‹ Livre de la chasseChapitre 3 sur 20 · Les bèures de Boucicaut, p · texte numérisé non relu

Les bèures de Boucicaut, p

non à des armes quelconques. Il ne semble pas, d’un autre côté, qu'on puisse faire remonter à la fin du xiv® siècle l'écriture proprement dite, ainsi qu’il le faudrait, s’il s'agissait d’un exemplaire de dédicace, Gaston Phébus étant mort en 1391.

La lettre de Bernard Clesius, dont nous avons parlé plus haut, ne contient ni le nom de François Ir ni aucune allusion à sa personne, mais il a suffi qu’il y fût question du désastre de Pavie pour qu’on pensât au roi de France et qu’on lui attribuât la propriété du précieux manuscrit *. C'est dans ses bagages que l'aurait découvert le soldat*, qui devait le recevoir, comme sa part de butin, et le vendre, ensuite, à l'évêque de Trente.

1. Et comme en 1525, le texte de Gaston Phébus avait été déjà édité, et qu’un exemplaire de ces éditions aurait été incomparablement plus maniable et d’un transport plus facile que notre volume, on en a conclu que si François Ier le leur avait préféré, c’était parce qu’il avait un goût tout particulier pour les beaux manuscrits (Baïllie-Grohman, Ibid., p, XXxVIN).

2. D’après MM. Baillie-Grohman (p. xviit), ce soldat aurait été un lansquenet, et c’est parce que ce lansquenet était originaire du Trentin qu’il vendit son volume à l’évêque de Trente.

3. J. Lavallée, Jbid., p. xziv ; H. de La Ferrière, Les grandes chasses au XVIe siècle, Paris, 1884, in-16, p. 31-32. — D’après certains érudits (Cf. Rey, Histoire de la captivité de François Ier, Paris, 1837, in-&, p. 18-19, et C. Morbio, Francia ed Italia, Milan, 1873, in-80, p. 62) un manuscrit des œuvres de Pétrarque, conservé aujourd’hui à la bibliothèque publique de Parme, aurait été pris à François Ier, pendant la bataille de Pavie ; et ce

Et ce n’ést pas tout. On s’est dit que si François Ier possédait, à cette date, un pareil volume, ce ne pouvait être que parce qu’il l'avait trouvé dans les biens confisqués sur Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, qui était, déjà, sur l’échafaud, place de Grève, le 17 février 1524, lorsqu’arrivèrent les lettres de grâce, si tardivement obtenues par son gendre, Louis de Brézé, et sa fille, la fameuse Diane de Poitiers'. À un intérêt de fond se joindrait donc, pour ce manuscrit, un intérêt de provenance de premier ordre.

Un manuscrit qui avait quitté la France, à la suite d'un événement aussi grave que la journée de Pavie, ne pouvait y rentrer que par une voie extraordinaire. « Une défaite l’en avait fait sortir, dit J. Lavallée, une victoire l'y ramena. » C’est pendant les campagnes de « Turenne dans les Pays-Bas » que le marquis de Vigneau l'aurait recueilli, par droit de conquête. Or, la note de La Mesnardière ne dit rien de pareil. Et il

manuscrit témoignerait, chez le jeune roi, d’un goût trés prononcé pour la poésie italienne. Malheureusement, aucun témoignage précis ne confirme cette provenance, qui ne paraît avoir été suggérée que par les armes de France, peintes en tête du manuscrit, sans accessoire qui permette de les dater.

1. Catalogue des actes de François Ler,t. I, pp. 372,456, et 521, et G. Guiffrey, Procès criminel de Jehan de Poytiers, seigneur de Saint-Vallier, Paris, 1868, in-80, p. LXXXV-LXXX VIII Et 142,145.

n’a pas été produit d'autre témoignage à l'appui d’une pareille affirmation.

Enfin, ce n’est qu’à grand’peine qu’on l'aurait, en février 1848, arraché à l'incendie, dont il porterait encore des traces ! Un des feuillets de garde serait, en outre, « maculé de sang » ‘!! Toutefois, le corps de l’ouvrage n'aurait pas souffert, la reliure seule serait restée endommagée.

De tous ces détails romanesques le dernier seul est exact, en fait, mais sa cause est tout autre. Si, en effet, la reliure du manuscrit français 616 est un peu fatiguée, c’est uniquement parce que le volume a eu à subir de trop nombreux transports, dans la salle de travail du Département des manuscrits, pour les lecteurs qui l'ont demandé ; et si l’un des feuillets de garde paraît maculé de sang, c'est simplement parce que l’écarlate du bonnet couronné, qui forme le cimier des armes de l’archiduc, a déteint, et parce que sa partie haute a été légèrement atteinte par l'humidité.

1. J. Lavallée, Zbid., p. xLvi-xLvur; Revue de Gasgogne, t. XXXV (1894), p. 549-554 (art. de L. Batcave).

M. H. Werth et MM. Baillie-Grohman ont dressé, chacun de leur côté, une liste des manuscrits qui nous sont restés de l’œuvre de Gaston Phébus, mais ces listes ne sont ni aussi exactes ni aussi complètes qu’elles auraient pu l'être. On comprendra, par suite, qu’il ne nous suffise pas d’y renvoyer ici, et que nous tenions à insérer, dans une liste nouvelle, les quelques additions et rectifications que nos recherches nous ont permis de faire. Cette liste sera un peu moins longue que celles de MM. Werth et Baillie-Grohman, d’abord, parce que nous en avons fait disparaître deux doubles emplois (pour la bibliothèque du Vatican) et ensuite parce que nous n’y avons conservé que des manuscrits, dont l’existence est attestée par un catalogue, de rédaction peu ancienne, ou par une publication récente t.

A. — Bibliothèque Nationale.

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