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Histoire de la littérature française, t. II, p

2. Menus propos sur la critique {Benaissance latine, janvier 1903).

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l'oeuvre de SAINTE-BEUVE. 119

défi OU une déclaration de guerre, où il exposai-t un jour le programme de sa vie et sa conception de la critique ' ! La critique ainsi comprise est non seulen;ient utile, elle est indispensable à l'écrivain d'imagination; elle éclaire et elle lui crée son public; elle le met en garde contre ses défauts, elle l'aide à prendre conscience de lui-même, à exploiter utilement son talent; elle est pour lui la plus pré-

1. Voir, dans la Revue des Deux Mondes du l" janvier 1892, la fin de rarticlc Sur la « Littérature » (recueilli dans les Essais sur la littérature contemporaine ^ Calmann Lévy, 1892) : « Si j'ai cru longtemps : — qu'en se faisant une loi de ne jamais toucher aux personnes, de les distinguer ou de les séparer de leurs œuvres, et de ne discuter que les idées ou le talent; — qu'en parlant de ses contemporains comme on aurait pu faire des Latins ou dos Grecs, avec la môme liberté, mais avec le même détachemept de soi; — qu'en essayant de se placer au point de vue de l'histoire, et do se dégager de son propre goût, sinon pour entrer dans les raisons du goût des autres, mais pour maintenir les droits de la tradition, (jui sont ceux de l'esprit français lui-même, et, en un certain sens, de la patrie; — (ju'en ne négligeant aucun moyen d'accroître l'étendue de ses informations, d'en réparer laborieusement l'insuffisance ou la pauvreté; — qu'en évoluant pour ainsi dire avec les auteurs eux-mêmes, et en s'efforçant de triompher du mauvais amour-propre qui nous fait mettre (luelquefois l'accord de nos doctrines au-dessus de la sincérité de notre impression; — qu'en se défendant de juger en son nom, et en réduisant au plus petit nombre possible les principes du jugement esthétique ou moral; — si j'ai cru que l'on réconcilierait les auteurs et la critique, je suis désabusé.... Mais, bien loin de décourager ou de lasser la critique, ii'est-ce pas ce qui doit, au contraire, l'assurer de son utilité? Car ne provoquerait-elle pas moins d'impatience autour d'elle, si elle n'était pas une forme de l'action? Et si, d'autant qu'elle est plus impartiale, ou plus impersonnelle, qu'elle s'efforce au moins de l'être, et qu'elle s'en picjue, il semble justement qu'on la trouve plus importune, est-il au monde une preuve" plus claire que les idées sont ûc» forces f et que la « littérature • est quehiue chose de plus ([u'un divertissement de mandarins, buvant du vin exquis dans « des tasses mille fois remplies », et traçant avec leur pinceau des « caractères légers comme des nuages de fumée »?

cieuse des collaboratrices ; à un point de vue plu« général encore, elle entretient, elle renouvelle le culte des chefs-d'œuvre; elle relie entre elles les générations successives; elle jette sur toute sorte de sujets des idées dans la circulation : n'est-ce pas là un emploi de la vie et de la pensée qui en vaut un autre, et qui, pour être différent peut-être, ne le cède à aucun autre en noblesse, en intérêt général, et en utilité sociale?

Et si Ton trouve que ce sont là des théories de critique trop* intéressé à ne pas médire de son métier ou de son rôle, écoutons maintenant un poète, un romancier^ un dramaturge, qui, dans ce dernier domaine surtout, s'est fait une place singulièrement enviable. « J'ai dessein, écrivait il y a quelques années M. Jules Lemaître, j'ai dessein de reprendre et de poursuivre cette série des Contemporains, interrompue pendant cinq ou six ans par des besognes à la fois plus ambitieuses et au fond plus frivoles. Car c'est sans doute encore la forme de la critique qui, à propos des personnes originales de notre temps ou des autres siècles, permet le mieux d'exprimer ce qu'on croit avoir, touchant les objets les plus intéressants et même les plus grands, d'idées générales et de sentiments significatifs *. » Si parfois la critique a été l'objet d'injustçs dédains, la voilà maintenant bien vengée.

Ainsi donc, mêlée et confondue longtemps avec tout ce qui n'était pas elle, la critique peu à peu,

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