LE PÉCHÉ
Esuis blessé de bien des plaies, car je nai pas cessé d'ajouter péché sur péché :
car les péchés trépassés, par nouvelles fautes je les ai recommencés. Les maux pour lesquels j'avais pris médecine et dont j'étais guéri, je les ai rappelés!
Je sais qu’en quelque jour que le juste pèche, toutes ses justices passées seront oubliées: et moi, hélas! qui suis tant de fois retourné à péché!
Comme chien quand remange ce qu'il avait vomi, et comme une truie dans la boue, je suis tant de fois retourné en mes péchés que je ne m’en souviens! À combien d'hommes qui ne
savaient ai-je enseigné à pécher ? Beaucoup qui ne voulaient pas pécher je les y aipriéset contraints! Mais toi, juste et miséricordieux Seigneur, tu ne m'as pas encore puni. Tu t'es tu, et tu as été patient jusqu'ici! Mauvaise aventure c’est pour moi! Car, finalement, tu parleras comme courroucé, Dieu des Dieux, Sire des Seigneurs! Je connaïs bien que tu ne te tairas pas toujours, et que par ta miséricorde tu m'ajournes jusqu’au jour du jugement.
Et alors, tous les saints et tous les autres gens verront tous mes mauvais péchés, non pas seulement Îles actes, mais les pensées!
Mon doux Seigneur, je ne saïs que dire, car je suis présentement en ce péril.
Ma conscience me mord etm’expose les secrets de mon cœur.
Avarice me contraint,
Luxure me souille,
Gloutonnerie me déshonore,
Colère me trouble,
Inconstance m’abat,
Paresse m'opprime,
Hypocrisie me leurre.
Et voici, Sire, avec quels compagnons j'ai vécu dès ma jeunesse, voici ceux que j’ai aimés et qui me damnent, ceux que j'ai loués et qui me sont reprochables; ce sont là les amis que j'ai eus; ce sont là les seigneurs que j'ai servis!
Hélas! que ferai-je, mon Roi et mon Dieu, tant il y a de mal en moi!
O mon illumination, j'ai habité en ténèbres : sice n’est par ta grande miséricorde, nul ne sera trouvé juste, spécialement moil Mais, doux Sire, je crois et sais que ta douceur et ton amour, Sire, ne sont pas passagers, mais durables.
Ton amour n’est pas oisif,
Ta mémoireest plus douce que miel,
Ta contemplation plus savoureuse que viande.
Parler de toi est droite réfection,
Teconnaitre est parfaite consolation,
Approcher de toi c'est vie éternelle,
S’en éloigner mort éternelle ;
Fontaine de vie pour ceux qui ont soif de toi, gloire à ceux qui te craignent!
Ton odeur ressuscite les morts,
Ton regard fait sains les malades,
Ta lumière dissipe toute obscurité,
Ta visite chasse toute tristesse,
En toi n’est nulle douleur!