d'intéressants détails sur le rôle joué par Mme Campan et sa famille dans les préparatifs de la fuite du Roi (T. II, p. 137 et suiv., 311 et suiv.; T. III, p. 159 et suiv.). L'édition de 1822 étant plus complète que beaucoup d'autres, je crois devoir y noter à ce sujet :

Que la malle contenant le trousseau préparé, par ordre de la Reine, pour elle-même, sa fille et son fils, passa aux frontières comme appartenant à Madame Cardon, femme de chambre de la Reine, tante de Madame Campan, veuve du major de la ville d'Arras, ville où cette dame se trouvait en congé illimité. Que, cette darne ayant des terres dans la Flandre autrichienne, en profita pour se rendre ainsi à Bruxelles, sans exciter les soupçons. Que M""' Cardon rentra en France après l'acceptation de la constitution, en septembre 171)1.

Que, se conformant au désir de la Reine, M""' Campan quitta Paris un peu avant la fuite du Roi, pour accompagner aux eaux du Mont-d'Or, en Auvergne, son beaupère M. Campan, extrêmement malade. Qu'elle partit ainsi de Paris le I'1' juin 171)1 el, plus tard, sur le désir de la Reine, revint à Paris où elle arriva le 25 août 1791. Que M. Campan, son beau-père, mourut peu après, et que M"lc Campan annonça ce décès à. la. Reine la veille du jour de l'acceptation de l'acte constitutionnel (donc, le 13 septembre 1791 : ce dernier détail est inexact car, d'après son acte d'inhumation, il est mort le 20 (') ).

(') .T'ai donné, plus haut, son acte d'inhumation. On y voit qu'il est décédé « en la maison de Monsieur Moret ». Ces Moret étaient de vrais amis, car j'ai trouvé dans Publications sur la Révolution à Paris, Répertoire des sources manuscrites, par Tuetey, T. V, N° IS748, l'analyse d'une déclaration des 15-16 août 1792, d'après laquelle : Mme Campan. femme de chambre de la Reine, vint, le 10 août 1792, vers 9 heures du soir, demander asile au sieur Moret, l'un des administrateurs de la loterie [donc confrère de M. Campan], rue St-Pierre, déclarant qu'elle ne savait où aller coucher; elle y passa la nuit; y dîna le lendemain; elle sortit de chez lui le 11 à la chiite du jour, dans une voilure de place et l'on ignore le lieu de sa retraite. J'ajoute que l'Almanach Royal, 1791, porte, parmi les Administrateurs généraux delà Loterie Royale de France, MM. Campan et « Moret de Chedeville, rue St-Pierre ». Dans celui de 1792, il n'y a plus, parmi eux, M. Campan, mais M. Auguié y figure pour la première fois.

Toutes les éditions donnent de nombreux détails sur le rôle que Mme Campan et sa sœur, Mme Auguié, ont joué dans cette affaire et, plus tard, lors de la journée du 10 août 1792 et de l'incarcération de la Reine aux Feuillans.

On trouve de curieux renseignements sur Mme Campan et sa famille dans le Journal aneedotique rie Mme Campan ou souvenirs recueillis dans ses entretiens par M. Maigrie, médecin des hôpitaux de Mantes, suivi d'une correspondance inédite de. Mme Campan avec son fils, Paris, 1824. Les passages suivants de deux lettres de Mn,e Campan à son fils méritent d'être reproduits :

P. 150. Le 1er thermidor an IX. — « Il y a des positions dans la vie où votre char semble malgré vous s'engager dans une ornière : c'est alors qu'il faut, par travail ou quelque effort nouveau, donner un coup de collier qui vous en dégage. Combien de gens ont été privés de cette utile énergie, et se laissent engourdir ou abattre par des dégoûts ou des revers qui n'auraient été que. passagers avec un peu de volonté, de nerf et de persévérance. N'oublie jamais Coubertin, et l'assignat de 400 francs qui me restait pour seule et unique propriété dans le monde, lorsque j'arrivai à S'-Germain ; repasse souvent dans ta tète que cette détresse extrême était plutôt le fruit de l'inconduite de tes parens que le résultat de la révolution

française Apprends à connaître le prix de l'argent. C'est

un point si essentiel que, faute de savoir l'économiser et le diriger, les empires les plus puissans croulent comme les particuliers. Louis XVI est mort sur un échafaud pour un déficit de cinquante millions. »

P. 235. Le 25 février 1807. — « Ton aïeul, auteur de sa fortune, est mort en laissant 300,000 livres, et 40,000 livres d'argenterie et de mobilier; ton grand-père a gagné des

sommes immenses dans les affaires de finances, et par ses charges, mais il a gaspillé et prodigué sa fortune en mauvaises spéculations et en fantaisies superflues; ton père n'a rien gagné, rien acquis, et a mangé 300,000 livres ; voilà le triste zéro qu'ils ont laissé à mes soucis et à ma tendresse pour toi. *>

Le passage suivant est extrait de la Correspondance inédite de Mme Campanavecla reine Hortense, T. I, p. 98 :

« Si M. Campan n'eût été volage, dissipateur et entièrement opposé au lien conjugal, j'aurais été heureuse avec lui ».

Le mari de Mme Campan est décrit de même dans les Noticesde Mme Campan etdans les Souvenirs' a" Alexandrine Pannelier d'Arsonval. Il était d'un type que j'ai rencontré dans la région de Tarbes, son pays d'origine. Son fils lui a ressemblé, dans la limite de ses moyens.

Le mari de Mmo Campan est mort à la fin de 1797 ou au

début de 1798 (Corr avec la Reine Hortense, T. I, p. 8).

Je pensais que c'était à Sl-Germain-en-Laye, où habitait alors Mme Campan, mais le secrétaire de la Mairie de cette commune a vainement cherché « Bertholet Campan » dans le répertoire des décès.

Madame Campan étant à la fois maîtresse de pension à S'-Germain et tante de la Maréchale Ney, se trouvait, par suite, dans une situation fausse. Une lettre qu'elle écrit, le 9 juillet 1807, à la Maréchale Ney (M E L) le fait ressortir d'une drôle de manière :

« J'ai bien un autre motif de colère. Ce sot de Mackau ne m'écrit-il pas que mon neveu allant être Duc je ne puis ni ne dois rester comme je suis, que cependant il me faut un Etat, et il finit par me demander très sérieusement en mariage. Je

vous offre de tout mon cœur ma main dit-il je vous fais Baronne et je le dois bien à la si bonne mère d'Anette. Mais mon Eglé j'en étouffe de colère. »

Suivent quelques appréciations peu flatteuses pour le candidat.

Madame Campan obtint de l'Empereur une solution bien meilleure : elle fut nommée « Directrice », puis « Surintendante » de la « Maison Impériale Napoléon, établie au château d'Ecouen », et occupa ces fonctions depuis la fondation de cette Maison par Napoléon, à la fin de 1807, jusqu'à sa suppression par Louis XVIII, en 1814. Elle y avait environ 300 élèves, avec un personnel de 30 à 40 « Dames ». Cet établissement supprimé, elle fut gratifiée, par Louis XVIII, d'une pension de 6.000 f., confirmée lors de la seconde Restauration (Lettres de.Mme Gampan à la Maie Ney, 6 août et 9 septembre 1814, 12 juillet 1816 (M EL).). Mme Gampan a continué d'ailleurs à recevoir, de la Reine Hortense, une pension accordée en 1807. Mais j'ignore si elle a touché, jusqu'à la fin de sa vie, la pension viagère de 3.000 f. qui lui a été assignée, depuis 1812, par la Grande Duchesse de Rade, son ancienne élève (L P). Quoiqu'il en soit, retirée à Mantes, de 1816 à la fin de sa vie ('), Mn,û Gampan n'a cessé de se plaindre de sa situation de fortune presque misérable (Corr. . . avec la R. Hortense, T. IL — Lettres à la Male Ney (M E L) ), comme d'ailleurs elle s'en plaignait toujours auparavant (Lettres à la Male Ney (M E L) ). Dans ses lettres, elle n'a jamais cessé de se plaindre de tout et, si utile, de réclamer.

Mme Gampan n'a eu qu'un enfant, Henri. J'ai trouvé aux Archives de la Seine, le texte de son acte de baptême

(!) Dans une maison qui existe encore, Rue Tellerie, actuellement N»9.

qui a échappé aux incendies de la Commune, en 1871, parce que Henri Campan (ainsi que mon arrière grand'mère Gamot, née Auguié, et bien d'autres personnes à la fin du xvmB siècle) versait à une tontine. C'était la tontine Lafarge. Voici copie de cet acte :

« Extrait des Registres de la Paroisse S. Roch à Paris. L'an mil sept cent quatre vingt quatre, le premier novembre a été Baptisé par nous curé souss antoine henry louis né hier, fils de M. pierre dominique françois Bertholet De Campan, écuyer, Me D'hôtel de la Reine; et de DL' Jeanne louise henriette Genêt, fe De la Reine, sa femme, de cette ps«e R. n« luxembourg. Le par." M. Bertholet De Campan, Ecuyer, secrétaire du Cabinet de la Reine; la Me DIIe Cardon, ve de Mr Genêt, grand'mère souss : le père absent. — Collationné à l'original et délivré le 28 janvier 1788. s>

Henri Campan fut nommé Auditeur au Conseil d'État en 1805 et ensuite, en cette qualité, chargé de diverses fonctions. Il était à la suite de l'armée, en Prusse et en Pologne, en 1806 et 1807, comme intendant ou administrateur d'une province. Un moment, sa mère craignait qu'il n'y reste définitivement : « Si le Roi de Prusse se met trop bas pour qu'on puisse le relever, écrit-elle le 5 mai 1807 à la Male Ney (M E L), Berlin nous restera, alors mon fils restera à Berlin, l'Empereur le trouvera tout placé. » Il a été administrateur des postes en 1807. Attaché à l'arrondissement d'Orléans en 1809. Il a porté le portefeuille à Madrid, à travers l'Espagne en pleine insurrection. (Almanac)i — Corr. avec la R Hortense — Papiers M E L — Arch. Nat., A. F. IV. 5966). Les Auditeurs au Conseil d'État formaient, sous la main de l'Empereur, un corps d'hommes capables, disponibles à l'instant, où ce génie si actif puisait constamment pour toutes sortes de services ou missions en tous pays. En août 1811, Henri Campan a été envoyé à Toulouse comme Auditeur au Conseil d'État en service extraordinaire avec les fonctions

de « Commissaire spécial de police. » et il est resté dans ce poste jusqu'à la première Restauration. Cette situation était bien plus relevée que nous supposons avec nos idées actuelles, car, peu après son arrivée à Toulouse, il écrit à sa mère, le 6 février 1812 : « J'ai donné à diner à Mr Pelet ('), le Préfet, le P1' Président et une vingtaine de gens les plus considérables de la ville » (L P). Son cacbet porte les mots : « Conseil d'Etat Commissaire de Police » (L P). Dans ses nombreuses lettres à sa mère (L P), il se plaint de sa santé et demande souvent de l'argent. Sa lettre du 27 décembre 1812 (L P) contient des passages intéressants :

« Le triste bulletin que nous reçûmes ici il y a quatre jours, les sombres réflexions, les fâcheuses conjectures qu'il a fait faire, l'inquiétude profonde sur la personne de l'Empereur, celles que j'ai ressenties pour le Maréchal, tout cela sur quoi l'on auroit pu creuser l'esprit encore un mois, tout cela est donc rien, l'Empereur est revenu, il est aux Thuileries, au centre de son Empire et d'où est-il venu en dix jours, seul sur un traineau, il est revenu de Vilna, de Moscou, s'il a quitté son armée c'est qu'il ne craint rien pour elle et quand même il l'a confiée à cinq ou six héros qui sont gens à lui en répondre; on peut donc respirer; pour moi j'ai un grand poids de moins sur la poitrine, j'aime surtout à penser que l'Empereur est aux Thuileries, dans des appartemens bien clos et qu'il se chauffe

comme il faut Il faudra prendre un nouvel expédient

pour m'adresser vos lettres, avec le timbre du Dr Gal des postes, elles sont décachetées. Votre dernière l'a été. Il faut écrire à M. Pelet et le prier de mettre vos lettres sous les enveloppes et le cachet du ministère. »

Souvent, en effet, les lettres de Henri Campan ou de sa mère sont décachetées et lues par le Gouvernement, malgré des précautions ingénieuses, telles que d'y faire

(>) « M. le Comte Pelet de la Lozère, Conseiller d'Etat à vie, chargé du 2e arrondissement de la police générale de l'Empire », arrondissement composé de 52 départements, dont la Haute-Garonne [Abnaîiaeh Impérial pour l'année 18iï).

apposer, par M. Auguié, Administrateur des Postes, le timbre de ce service. Ils s'en lamentent à maintes reprises. Aussi, dans sa correspondance, sous la Restauration d'ailleurs comme sous l'Empire, Henri Campan est-il toujours du parti du gouvernement.

En juillet 1813, il a quitté effectivement ses fonctions de Commissaire spécial de police à Toulouse, pour un long congé de maladie, mais les conservant en titre.

En mars 1813, il avait été nommé Préfet d'Amiens, mais cette nomination fut de suite annulée. J'ai trouvé à ce sujet (Arch. Nat., Autographes, N° 148) deux lettres de Mme Campan à M. de Montalivet, Ministre de l'intérieur : 29 mars 1813 « Elle [la Reine Hortense] vous parlera de mon fils. Elle dira à Votre Excellence que l'homme de

vingt-neuf ans n'est plus l'auditeur de 21 à 25 ans,

que la société pouvait éloigner quelquefois de son assiduité au travail. » — Autre, non datée : « Je suis bien touchée de ce que Votre Excellence a bien voulu dire au sujet de mon fils à Sa Majesté la Reine Hortense. En

replaçant mon lils Votre Excellence verra que

quelques négligences durs à la seule jeunesse l'avaient empêchée de juger un sujet distingué ». — Je résume : Henri Campan, mauvais employé. Les hautes intluences dont il dispose ne peuvent le faire avancer. Elles ont assez à faire de le repêcher.

M"10 Campan, cherchant à faire valoir son fils, écrivait, le 5 octobre 1813, à la Maréchale Ney (M E L) :

« Le Per Président du tribunal criminel de Toulouse est venu me voir, c'est un homme aussi severe et aussi intègre que le comporte son imposant devoir, il m'a dit pour tout ce qui touche le respect du au souverain les autorités Judiciaires de Toulouse n'ont eu depuis deux ans de véritable appui que M votre fils, lui seul imposoit aux bavards déprédateurs du monarque, le préfet le S. préfet s'en battoit l'œil, il mandoit les gens chez lui, leur parloit raison, leur inspiroit de la

crainte, les fesoit revenir ou les menacoit d'arrestations, ce qu'il a fait exécuter plusieurs fois, et le plus étonnant de tout cela est qu'en même temps il est répandu dans la plus haute société qui l'estime et le reverre, jamais homme n'a été plus faussement taxé de légèreté. »

En 1814, après la chute de Napoléon, Henri Campan se réfugie à Montpellier (ses lettres à sa mère (L P) ). Aux Cent Jours, invité par l'Empereur à reprendre son service d'Auditeur, il profite de l'éloignement pour ne pas donner signe de vie. Lors des répressions politiques de la seconde Restauration, il est incarcéré comme un malfaiteur. Une lettre en sa faveur, adressée au Garde des Sceaux, par M. le Comte Lally Tolendal, le 4 janvier 1816 (L P), donne de curieux renseignements sur ce point : Campan a été arrêté le 5 décembre 1815; on l'a garrotté; escorté de 40 fusilliers, on l'a promené par les rues, de prison en prison, au milieu d'une populace qui vociférait : « à la mort ! au supplice ! à la potence I » — « Le S1' Campan, expose la police de Montpellier dans sa correspondance, nous a été signalé comme un de ces hommes dont l'apparence, sous des dehors peu apparens, cache un esprit d'autant plus dangereux qu'il est tranchant. » Parmi ses papiers, on a trouvé des imprimés qui sont « des écrits pour et contre la cause du Roi, ce qui nous a confirmé dans l'idée de l'esprit captieux et à double

entente dudit Campan Nous avons su d'ailleurs qu'il

était fils d'une mère qui avait été liée avec l'usurpateur. »

Le garde des Sceaux répond de suite à M. le Comte Lally Tolendal, le 12 janvier 1816, que les inculpations contre Campan sont graves et qu'elles sont soumises à l'examen des tribunaux (L P).

Campan fut mis en liberté peu après. Il a passé les dernières années de sa vie à Paris, rue S'-Lazare 58, soi-disant à la recherche d'une position.

Il a toujours coûté beaucoup d'argent à sa mère,

excepté quand il administrait une province conquise, en Prusse : « Je reçois les lettres les plus satisfaisantes de mon henri » écrit Ml,ie Campan à la Male Ney, le 23 décembre 1806, « l'argent qu'il envoyé sans bien dire à qui il le remet, comment il s'y prend, est la seule contrariété qu'il me donne » (M E L).

Henri Campan est mort à Paris le 26 janvier 1821 (Corr. . . avec la R. Hortense, T. II, p. 271 — et d'autres pièces). Mme Campan si durement frappée, a succombé un an plus tard, le 16 mars 1822, à Mantes, dans une maison qui existe encore, rue Tellerie, actuellement le N" 9.

L'expédition du testament de Mme Campan, délivrée par Me Morand, à Mantes (L P), la désigne : Madame Jeanne Louise Henriette Genêt, veuve de Monsieur Pierre Dominique Bertholet Campan, décédée le 16 Mars 1822, à Mantes. Ce testament est daté du 11 avril 1821 et porte: « J'institue ma nièce Clémence Gamot mon héritière unique, la regardant connue ma propre tille ». Clémence Gamot (que le notaire désigne : Adélaïde Louise Clémence Gamot, demeurant à Paris, rue Sainte-Croix 10), est ma grand'mère. C'est pour cela que les papiers de M"'c Campan sont devenus la propriété de mon oncle : Henri (ou plutôt, Henry) Léon Partiol, qui (L P) a reçu son prénom de « Henri » en mémoire de Mme Campan (et son prénom de « Léon » en l'honneur de son parrain, Napoléon Ney, Prince de la Moskowa). Ces papiers, fort nombreux, comprennent des lettres reçues ou écrites par M mc Campan, avec des comédies, dialogues, lettres d'Adèle à Lucy ou Elize, Notes sur l'éducation, leçons d'histoire, etc., etc.,

qu'elle a composées. J'y ai trouvé bien des choses curieuses dont beaucoup m'ont servi pour ce qui précède et ce qui suit, mais dont plusieurs autres méritent aussi de figurer ici :

Lettre de Mme Campan jeune fille, à son oncle, le Genêt Charmontot, l'oncle Toto, de Mainville. Elle est datée « Ce mercredi 20 » avec, à la suite, d'une autre écriture, 8. 1773. Comme il se trouve précisément que te 20 octobre 1773 est un mercredi, et comme Toto a mis de semblables annotations sur d'autres lettres, il est certain qu'elle est de cette date. En voici des extraits (je les ai publiés dans L'Intermédiaire des chercheurs et curieux du 10 février 1906) :

« Vous devez être fort surpris de mon silence Cher oncle . .

« Il est arrivé il y a quelques jours à la Chasse un événement fort attendrissant Et que vous serés bien sûrement fort aise de scavoir. Le Cerf de meute étant poursuivi dans un village est entré dans la Chaumière d'un pauvre homme et l'ayant traversée s'est sauvé dans le Jardin où le malheureux païsan qui étoit occupé à Cultiver sa vigne s'étant trouvé sur le passage du Cerf a été renversé Et blessé mortellement de deux Coups d'andouillée dans le côté, La renomée qui s'empresse à faire circuler les événements fâcheux a bientôt fait parvenir la nouvelle de la mort de ce pauvre homme, à sa femme qui étoit allors dans la forest assés près de l'endroit où étoit Madame La Dauphine Et toutte la Chasse, Le Roi apprit cet accident à Madame La Dauphine en étant extrêmement touché, Cette bonne princesse laissa éclatter plusieurs expressions de sa sensibilité sur cet événement Et de la peine que lui fesoient les dangers évidents de la Chasse, mais apprenant que la femme de Ce Malheureux étoit tombée évanouie à cette nouvelle, Et que l'on avoit les plus grandes peines à la faire revenir, Elle envoya sur le Champ tout ce qu'elle avoit de flacons d'odeurs dans sa poche pour la rappeler à ses sens, mais impatiente de sçavoir l'effet qu'ils pouroient produire, Elle descend de voiture Et suit de très près les secours qu'elle avoit envoyés, voulant elle

même en faire usage, après avoir donné tous les soins possibles à cette pauvre femme Et l'avoir rappelée à la vie Cette bonne Princesse voulut elle même la consoler sur cet événement fâcheux, Et se laissant aller à la sensibilité de son Coeur, Elle prend elle même les mains de cette pauvre femme, la soutient, Et ses larmes l'attendrissant, Elle finit par y mêler les siennes Et par en verser abbondament, toutes les dames de la Cour Et les Chasseurs témoins d'un spectacle si rare Et si touchant en furent tous émus au point de suivre l'example de Cette divine princesse Et de pleurer aussi, vous ne vous faites pas d'idée de la sensation qu'a fait un événement si touchant; tout le monde le racontoit en pleurant de sensibilité ou plustot de Joie de connoitre des sentiments aussi grands à une princesse aussi intéressante à la Nation, mais pour revenir à mon sujet qui est trop intéressant pour le quitter sans que ma narration soit achevée, Cette pauvre femme marquant un grand désir d'être transportée dans l'endroit où elle pouvoit voir son mari pour la dernière fois, Madame La Dauphine la fit monter dans son Carosse avec deux ou trois Païsannes qui étoient avec elle, ce ne fut pas sans peine qu'on les y déterminât comme elle ne pouvoit se décider à entrer dans une si belle voiture, enfin après s'être fait ordonner par Madame La Dauphine d'y entrer, comme d'un commun accord Elles se baissèrent Et prirent leurs sabots à la main; M'' Le Dauphin a marqué aussi dans cet événement les sentimens les plus sensibles II s'est trouvé ne pas avoir d'argent sur lui Et il a dit devant tout le monde que c'étoit une leçon pour lui, Et qu'il ne manquerait Jamais d'en avoir, qu'il étoit fort nécessaire de ne pas l'oublier puisqu'il pouvoit servir pour soi Et souvent pour les autres. On croyoit le pauvre homme mort, cependant il ne l'est pas encore Et s'il passe quelques Jours il pouroit fort bien en revenir. Madame La Dauphine a assuré à sa femme deux cent livres de pension sur sa Cassette, cet example sera suivi sûrement du reste de la famille Royalle, Et si ce pauvre homme en revient il finira ses Jours avec beaucoup plus d'aisance

« bien des Choses à Dames Bastienne, Mr Girar

nous a donné de ses nouvelles, 11 faut qu'elle lui ait fait bien des Espiègleries.

« Adieu Cher Oncle aimés toujours beaucoup votre nièce.

[Signé] « Henriette Genêt »

L'incident en question est bien connu par des mémoires et gravures du temps. Il a eu lieu dans la forêt de Fontainebleau, à Achères, le 16 octobre 1773. Mais jamais, sans doute, il n'a été si joliment raconté.

J'ai trouvé le manuscrit d'une de ces fameuses comédies que Mme Campan faisait jouer par ses élèves, clans son pensionnat de S'-Germain, à la fin de la Révolution. Le titre est :

« Cécile oh le Sacrifice de l'Amitié. Comédie. »

Et la distribution des rôles : « Personnages. Actrices. Oes. »

« Cécile, jeune novice Horlense Beauiiarnais

« Galiste, autre jeune novice amie de

Cécile Pauline

« La Mère Opportune, Dépositaire. Alexandrine

« L'Abbesse Adèle

« La sœur Angélique, Tourière. . Anna

« La sœur Rosalie, jeune Religieuse. Thérèse « Mademoiselle de S Firmin, sœur

ainée de Cécile Caroline »

Ces papiers contiennent aussi de nombreuses lettres écrites à M'"e Campan par son frère Genêt, des États- Unis. L'une de 1797, est adressée « A la Citoyenne Campan rue des Ursulines n" 19 à S'-Germain-en-Laye ». Beaucoup ont été expédiées en deux, trois, quatre exemplaires, à cause de l'incertitude résultant de la guerre avec l'Angleterre :

« Quàdruplicata. New- York le 20 mars 1800. Je profite des offres obligeantes d'une personne qui passe en france à bord d'un bâtiment des États unis pour faire parvenir cette lettre à mon cher ange gardien »

« 2l«. New- York le 2 Janvier 1801. Les tifs de notre ancien ami M1" Dupont vont passer en france à bord d'un parlementaire, je leur confie cette lettre. Tu verras par les doubles qui raccompagnent que je t'ai écrit aussi souvent que je l'ai pu »

Je me souviens d'avoir vu, dans ces papiers, une leçon qui commençait ainsi, à peu près :

« L'on distingue trois sortes de sphères : la sphère terrestre, la sphère céleste et la sphère armillaire. »

La sphère armillaire est la boule en carton qui sort à expliquer aux élèves !

Une longue lettre d'une soi-disant pensionnaire à son amie Éliza donne le détail de la visite de l'Empereur à Ecouen :

« Ecouen 4 mars 1S09. hier 3 mars Ma Chère Eliza est à jamais un jour mémorable pour la Maison Impériale nous avons eu la visite de sa majesté l'Empereur et Roi, à midi personne ne l'attendoit, à midi et demie elle étoitdans l'intérieur de notre enceinte quel trouble quelle confusion quel silence respectueux quel bonheur quels éclats de joie la Directrice se promenoit dans les bois »

Cette lettre a été publiée, mais avec quelques petites différences.

Du papier grand format, doré sur tranches, magnifique, a, en filigrane, à droite, le buste de l'Empereur, entouré des mots :

« Napoléon le Grand Empereur et Roi » ;

à gauche, un aigle entouré des mots :

« Dieu protège son Empire ».

Etrange inadvertance : c'est sur ce papier que Mme Campan a écrit une longue « Note sur les derniers temps du service de M'' Campan auprès de la Reine en 1792» qu'elle a préparée dans le but de l'envoyer, sous la date du 8 juillet 1819, a «Madame, Duchesse d'Angoulème ». Je possède une feuille de semblable papier provenant aussi de M"'e Campan.

Toutes ces pièces font partie des papiers de mon oncle Léon Partiot.

Je crois intéressant d'ajouter une grande partie d'une lettre écrite d'Écouen, par M"le Campan à la Maréchale Ney, et qui appartient à Mrai? Melchior :

« Madame la Duchesse d'Elchingen « Dame du Palais

« En sa terre des Coudreaux Prés de Chateaudun. Par Bonneval »

« 12 oct : 1811

« Ma bonne petite Eglé

« La Reine [la Reine Hortense] est de retour, ce qu'on me

dit de sa maladie m'inquiette beaucoup pauvre

martire au pbisique comme au Moral, mon cœur saigne de la voir dans cet Etat, Adèle ne m'a point écrit, j'irai demain à Paris pour savoir juste l'Etat où Elle est.

« La Reine de Naples est aussi dans notre Capitale j'irai lui faire ma cour Elle a reçu les archi, chez le cardinal où Elle loge, Elle est maigrie et très changée, Elle n'a que des

Italiennes avec Elle la Reine ira rejoindre l'Empereur

à Fontainebleau.

« tout ce qui concernoit le Saint Père et avoit occasionné la tenue d'un Concile est arrangé à la satisfaction de l'Empereur et pour le repos et le bonheur de l'Eglise. Sa Sainteté habitera Parme, aura deux millions de la france, un million des puissances Catholiques, je sais cela de bonne part, dis le à ton bon curé, les Excellens Ecclésiastiques ministres de Paix, voyent que Dieu a mis dans le cœur de Pie VII les dispositions pacifiques les plus heureuses pour le bien de son Eglise, les factieux qui aiment le bruit seront seuls à regretter la discussion, mais le bon curé de Marbois a trop de Jugement pour n'être pas du nombre des contens. »

ROUSSEAU

(DE BEAUPLAN) (')

(■) Prière de vouloir bien lire d'abord le chapitre des Notices de Mm« Campan intitulé : « Famille Rousseau. Julie Genêt mariée à Mr Rousseau. »

Tableau Généalogique : voir p. -340, 241.

J'ai trouvé, à la Mairie de Versailles, de nombreux actes de l'État civil des Rousseau :

(Versailles, Paroisse Notre Dame, 1703.)

« Lan Mil sept cens trois Le vint septième jour de Novembre un ban publie en cette église sans opposition le 25* du même mois son Emmenée Monseigneur le Cardinal de Noailles Archevêque de Paris ayant dispensé des deux autres Les fiançailles célébrées le jour précèdent On receu la Bénédiction Nuptiale de nous soussigné'/, supérieur de la Congrégation de la Mission de la Maison de Versailles et Curé du même lieu henry françois Rousseau Maître en fait d'Armes a Paris, fils et survivancier de Jean Rousseau Maître en fait d'Armes de Messeigneurs les enfans de france et de deffuncte Barbe Vernusson, âgé de 29 ans et Elisabeth de lafontaine fille de Charles de Lafontaine Ordinaire de la Musique du Roy et de Jeanne de l.a baye Lune des Nourrices de Monseigneur Le Duc de Bourgogne, Agée de 25 ans, les deux époux de cette Paroisse assistez du Père de Lepoux de la Mère de laditte épouse, Jean Baptiste de la fontaine Ordinaire de la Musique du Roy Charles de la fontaine secrétaire de Mgr Le chancelier Jaques de La fontaine Directeur du Magasin du Plomb des batimens du Roy Gabriel Barème seul expert pour les comtes de la Chambre des Contes a Paris, Louis Gilbert Commis de Mg1' de Pontchartrain et autres qui ont signez.

[Signé] « henry françois Rousseau, Jean Rousseau, Elisabeth de la fontaine, Jeanne de la hâve, Jean baptist La fontaine, Marie j. Vernesson, Marie Jeanne Rousseau, Gilbert, De La fontaine, Barrem, .... »

/Voir la suite p. 242. )

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