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Citons encore cette page amusante de Veuillot, dons les

prétendre que V Histoire de la littérature anglaise exige moins d'invention qu'un acrostiche et un bout-rimé. Et le jour n'est pas loin où ces façons de concevoir la critique paraîtront aussi surannées et provoqueront autant de sourires que le jugement que nous avons rappelé de Voltaire sur le genre du roman.

Et cela est si vrai, la critique a si bien obtenu droit de cité dans la haute littérature, que nombre de romanciers contemporains ont débuté par la critique, et, bien loin d'avoir honte de leurs débuts, reviennent volontiers à ce genre d'études qui a commencé leur réputation. Tel est, par exemple, le cas de M. Bourget, de M. E.-M. de Vogiié, de M. Edouard Rod, de M. Anatole France. Le pre-

Lihres Penseurs (3* édition, I, xvii, p. 70) : « Je ne pense aucun mal de la critique. Ce n'est point un sot métier lorsqu'on y apporte du jugement et de l'expérience; ce n'est point un vil métier lorsqu'on y apporte de la bonne foi. L'homme instruit, bien élevé, l'honnête homme qui emploie sa probité à redresser les torts des écrivains, et son bon goût à régler leur imagination fait une chose très utile, très nécessaire. Si le public ne l'en récompensait pas, les écrivains eux-mêmes devraient le prendre à leur charge, lui faire des rentes, le bien vêtir, et, quand un fauteuil est vidé dans leur Académie, aller en cérémonie le prier de s'y asseoir. Leur plus grand intérêt est de provoquer ses conseils et même ses réprimandes. II a le droit d'être aussi sincère, aussi sévère qu'il lui plaît. Lorsqu'il est capable et de bonne foi, je n'exige plus de lui (ju'une chose; c'est qu'il sache, tout magistrat qu'il est, se tenir à sa place, à son rang secondaire, veillant à traiter toujours avec respect, même à l'instant qu'il le blâme, le dernier des auteurs qui déploie un peu de sève et de force créatrice. Car, enfin, que deviendrait le plus grand et le plus habile critique du monde, s'il n'y avait pas des auteurs, des esprits féconds qui surgissent, qui inventent et dont les inventions lui donnent matière à parler? Il n'aurait jamais l'honneur de se faire un nonf dans les lettres, il ne serait qu'un planteur de choux. » — Voir aussi Tolstoï, Qu'est-ce que Vart? (p. 147.)

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L'ŒUVRE DE SAINTE-BEUVE. Ii7

mier écrit de M. Anatole France est une étude sur Alfred de Vigny, et ses nombreuses préfaces à des éditions d'auteurs français classiques ou modernes, ses feuilletons de la Vie littéraire surtout ont sans doute plus fait pour le révéler au grand public que tes Noces corinthiennes et peut-être même que le Crime de Sylvestre Bonnard. M. Rod a mené presque toujours de front le roman et la critique; et ses Etudes sur le XIX^ siècle^ ses Idées morales du temps présent surtout ont certainement plus contribué à attirer l'attention sur lui que Palmyre Veulard^ son premier roman. Quel que soit le mérite des premiers vers et des premières nouvelles de M. Bourget, sa véritable entrée dans les lettres et dans la renommée date des Essais de psychologie contemporaine', et ni le Disciple, ni la Terre Promise, ni Un Divorce même n'ont fait oublier aux connaisseurs ces pages d'une sincérité si passionnée et d'une pénétration si vibrante. Qu'on songe enfin à tout ce qui manquerait à l'œuvre de M. de Vogué, — et à la littérature contemporaine, — si l'aduiirable Roman russe n'existait pa&. De tels faits, de tels exemples parlent assez haut, et prouvent surabondamment la place éminente qu'occupe la critique dans les préoccupations et dans les habitudes littéraires d'aujourd'hui.

a Ce sera un des ridicules du xix® siècle aux yeux de la postérité qu'il ait laissé moins de livres proprement dits que de livres consacrés à rendre compte des livres. » Celui qui parle ainsi, non sans injustice peut-être, est un écrivain de verve et de

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talent qui, do son propre aveu, s'est cantonné exclusivement dans la critique, et qui y a dépensé sans compter des trésors d'esprit, de bon sens, de lucidité et d'expérience morale. M. Emile Faguet, — car c'est lui *, — est ici trop modeste, comme toujours. Il feint d'ignorer que la critique, telle qu'il la pratique avec quelques autres, exige des dons aussi rares que le roman, le théâtre ou la poésie ; il affecte même de croire qu'elle « n'a aucune espèce. d'influence i» ; en un mot, il oublie ses livres. Mais on peut en appeler contre M. Faguet à M. Faguet lui-même. Il nous avoue quelque part^ certains « péchés de jeunesse », des vers, des commencements de romans ou de nouvelles. Il n'aurait pas jeté au feu ces essais juvéniles, il aurait récidivé, et récidivé publiquement, bref, il ne se serait pas condamné à ne faire que de la critique, s'il avait, dans son for intérieur, cru travailler à une œuvre moins élevée et moins utile.

Enfin, il y a un écrivain contemporain qui, celuilà, n'a jamais fait ni voulu faire que delà critique, qui y a mis son point d'honneur en quelque sorte, et qui a vu là un emploi suffisant de son activité littéraire. Jamais non plus il n'a failli à revendiquer hautement les droits et les prérogatives du genre qu'il avait délibérément adopté. Que de fois M. Brunetière n'a-t-il pas déclaré que la critique elle aussi était « une forme de l'action ! » Et qui ne se rappelle la belle page, véhémente comme un

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