Livre de la chasse
D) les productions de la littérature cynéei gétique du moyen âge, le Livre de la chasse de Gaston Phébus, comte de Foix, est incontestablement l’une de celles dont le succès a été le plus grand. Ce succès est attesté non seulement par le nombre et la qualité des manuscrits qui en restent — près de 40 — mais encore par les études * et les imitations dont il a
RDEDEN
1. M. H. Werth (Altfranzôsische Jagdlehrbücher, Halle, Niemeyer, 1880, in-8°, p. 67-81) encompte 40, et MM. Baïllie-Grohman (The Master of Game, p.234) 41, mais on verra, plusloin, que ces listes contiennent plusieurs erreurs.
2. La plus récente et la plus importante de ces études est celle que lui ont consacrée M. Baïllie-Grohman, en tête (p. xxIx-xLvi) de leur édition
Original from
Disiized by (GO gl 18705 UNIVERSITY OF ILLINOIS AT
URBANA-CHAMPAIGN
été l’objet. Et de tous ces manuscrits, celui qui est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque Nationale, sous le numéro 616 du fonds français — dontles miniatures sont reproduites dans le présent album — est regardé, d’un commun accord, comme le plus riche et le plus luxueusement orné’. Aussi doit-il à cette circonstance d’avoir été particulièrement apprécié et convoité. Un peu de légende s’est même mêlée à son histoire et n’a pas peu contribué à augmenter sa célébrité *.
Les seuls détails de cette histoire qu’on puisse, actuellement, tenir pour certains, sont les suivants. À la fin du xv< siècle, il fut recueilli par un bibliophile, le comte Aymar de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier —
du Master of Game d’Édouard, duc d’York, le plus ancien traité, en anglais, sur la chasse. Ce traité ayant été composé, en grande partie, d’après le Livre de la chasse de Gaston Phébus, seséditeurs n’ont rientrouvé de mieux, pour illustrer leur luxueuse publication, que d’y reproduire 45 (44, en héliogravure Dujardin, et 1 en couleur)des principales miniatures du ms. français 616 : The Master of Game by Edward, second duke of York, the oldest english book on hunting, edited by W.-A. and F. Baïllie-Grohman, with a foreword by Theodore Roosevelt, with 52 fac simile.. Londres, Ballantyne, Hanson et Co, 1904, in-fol.
1. MM. Baillie-Grohman parlent de ces miniatures, avec tant d’enthousiasme, qu’ils ne seraient pas éloignés — bien ätort, d’ailleurs — de les attribuer, avec un écrivain dont ils ne donnent pas le nom, à l’illustre Jean Foucquet (Jbid., p. x1).
2. « Few volumes — disent MM. Baïllie-Grohman (p. xxV11) — have had such a strikingly romantic career. »
connu, en outre, pour avoir possédé les célèbres Heures de Boucicaut' — qui y fit peindre ses armes, au bas du fol. 13. Il devint, peu après 1525 et dans des circonstances mal précisées, la propriété de Bernard Clesius ou de Cloos, évêque de Trente. Celui-ci l’offrit à l'archiduc d'Autriche, Ferdinand, frère de l'empereur Charles-Quint, et y joignit une lettre d’envoi, qui est, sur ce point, l'unique source de nos renseignements. Cette lettre, sans date, mais antérieure à 1530 — car Bernard Clesius, qui reçut, cette année, le chapeau de cardinal, ne s’y donne pas ce titre — a été transcrite sur l’un des feuillets de garde*, d’une main qu’on a tout lieu de croire contemporaine. Bernard Clesius y est malheureusement d’un laconisme regrettable sur les conjonctures auxquelles il dut la possession de ce manuscrit. Après s'être félicité du don qui l’en avait rendu propriétaire — en raison naturellement de l’hommage que ce don rendait possible — il se contente d'ajouter, sans aucune précision, que le précieux
1. Auj. chez Mme André. Elles ont été l’objet d’une luxueuse notice de la part de M. Guyot de Villeneuve, Nofice sur un manuscrit du XIVe siècle. Les heures du maréchal de Boucicaut. Paris. Pour la Société des bibliophiles françois, 1889, in-4°, avec reproduction des principales miniatures.
2. Fol. 3 vo. On en trouvera plus loin le fac-simile et le texte complet.
volume avait été acquis à la suite de la victoire remportée par l’empereur Charles-Quint sur les Français, à Pavie ; « .….nuper fortund oblatus est liber iste, non utique indecorus, adeptus in illd gloriosissimä cæseris Carol, fratris tui amantissimi, contra Gallos apud Papiam victorid. » Le nom de François Ier n’est pas prononcé, et il n’est fait aucune allusion à sa personne.
L’archiduc Ferdinand y fit peindre ses armes, à pleine page, sur l’un des premiers feuillets .
Le volume reparut en 1661. A cette date il était en la possession du marquis de Vigneau, qui l’offrit à Louis XIV, d’après le témoignage de La Mesnardière, « lecteur ordinaire de la chambre*. » Le roi le déposa à la Bibliothèque Royale, où il fut timbré et inscrit au catalogue, sous le numéro 7097. Mais il sortit de ce dépôt vers 1709, dans des conditions mal connues, sans doute, mais qu'on ne saurait, toutefois, taxer, comme on l’a fait, de frauduleuses ou d’irrégulières 5.