Livres de raison de deux seigneurs Picards, 1559-1692
■pv ANS un dossier de pièces manuscrites récemment acheté lJ par nous pour le compte de la bibliothèque communale d'Abbeville se trouvent, entre autres documents, deux livres de raison tenus l'un par Jean d'Aguesseau et l'autre par François d'Aguesseau, son fils, seigneurs de Happeglenne, annexe d'Ignaucourt, canton de Moreuil.
Nous avons raconté en tête de la notice que nous avons consacrée à Ignaucourt et Auhercourt (Amiens, Delattre-Lenoël, 1881, in-S"), le sort des archives des châteaux de Happeglenne et d'Aubercourt. A une vente mobilière qui eut lieu en 1852 au château de Happeglenne, un lot de papiers
jaunis et poudreux fut mis aux enchères : c'étaient les archives seigneuriales de ces deux lieux; elles furent adjugées à un particulier de Démuin, moyennant quarante-deux sous; elles pesaient quarante-deux livres. Ce fut bientôt un pillage; plusieurs de ses amis s'emparèrent des pièces les plus curieuses et les plus importantes. Pour y mettre un terme, l'adjudicataire fit un triage des parchemins et des papiers les moins détériorés, qu'il revendit aux épiciers à raison de trois sous la livre. Le reste nous fut remis en 1875, mais c'était ce qu'il y avait de moins intéressant.
Le lot dont nous venons de faire l'acquisition provient sans aucun doute de ce qui a été dérobé au dernier possesseur des archives des châteaux de Happeglenne et d'Aubercourt épargnées par la Révolution.
On voudra bien nous permettre de revenir ici — pour la redresser — sur une généalogie que nous avons donnée en 1881; les documents dont nous disposions alors étaient insuffisants, aussi avons-nous pu depuis relever des erreurs et rétablir des omissions; il est préférable de se rectifier soi-même que de laisser accréditer des faits inexacts.
La branche cadette de la famille d'Aguesseau posséda le domaine de Happeglenne pendant deux siècles, de 161 1 à
Cette famille ne paraît point fort ancienne. Le premier membre cité par Haudicquer de Blancourt est Olivier d'Aguesseau, écuyer, vivant en 1490. Il eut pour fils Pierre, écuyer, sieur de la Motte en l'île d'Oléron, lieutenant général de Saint-Jean-d'Angély, mentionné dans le rôle de
l'arritre-ban des" nobles de Saintonge convoqués en 1577; de son mariage avec Pérette Raguenaud, dame de Robeine en la même île d'Oléron, il eut entre autres enfants Christophe, seigneur de la Cailletière, en Saintonge, avocat célèbre au parlement de Paris, qui épousa Antoinette Destampes, dame de Puiseux-le-Hauberger, en Beauvaisis, par contrat passé à Beaumont-sur-Oise le i" janvier 1552; Christophe eut pour enfants : 1° François, seigneur de Puiseux, échevin d'Amiens; 2° Madeleine; 3° Jean, seigneur de Happeglenne, receveur des finances en Picardie. François et Jean, son frère, adressèrent avec plusieurs autres bourgeois d'Amiens une requête au roi Henri IV le 8 octobre 1594 pour lui demander de leur accorder des lettres de noblesse en récompense de ce qu'ils avaient contribué à placer cette ville sous son obéissance ; il fut fait droit à leur demande trois ans plus tard, et leurs lettres de noblesse furent enregistrées à la cour des Aides le 9 août 1613.
François d'Aguesseau eut pour fils Antoine, qui devint successivement lieutenant-criminel au Châtelet de Paris, maître des requêtes en 1622, président au grand Conseil en 1624, conseiller d'État, intendant de Picardie, et enfin premier président au parlement de Bordeaux en 163 1, mort à Paris le 16 janvier 1645, lequel fut père du chancelier.
Quant à Jean d'Aguesseau, frère de François, il est l'auteur de la seconde branche de cette famille; on trouvera plus loin sa postérité; nous donnons à la suite un fragment de la généalogie des le Picard d'Aubercourt ; pour ces deux généalogies, nous nous sommes surtout servi d'une notice manus-
crite qui se trouve dans le dossier acheté pour la bibliothèque d'Abbeville; cette notice est écrite de la main de François d'Aguesseau.
Les d'Aguesseau de Happeglennc semblent avoir toujours vécu dans la gêne ; c'est que la seigneurie de ce lieu était peu importante et, par suite, d'un laible rapport. Dans les différents contrats de mariage que nous avons sous les yeux, nous voyons que les dots sont très modestes. Ainsi, François I d'Aguesseau eut en mariage la terre de Happeglenne, et la charge de président et trésorier de France dont était pourvu son père, mais il dut remettre à ce dernier une somme de cinq mille livres et lui laisser l'usufruit de la moitié de la terre de Happeglenne et de la moitié des gages de trésorier. Son fils, François II, était dans une situation fort gênée ; il fit vendre les terres de sa femme, comme nous en avons la preuve par une lettre écrite de Tarbes le 17 juin 1725 par M. de Fornetz; il avait alors besoin d'argent. Nous voyons par une lettre qui fait partie de nos archives de famille que François II d'Aguesseau avait signalé une erreur de 48 sous sur une somme de 24 livres que lui avait remise son greffier et intendant, Firmin Ledieu; celui-ci lui écrivait de Démuin le 28 octobre 1696 que, « s'il y a du mécompte », il lui remboursera la pièce de 48 sous qui lui manque et que si l'une des pièces est refusée il la reprendra et lui remettra d'autre argent. Firmin Ledieu fait à ce sujet un cours de calcul qui ne manque pas d'être réjouissant et qui prouve en même temps en faveur de sa mémoire ; « il n'est pas difficile, écrit-il, de compter neuf pièces en deux rangées:
I pièce de 4 1. i6 s. et 3 pièces de 48 s. d'une part, et 5 pièces de 48 sols d'autre part, font 24 livres. » — Jean- François d'Aguesseau, fils de François H, n'eut pour dot en 1721 qu'une rente annuelle de deux mille livres, et encore son père ne put-il faire face à ses engagements puisque, le 27 août 1727, il était assigné à la requête de son fils pour avoir à lui payer « douze mille livres pour six années de deux mille livres de pension, plus les intérêts. » — Plus tard, César-Joseph d'Aguesseau, en épousant en 1734 Madeleine-Gabrielle Delettres, déclare posséder en tout et pour tout 2,000 livres « provenant de ses épargnes, et quant aux autres biens à luy venus et écheus par l'ouverture des successions de dame Françoise de Herte, son ayeule paternelle, et de dame Marie Fournaix, sa mère », il les estimait valoir 7.000 livres ; quant à sa femme, elle apportait également 2.000 livres provenant de ses économies, plus 15.000 livres qui lui étaient échues de ses père et mère.
Comme on le verra plus loin, le dernier représentant mâle de la branche cadette des d'Aguesseau mourut en 181 1. La branche aînée s'éteignit avec Henri-Cardin-Jean-Baptiste, marquis d'Aguesseau, mort à Paris le 22 janvier 1826. Grâce aux documents qui viennent d'entrer à la bibliothèque d'Abbeville, nous avons pu compléter et rectifier la généalogie des d'Aguesseau qu'en a donnée M. Pol Pottier de Courcy dans la continuation de V Histoire des grands officiers de la Couronne du P. Anselme (t. IX, 2^ partie, pp. 445 etsuiv.). Au reste, M. de Courcy commet une erreur au début en écrivant : Généalogie de la maison Daguesseau ou d'Aguesseau ;
primitivement, ce nom s'écrivait Aguesseau, ainsi que nous le voyons par les nombreux actes qui sont entre nos mains et, comme on le verra par le livre de raison de Jean II d'Aguesseau, c'est au xvii" siècle seulement que François I d'Aguesseau, fils de Jean II, fit précéder son nom de la particule.
A Amiens, les d'Aguesseau habitaient la rue du Soleil, paroisse Saint-Michel; cette rue, qui prit son nom d'une enseigne d'auberge, dit Goze, avait plusieurs de ses maisons occupées par des trésoriers de France en Picardie. Toutefois, les deux premiers enfants de Jean I d'Aguesseau reçurent le baptême en Téglise de Saint-Firmin en Castillon, tandis que ses autres enfants furent baptisés en l'église Saint-Michel; mais son fils Jean II reçut de sa mère, par contrat de mariage, une maison sise rue du Soleil, dans laquelle il mourut le i8 janvier 1678. Le 9 juin 1691, par acte passé par-devant Firmin Roger, notaire à Amiens, François d'Aguesseau et Anne de Hertes, sa femme, achetèrent à dame Anne Besnard, veuve de François le Picard d'Aubercourt, une maison provenant d'Antoine le Picard, décédé chanoine de la cathédrale d'Amiens; cette maison, située rue Saint-Denis, consistait « en corps de logis sur la rue, bastimens sur l'aisle droicte, première cour séparée entourée de bastimens et remises, jardins », etc., tenant d'un côté au couvent des Célestins, d'autre côté ;\ la maison de M. de Rionville et par-derrière au jeu de paume d'en bas. Cette maison fut achetée 5.172 livres; nous ignorons si M. et M""* d'Aguesseau l'ont habitée.
Les d'Aguesseau de Happeglenne
Jean I d'Aguesseau, écuyer, seigneur d'Ignaucourt et de Happeglenne, receveur général des finances en Picardie, fils cadet de Christophe, écuyer, seigneur de la Motte, de Rabeine, de Saint-Martin et autres lieux, et de demoiselle Mathurine de Cumont, né en 1559, épousa le 12 mai 1592 Marie de Louvencourt, fille de Charles III, écuyer, seigneur de Pierrecluet, commissaire des guerres, et de Catherine du Bos. Il mourut le 22 avril 1615 et fut inhumé dans l'église Saint-Michel, à Amiens ; sa veuve décéda le 22 septembre 1652 à l'âge de quatre-vingt-deux ans; ils avaient eu dix enfants :
1° Sébastien, né le r8 juillet 1594, baptisé le 2 août suivant en l'église de Saint-Firmin en Castillon, décédé à l'âge de quinze jours ;
2° Marie, née le 30 septembre 1595, baptisée le i" octobre suivant en l'éghse de Saint-Firmin en Castillon, alliée à François le Picard, seigneur d'Aubercourt ;
3° Jean, qui suit;
4° Adam, né le 24 mars 1599, baptisé le 25 mars suivant en l'église Saint-Michel, de même que tous ses autres frères et sœurs nés postérieurement ; mort à l'armée, sans alliance;
5° Marguerite, née le i^"" avril léoo, religieuse ursuline à Amiens, décédée le 10 avril 1676 ;
é° Antoinette, née le 30 septembre 1601 ; sans alliance;
7° Françoise, née le 20 janvier 1603 ; sans alliance ;
8" Nicolas, baptisé le 3 septembre iéo6, mort jeune;
9° Catherine, baptisée le 21 décembre 1608, morte fille le 24 août 1641 ;
10° Philippe, baptisé le 4 août 16 10, mort en bas âge.
Jean II d'Aguesseau, écuyer, seigneur d'Ignaucourt et de
Happeglenne, conseiller du roi, président trésorier de France et général des finances en Picardie, fils du précédent, né le 29 décembre 1597, épousa par contrat du 29 juillet 1632 Marie-Madeleine de Louvencourt, dame de Vauchelleslès-Authie et de Bourseville, née le 23 septembre 1619, fille et héritière de François, écuyer, président trésorier de France en Picardie, maïeur d'Amiens en 1623 et 1624, mort le 4 avril 1638, et de Charlotte Clapisson, sa troisième femme, décédée le 29 novembre 1680 à l'âge de quatrevingt-deux ans, au couvent des Ursulines d'Amiens, où elle avait fait profession en 1642.
Jean d'Aguesseau mourut à Amiens le 18 janvier 1678 en sa maison de la rue du Soleil, nous écrit M. A. Dubois, l'homme d'Amiens qui connaît le mieux l'histoire des rues de sa ville natale ; puisque nous venons de nommer notre obligeant collègue de la Société d'Émulation d'Abbeville, nous n'aurons garde d'oublier de le remercier d'avoir mis à notre disposition avec autant d'empressement que de bonne grâce les notes qu'il a recueillies sur les d'Aguesseau d'Amiens. Jean II fut inhumé en l'église Saint-Michel, lieu ordinaire de sépulture des membres de sa famille. M. Duboi^ nous fait connaître qu'il n'a découvert dans un épitaphier des églises d'Amiens, provenant d'une vente faite à Paris au mois de décembre 189 1, aucune inscription prise dans l'église Saint-Michel.
Jean II d'Aguesseau eut de son union :
1° Marie-Anne, née le 15 juillet 1636, religieuse de la Visitation â Amiens, décédée le 10 février 1673 ;
2° François, qui suit ;
3° Charlotte, née le 11 décembre 1639, alliée par contrat du 29 juillet 1660 à Philippe Lesperon, écuyer, seigneur d'Ochancourt, Haudrechies (fief à Maisnières) et autres lieux, fils unique de feu Alexandre, président en l'élection d'Abbeville, et de Marguerite Manessier;
le mariage fut célébré le lendemain en l'église Saint- Michel à Amiens; de cette union sont issus : a) Alexandre Lesperon, né le 28 avril 1661, baptisé le 7 juin, décédé à sept mois et demi; b) Jean, né le 24 septembre 1662, qui succéda à son père comme seigneur d'Ochancourt ; c) Philippe, né le 6 octobre 1663, décédé le 29 juillet 1672;
4° Marguerite, née le 10 avril 1642, entrée au couvent de la Visitation à Amiens le i*"" juillet 1657, fit vœu le 22 septembre 1658;
5° Jean, né le 6 avril 1644, décédé à Paris à la veille d'être reçu docteur de Sorbonne le 19 juin 1672;
6° Charles, né le 29 avril 1646, reçu capucin le 31 juillet 1672 sous le nom de frère Pascal d'Amiens, mourut de la peste à Soissons le 3 juin 1668.
François I d'Aguesseau, écuyer, seigneur d'Ignaucourt et de Happeglenne, conseiller du roi, président trésorier de France et général des finances en Picardie, par résignation de son père le 9 avril 1670, né le 4 juin 1638, épousa par contrat du 29 novembre 1667 Anne de Hertes, fille de Jean III, chevalier, seigneur de Hailles, conseiller du roi, premier président au présidial d'Amiens, et d'Anne de Bosquillon ; le mariage fut célébré le 6 décembre suivant en l'église Saint- Remi.
De cette union sont issus :
1° Anne-Françoise, née le 9 juillet 1673, décédée le 27 juillet 1727 et inhumée le lendemain dans la nef de l'église de Saint-Michel, près de la chapelle de Notre-Dame de Pitié, en présence de Jean-Philippe d'Aguesseau de Morgemont, chevalier, son neveu, et de Nicolas de Hertes, écuyer, seigneur de Hailles, premier président au présidial d'Amiens, son oncle ; 2° François, né le 16 septembre 1674, ^^i suit;
3° Charlotte, née le 3 février 1677, mariée à Happeglenne le 23 septembre 1697 avec Jean-Joseph de Court, conseiller du roi, contrôleur au bureau des trésoriers de France à Amiens, alors âgée de quarante-sept ans, décédé le 14 décembre 1723 ; 4° Diane-Catherine, sœur jumelle de la précédente, décédée le 10 février suivant et inhumée le lendemain dans l'église Saint-Michel devant l'autel de Saint-Roch ; 5" Jean-Baptiste, né le 23 avril 1678; le 18 mars 1697, quinze jours après la mort de son père, il obtenait du roi des lettres de bénéfice d'âge ; il mourut le II janvier 1699 et fut enterré dans le cimetière de Saint-Michel ; 6° Claude, né le 3 mars 1682, décédé le 15 mars 1686,
et inhumé dans l'église Saint-Michel. François d'Aguesseau mourut le 4 mars 1697 et reçut le lendemain sa sépulture dans la nef de l'église de Saint-Michel, vis-à-vis de l'autel de Notre-Dame de Pitié; sa veuve décéda le 12 octobre 1726.
François II d'Aguesseau, chevalier, seigneur d'Ignaucourt et de Happeglenne par donation à lui faite par sa mère le 24 septembre 1708, seigneur d'Aubercourt comme légataire universel d'André le Picard, était conseiller du roi en sa cour des Aides et contrôleur général des fermes du roi à Tarbes. Il épousa vers 1696 Marie de Fornetz, du pays de Tarbes, et en eut :
1° Jean-François, qui suit;
2° Jean-Baptiste, prêtre, chanoine et archidiacre de Troyes ;
3° César-Joseph, écuyer, capitaine d'infanterie, ingénieur
ordinaire des ville et château de Givet, puis ingénieur
en chef de Bouillon, gouverneur de Beaumont-en-
Argonne, capitaine commandant du château de Chau-
vency, chevalier de Saint-Louis ; il épousa par contrat passé le 7 février 1734 par-devant Lecerf, notaire à Guise, Madeleine-Gabrielle Delettres, fille majeure de feu Michel-Joseph, bailli général du duché et pairie de Guise, et de feue Denise-Gabrielle Dudrot, d'où :
a) Charles-Albert-Xavier, qui suivra ;
b) Marie-Jeanne- Denise -Josèphe, femme de Pierre-Louis de
Saint-Germain, chevalier de Saint-Louis, capitaine au régiment colonel général, écuyer de S. A. Mgr le duc de Bouillon.
4° Jean-Philippe, dit de Morgemont.
François d'Aguesseau mourut le 10 juillet 1743 à l'âge de soixante-dix ans et fut inhumé le lendemain dans l'égUse d'Ignaucourt, « en face du crucifix. »
Jean-François d'Aguesseau, chevalier, seigneur de Happeglenne, Ignaucourt, Aubercourt et autres lieux, conseiller du roi en la cour des Aides à Paris, directeur général des fermes du roi à Saint-Qiientin, etc., épousa par contrat du 23 mai 1721 Marie-Jeanne Gaudemer, fille de François, écuyer, cidevant conseiller du roi, garde des archives du parlement et de la province de Bretagne, et de Marie-Anne de Beaux, demeurant rue du Four, faubourg Saint-Germain, à Paris.
Ce contrat de mariage, dont nous avons une copie sur parchemin, fut passé par-devant Pierre Laideguive et Valet, notaires à Paris; les témoins du futur étaient très nombreux; il sera peut-être intéressant de les citer ici, mais, comme leurs prénoms ont été omis, nous les rétabfirons :
1° Très haut et très puissant seigneur monseigneur François d'Aguesseau, chevalier, seigneur de Fresne et autres lieux, chanceHer et garde des sceaux de France;
2° Anne le Fèvre d'Ormesson, sa femme ;
3" Joseph-Antoine d'Aguesseau, chevalier, seigneur de
Valjouan, conseiller du roi nu Parlement, frère cadet du chancelier;
4" Madeleine d'Aguesseau, sœur des précédents, femme de Pierre-Hector le Guerchois, chevalier, seigneur d'Averton, conseiller d'État ordinaire ;
5° Marie-Catherine d'Aguesseau, autre sœur des précédents, veuve de Charles-Marie de Saulx, comte de Tavannes ;
6° Jean-Baptiste -Paulin d'Aguesseau, chevalier, seigneur de Fresne, fils du chancelier;
7° Henri-Charles d'Aguesseau, chevalier, seigneur de Plimont, autre fils du chancelier ;
8° Nicolas de Saulx-Tavannes, évêque et comte de Châlonssur-Marne ;
9° Le marquis de Javerlhac, sa femme, N... Tournier, et leur fils ;
10° Félix le Pelletier, chevalier, seigneur de la Houssoye et autres lieux, commandeur des ordres du roi, conseiller d'État, contrôleur général des finances et chancelier du duc d'Orléans;
11° François le Picard, chevalier, seigneur d'Aubercourt, demeurant alors à Paris, quai des Balcons, île Notre-Dame, • paroisse Saint-Louis, — tous cousins du futur.
12° Et illustrissime et révérendissime seigneur Mgr Charles- François de Châteauneuf de Rochebonne, évêque et comte de Noyon, ami du futur;
Et, du côté de la future, il n'y eut qu'un seul témoin, son oncle maternel^ N... de Beaux de Saint-Georges, chevalier de Saint-Louis, capitaine au régiment de Poitou.
Par ce contrat de mariage, Jean-François d'Aguesseau s'engageait à payer tous les frais de réception et d'installation nécessités par l'achat de l'ofiîce dont serait pourvu son fils; il s'engageait en outre à servir annuellement une rente de 2,000 livres aux futurs époux, « pour ayder aux dépences de leur maison. » Quant aux sieur et dame Gaudemer, ils
s'engageaient à acheter pour leur futur gendre « un estât et office de conseiller à la cour des Aydes à Paris ou autre de pareil prix et équivalante » dans un délai de trois mois ; à défaut, ils en serviront le revenu évalué à 1.500 livres par an; ils prenaient en outre l'engagement de servir aux jeunes époux une rente annuelle de 2.500 livres, qui devait être portée à 5,000 livres le jour où le sieur Gaudemer serait rétabli dans ses fonctions de garde des archives de Bretagne ; mais si cette charge lui était remboursée, la rente à servir aux futurs ne serait que de 4.000 livres ; enfin, les sieur et dame Gaudemer donnaient à leur fille et à leur futur gendre « la moitié de la jouissance d'une maison scituée à Champ-Rozé, paroisse de Draveille » (aujourd'hui département de Seineet-Oise).
Jean-François d'Aguesseau mourut en son château de Happeglenne en 1767; sa veuve lui survécut jusqu'au 19 octobre 1782; elle était âgée de quatre-vingt-un ans à sa mort ; elle fut enterrée le lendemain dans le cimetière d'Ignaucourt. Ils n'avaient eu qu'une fille, qui suit.
Marie-Anne-Françoise d'Aguesseau, dame d'Ignaucourt, Happeglenne, Aubercourt et autres lieux, naquit à Paris en 1723. Par acte passé en cette ville les 16, 19 et 20 juillet 1778 devant M^ Arnoult, notaire, elle institua légataire de tous ses biens Charles-Albert-Xavier d'Aguesseau, son cousin germain; par acte du 3 décembre 1787 passé devant Moreau, notaire à Paris, elle fit donation au même d'une somme de 27.000 livres. Elle mourut en 5on château de Happeglenne le 15 nivôse an V (4 janvier 1797).
Charles-Albert-Xavier, marquis d'Aguesseau, chevalier, maréchal des camps et armées du roi, commandeur de
l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, major général des gardes du corps de Louis XVI, directeur du corps de l'étatmajor du roi, gouverneur des ville et château de Ham, seigneur de Happeglenne, Aubercourt et autres lieux, était fils de César-Joseph d'Aguesseau de Luce' et de Madeleine Delettres. Par contrat passé à Paris les i6, 19 et 20 juillet 1778 par-devant M* Arnoult, il épousa Pétronille-Jeanne Brunet d'Évry, née le 22 septembre 1766, fille de Joseph- Moulins Brunet, marquis de la Palisse, et de Marie-Espérance Masson de PHssay. A cette occasion, Marie-Anne-Françoise d'Aguesseau fit don à son cousin germain des terres et seigneuries de Happeglenne et d' Aubercourt, mais elle s'en réserva l'usufiruit.
Le marquis d'Aguesseau comparut en personne aux assemblées de la noblesse en 1789. Il n'émigra point à la révolution, et, dans une procuration passée à Paris le 26 nivûse an V en vue d'une renonciation à l'inventaire de sa cousine, on voit qu'il habitait alors rue Ventadour, n° 47e, division de la Butte des Moulins, à Paris. Il mourut en cette ville en 1806, ayant eu de son union :
1° Albertine-Pauline-Pélagie-Espérance, baptisée à Saint-
Roch le 22 avril 1779 ; 2° Marie-Anne- Charlotte-Gabrielle- Joséphine -Pétronille, née le 7 septembre 1780, mariée à Ignaucourt le 20 brumaire an VIII (11 novembre 1799) à Claude- François Chanel de Crouy, comte de l'empire, par décret et diplôme des 3 décembre 1809 et 9 mars 1810, chambellan de Napoléon en 1805, fils de Claude,
I. Dans plusieurs actes, il se fait appeler d'Aguesseau de Luce ou Lusse ; nous ne savons à quelle occasion il adjoignit ce dernier nom ù son nom patronymique ; cette appellation fantaisiste était empruntée à la rivière de la Luce, qui limitait d'un côté la seigneurie de Happeglenne. Son frère, Jean-Philippe, avait obéi à un même sentiment, du reste fort commun à son époque, en se faisant appeler d'Aguesseau de Morgemont ou simplement de Morgemont, du nom d'un bois situé dans le voisinage de Happeglenne, mais qui ne fut jamais possédé par les d'Aguesseau.
avocat et lieutenant de milices à Saint-Domingue, et d'Elisabeth Naulot;la comtesse de Crouy mourut sans enfants le 26 janvier 1806 ; son mari se remaria le II septembre 18 11 à la fille du marquis de Montmort.
3° Marie-Agathe-Justine-Henriette, née le 29 juillet 1781 ;
4° Charles-François -Hippoly te, baptisé à Saint-Roch le 31 juillet 1782;
5° Armand-Louis-Xavier, qui suit;
6° Minette, née en 1787, morte le 18 fructidor an V (4 septembre 1797).
Armand-Louis-Xavier, marquis d'Aguesseau, lieutenant, aide-camp du prince d'Essling, baptisé à Saint-Roch le 7 mai 1784, mourut en 181 1, sans alliance. Par son testament déposé à Paris le 29 mai 1811 chez M= Thibert, il légua tous ses biens à Pétronille-Jeanne Brunet d'Évry, sa mère. C'est avec lui que s'éteignit la seconde branche des d'Aguesseau, qui posséda la terre de Happeglenne pendant deux cents ans. Le dernier représentant mâle de la première branche fut Henri-Cardin-Jean-Baptiste, marquis d'Aguesseau, seigneur de Fresne, petit-fils du chancelier, qui mourut à Paris le 22 janvier 1826; sa fille unique fut mariée à son cousin germain, le comte Octave-Gabriel-Henri de Ségur; elle mourut sans enfants le 16 janvier 1847.
Par acte passé à Paris le 3 août 18 16 par-devant M* Danut, Pétronille d'Évry légua au comte de Crouy, son gendre, toutes les propriétés qu'elle possédait à Happeglenne, à Ignaucourt, à Démuin et à Aubercourt.
Le 19 août 1840, le comte de Crouy, demeurant alors à Paris, rue Belletonds, 33, vendit à M. Leleu André-Philibert, avocat à Péronne, le château de Happeglenne, établi sur seize hectares; il vendit en outre au même trente-deux hectares
de terre labourable, carrières, friches, rideaux et bois sur les terroirs d'Ignaucourt, d'Aubercourt et de Démuin.
Les le Picard d'Aubercourt
François le Picard, écuyer, seigneur d'Aubercourt, Sonvillers, Pertain et autres lieux, conseiller du roi, fils aîné de Jacques, écuyer, lieutenant général civil et criminel à Amiens de 1587 à 1601, et de Jeanne de Sacquespée de Selincourt, succéda à son père comme lieutenant civil et criminel; il garda cette charge jusqu'en 1631, époque où il fut reçu président trésorier de France en Picardie. Il épousa Marie d'Aguesseau, fille de Jean P"" et de Marie de Lcuvencourt. Il mourut à Aubercourt d'une attaque d'apoplexie le 27 septembre 1644 et fut inhumé dans l'église de ce village; sa femme décéda le 12 mars 1650 et reçut sa sépulture dans l'église Saint-Michel, à Amiens. Ils avaient eu : 1° François, qui suit;
2° Antoine, mort chanoine d'Amiens en 1691; 3" Marie, qui épousa par contrat du 27 septembre 1653 François de Runes, écuyer, seigneur de Grez et de Reserroy, d'où : a) François, mort jeune; b) Nicolas, garde du corps du roi Louis XIV; c) Jean-Marie, mort jeune; d) Anne; e) Marc- Antoine, chanoine de la cathédrale d'Amiens.
4«' Catherine, mariée par contrat du 23 juin 1654 à Adrien Quiéret, chevalier, seigneur de Rionville, demeurant à Louvrechy, fils de Louis et de Charlotte le Vasseur de Neuilly, d'où : a) Antoine, chevalier, seigneur de Rionville, major dans l'île de Cayenne, mort sans postérité en 1721 ; il fut le dernier de son nom; b)
Jean; c) Oudart, lieutenant de roi de l'île Saint- Martin, mort en mer; d) Catherine; e) Charles; f) Marie; g) Madeleine; h) Antoinette, morte jeune.
5° Antoinette, morte religieuse sœur grise;
6° Françoise, religieuse au Paraclet;
7° Charles, appelé M. de Pertain, mort à l'armée;
8° Jean,
9° Jeanne,
10° Honoré, , ,,.
) morts sans alliance; II" Louis,
12° Jacques,
13° Philippe,
14° Pierre, sieur de Lignières, mort le 29 mars 1663 âgé
de vingt-huit ans.
François II le Picard, écuyer, seigneur d'Aubercourt, conseiller du roi, président trésorier de France et général des finances en Picardie, fut maintenu dans sa noblesse le 13 décembre 1668; il mourut à Paris en 1680. De son mariage avec Anne Besnard de la Forteresse, décédée en 1691, il avait eu :
1° François, mort jeune ;
2° Joseph, mort en bas âge ;
3° François-Gabriel, mort sans enfants en 1740;
4° André, qui suit;
5° Jean-Baptiste, dit Tabbé, mort jeune;
6° Anne-Catherine, morte sans avoir été mariée ;
7° Marie-Anne, décédée à Paris le 2 juin 1697 âgée de vingt-six ans ; on a découvert son cercueil en 1868 sur l'emplacement de l'église Saint-Ambroise ; le P. Daire lui consacre un article élogieux dans son Histoire littéraire de la ville d* Amiens.
André le Picard, chevalier, seigneur d'Aubercourt, Espinez, la Forteresse et autres lieux, entra d'abord dans la compagnie de Jésus ; son frère François-Gabriel ayant été interdit et ayant eu pour curateur son oncle maternel, Noël Besnard, sieur du Verger, André le Picard quitta le couvent des jésuites pour revenir à Aubercourt, car il n'avait point encore fait profession, s'étant borné à prononcer des vœux simples. Nous voyons par un mémoire judiciaire imprimé en juin 1700 qu'il intenta une action contre son oncle; son avocat rapporte qu'André le Picard est sorti de la compagnie de Jésus « à la réquisition de sa toute famille avec le congé légitime et en bonne forme de la compagnie », qu'il était alors « seul en état de soutenir son nom et sa famille », « que pas un de ses frères et sœurs n'était établi, que, de sept enfants, il restait seul dans le monde en état d'être le soutien de sa famille, qui l'a rappelé du lieu de son exil. » Nous ne connaissons point l'issue de ce procès, mais il n'est pas douteux que Noël Besnard, qui voulait « élever sa fortune sur la ruine de son neveu et sur le comble de ses malheurs », ne le perdît. D'après un certificat écrit de la main d'André le Picard, daté du 3 novembre 1729, il se qualifiait alors « écuyer, sieur d'Aubercourt, curateur à la personne et biens de François le Picard, chevalier. » Ce dernier étant mort sans postérité en 1740, son frère lui succéda dans la seigneurie d'Aubercourt; il mourut vers 1748, instituant Jean-François d'Aguesseau son légataire universel, quoiqu'il laissât une fille unique appelée Madeleine- Agnès-Ménagée, que nous avons lieu de croire illégitime ; elle demeurait à Nemours en 175 1.
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LIBER GENER ATIONIS DE JEAN D AGUESSEAU, TRESORIER DE FRANCE Decedz de nos proches et naissance de nos enfans
DÉFUNT Jean Aguesseau, mon père,' vivant receveur général des finances en Picardie, fut allié par mariage avecq damoiselle Marie de Louvencourt, ma mère, le douziesme may M V" iiij'"' xij, luy aagé de xxxij ans, et madite mère, de xxj ans.
Je naquis le vingt-neufiesme décembre M V^^ iiij'"' xvij et fus baptisé le mesme jour en la paroisse de Saint-Michel, comme il se veoid par un petit registre escript de la main de mondit feu père, qui contient les noms et extraits des batesmes de mes frères et sœurs, lequel registre est dans le sac des papiers concernant notre généalogie, lettres et arrest touchant la confirmation de noblesse.
Et le xxij= jour d'avril mil six cens quinze, mondit sieur et père mourust aagé de cinquante-six ans et est enterré dans l'église Saint-Michel.
Le vingt-neufiesme juillet 1634, j'ay esté marié' avecq
I. Son contrat de mariage fut reçu par Antoine Limeu et François Caron, notaires à Amiens, le 9 juillet 1652, en la maison de M. de Vauchelles, en présence de Marie de Louvencourt, sa mère, de François le Picard, son beau-frère, et de Marie J'Aguesseau, sa sœur; la future était assistée de ses père et mère et de M^e Pierre Clapisson, conseiller du roi en son Châtelet et siège présidial de Paris, son grand-père. La dot du futur se composait des terres et seigneuries de Happeglenne et d'Ignaucourt et d'une maison située à Amiens, rue du Soleil, avec « cour, jardin, lieu, pourpris et ténement ainsy qu'elle se comporte et estend..., tenant d'un costé à M^ Antoine Caron, assesseur en l'eslection d'Amiens; d'autre costé, à plusieurs particuliers de la rue appelée l'Escamette ; par derrière, au couvent des Augustins, et par-devant à la rue, tenue de monsieur l'Évesque d'Amiens » ; la future devait recevoir la veille de la célébration de son mariage une somme de 20,000 livres tournois.
damoisclle Marie de Louvencourt, ma femme, fille de François de Louvencourt, escuier, sieur de Vauchelle, et de damoiselle Charlotte Clapisson, laquelle accoucha de ladite Marie le ving-trois septembre M VP dix-neuf, ce qui faict veoir qu'elle n'avoit que quatorze ans dix mois quand je l'ay espousée.
Le quinziesme juillet M VF trente-six, à dix heures du matin, ma femme est accouchée pour la première fois d'une fille qui a esté baptisée en l'église de Saint-Michel le premier jour d'aoust audit an, et en a esté le parrain ledit sieur de Vauchelles, mon beau-père, conseiller du Roy, trésorier général de France en Picardie, et la marraine ladite damoiselle Aguesseau, ma mère, qui luy a donné son mesme nom de Marie.
Le quatriesme jour d'avril M VP trente-huict, jour de Pasques, ledict sieur de Vauchelles est décédé en dix heures d'une grande perte de sang qu'il jetta à diverses reprises. Il estoit homme très docte et de bon esprit, très affable et courtois, aagé de soixante-dix ans au jour de son déceds'.
I. La Morlière, dans ses Antiquité^ de la ville d'Amiens (Paris, 1642, p. 127) et le P. Daire, dans son Histoire littéraire de la ville d'Amiens (p. 91) font le plus bel éloge de François de Louvencourt, seigneur de Vauchelles-lès-Authie et de Bourseville, né en 1569 de Jean, conseiller au bailliage, et de Marie de Sacquespée ; son père l'envoya terminer ses études d Paris, puis il alla faire son droit à Bourges ; plus tard, il fut reçu conseiller du roi, trésorier de France et général des finances en Picardie. Maïeur d'Amiens deux années de suite, en 1623 et en 1624, « il ne fit absolument que du bien à sa patrie, qu'il aimoit tendrement. » La Morlière, qui lui adressa un sonnet, le représente, avant son mariage, « comme un jeune homme bien fait, dont le teint étoit vermeil, la bouche sucrée, les yeux faits aux œillades et la muse délicate. » François de Louvencourt, qui rimait à ses heures, répondit par un sonnet à celui que lui avait adressé le bon chanoine. « Naturellement bon, doux, aff'able, il étoit toujours prêt à faire plaisir, et des qualités si rares lui attirèrent le respect et l'amour de tous ses concitoyens. » Il a publié plusieurs ouvrages, entre autres : Ixs Amours, poésies (Paris, IS95), avec son portrait en tète; en parlant de ses vers, il disait : « Ce ne sont ni des vers luisants ni des vers à soie »; il se plaisait du reste aux jeux de mots ; traduction du Voyage autour du Monde de Drackc (Paris, 161 5); il en donna plusieurs éditions; Paraphrase et traduction envers du psautier de saint Augustin (Xmlens, 1627). 11 laissa des mémoires manuscrits sur Amiens et une relation inédite d'un voyage qu'il avait fait en Allemagne et en Italie, voyage qui l'avait mis
Le vendredy quatriesme juin, audict an, neuf heures du matin, ma femme est accouchée d'un fils qui a esté baptisé le mesme jour dans ladite église Saint-Michel;, et en a esté le parrain M^ François Picard, seigneur d'Aubercourt, président et trésorier général de France en Picardie, mon beau-frère, qui luy a donné le mesme nom de François, et la marraine, dame Charlotte Clapisson, ma belle-mère, vefve dudit sieur de Vauchelles.
Le samedy dix-neufiesme jour dudit moys de juin, audit an, ladite dame vefve dudit sieur de Vauchelles est entrée aux dames Ursulines d'Amiens, y a pris l'habit le premier jour de juillet ensuivant et faict sa profession le vingtiesme novembre mil six cens quarante ; elle estoit lors aagée de quarante-deux ans deux mois.
Le quatriesme jour d'octobre M VP trente-neuf, j'ay esté receu en la chambre des Comptes dans mon office de conseiller du Roy et trésorier général de France en Picardie et installé au bureau à Amiens, après y avoir esté receu et preste le serment le vendredy quatriesme jour de novembre ensuivant.
Le dimanche unziesme décembre audit an M VP trenteneuf, à sept heures du soir, ma femme est accouchée d'une fille qui a esté baptisée dans l'égfise Saint-Michel le xv^, et en a esté le parrain François de Louvencourt, escuier, sieur de Vauchelles, mon beau-frère, et la marraine, dame Marie Aguesseau, ma sœur, femme dudit sieur Président d'Aubercourt, qui luy a donné nom Charlotte.
Le vendredy xxiij^ jour d'aoust M VP xlj, ma sœur
en relation avec plusieurs savants. Dans une harangue qu'il prononça le 6 juin 1625 devant Henriette de France, sœur du roi et reine d'Angleterre, à l'occasion de son passage à Amiens, il s'exprima en ces termes : « Si quelqu'un est triste. Madame, ce n'est que du regret de vous voir éloignée; et, en ce cas, Madame, si vos navires n'avoient pas assez d'eau pour vous conduire, nos larmes leur en fourniroient en abondance. » — Le P. Daire le fiiit mourir à Amiens le 4 août 1638; c'est sans doute une faute d'impression pour avril. Il fut inhumé aux Ursulines — « Onl'accusoit d'avoir été vendu au maréchal de l'Estrade. «
Catherine Aguesseau est déceddée à marier à dix heures du matin, au grand regret de nous tous, qui la chérissions beaucoup, estant une très bonne et vertueuse fille.
Le jeudy dixiesme avril M VP quarante-deux, à deux heures du matin, ma femme est accouchée d'une fille qui a esté baptisée le samedy ensuivant dans l'église Saint-Michel, et en a esté le parrain noble et discret M'* Anthoine Picard d'Aubercourt, chanoine de la cathédrale d'Amiens, mon nepveu, et la marraine dame Margueritte Picquet*, vefve de deffunct monsieur de Pissy Piercleué.
Le mercredy sixiesme avril [M VP] quarante-quatre, ma femme est accouchée sur les trois heures du matin d'un fils qui a esté baptisé le lendemain septiesme dudit mois en ladite église Saint-Michel et en a esté le parrain M^' Philipes du Bos, seigneur de Drancourt, conseiller du Roy, trésorier général de France, en Picardie, qui luy a donné nom Jean; sa marraine, damoiselle Marie Duret, vefve de monsieur le Vrin, conseiller du Roy et esleu en Télection d'Amiens.
Le mardy vingt-septiesme septembre 1644, ^^'^^^ sieur d'Aubercourt, président, est mort à sept heures du soir d'une apoplexie en sa terre d'Aubercourt et enterré en l'église du même lieu.
Le vingt-neuf avril M VP quarante-six, à midy et demy, ma femme est accouchée d'un fils qui a esté baptisé le lendemain trente en ladite église Saint-Michel, et en a esté le parrain Monsieur Charles de Louvencourt, mon beau-frère, contrôleur de l'artillerie, qui luy a donné le mesme nom Charles^; la marraine, damoiselle Marie Picard, ma nièce, fille dudit sieur président d'Aubercourt.
1. Elle était fille d'Adrien Picquet, écuyer, seigneur de Dourier, le Qiiesnel, Saulchoy et autres lieux, et de Françoise Scourion ; elle avait épousé Cliarles IV de Louvencourt, seigneur de Pissy et de Pierrecluet, dont plusieurs enfants, entre autres Catherine, mariée X Charles de Cambray, seigneur de Villers-aux-Érables.
2. Nous trouvons sur un feuillet détaché joint au livre de raison les détails complémentaires suivants : « Ledit Charles a esté confirmé le cin-
Le xij^ mars 1650, ma sœur, la présidente d'Aubercotirt, est morte d'une courte haleine. C'estoit une des bonnes, honnestes et vertueuses femmes de son temps, et que je chérissois parfaictement.
Le dix-neufiesme jour d'avril M VP cinquante-deux, à six heures du soir, François de Louvencourt, escuier, sieur de Vauchelles, mon beau-frère, est décédé au grand desplaisir de tous ses proches; il estoit homme de grand esprit, aagé de trente-six ans six mois et non encore marié.
Le quatriesme jour de may M VP cinquante-deux, jour de Sainte-Monique, Marie Aguesseau, nostre fille, est entrée dans la maison des dames de la Visitation de Sainte-Marie, à Amiens, y a pris l'habit de religieuse le dernier jour de juin audit an, et a faict sa profession le sixiesme jour de juillet M VP cinquante-trois'.
Le mercredy xj« septembre M VP cinquante-deux, François Aguesseau, nostre fils aisné, a eu l'honneur d'estre tonsuré extraordinairement par monseigneur l'évesque d'Amiens, messire François Lefebvre de Caumartin, quoyqu'il fût indisposé d'une maladie dont il mourut peu de temps après.
Le dimanche vingt-deuxiesme dudit mois de septembre, ma mère est décédée à huict heures du matin. Femme sage et très vertueuse, et qui est demeurée dans une mesme force d'esprit jusques aux derniers jours de sa vie ; elle avai^ quatre-vingt-deux ans quatre mois au jour de son déceds.
quième aoust 1654 par monseigneur l'évesque d'Amiens, messire François Faure, et tonsuré par ledit évesque le jour du vendredy sainct l'an 1657. Ledit Charles Aguesseau estant entré dans la maison et couvent des révérends pères capucins de la ville d'Amiens au mois de juin de l'année mil six cens soixante-deux, y a pris l'habit le dernier jour de juillet en suivant, et, le mercredy premier jour d'aoust de l'an mil six cens soixante-trois, il a fait profession audit couvent ; il se nomme frère Pascal. Ledit frère Pascal a demeuré au couvent d'Amiens, dans celuy d'Abbeville, au couvent de Montdidier et dans celuy de Soissons, où il est mort de la peste en l'année mil six cens soixante-huict, le troisième jour de juin, âgé de vingtdeux ans. »
I. Dans son contrat d'ingression, portant la même date, on voit que ses père et mère ont versé au couvent de la Visitation une somliie de 5,500 livres pour sa dot.
Ledit François Agucsseau, nostrc fils aisné, Marie et Charlotte Aguesseau ont receu le sacrement de confirmation dudit seigneur évesque de Caumartin.
Le mercredy cinquiesme aoust 1654, J^^^ ^^ Charles Aguesseau, nos enflms, ont receu le sacrement de confirmation de monseigneur l'évesque d'Amiens, M''* François Faure.
Et le vendredy xxiij^ septembre audit an, ledit Jean Aguesseau a esté tonsuré par mondit seigneur évesque.
L'an M VP cinquante-sept, le treiziesme mars, jour du vendredy sainct, Charles Aguesseau a esté tonsuré par mondit seigneur évesque.
François Aguesseau ayant achevé son cours de philosophie au collège des pères jésuites d'Amiens sur la fin de juillet 1657, et n'ayant tesmoigné avoir inclination pour pousser ses estudes plus avant, il seroit party d'Amiens le xv^ octobre audit an M VP cinquante-sept pour Paris, où il auroit esté mis à pension chez M^ Moufle, notaire au Chastelet, à quatre cens livres de pension par an, chez lequel on lui auroit faict venir deux maîtres, l'un pour l'escripture et l'autre pour luy aprendre à danser.
Margueritte Aguesseau, notre fille ayant esté deux années à pension aux filles de la Visitation, où elle auroit tesmoigné vouloir estre religieuse, nous l'aurions faict revenir chez nous sur la fin du mois de septembre M VP Iv pour mieux connoistre sa vocation ; à quoy ayant tousjours persisté, elle seroit retournée en ladite maison de la Visitation de Sainte- Marie le premier jour de juillet M VP cinquante-sept', où elle auroit pris l'habit le dix-septiesme septembre ensuivant et finalement faict son vœu de profession entre les mains de monseigneur l'évesque d'Amiens, M""^ François Faure, le dimanche vingt-deuxiesme jour de septembre M VP cinquantehuict.
1. Son contrat d'ingrcssion est daté du 9 juin 1657, et les 5,500 livres de sa dot ont été versées pat son père le 26 août 1658.
Par contract passé au registre de Nicolas Caron l'aisné, notaire à Amiens, le vingt-sixiesme jour de juillet M VP soixante', ma fille Charlotte Aguesseau a esté alliée par mariage à Philippe Lesperon, escuier, sieur d'Ochencourt et autres lieux, fils et unicque et seul héritier de defFunt Alexandre Lesperon, vivant, escuier, seigneur desdits lieux, fiancée le mesme jour et le lendemain mariée en l'église Saint-Michel. Le jeudy vingt-huictiesme avril M Vj'' soixanteun, elle est accouchée en la ville d'Abbeville d'un fils, lequel après avoir esté asseuré par ordre et suivant la permission de monsieur l'évesque d'Amiens les cérémonies du bastesme en ont esté faictes en l'église de Saint-Esloy d'Abbeville et en ay esté le parrain, et damoiselle Margueritte Manessier, mère dudit sieur d'Ochencourt, la marraine, le mardy septiesme juin audit an 1661, et luy ay donné nom Alexandre, sur ce que ladite damoiselle et ledit sieur d'Ochencourt m'ont tesmoigné en avoir inclination. Il est mort à sept mois et demy.
Madite fille d'Ochencourt est accouchée d'un second fils le vingt-quatriesme septembre M Vj' soixante-deux à huict heures du soir, baptisé audit Saint-Eloy et nommé Jean par monsieur de Belloy*, son grand-oncle paternel, qui en a
1. D'après ce contrat, dont nous avons une copie, le futur apportait, du chef de feu son père, la seigneurie d'Ochançourt, d'une valeur de 200 à 250 livres de rente; la terre d'Haudrechies, tenue en pairie d'Hélicourt, consistant en maison, chambres, colombier, granges, pourpris et ténements contenant 29 journaux d'enclos, 5 à 6 journaux de pré, 57 journaux de terre à la sole, 7 journaux de bois, 120 livres de censives, etc; la terre des Granges, affermée 1600 livres par an; une maison sise au faubourg du Bois d'Abbeville. La future apporta la terre de Vaucheiles-lès-Authie et le fief de la Forteresse, qui lui avait été légués par son oncle maternel François de Louvencourt, plus une maison située rue du Loup-qui-va-à-Rome, tenue de l'évêque par un cens annuel de 20 sols, « en laquelle est demeurant à présent M. Piètre, un jeu de paulme et six petites maisons en dépendantes et joignantes scituez audit Amiens au marché aux bestes, tenues du roy, le tout affermé et loué à deux cens livres par an, et encore la somme de huit mille quatre cens livres en deniers contans que lesdits sieurs d' Aguesseau et dame, sa femme, payeront et fourniront la veille des espousailles. »
2. Jean Lesperon, chevalier, seigneur de Belloy, conseiller du roi, premier président en l'élection de Ponthieu, marié en 1629 à Claude Hermant.
esté le parrain; sa marraine, madame Aguesseau, sa grand'm^re.
Pierj*ç Picard, sieur de Lignières, fils de defFuncte ma sœur d'Aubercourt, est déceddé le jeudy xxix'^ mars M Vj'^lxiij aagé de vingt-huict ans et est enterré à Saint-Michel.
Charles de Louvencourt, escuier, commissaire de l'artillerie, est déceddé à Amiens le lundy seiziesme avril 1663 et est enterré aux Ursulines d'Amiens en leur église soubz la mesme tombe où est enterré deffunct M. de Vauchelles, son père, vis-à-vis la chappelle du Saint-Sacrement.
Le mercredy premier jour d'aoust 1663, mon fils Charles Aguesseau a faict sa profession au couvent des Capucins d'Amiens, où il avoit pris l'habit le dernier jour de juillet 1662, et se nomme frère Pascal.
Le xxvj' septembre M Vj'^ soixante trois, mon fils Jean Aguesseau ayant achevé ses estudes aux pères jésuittes d'Amiens, il est party pour Paris où, à sa prière, je luy envoie faire un second cours de philosophie au collège de Navarre à la pension de M. le Cocq, où il est entré le mercredy trois octob|:e audit an.
Le samedy sixiesme octobre 1663 ma fille d'Ochencourt est accouchée de son troisiesme fils à sept heures et demie du soir, tenu sur le batesme en ladite paroisse de Saint-Éloy le sept dudit mois d'octobre par François Aguesseau, mon fils aisné; sa marraine M"«^ Boussart', grand'tante du baptizé; on luy a donné nom Phihppe.
I. Marie Lesperon, femme de Jacques Groul, écuyer, seigneur de la Folie, Boussart, Boncœur, Saisseval, la Lance, la Mairie et autres lieux, pr«ésident au grenier à sel d'Abbeville.
Naissances, emplois, décedz et enterremens des parens et enfans de François d'Aguesseau, escuyer, seigneur d'Ignocourt et Happeglennes, conseiller du Roy, président trésorier de France et général des finances en Picardie, marié le sixième jour de décembre M Vie soixante-treize à dame Anne de Herte.
JEAN d'Aguesseau, mon a5''eul, fils de Christophe et de damoiselle Anthoinette Destampes, a esté baptisé dans l'esglise de Saint-Barthélémy, à Paris, l'an mil cinq cens cinquante-neuf, et a eu pour parrain Jean Destampes et pour marraine Marie le Grand.
Ledit Jean, en son vivant, receveur général des finances en Picardie, fut allié par mariage avec damoiselle Marie de Louvencourt, ma grand'mère, fille de Charles de Louvencourt, escuyer, seigneur de Pierrecleuet, et de damoiselle .Catherine du Bos, le douziesme may mil cinq cens quatrevingt-douze, luy aagé de xxxij ans et ma grand'mère de vingt-un.
Le dix-huict juillet 1594 naquit Sébastien d'Aguesseau, qui fut baptisé en l'église Saint-Firmin en Castillon, qui eut pour parrain M. de Faucon' [et pour marraine] Françoise d'Aguesseau; ledit Sébastien n'a vescu que quinze jours.
Le dernier septembre M V' iiij'"' xv naquit Marie d'Aguesseau, qui a esté baptisée en ladite église Saint-Firmin et a
I. Antoine de Faulcon, chevalier, gouverneur de Nogent-le-Roi, avait épousé vers 1592 Marie de Louvencourt, fille de Charles II, seigneur de Pierrecluet, Pissy et Béthencourt, et de Jacquette Rohault; elle était alors veuve de Philippe du Bos, écuver, seigneur de Drancourt et d'Aubercourt ; ayant perdu son second mari avant 1602, elle acheta le 6 septembre 1605 la terre de Happeglenne-Ignaucourt, adjugée par décret sur FrançoisNavelet. N'ayant point eu d'enfants de ses deux unions, elle institua légataire universelle de tous ses biens sa nièce, Marie de Louvencourt, femme de Jean 1" d'Aguesseau. Elle mourut à Amiens au mois de juillet 161 1 et fut enterré dans l'église Saint-Michel.
eu pour parrains MM. Gory et de Pierredeuet, et pour marraines M"" Marie de Louvencourt et Françoise Legay.
Le trente décembre M V'^ iiij"xvij est né Jean d'Aguesseau, mon père, baptisé en l'esglise Saint-Michel, qui a eu pour parrains MM. de Herte, trésorier de France, et de la Bistrade, receveur général des traites; pour marraines mesdemoiselles de Pissy et de Lan.
Le vingt-quatre mars M V'" ili)" xviiij naquit Adam d'Aguesseau, baptisé en l'esglise Saint-Michel; a eu pour parrains MM. Chevrières et Charles d'Aguesseau ; ses marraines, mesdemoiselles Pingre et de Herte. Mort garçon.
Le I" jour d'avril M VI-" naquit Margueritte d'Aguesseau baptisée en l'esglise Saint-Michel; ses parrains, Messieurs de Lure et Guillon; ses marraines, Mesdemoiselles Fedeau et Leurin. Ladite Margueritte, religieuse ursuline à Amiens. Morte le x^ avril M VL Ixxvj.
Le 30 septembre M VP un naquit Anthoinette d'Aguesseau, baptisée en l'esglise Saint-Michel ; ses parrains, MM. de Lanseray et Jaquart; ses marraines, Mesdemoiselles Gory et Petit. Ladite d'Aguesseau morte fille.
Le 20 janvier 1603 naquit Françoise d'Aguesseau, baptisée en l'esglise Saint-Michel à Amiens; ses parrains, MM. de Pissy et Gorguette; ses marraines. Mesdemoiselles Pierredeuet et de Marché. Morte fille.
Sont encore naiz depuis deux garçons nommez Nicolas et Philippes, morts jeunes.
Le vingt-deux avril M VL xv, Jean d'Aguesseau, receveur général des finances, mon grand-père, mourut aagé de cinquante-six ans, et est enterré en l'esglise de Sainct-Michel.
Le vingt-neuf juillet 1634, Jean d'Aguesseau, escuyer^ seigneur d'Ignocourt et Happeglennes^ conseiller du Roy, président trésorier de France et général des finances en Picardie, mon seigneur et très honoré père, a esté marié avec damoiselle Marie de Louvencourt, fille de François de
Louvencourt, escuyer, seigneur de Vauchelles, conseiller du Roy, trésorier de France, et de damoiselle Charlotte Clapisson, sa troisiesme femme, mon père aagé de trentecinq à trente-six ans et ma mère de quatorze à quinze ans.
Le quinze juillet 1636, à dix heures du matin, ma chère mère est accouchée de Marie d'Aguesseau, ma sœur aisnée, baptisée en l'esglise de Saint-Michel le i" aoust ensuivant ; son parrain, François de Louvencourt, mon grand-père maternel; sa marraine, Marie de Louvencourt, ma grand'mère maternelle, qui luy a donné ledit nom de Marie.
Le 4 avril 1638, jour de Fasques, ledit sieur de Vauchelles, mon grand-père, est décédé en dix heures d'une grande perte de sang qu'il jetta à diverses reprises. Il estoit très docte et sçavant, de bon esprit, affable, courtois et en très bonne réputation, aagé de soixante-dix ans au jour de son déceds.
Le vendredy 4 juin 1638, à neuf heures du matin, je naquis et, le mesme jour, je fus baptisé en l'esglise de Saint- Michel; mon parrain fut François Picard, escuyer, seigneur d'Aubercourt, lieutenant criminel et depuis trésorier de France, mon oncle; ma marraine, Charlotte Clapisson, et je fus nommé François.
Le samedy dix-neufiesme jour de juin 1638, ladite Charlotte de Clapisson, vesve dudit sieur de Vauchelles, est entrée aux dames Ursulines d'Amiens, y a pris l'habit le premier jour de juillet ensuivant et fait sa profession le vingtième novembre mil six cens quarante, lors aagée de quarante-deux ans deux mois.
Le 4^ jour d'octobre 1639, Jean d'Aguesseau, mon père, a esté receu en la chambre des Comptes en son office de conseiller du Roy et trésorier général de France en Picardie et installé au bureau à Amiens après y avoir esté receu et preste le serment le vendredy quatriesme jour de novembre ensuivant.
Le dimanche onziesme décembre 1639, X sept heures du soir, naquit Charlotte d'Aguesseau, ma seconde sœur, baptisée dans Saint-Michel le xv^; son parrain, François de Louvencourt, nostre oncle; sa marraine, Marie d'Aguesseau, ma tante, qui lui a donné le nom de Marie.
Le jeudy x^ avril 1642, h deux heures du matin, naquit Margueritte d'Aguesseau, ma cadette, baptisée en l'esglise Saint-Michel; son parrain, Antoine Picard, chanoine de Nostre-Dame d'Amiens, mon cousin; sa marraine, Margueritte Picquet, vefve de M. de Pissy.
Le vendredy sixième avril 1644, sur les trois heures du matin, naquit Jean d'Aguesseau, mon frère, qui a esté baptisé le lendemain en l'esglise Saint-Michel; il a eu pour parrain Philippe du Bos, escuyer, seigneur de Drancourt, conseiller du Roy, trésorier général de France et général des finances; sa marraine, damoiselle Marie Duret, vefve de M. Leurin, conseiller du Roy et esleu en l'eslection d'Amiens.
Le mercredy vingt-septiesme septembre 1644, François le Picart, mon oncle et parrain, escuyer, seigneur d'Aubercourt et autres lieux, conseiller du Roy, président trésorier de France et général des finances, auparavant lieutenant criminel au bailliage et siège présidial d'Amiens, est mort à sept heures du soir d'une apoplexie en sa terre d'Aubercourt et enterré en l'esglise du mesme lieu.
Le vingt-neuf avril 1646, à midy et demy, naquit Charles d'Aguesseau, mon frère le cadet, baptisé le lendemain trente en l'esglise Saint-Michel; son parrain, M. Charles de Louvencourt, mon oncle, contrôleur de l'artillerie; la marraine, Marie Picart, ma cousine.
Le 12 mars 1650, ma tante Marie d'Aguesseau, dame d'Aubercourt, est morte d'une courte haleine et a esté enterrée en l'église Saint-Michel. C'estoit une des bonnes, honnestes et vertueuses femmes de son temps.
Le 19 avril 1652, à six heures du soir, François de
Louvencourt, escuyer^ sieur de Vauchelles, mon oncle, est décédé au grand desplaisir de tous ses proches. Il étoit homme de grand esprit, aagé de trente-six ans six mois et non marié. Il est enterré dans l'esglise Saint-Michel.
Le quatrième jour de may 1652, jour de Sainte-Monique, Marie d'Aguesseau, ma sœur aisnée, est entrée dans la maison des dames de la Visitation de Sainte-Marie à Amiens, y a pris l'habit de religieuse le dernier jour de juin audit an et a fait sa profession le sixième jour de juillet 1653.
Le mercredy onziesme septembre 1652, moy, François d'Aguesseau, ai eu l'honneur d'estre tonsuré extraordinairement par monseigneur l'évesque d'Amiens, M""^ François Lefèvre de Caumartin, quoiqu'il fût indisposé d'une maladie dont il est mort quelque temps après.
Le dimanche 22 de septembre 1652, Marie de Louvencourt, ma grand'mère, est décédée à huict heures du matin. Femme sage et très vertueuse et qui est demeurée dans une mesme force d'esprit jusques au dernier jour de sa vie; elle avoit quatre-vingt-deux ans quatre mois au jour desondéceds.
Le i^"" jour de juillet 1657, Margueritte d'Aguesseau, ma cadette, est entrée au couvent de la Visitation d'Amiens, où elle a pris l'habit le dix-septième septembre ensuivant et fait ses vœux de profession entre les mains de monseigneur l'évesque d'Amiens, M'^ François Faure, le dimanche vingtdeuxième jour de septembre 1658, qui fit la prédication; et madite sœur eut pour nom de religion sœur Margueritte- Dorothée.
Le vingt-neuf'' jour de juillet M VF soixante, ma sœur Charlotte d'Aguesseau a esté alliée par contrat de mariage à PhiUppes Lesperon, escuyer, seigneur d'Ochencourt, Outrechies et autres lieux, fils unique et seul héritier de deffunt Allexandre Lesperon, vivant, escuyer, seigneur desdits lieux, fiancée le mesme jour, et, le lendemain, mariée en l'esglise Saint-Michel.
Le jeudi vingt-huict avril M VP soixante et un, madite sœur d'Ochencourt est accouchée en la ville d'Abbeville d'un fils, lequel après avoir esté asseuré par ordre et suivant la permission de monseigneur l'évesque d'Amiens les cérémonies du batesme en ont esté faites en l'esglise de Saint- Éloy d'Abbeville; le parrain, M. Jean d'Aguesseau, mon père; la marraine, damoiselle Marguerite Manecier, bellemère de ma sœur, le mardy septième juin 1661, qui fut nommé Alexandre par son parrain; il est mort à sept mois et demy.
Le vingt-quatriesme septembre 1662, à huict heures du seoir, ma sœur d'Ochencourt est accouchée d'un second fils baptisé audit Saint-Éloy; son parrain, M. de Belloy, son grand-oncle ; sa marraine, Marie de Louvencourt, ma mère ; appelé Jean.
Pierre Picart, escuyer, seigneur de Lignière, mon cousin germain, fils de François, seigneur d'Aubercourt, et de Marie d'Aguesseau, est décédé le jeudy vingt-neuf mars 1663, de la goûte, aagé de vingt-huict ans et est enterré à Saint- Michel.
Charles de Louvencourt, mon oncle, escuyer, commissaire de l'artillerie, est décédé à Amiens le jeudy seiziesme avril 1663; il est enterré dans l'esgHse des Ursulines d'Amiens soubz la mesme tombe où est enterré feu M. de Vauchelles, son père, vis-à-vis la chapelle du Saint-Sacrement.
Le dernier jour de juillet 1662, Charles d'Aguesseau, mon cadet, a pris l'habit de capucin au couvent des Capucins de cette ville d'Amiens, et fut nommé frère Pascal; le mercredi premier jour d'aoust M Vh soixante-trois, il fit sa profession.
Le vingt-six septembre 1663, Jean d'Aguesseau, mon frère, à sa prière, a esté envoie à Paris au collège de Navarre, où il a fait un second cours de philosophie, ensuite étudié trois ans en théologie, fait par après maistre ès-arts; il a enseigné ensuite la philosophie à plusieurs écoliers au
collège, demeurans alors en celuy des Cholets, dans le dessein de se faire docteur de la maison de Sorbonne, plustôt que de celle de Navarre, à ma très humble prière et requeste.
Le samedy sixième octobre 1663, ma sœur d'Ochencourt est accouchée d'un troisiesme fils à sept heures et demie du soir, baptisé le lendemain dans l'esglise de Saint-Éloy; je l'ay tenu sur les fonds avec damoiselle Boussart, grand'tante du baptizé, qui fut nommé Philippe.
Charles d'Aguesseau, mon cadet, capucin, nommé frère Pascal d'Amiens, après son novitiat et sa profession en ceste ville d'Amiens, fut demeurer à Abbeville, ensuite à Saint- Quentin, après à Montdidier et finallement en la ville de Soissons, où il est mort à l'aage de vingt-deux ans de la peste le troisiesme jour de juin mil six cens soixante-huict. Cestoit un garçon extrêmement sage, zélé pour la gloire et le service du souverain de la terre et des cieux; il demanda à son révérend père gardien avec beaucoup d'empressement et d'ardeur qu'il luy accordât la permission de rester en son couvent pour secourir et ayder ceux de la maison à qui il plairoit à Dieu d'envoier la maladie contagieuse. Le bon père gardien, après lui avoir remontré le péril dans lequel il vouloit rester, ayant recognu que mon cher frère estoit absolument déterminé et souhailtoit de tout son cœur demeurer afin d'assister les pauvres pestiférés, luy accorda sa prière, dont il tesmoigna une joie infinie à son supérieur, mais elle ne fut pas longue, car, quelques jours ensuite, étant à matines, il sentit un grand mal de cœur qui le fit vomir assez abondamment; deux de ses compagnons le prirent par-dessous les bras et, le soutenant, le menèrent à sa chambre, où ils le mirent au lict; un d'eux resta auprès de luy jusques au jour, où le gardien luy vint rendre visite, et, ayant recognu qu'il avoit de l'émossion, il commanda qu'il fût porté dans l'infirmerie. L'après-dînée, il eut la
Hèvre assez violente. M' de la Cointe, chirurgien de la peste, luy fit prendre une portion et jugea que c'estoit la maladie contagieuse; aussy, le seoir, il fut frappé de cette funeste maladie. Il se confessa sur les neuf heures du seoir; à onze heures, il receut le très sainct-sacrement, et lendemain du matin, il demanda l'extrême-onction, qui luy fut apportée sur les dix heures. Après avoir montré une grande résignation et véritable soumission aux ordres de son maître et le mien, son âme s'envola dans le ciel jouir de la récompense que méritoit le zèle qu'il avoit eu d'assister son prochain dans une maladie où il est permis d'abandonner ses plus proches et intimes. Sa mort nous a tous extrêmement surpris et affligés. Dans mon particulier, j'en fus sensiblement touché; j'aimois beaucoup ce cher frère. Le révérend père Lemaître, qui l'a receu et longtemps confessé, et tous les bons pères capucins qui le cognoissoient ont asseuré qu'on a sujet de croire que c'est un sainct. Il est enterré dans leur couvent dé Soissons. Le neuvième jour d'avril 1670, M. Jean d'Aguesseau, mon seigneur et très honoré père, m'a résigné sa charge de trésorier de France et général des finances de laquelle, après mon droit de résignation et du marc d'or payé, j'ay esté pourveu par Sa Majesté le 5= avril 1671. J'ay fait et preste le serment' le 19 juillet ensuivant ès-mains de monseigneur de Seguier, chevalier, chancelier de France. J'ay esté receu en la chambre des Comptes après touttes les formes observées le seize aoust audit an 1671, et installé au bureau des finances à Amiens le
I. Dans le serment prêté par les trésoriers à leur réception, « ils promettent de bien servir le roi, dit le P. Daire, de faire venir les deniers royaux le plus tôt qu'ils pourront, de réparer les maisons et hôtels de Sa Majesté, de défendre le domaine, bien loin de consentir à son aliénation, de garder le secret sur les affaires du roi, et de ne point se laisser corrompre par les présens. Un trésorier prend le titre de chevalier et a le droit d'être enterré avec des éperons dorés ». Le même auteur ajoute que les charges de trésoriers étaient très « recherchées à cause des privilèges et de la noblesse au troisième degré qui y sont attachées ». (Histoire d'Amiens, 1, 148-149.
Le vingt-neufième jour de novembre M VP soixante et onze, j'ay esté allié par contrat de mariage' à damoiselle Anne de Herte, fille de messire Jean de Herte, chevalier, seigneur de Haille, conseiller du Roy en ses conseils d'Estat, premier président au présidial d'Amiens, et de dame Anne de Boquillon; nous avons fiancé le du mesme
mois, et nous nous sommes mariés le jour de Saint-Nicolas, sixième jour de décembre ensuivant, avec dispence du temps et deux bans, moy aagé de 3 [3] ans et ma très chère et aymable maîtresse de seize à dix-sept ans.
Le 19* jour de juin de l'année mil six cens soixante et douze, Jean d'Aguesseau, mon cher frère, que j'aimois tendrement d'inclination à cause de ses aimables qualités, bachelier de la maison de Sorbonne et sur le point de prendre le bonnet de docteur de ladite maison, est mort en trois jours d'un épanchement de bile au collège des Cholets, après avoir receu tous ses sacrements. Il fit une confession générale à M. de Lestoc, docteur de Sorbonne, son grand ami, qui nous a mandé que ce cher frère a eu une présence d'esprit jusques au dernier soupir, qu'il est mort en véritable chrestien. Sa fin a esté comme toute sa vie tout à fait
I. Le contrat de mariage fut passé par-devant Antoine Limeu, notaire à Amiens, en présence des père et mère du futur, de Charlotte d'Aguesseau, sa sœur, femme de Philippe de Lesperon, d'Antoine le Picard, seigneur d'Aubercourt, chanoine de la cathédrale d'Amiens, son cousin germain, d'une part, et, du côté de la future, d'Anne Thierry, veuve de Jean de Hertes, écu^-er, et d'Anne Piquet, sa femme, frère et belle-sœur de la future, d'Etienne de Hertes, chevalier, seigneur de Belleval, présidenttrésorier de France à Amiens, maître d'hôtel du roi, et de Françoise Courtois, sa femme, oncle et tante de la future, et d'Antoine Le Caron, écuyer, sieur de la Mothe, Fontaine et autres lieux, ancien premier échevin d'Amiens, cousin des deux futurs. Les sieur et dame d'Aguesseau donnèrent à leur fils les terres et seigneuries de Happeglenne et d'Ignaucourt, « consistant en haute, moyenne et basse justice, maison seigneuriale fermée de doubles fossés et d'un pont-levis, colombier, jardin, enclos, terres labourables, prés, bois, moulin à eau, droit de champart, de pêche », etc., plus la charge de président et trésorier de France à Amiens, « à la charge que ledit sieur d'Aguesseau père jouira sa vie durant de la moitié des gages dudit office », comme il s'était aussi réservé la moitié des revenus de la seigneurie de Happeglenne. La future reçut en dot une somme de 30,000 livres.
vertueuse et bien réglée. Ses parens et ses amis en ont eu une douleur sans pareille; nous avions sujet de croire que, s'il avoit pieu \ Dieu de le laisser vivre, il auroit esté un grand homme, mais cette souveraine providence en a faict un grand sainct en nous le retirant de si bonne heure, s'il est permis de tirer des conséquences de sa vie et de sa mort. Il a esté enterré dans l'esglise de Sorbonne, où tous ceux de cette maison et ceux de Navarre ont assisté avec tous ceux de l'Université dans laquelle il estoit fort cognu et parfaitement aimé. Il avoit refusé deux fois une prébende à pension que luy procuroient mon père et ma mère, qui souhaittoient fort la chose ; il n'en voulut pas à cause qu'il trouvoit de la simonie à payer la pension que demandoient les résignans.
Le vingt-neufiesme jour de juillet M VP soixante-douze, Philippes Lesperon, escuyer, seigneur d'Ochencourt et autres lieux, mon beau-frère, est mort de la petite vérolle en sa terre des Granges, en Normandie, — câgé de quarantequatre ans — d'où son corps a esté amené dans un carosse à Abbeville, séjour de sa demeure ordinaire, où il a esté enterré dans l'esghse de" .11 estoit
sçavant, avoit beaucoup de lecture et de l'esprit infiniment. Il n'a laissé qu'un fils unique.
Le vendredy dixiesme jour de febvrier mil six cens soixante-treize, ma très chère sœur aisnée, Marie-Anne d'Aguesseau, religieuse de la Visitation, est morte après minuict, aagée de trente-six ans et vingt de religion. Elle est enterrée audict cojvent. Cette très chère sœur, que j'aimois de tout mon cœur et fort particulièrement, est regrettée de tous ses proches et fort sensiblement des bonnes sœurs de la Visitation à cause de son esprit, de son jugement sollide, de son inclination vertueuse et de son bon naturel. Sa douceur, son égalité, son honesteté, sa modestie,