‹ Livre de prièresChapitre 50 sur 57 · L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

L'EUCHARISTIE

(Manuscrit FF, 940, Biblioth. nat. Quinzième siècle.)

ETTE viande ne s’assimile pas ) ss à chacun. Il y en a qui ne k la mâchent pas, mais qui l’engloutissent en hâte. On doit y faire mordre au plus profond que l’on peut les dents de l’entendement pour que la suavité de sa saveur en soit exprimée au dehors et qu’en sorte la saveur.

Vous avez entendu dire que dans la nature ce qui mieux est trituré, mieux nourrit. La trituration des dents ce sont les profondes et aiguës méditations sur le sacrement lui-même.

La première dent ou la première pensée est que Jésus-Christ Fils de Dieu est là au sacrement comme médecin pour guérir et assainir nos plaies.

La seconde est qu’il est là comme prêtre pour nous sanctifier et pour nous laver, nettoyer et embellir.

La troisième: qu'il est [à comme notre champion contre Dieu le Père pour répondre à sa justice.

La quatrième: qu’il est là comme notre avocat devant Dieu le père et devant nos ennemis.

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La cinquième: qu'il est comme intermédiaire entre Dieu le Père et nous.

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La sixième : qu’il s'offre à Dieu le Père pour ses ennemis, de toute l’abondance de sa miséricorde; ce qui

nous enseigne à pardonner toute haine.

La septième : qu'il est là comme époux jaloux ‘et comme vrai amant qui prend étrange vêtement, c'est-àdire la forme du pain.

La huitième : qu'il est là comme notreconvoyeur et notre conducteur,

qu’il nous attend en son sanctuaire, pour qu’à l'issue de ce siècle, nous qui avons tout laissé, il nous conduise en la célestiale cité, et nous défende contre nos ennemis et contre les diables.

La neuvième: qu'il est là comme exemplaire de toute largesse, nous enseignant à délaisser toute avarice et toute propriété et à rendre tous nos biens communs à tous.

La dixième : que là est représentée sa très sainte passion : les linges corporaux représentant le drap en quoi il fut enveloppé ; le calice figurant le sépulcre ; la patène, la pierre qui fut mise dessus; et l’autel la croix dont il est écrit en l'Evangile Saint-Marc : Faites cette chose en ma ressemblance.

La onzième est ,de penser de combien grand prix nous sommes devant lui qui si souvent vient à nous: ce qui ôte toute désespération.

La douzième est qu’il est là comnie épicier plein de toutes épices aromatiques, de dons et de grâces, comme cannelle et baume fleurant doux, et comme myrrhe donnant bonne odeur ainsi qu'on lit en l’Ecclésiastique. Et tous les Saints accourent à cette odeur, comme il est écrit au Cantique. Et premièrement les Patriarches et les Prophètes, encore qu’ils vécussent deux mille ans et plus auparavant, sentirent cette odeur.

La treizième pensée est qu'il est comme une fournaise plus grande que

si tout le monde y brûlait. Et néanmoins nous ne sentons pas son ardeur !

La quatorzième est qu’il est là comme viande pour nous repaître et soûler.

Aussi l'on doit avoir grand soifet grand faim de cette viande et de ce boire de salut ; car comme on lit en l'Evangile Saint-Luc : il a rempli Les faméliques de biens eta laissé les riches vides !

Nous y devons approcher et aller à jeun de peur que par aventure si nous étions soûlés d’autres viandes, nous ne rendions. Puis, nous devons être bien vêtus et bien ornés de bonnes vertus quand nous venons à la cour et approchons de la table d’un si grand roi, pour qu’ilne nous soit pas dit ce qui est en l'Evangile : comment entres-tu ici, toi qui n’as pas revêtu ta robe de noce ? Car aucun ribaut nu et conchié ne doit venir à table avec rois et princes! Et enfin il faut être net de bou-

che et avoir, avant, lavé nos mains, quand nous seyons à une même table avec sigrand seigneur et mangeons à une même écuelle et en même compagnie et buvons à un même hanap.

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