‹ Livre de la chasseChapitre 2 sur 20 · Fol. 4 ro · texte numérisé non relu

Fol. 4 ro

2. Fol. 12 v°: « Le vingt-deuxième juillet de l’année mil six cents soixante et un, le Roy estant à Fontainebleau, le sieur marquis de Vignaux, lieutenant général dans les armées de Sa Majesté, eut l'honneur de luy donner ce livre, moy, lecteur ordinaire dela chambre, présent. La Mesnardière. »

3. L. Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I1(1874), p. 300, note.

Une note de Boivin, mise en marge du catalogue de 1682, et répétée, en tête du manuscrit français 617 — qui prit la place laissée vide par le manuscrit 616 et reçut le numéro 7097 — apprend, en effet, qu'il fut « donné au Roy », c’est-à-dire à Louis XIV ’. Celui-ci le mit dans la bibliothèque du grand dauphin. A la mort de ce dernier, survenue en 1711, il passa au duc deBourgogne devenu dauphin. Et lorsque ce second dauphin mourut, l’année suivante, il fut attribué au Cabinet du roi. On l'y voyait encore, en 1722, d’après le catalogue qui, à cette date, fut dressé de cette collection; catalogue, d’ailleurs, qui ne fait que reproduire un « état signé par le feu roi Louis XIV, le 26 novembre 1712°.» Le manuscrit de Gaston Phébus n'aurait donc

1. Nouv. acq. franç. 5402 (Catalogue de 1682), p. 491 : « Donné au Roy. Voyez l’Inventaire des livres de feu M. le duc de Bourgogne, p. 39. » Franç. 617, fol. 1. « Mis à la place de celuy qui fut donné au feu Roy et que je juge estre l’exemplaire mentionné dans l’Inventaire des livres de M. le duc de Bourgogne, p. 39. » — Cf. Paulin, Paris. Les manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi, t. V (1842), p. 214.

2. Nouv. acq. franç. 10687. « Catalogue de livres du Cabinet du roi, 1722.» — Fol. 1. « État des livres de feu Monseigneur, de feu M. le Dauphin et madame la Dauphine que le Roi a ordonnés être gardés pour én composer le Cabinet de M. le Dauphin, dont M. l’abbé Pérot est chargé, suivant l’État signé par le feu roi Louis XIV, dontla minute est au secrétariat de la maison du roi, en datte du 26 novembre 1712. » — Le manuscrit de Gaston Phébus y est signalé à la page 117. — Cf. H. Omont.

dû sortir du Cabinet du roi que pour rentrer à la Bibliothèque Royale, mais il n’en fut pas ainsi.

On le retrouve, en effet, peu de temps après — en 1726, au plus tard — dans la bibliothèque du château de Rambouillet’, parmi les livres qui y furent réunis pour l'amusement du comte de Toulouse, grand veneur de France, depuis 1714. Etc'est, sansdoute, parce que sa présence dans cette bibliothèque ne se comprenait pas, qu'on crut nécessaire d'en tenter la justification, en faisant appel à un témoignage oral, vieux de plus de 30 ans et, d’ailleurs, complètement erroné. Un certain « Du Cambart », capitaine des chasses du duché de Rambouillet, certifia, le 1$ février 1769, que le comte de Toulouse, mort en 1737, avait dit, « plusieurs fois», devant lui, que ce volume lui avait été donné par Louis XIV, lui-même*. Or, on vient de voir que

Catalogue des manuscrits latins et français de la collection Phillipps, acquis en 1908, par la Bibliothèque Nationale, Paris, 1909, in-80, p. 119.

1. Cf. Catalogue de la bibliothèque du château de Rambouillet appartenant àS. A. S. Mer. le comte de Toulouse, Paris, G. Martin, 1726, in-80, p. 77, no 7c: « Livre de la chasse de Phébus de Foys. Ms. sur vélin, avec de miniatures, in-fol. » — Cette bibliothèque, est-il dit dans la préface, n’est pas « une bibliothèque complette, mais un recueil de livres choisis pour amuser le prince et la princesse, pendant leur séjour... aussi bien que les personnes qu'ils y attirent. »

2. Fol.3 ro: « Je soussigné, Léonard de Bongard, écuyer, sieur Du Cam-

Louis XIV l'avait si peu donné, qu’il était encore, en 1722, dans le Cabinet du roi. Et c’est là évidemment qu’il fut pris — frauduleusement, cette fois — pour être porté à Rambouillet. Accompagné, comme seul titre de propriété, de l'étrange témoignage que nous venons de rapporter, le précieux manuscrit passa, par héritage, de la bibliothèque du duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse, dans celle de la famille d'Orléans et finalement dans celle du roi Louis-Philippe.

En 1834, il fut momentanément déposé à la bibliothèque du Louvre, où le baron J. Pichon put l’examiner ‘. Mais sa place ordinaire était sur les rayons de la bibliothèque du château de Neuilly, où Joseph Lavallée en eut communication *. Ce fut même ce dernier. semble-t-il, qui, après la journée du 28 février 1848, en rappela l’existence à M. Naudet, administrateur de la

bard, capitaine des chasses et maître particulier des eaux et forests du duché et pairie de Rambouillet, certifie avoir entendu dire, plusieurs foisà S. A.S. Mer. lecomte de Toulouse, grand veneur de France, que Louis XIV lui avoit donné et qu’il tenoit des mains de Sa Majesté le présent volume ms. composé par Gaston Phébus, comte de Foix, en 1387, sur la chasse. Fait au château de Rambouillet, ce quinze février mil sept cent soixante et neuf. Du Cambard. » La signature seule est autographe.

1. P. Paris, Les manuscrits françois, t. V (1842), p. 214, note.

2, Joseph Lavallée, La chasse de Gaston Phébus, comte de Foix. Paris, 1854, in-8, p. XLVII.

Bibliothèque Nationale :, et contribua, dans la mesure de ses moyens, à le sauver du pillage.

Il fut porté à la Bibliothèque Nationale, ainsi, d’ailleurs, que « les livres, gravures et autres objets imprimés ou manuscrits » de cette même provenance, dont la liquidation de la liste civile lui confia provisoirement la garde. Et il y resta, pour reprendre la place que sa vieille numérotation lui assignait dans les collections. Ce n’est pas que le liquidateur ne l'ait réclamé, pour le vendre avec tout le reste *, mais il fut démontré, après une délibération approfondie du conservatoire, que Louis XIV n'avait pas voulu « l’aliéner À ».

1. Naudet, Réponse de la Bibliothèque Nationale à M. Feuillet de Conches, Paris, 1851, in-8, p. 35. Dans un factum, aussi injuste qu'agressif, intitulé : Réponse à une incroyable attaque de la Bibliothèque Nationale... (Paris, 1851, in-80, p. 148), M. Feuillet de Conches avait accusé M. Naudet d’avoir « fait saisir » ce manuscrit de Gaston Phébus « sur le motif qu’il avait été volé par Louis XIV, au préjudice de la Bibliothèque Nationale ! »

2. Vavin, Compte de la liquidation de la liste civile et du domaine privé du roi Louis-Philippe, rendu le 30 décembre 1851, Paris, s. d. (1852), in-40, P. 76.

3. C’est dans la bibliothèque de Neuilly que le duc d’Aumale, au temps de sa jeunesse, avait feuilleté les premiers beaux livres et qu’il avait senti naître les goûts de bibliophile, auxquels il devait si ardemment et si heureusement sacrifier plus tard. Dans les dernières années de sa vie, il rappelait souvent, paraît-il (Cf. L. Delisle, Chantilly, Le Cabinet des livres, Imprimés, Paris, 1905, in-4°, p. xxxut), le plaisir qu’il avait éprouvé, tout enfant, lorsque, pour le récompenser de son application au travail, on lui

Cette histoire présenté, comme on vient de le voir, plusieurs lacunes regrettables, qui ont naturellement piqué la curiosité des érudits et provoqué des affirmations et des hypothèses. Malheureusement, aucune des solutions proposées n’est acceptable. Certaines, même, sont du domaine de la fantaisie et de la légende.

On ne sait, d’abord, pas à quel grand seigneur ce luxueux manuscrit était destiné. M. G. de Villeneuve a prétendu : que c'était l’exemplaire offert à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, parce qu'il a cru que les armes de Poitiers avaient été superposées äux armes de Bourgogne, mais c’est là une erreur matérielle. La composition de l’encadrement, au bas duquel se trouvent ces armes, montre que l’enlumineur n’en avait pas prévu. En examinant, en effet, au jour et par transparence, cette partie du feuillet, on aperçoit, au-dessous de l’azur des armes de Poitiers, la trace d’un grattage, qui correspond à une partie supprimée de rinceau et

avait montré les belles miniatures du manuscrit qui nous occupe. Aussi, ne se consola-t-il, jamais, de sa réintégration dans les collections de la Bibliothèque Nationale, et ne voulut-il pas en admettre la légitimité. Il l’appelait « son Phébus» et exprimaïit ses regrets — chaquefois qu’il avait occasion de le revoir — de n’avoir pu l’incorporer à son cabinet. Cf. L. Delisle, Ibid., p. xxx, et Chantilly, Le Cabinet des livres, Manuscrits, t. I (1900), p. 301.

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