XIV PRÉFACE
notre époque, mais encore nous découvrons plus d'une fois chez eux comme des confirmations anticipées, et jusqu'alors inaperçues, de nos propres pressentiments. Les œuvres de génie sont justement celles que les contemporains ne comprennent pas tout entières, et qui plus encore qu'au présent, s'adressent surtout à l'avenir. Il a fallu toute l'érudition historique, toute l'impartialité critique, toute la pénétration psychologique*, toute ta sympathie religieuse du xix® siècle pour bien entendre le Pohjeucte de Corneille; et qui sait si, sans les controverses récentes sur l'apologétique, nous saisirions bien aujourd'hui toute la signification des Pensées de Pascal? Ainsi rapprochées de nous, ainsi mêlées à notre vie morale, les œuvres d'autrefois s'éclai- \
rent d'une lumière toute nouvelle; elles prennent alors tout leur sens ; le frémissement de la vie circule de nouveau en elles. Nous retrouvons, à travers ces phrases toujours vibrantes, les généreuses passions qui les ont jadis soulevées; nous revoyons les êtres de chair et de sang qui les ont écrites, et, à les sentir si près de nous, nos contemporains, presque nos frères, nous sommes tentés d'invoquer leur témoignage dans nos luttes d'idées et dans nos conflits de doctrines.
C'est là une tentation à laquelle on finit toujours par céder : avec raison, d'ailleurs. Si l'histoire était cette chose morte à laquelle certains, — des naïfs ou des habiles, — voudraient obstinément la réduire, ce serait la plus décevante des besognes et le plus puéril des divertissements. L'histoire est chose vivante, et elle est maîtresse d'action. En nous mettant en rapport avec ceux qui nous ont précédés dans la vie, elle nous est un moyen, non seulement d'élargir notre expérience et de communier, pour ainsi dire, avec toute l'humanité disparue; elle éclaire le présent par le passé; elle