Que pensait faire Molière en écrivant le Tartufe
Trente-troisième Leçon . ' 109
Différence de signification entre pas et point.
Ne fut sans doute point inutile. Il existe une différence entre pas et point employés dans la négation. Point nie plus fortement que pas; pas s’applique à quelque chose d’accidentel, et point à quelque chose de permanent. Exemples : Il ne lit pas signifie : il ne lit pas dans ce moment ; tandis que, il ne lit point signifie : il ne lit jamais. En conséquence, il ne faut employer point ni devant des termes de comparaison ni devant les adjectifs numéraux. Dites : Monsieur X n’est pas aussi distingué que Monsieur W. Il n’y a pas deux ans que j’étudie le français. Dans ces deux derniers exemples, point serait certainement une faute.
il se vit lui-même en proie : il y a lieu de faire remarquer qu’on se sert dans cette phrase de la préposition en au lieu de l’article indéfini en anglais.
Suppression de pas et de point, ne cessait de l’employer.
Règle. — On peut supprimer pas et point : —
A. — Après les verbes cesser , oser et pouvoir. Exemples : Il ne cessait
de l’employer ; je n'ose lui parler ; je ne puis me taire.
B. — Après savoir pris dans le sens de pouvoir. Exemple : Je ne saurais
vous obéir.
C. — Après ne suivi de l’adjectif autre et de que. Exemple : Je n'ai
d 'autre désir que celui de vous être utile.
D. — Après depuis que ou il y a indiquant le passé. Exemple : Il y a six
mois que je ne vous ai vu.
il osa s’attaquer aux vices.
Remarque. — Quand le verbe attaquer est employé à la forme réfléchie, il est toujours suivi de la préposition à, mais ce verbe étant par nature un verbe transitif, il s’emploie sans préposition dans les autres cas. Exemple : Le régiment attaqua l’ennemi avec courage.
lio
Trente-quatrième Leçon.
Trois Grands Auteurs du XVIIe Siècle.
Molière (fin).
Ils se forma néanmoins contre cette comédie une cabale si puissante que pendant trois années elle empêcha la représentation de ce chef-d’œuvre. Louis XIV lui-même fut près de céder aux intrigues qui s’agitaient contre Molière. Heureusement, le roi était encore à cet âge où il dictait des lois à l’Europe l’épée à la main ; il lui répugnait d’être vaincu dans ses propres Etats, et, comme il le dit plus tard, il avait la prétention d’être maître chez lui, quelquefois même chez les autres. Il trouva que trois années de soumission à des exigences qu’il jugeait déraisonnables étaient une déférence trop indigne de lui et trop injuste pour le poète, surtout lorsqu’il eut vu jouer une farce impie, intitulée Scaramouche ermite. “Je voudrais bien savoir, dit-il au prince de Condé, pourquoi les gens qui se scandalisent si fort de la comédie de Molière ne disent mot de celle de Scaramouche. — La raison de cela, répondit le prince, c’est que la comédie de Scaramouche joue le ciel et la religion, dont ces messieurs-là ne se soucient point, et que celle de Molière les joue eux-mêmes, ce qu’ils ne peuvent souffrir.’* Cette réponse du grand Condé dut rendre le roi honteux de sa faiblesse : aussi, peu de temps après, le Tartufe fut rendu aux applaudissements du public, qui, depuis lors, n’ont jamais cessé d’en accueillir les innombrables représentations.
Nous ne saurions ici analyser en détail l’œuvre immense de Molière. De 1658 à 1673, il produisit trente comédies dont la plupart sont des chefs-d’œuvre. On ne peut, cependant, passer sous silence les Femmes savantes, une pièce dans laquelle il critique sans merci les femmes pédantes et prétentieuses ; il voulait que les femmes fissent le charme et l’ornement des sociétés par leurs grâces, leur esprit et leur beauté, et non qu’elles
Trente-quatrième Leçon .
en fussent les docteurs et les régents par le ridicule étalage d’une érudition déplacée. Il faut citer aussi l’Avare, dont le titre explique suffisamment le but, et le Bourgeois gentilhomme, où il se rit des gens ordinaires qui veulent imiter la noblesse.
Le Malade imaginaire, où il bafoue impitoyablement les médecins, dans lesquels il n’avait du reste aucune confiance, fut la dernière de ses comédies et celle qui lui coûta la vie. Pendant la quatrième représentation de cette pièce il fut pris d’une hémorragie violente, on le transporta chez lui, et il expira quelques heures après entre les bras de deux religieuses auxquelles il donnait l’hospitalité dans sa maison.
Ainsi mourut, âgé seulement de cinquante et un ans, le vendredi 17 février 1673, à dix heures du soir, le plus grand poète comique que le monde ait jamais connu.
Voici le portrait que nous a laissé de lui une comédienne de sa troupe : “ Molière n’était ni trop gras ni trop maigre ; il avait la taille plus grande que petite, le port noble, la jambe belle ; il marchait gravement, avait l’air très sérieux, le nez gros, la bouche grande, les lèvres épaisses, le teint brun, les sourcils noirs et forts, et les divers mouvements qu’il leur donnait lui rendaient la physionomie extrêmement comique. A l’égard de son caractère, il était doux, complaisant et généreux.”
Questions.
1. Contre quelle comédie de Molière une cabale se forma-t-elle ?
2. Pendant combien de temps cette cabale réussit-elle à empêcher la
représentation de l’œuvre du grand poète ?