GARDE NATIONALE
Le Sr Lavacquerie Concierge des prisons de l'abbaye recevra de nouveau le Sr Kousseau dans lesd. prisons jusqu'à ce qu'il en soit plus amplement ordonné par le Tribunal criminel établi par la loi du dix sept août présent mois.
« A la Mairie, ce 25 août 1792, l'an 4 de la Liberté et premier de l'Egalité.
« Les Administrateurs de police Membres du Comité de Surveillance et de salut public.
[Signé] « Leclerc Dufort »
Le Livre d'Écrou de l'Abbaye lors des Massacres de septembre 1792 a péri dans les incendies de la Commune, mais il en existe une copie, faite avec une exactitude minutieuse. Cette copie a été décrite, avec les plus grands détails, dans la Gazette des Tribunaux, 4 et 7-8 janvier 1884 :
Deux Rousseau se trouvaient incarcérés à l'Abbaye lors des massacres. Les deux ont été mis en liberté. Voici
tout ce que contient le Livre d'Écrou au sujet du nôtre (verso du folio 8) :
« Du 18 août. Le sieur Rousseau, maître d'armes des Enfants de France, écroué en vertu d'un ordre des administrateurs de police, membres de la commission de surveillance. »
Et en marge :
« Du 4 septembre. Le sieur Rousseau a été jugé par le peuple et sur-le-champ mis en liberté. »
Au moment du jugement, Maillard, qui présidait ce singulier tribunal, avait immédiatement écrit les mots : « En liberté » ; ils se trouvent placés entre la date et le libellé de la décision.
(Lettre appartenant à M. Hervé Blondel. Copie m'a été donnée par M. Janin. Elle est du 29 août 1792.)
« [Adresse] Pour Mme Rousseau
son domestique viendra au Guichet à six heures « Ce mercredi 29.
« Il est cinq heures ma chôre Julie et je ne peux encore avoir reçu de tes nouvelles. Ma lettre de ce matin a du te parvenir de bonne heure, Mr Cheradame a eu la complaisance de la lire aux guichets; as-tu vu Mr Chaumex, toute reflection faite, ma chère amie, ne songe plus qu'à ta santé, ne te fatigue pas en démarche dans toute autre circonstance que celle de nos affaires, mon innocence serait humiliée de la plus légère sollicitation; d'ailleurs si traduit devant le Tribunal je pouvais sortir sans y être déchargé d'accusation, je ne le voudrais pas, que penseraient de moi mes concitoyens.
« La liberté ou la mort, voilà mon principe. J'ai droit à l'une et je n'ai pas mérité l'autre. Attendons patiement le moment où ma cause sera appelée. Si la Municipalité de Versailles rétablit le premier ordre donné à la bonne heure si le
directoire du juri peut connaître de mon affaire à la bonne heure. Ma conscience est pure; je n'ai jamais désiré que le. bonheur de mes concitoyens et je suis tranquille. Ne parlons donc plus, ma chère Julie, que de santé et d'enfants; le ciel nous protégera, j'ai 44 ans, les bras forts, un art que je possède bien; mes enfants ont de l'éducation, des principes; soyons tranquilles sur l'avenir. M' Chéradame me croira la tête dérangée, d'après toutes les lettres que je t'ai écrites; mais en réfléchissant il verra que les choses doivent avoir leur cours et que rien, surtout dans le moment actuel ne peut les déranger, sur ce adieu ma bonne Julie, nous avons mangé le melon à dîné, il était excellent, vineux, sucré, envoyé moi un serre-tête et un bonet. M'' la Chapelle te fait mille compliments. Embrasse enfants, frères, sœurs, neveux et nièces.
« Ce mercredi à 6 heures. »
(Lettre appartenant à M. Hervé Blondel. Copie m'a été donnée par M. Janin. Elle est du 3 septembre 1792.)
« [Adresse] Abbaye
« M"ie Rousseau chez M. Auguié N° 31 Hue Poissonière faub. à Paris.
« Je suis ma tendre et bonne. Julie au moment de terminer mes jours; j'avais été innocenté cette nuit; le peuple me redemande; j'ignore mon sort mais je le crois malheureux. Pardonne moi tous les petits torts que j'ai pu avoir; repette à à mes enfants que je les aimais tendrement, qu'il perdent un père qui ne vivait que pour eux; qu'ils honorent ma mémoire en te respectant. Consulte du Rozoir pour nos affaires et ta famille pour ta conduite; ménage ma pauvre tante. Parle de moi souvent à ma famille; oublie les petites tracasseries; élève mon fils dans les principes d'honneur que tu m'as connus.
« Adieu Julie, l'on m'appelle.
« Je joins à ma lettre mes cheveux, ma montre et trente livres d'assignats.
« Ma sépulture sera gratis.
« Je t'embrasse et mes enfants et mes parents, comme je vous aime; je penserai à vous en finissant.
« Ce lundi 3 à 10 heures 3 quarts. »
(Archives départementales de Seine-et-Oise détention, Versailles; Registre des Écrous.)
Maison de
« Du cinq Xt»'e vieux stile « Rousseau a été mis sous la surveillance d'un sansculotte.
[Signé] « Mariotte »
« Du 21. 71"" 1793
« Le Citoyen Pile a amené à la maison de détention le Nommé Rousseau ancien maître d'armes du ci devant enfant de Capet en vertu d'un mandat d'arrêt rendue par le Comité de salut public du district de Versailles et le citoyen Pile a signé avec nous.
[Signé] « Mariotte Pile »
(Archives départementales de Seine-et-Oise détention, Versailles; Registre des Écrous.)
Maison de
« Du 15 prairial
« Le nommé ci a coté a été
transféré à la maison d'arrêt
en vertu de l'ordre de la
Municipalité dont décharge
[Signé] « Geoffroy »
« Du 10 floréal [an II] « Le dit Geoffroy a amené et déposé à la maison de détention du département le nommé Rousseau, Maître d'armes de Capet fils, en vertu d'un mandat d'arrêt du Comité de surveillance de Versailles et a ledit C™ signé avec nous
[Signé] « Mariotte Geoffroy »
(Archives départementales de Seine-et-Oise : Maison d'arrêt du district de Versailles. Registre des Écrous.)
« Le dix neuf prairial
« Les citoyens
. . . Henri Antoine, Joseph
Rousseau, Les vingt
une personnes cy dessus dénommé ont été transféré au cy devant Récollets par le Citoyen Pille en vertu d'un ordre delà municipalité en date de ce jour avons signé [Signé] a Pile Mariotte s
« Le quinze prairial l'an 2më
les nommés Antoine
fils, Rousseau, Les
vingt une personnes ont été amené és-maison par les citoyens Geoffroy et Masson apariteur de police, en vertu d'un réquisitoire de la municipalité en date de ce jour avons signé
(Signé] « Mariotte Geoffroy »
(Archives départementales détention, Versailles; Registre « « Du 26 prairial.
« Les nommés Rousseau, Lasauce et Duchaine Duquene, tous trois ont été conduit au Comité de Sûreté générale [Signé] « Mistrolet
« Du 6 vendémiaire l'an 3, le citoyen Antoine ... ci à coté a été mis en liberté par ordre du comité de sûreté générale
[Signé] « Mistrolet »
de Seine-et-Oise des Écrous.)
Maison de
« Du 19 dudit [prairial an II] le Cen Pile officier de police à réintégré à la dite maison de détention les nommés. .
. . . Antoine, Rousseau,
Lasauce, . . . ,
Bonnefoy, . . . [il y en a 21].
En vertu d'un ordre de la municipalité de Versailles, et a ledit Pile signé avec nous
[Signé] « Pile
Mistrolet »
(Archives nationales. AF1 II 254.)
« Registre des Mandats commencé le 1er Floréal de l'an 2e de la République Une et Indivisible.
[folio 479] « Dates des Mandats — Du 20 Prairial,
« Copie des Mandats et Ordres — Vu les Procès verbaux interrogatoires Et pièces jointes ainsi que les Effets Et autres objets représentés, le Comité de Sûreté Générale Arrête que les Nommés [suit une liste de plus de 20 noms, comprenant « Rousseau » ainsi que 6 qui ont été condamnés plus tard dans la même fournée que lui] seront mis à L'instant En arrestation Charge les Administrateurs de police de la Commune de Paris de désigner sans aucun retard La maison d'arrêt où les dénommés cy-dessus seront transférés Et remis sous bonne et sure Garde signés Louis d b R [d'autres pièces portent, en toutes lettres « du Bas-Rhin »] Dubarran et Jagot.
« Date de la remise des ordres — Le 26 Prairial.
« Noms des chargés de l'exécution des ordres — L'administration de Police de Paris.
s Compte Rendu de l'Exécution ou motif de la non-exécution — Exécuté. »
(Archives nationales. AF* II 255.)
Registre des Mandats du 5 messidor [folio 674]
« Dates des Mandats — du 17 Messidor
« Copies des Mandats et Ordres — Vu les dénonciations, procès verbaux, Interrogatoires et autres pièces relatives aux ci après nommés Le Comité arrête que [suit une liste de 10, avec leurs fonctions ou titres; parmi eux « Rousseau, maître d'armes ». Des 9 autres, 8 ont fait partie de la même fournée que Rousseau. Ces 8 comprennent les 6 du mandat ci-dessus du 26 prairial] seront traduits au tribunal révolutionnaire et que les pièces qui les concernent seront envoyés à l'accusateur public. Signé Vadier, Dubarran, Elie Lacoste, David Et Louis du bas Rhin, Lavicouterie.
« Dates de la remise des ordres — Le 17 messidor.
« Noms des chargés de l'exécution des Ordres — L'accusateur public du tribunal révolutionnaire.
D'après cette pièce, c'est le Comité de Sûreté générale qui a prescrit l'envoi de Rousseau au Tribunal révolutionnaire et l'Accusateur public, Fouquier-Tinville, n'aurait été qu'un agent d'exécution.
Les signataires des deux mandats ci-dessus ont tous bénéficié du décret d'amnistie du 4 brumaire an IV. Quelque temps après la chute de Robespierre, le 12-13 germinal an III, la Convention avait décrété que Vadier serait à l'instant déporté.
(Archives de la Seine.)
« Extrait des Registres des actes de Décès
« Du sept Thermidor an second de la République.
« Acte de Décès de Augustin Bernard Louis Joseph Rousseau du vingt cinq Messidor maitre d'exercice d'armes, âgé de quarante cinq ans natif de Versailles y domicilié.
« Sur la déclaration faite par les témoins dénommés au Registre qui ont signé avec l'officier public. »
Rousseau, comme les autres victimes de la Révolution qui ont été guillotinées sur la Place ci-devant du Trône (actuellemement de la Nation), a été enterré, tout près, dans le jardin des ci— devant religieuses augustines. Là reposent ces 1.307 victimes des grandes fournées de la fin de la Terreur. Ce cimetière, où quelques parents des guillotinés ont été enterrés plus tard, occupe une petite partie du triangle formé par la rue de Picpus, le boulevard de Picpus et l'avenue de Saint-Mandé.