‹ Livre de prièresChapitre 55 sur 57 · QU'IL FAUT PRIER DE CŒUR · texte numérisé non relu

QU'IL FAUT PRIER DE CŒUR

OUS prions par usage et par coutume, ou, pour mieux dire, nous lisons ou pro-

nonçons nos prières ; enfin ce n'est que mine ! Le signe de croix, que j'ai en grande révérence et continuel usage, même quand je bâille, il me déplaît le voir faire trois fois au benedicite, autant aux grâces, pendant que je vois toutes les autres heures du jour occupées à la haine, à l’avarice, à l’injustice! Aux vices leur heure : son heure à Dieu, comme par compensation et composition!

Nous invoquons Dieu et son aide au complot de nos fautes et le convions à l'injustice : l’avaricieux le prie pour la conservation vaine et superflue de ses trésors; l’ambitieux pour ses victoires et la conduite de sa fortune ; le voleur l’emploie à son aide pour franchir le hasard et les difficultés qui s'opposent à l'exécution de ses méchantes entreprises, ou le remercie de l'aisance qu'il a trouvée à détrousser un passant : au pied de la maison qu’ils vont escalader ou forcer ils font leurs prières, l'intention et l'espérance pleines de cruauté, de Juxure et d’avarice!.…...

Une vraie prière est une religieuse réconciliation de nous à Dieu; elle ne peut tomber en uneâmeimpure etsoumise alors même à la domination de Satan. Celui qui appelle Dieu à son assistance pendant qu'il est dans le train du vice, il fait comme le coupeur de bourse qui appellerait la justice à son aide, ou comme ceux qui produi-

sent le nom de Dieu en témoignage de mensonge.

Il semble, à la vérité, que nous nous servons de nos prières comme d’un jargon et que nous pensions que leur effet dépend de la contexture, ou du son, ou de la suite des mots ou de notre contenance! Car ayant l’âme pleine de concupiscence, non touchée de repentance ni d'aucune réconciliation envers Dieu, nous lui allons présenter des paroles que la mémoire prête à notre langue; et nous espérons en tirer une expiation de nos fautes !

I n’est rien si aisé, si doux, et si favorable que la loi divine : elle nous appelle à soi, si coupables et si détestables que nous soyons; elle noustend les bras, et nous reçoit en son giron, si vils, si salis et bourbeux que nous soyons et que nous devions être à l’a.

venir; mais encore en compensation, la faut-il regarder de bon œil; encore taut-il recevoir ce pardon avec action

de grâces, et, au moins dans le moment même où nous nous adressons à elle, avoir l’âme fâchée contre ses fautes et ennemie des passions qui nous ont poussés à l’offenser !

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