‹ Livre de prièresChapitre 29 sur 57 · L'AIDE DE DIEU · texte numérisé non relu

L'AIDE DE DIEU

RAI Dieu, moi ta créature,

es sous l’ombre de tes ailes et

en ta bonté j’attendrai. C'est

par elle que tu m'as fait. Aide, Sire, ta créature qu’a faite ta sainte bénignité,afin que si je péris par ma perversité, l'ouvrage qu'a faitta très haute bonté ne périsse pas, et que ma misère ne détruise pas les choses qu’a faites

ta souveraine clémence. Quel profit aije de ta création, si je descends en cor-

ruption ? Tu es créateur, donc, Sire, dirige ce que tu as créé. Ne laisse pas périr l'œuvre de tes mains. Sire, tu m'as tiré du néant, et si tu ne me gouvernes, je retournerai au néant. Sire, comme je n'étais rien et que de rien tu m'as fait, ainsi, si tu ne me gouvernes, à rien je retournerai. Aidemoi, Sire, mon doux Dieu et ma douce vie, afin que je ne périsse pas par ma malice. Si tu ne m'eusses fait je ne serais pas, et parce que tu m'as fait, je suis; ni mes mérites, ni ma grâce ne t'ont contraint à me faire, tu m'as fait par ta très bénigne et souveraine bonté qui esten toi et par ta clémence.

Cette charité, Sire Dieu, qui t’a porté à me créer, je te prie,Sire Dieu, quelle te pousse à me diriger. Quel profit pour ta charité qui m’a tiré du néant, si je péris en ma misère et si ta main ne me garde? Déjà, Sire, tu savais, quand tu m'as fait, tu savais Sire, que je suis imparfait si ta grâce ne m'aide, tu savais, Sire, toi quim'as fait de tes

mains, tu savais, Sire, ma fragilité; et tu as voulu envoyer ton doux fils en terre pour notre salut: Et puisque tu as tant fait pour moi, puisque tu as mis un si grand prix à mon salut, se pourra-t-il que par mes péchés déshonnètes je vienne en corruption et damnation ?

Ah Sire ! regarde-toi,ne me regarde pas ! regarde ta bonté et non ma mauvaiseté, regarde ta perfection et non mon insufhsance, que te vienne pour mon salut là même charité qui te vint pour ma création. Je sais bien que tu es aussi puissant en charité pour me sauver, que tu le fus pour me créer; car tu es le même et la force de ton bras n’est pas diminuée. Ta miséricorde n'a pas failli et jamais ne faillira à pouvoir me sauver, tes oreilles ne se sont pas assourdies à ne pouvoir m'entendre ; mais ce sont mes très horribles péchés sans nombre et mes pensées et misères qui ont fait division entre toi et moi, entre vanité et vérité,

entre cette défaillante vie et la perpétuelle gloire, laquelle je te supplie, doux Sire,que tu me veuilles octroyer.

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