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CHAPITRE V L'ordre international

Il y a, de l'autre côté de nos frontières, des hommes qui se nourrissent du même pain et qui vivent de la même foi, qui sont rivés aux mêmes tâches et qui souffrent des mêmes douleurs, qui pleurent sur les mêmes morts et qui se bercent des mêmes espérances. Si la Providence a voulu qu'ils constituent, sur le vaste univers, des sociétés différentes de la nôtre pour mieux prospérer dans la patrie qui naît du sol, de la race, de la foi, du travail et de l'histoire, devons-nous oublier qu'ils sont nos frères dans le Christ et que le monde entier doit s'unir dans l'universelle charité? Non, car « la vie est plus que les circonstances et l'homme plus que son milieu ».

C'est donc l'importante question de la société internationale qui se pose, société aussi utile que la Cité, aussi nécessaire que l'Etat, société dont il convient d'étudier les lois, et qu'il faut établir sur les assises solides de l'antique Chrétienté.

« Le patriotisme, compris à la façon des anciens, dit en effet Mgr Spalding, n'est qu'une vertu étroite... Pour nous, au contraire, la nationalité a cessé d'être la limite des sympathies individuelles... Parmi les causes qui ont, de la sorte, élargi l'horizon de la pensée moderne, il faut au premier rang mettre le Christianisme. »

Nous avons, en effet, nous autres catholiques, plus de titres que quiconque à nous intéresser à l'ordre international.

N'est-ce pas le Christ qui, le premier, a dit « Bienheureux les pacifiques »? N'est-ce pas Lui qui, à la religion étroite et cruelle de la Cité, substitua une religion plus humaine et plus compatis-

santé? N'est-ce pas Lui, encore, qui demanda à ses disciples de pratiquer les vertus douces : la pitié, l'indulgence, l'oubli des injures? N'est-ce pas sous l'influence du Christianisme que le droit international a pu prendre jour et se revêtir de plus de justice et de plus de bonté? N'est-ce pas saint Augustin, qui a osé écrire qu'il était « plus glorieux de tuer la guerre par la parole que de tuer les hommes par le glaive » (i)? Les Papes n'ont-ils pas, maintes fois, arbitré les nations ? Faut-il donc rappeler les efforts tentés par l'Eglise au cours des siècles pour restreindre les guerres et pour donner au monde la paix générale? Faut-il encore nous rappeler que saint Bernard, du fond de sa cellule, dirigeait la chrétienté, réalisant à la lettre ces paroles de Tertullien : « le monde est une république, patrie du genre humain »? Si les catholiques comprenaient mieux les devoirs de « la chrétienté », il y aurait sur la terre un peu plus de paix? Pourquoi nous serait-il interdit de tendre vers ce but?

N'oublions pas que nos pontifes nous y encouragent. « La paix est un devoir pour les chrétiens», affirmait autrefois Innocent III (2). Léon XIII ne pensait pas autrement et Pie X, lui aussi, déclarait récemment que c'était « une tâche très noble, en vérité, de promouvoir la concorde des esprits, de réfréner les instincts belliqueux et d'écarter les dangers de la guerre (3)».

Et Pie X ajoute : « Nous supplions ardemment le Seigneur, qui connaît les cœurs des hommes et peut les changer à sa volonté, d'assister de sa faveur ceux qui travaillent à procurer la paix aux peuples et d'accorder lui-même, dans sa bonté, la paix aux nations qui l'appellent de leurs vœux incessants, afin que, loin des calamités de la guerre et des conflits, elles puissent reposer une fois, enfin, dans « la douceur de la paix. »

Malheureusement, la nature humaine est faible et il y aura toujours des nations qui,oubliant que« la Justice les élève» (4),

(1) Saint Augustin, Lettres, 362, ad Darium.

(a) Cité j>ar Merignhac dans son Traité de l'arbitrage, p. 3a (voir plus loi*). /3) Lettre de S. S. Vie X au délégué apostolique des Etats-Unis (11 juin i\fii). 't4) « L,a Justice élève les Nations » (Prov., xiv, 34).

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pécheront contre la Justice et recourront aux armes pour opprimer le droit. Est-ce une raison pour ne pas chercher des bases plus solides au droit international, pour ne pas opposer de solides barrières à l'impérialisme des peuples, pour ne pas rendre la guerre moins fréquente et moins brutale, pour ne pas se souvenir enfin des paroles de Jeanne d'Arc : « Dans la poitrine de tout homme, je vois une âme pour mon Dieu? 1

. Les <( faits internationaux »,en se multipliant, facilitent le rapprochement des nations.

Jamais les relations internationales n'ont été aussi complexes et aussi étendues. C'est là un fait digne d'attirer notre attention parce qu'il nous fera mieux comprendre la nécessité du Droit international et les aspirations des peuples modernes vers plus d'ordre et vers plus de paix.

On aura un tableau assez précis et une interprétation avisée des faits les plus caractéristiques de la vie internationale en lisant le récent travail de M. Combes de V Estrade. L'auteur, pour faire œuvre pratique, s'est surtout attaché à l'étude des faits internationaux et du droit international. Son dernier chapitre, seul, est consacré à l'hypothétique et lointaine « société des nations » :

'Combes de Lestrade (Vicomte). — La Vie internationale. — - Paris, Lecoffre, 191 1 , in-12 de 187 p. — Prix : 2 fr. 5o.

Les faits internationaux ; Union postale. Colis postaux. Convention de Berne. Commission permanente des chemins de fer. L'union monétaire. Poids et mesures. L'institut international d'agriculture. La vie internationale et intellectuelle. La propriété littéraire et artistique. La propriété industrielle. Les sociétés savantes.

Le droit international : Les mariages. Les divorces. La naturalisation. L'assistance. Les lois ouvrières. L'association internationale pour la protection des travailleurs. La réciprocité en matière de lois sociales. La traite des nègres. La traite des blanches. La Croix Rouge. Le Tribunal de la Haye,

L'esprit international.

« La formule de la vie internationale... semble être dans l'indépen- « dance absolue de chaque pays, uni seulement aux autres par sa

« volonté de respecter la paix et de ne pas invoquer la force, mais « conservant l'entière liberté et de soi-même et de ses sympathies et « de sa vie de relations. La coopération, dont nous avons décrit quel- « ques formes et dont le domaine s'élargit sans cesse, peut compren- « dre toutes les actions communes qu'elle rend plus aisées et plus « efficientes. Elle ne doit empiéter en rien sur les sentiments natio- « naux, sur les affaires purement intérieures... »

vm, On pourrait compléter par une publication annuelle, très volumineuse et bien documentée :

Fried (Alf.). — Annuaire de la vie internationale : unions, associations, instituts, commissions, bureaux, offices, conférences, congrès, expositions, publications, fondé par A. H. Fried et publié par les soins de l'Institut international de bibliographie et de l'Institut international de la paix. Bruxelles et Monaco, in-8 de i4oo et i5oo pages. — Prix du dernier volume : i5 fr.

Les renseignements fournis par cet annuaire nous dispensent de nous étendre davantage sur les manifestations diverses de la vie internationale.

Le Droit international moderne.

Si maintenant nous nous plaçons au point de vue exclusivement juridique, nous mentionnerons d'abord un ouvrage élémentaire, qui serait bien à sa place dans nos cercles d'études, car ce livre est clair, d'un bon esprit, d'une lecture facile et agréable, d'un prix abordable. Il donne enfin l'essentiel sur les diverses questions et il est enrichi d'une bibliographie très suffisante :

Bry (Georges). — Précis élémentaire du droit international public, mis au courant des progrès de la science et du droit positif contemporain. 5e édition, Paris, Larose, 19 10, in-18 de vin-724 p. Prix : 10 fr.

*~v Gomme le livre de Bry est surtout un livre d'étudiant, nous signalerons une autre étude, plus complète et plus fouillée, que les esprits cultivés pourront consulter avec profit, bien que tout ne soit pas à lire sans réserve; c'est ainsi que

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Fauteur refuse à l'Eglise la qualité de personne internationale, qualité qu'il accorde, sans hésiter, par une heureuse contradiction, au Pape :

Bonfils (Henry). — Manuel de droit international public. 5e édit., revue et mise au courant par Paul Fauchille. — Paris, Rousseau, 1908, in-8 de ioa5 p. — Prix: 12 fr.

Le Droit international.

Le Pape. — Les Etats : Classement des Etats. Naissance et reconnaissance des Etats. Extinction, démembrement. Droits fondamentaux des Etats dans leurs rapports mutuels. Devoirs et responsabilité des Etats. Modifications et restrictions des droits fondamentaux des Etats.

Les Personnes. — L'Homme dans les rapports internationaux : Liberté individuelle, protection et inviolabilité de la personne humaine. Le droit d'émigration. Changement de nationalité. Droit et devoirs de l'Etat envers ses sujets résidant à l'étranger et envers les Etrangers. Extradition.

Les Biens. — Etendue du domaine: Domaine terrestre, maritime, fleuvial, aérien. Modes d'acquisition et d'aliénation du domaine international : Modes originaux. Modes dérivés. La haute mer. Liberté et police de la haute mer. Les navires.

Les relations pacifiques entre les Etats. — Les représentants des Etats : Souverains, ministres, agents diplomatiques, consuls. Les négociations : Les Congrès. Les Conventions entre États ou les traités : Règles générales. Diverses espèces de traités.

Les contestations internationales et les moyens de les résoudre. — Moyens d'entente pacifique : moyens diplomatiques, moyens juridiques, moyens coercitifs.

Droit d'action. — La guerre; notions générales : Le trait caractéristique de la guerre. La déclaration de guerre et ses effets. La guerre terrestre ; Droits et obligations des belligérants. La guerre maritime ; Droits et obligations des belligérants. La course, les prises. La guerre aérienne.

La neutralité. — Devoirs des neutres. Droits des neutres. Liberté commerciale des neutres. Contrebande de guerre. Droit de visite et de convoi. Blocus. Saisie des navires neutres. Fin de la guerre. Traité de paix.

Le droit international dans l'avenir. — Codification. Sanction du Droit international. Tribunal international. Universalité du Droit international.

« Le Droit international est le droit de cette union voulue et recon- « nue par les Etats, qui exercent leurs relations avec d'autres États « dans un intérêt de morale et de justice, qui considèrent ces rela- « tions comme indispensables aux besoins de leur civilisation, qui « les reconnaissent comme partie intégrante d'un ordre général, obli- « gatoire pour la prospérité de l'humanité.

« Le fondement du droit international réside donc dans ce fait,in- « déniable et nécessaire, qu'une communauté durable, juridiquement « reconnue, existe entre les Etats ayant atteint ou dépassé un certain « degré de civilisation. Il n'est pas nécessaire que le degré de « culture intellectuelle des peuples qui sont en communauté de rela- « lions soit partout identique. Il suffit, pour être membre de l'asso- « ciation juridique des Etats, d'avoir « la volonté de soumettre ses « relations extérieures à une règle commune de droits et de devoirs « réciproques. »

« Si, par la force même des choses, les Etats sont ainsi conduits à « former entre eux une grande et vaste association, ses différents ce membres ne sont pas absorbés en elle. Cette communauté n'a pas le « caractère d'un Etat universel, comme le rêvait Wolf. C'est une « société libre de peuples unis par la communauté de leurs intérêts... « Cette communauté n'annihile pas l'indépendance des Etats... »

/*^v Nous croyons qu'il est maintenant superflu de mentionner d'autres études traitant du droit international public. De nombreux auteurs, comme Sorel et Funck-Brentano (i), ont écrit là-dessus des ouvrages de fonds qu'on pourra consulter avec intérêt et dont on trouvera la mention dans les références bibliographiques des livres que nous venons de recommander.

<*~ Enfin, mentionnons encore, pour ceux qui voudraient se tenir au courant, la revue suivante, qui n'est pas à consulter sans réserve : La Revue générale de Droit international public, publiée par Paul Fauchille. (Paris, Rousseau, un an : 20 fr. : paraît tous les deux mois.)

~~ Mais si les études de Bry et de Bon/ils peuvent nous donner une idée nette et précise de la nature du droit public international moderne, elles ne sauraient pourtant nous suffire, car leurs auteurs négligent vraiment trop l'influence que la religion peut exercer sur les relations internationales. C'est pourquoi nous ne manquerons pas d'exposer bientôt la théorie catholique de l'ordre international et de lire le Bulletin de la Ligue des catholiques français pour la paix, dont nous avons l'occasion de parler plus loin.

<w* Rappelons en terminant que nous devons, en outre, posséder les principaux éléments de droit international privé,

(i) Sorel (Aîb.) et Funck-Brentano (Th.). Précis du Droit des Gens, 3e ôdit. Paris, Pion, in-8 de 528 p. Prix; : 8 iï.

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qui exerce également une action considérable sur la nature des relations internationales (i).

La Paix: comment l'Arbitrage peut la consolider.

*~* Le développement de la vie internationale rend aussi plus intéressants les efforts qui sont faits par diverses sociétés pour diminuer les occasions de guerre. Le mouvement pacifiste a pourtant suscité bien des ironies et s'est attiré des attaques souvent injustifiées.

Il y a, avouons-le, un pacifisme outrancier, purement utopiste, qui ne tient aucun compte des lois providentielles qui régissent les sociétés. Ce pacifisme-là mérite certes les critiques dont il a été l'objet. M. Faguet, après Brunetière et après M. G. Goyau, ne lui a pas ménagé ses critiques :

Faguet (E.). — Le Pacifisme. — Paris, Société franc, d'imprimerie et de librairie. 1908, in-12 de4oi p. — Prix : 3 fr. 5o.

L'auteur, certes, n'a pas épuisé le sujet, et, s'il eut connu certains faits, il aurait atténué sensiblement la rigueur de ses conclusions. M. Faguet, en passant, rend hommage aux efforts tentés par les papes au Moyen Age pour faire régner la paix.

Mais, à côté des exagérations du pacifisme philosophique et révolutionnaire, il y a un pacifisme pratique qui espère pouvoir asseoir la paix sur le droit. Ce pacifisme-là a déjà fait ses preuves et X arbitrage, qui en est la manifestation la plus impor^ tante, s'impose de plus en plus à l'attention des peuples. On lira sur ce sujet soit l'étude remarquable de Michel Revon (2), soit l'ouvrage consciencieux de M. A. Meric/nhac, professeur de droit international à l'université de Toulouse:

(1) Sur le Droit international privé, on lira ; Weiss (André), Traité théorique et pratique de droit international privé. Paris, Larose, 5 vol. in-8, de 900 p. environ. Prix : 60 fr.- — ou ce livre du même auteur, plus accessible : Manuel de droit international privé, 6e édit. Paris, Larose, 1909, in-8 de xvm-7i8p. Prix: l0 fr> ; et la Revue de droit international privé, dirigée par de Lapradtlle. Paris, ibid., un an : 30 fr.

(2) Revon (Michel): L'arbitrage international, son passé, son présent, son aue nir. Paris, Rousseau, 1892, in-8 de,|xxiv-54i p. C'est unjivre d'un'excellent esprit, à

, la^fois éloquent et précis, mais dont certaines pages ne sont pas exemptes d'utopie (Epuisé)

Mérignhag (A.) : Traité théorique et pratique de l'arbitrage international. Le rôle du droit dans le fonctionnement actuel de l'institution et dans ses destinées futures. Paris, Larose, 1895, in-8 de 528 p. Prix : 10 fr.

Introduction historique.

Le rôle du droit dans le fonctionnement actuel de V arbitrage international : L'arbitrage au point de vue des faits. L'arbitrage au point de vue du droit. Les critiques dirigées contre l'arbitrage international dans son fonctionnement actuel et les réformes dont ce fonctionment serait susceptible.

Le rôle du droit dans les destinées futures de V arbitrage international : Les précédents de la juridiction internationale. Exposé et critique des systèmes proposés au sujet de la juridiction internationale. L'organisation et le fonctionnement de la juridiction internationale.Les obstacles à l'établissement de la juridiction internationale.

« Tous ceux qui ont réfléchi sur ces graves problèmes doivent sou- « haiter et hâter de tous leurs efforts la solution pacifique de la ques- « tion internationale. Ils le doivent comme patriotes, car ils ne sont « pas sûrs que la future guerre ne conduira pas au démembre- « ment et peut-être à l'anéantissement de leur patrie ; ils le doivent « comme hommes, parce que les maux qu'une guerre nouvelle cau- « serait à l'humanité seraient tellement incalculables que l'esprit se « refuse à les envisager; ils le doivent enfin comme juristes, puisque « rien ne répond que le vainqueur aurait assez de sagesse pour limi- « ter ses ambitions et assurer au monde la paix définitive par Por- « ganisation de la juridiction internationale... »

Malheureusement, quand Fauteur énumère (p, 52 1) les facteurs qui doivent concourir à consolider la paix, il oublie, lui, d'y faire figurer la religion. Pourtant, M. Mérignhac a écrit, au commencement de son livre, les lignes suivantes, qui font honneur à son impartialité :

« Ici, comme en thèse générale, on ne peut contester que l'Eglise « n'ait contribué puissamment au progrès de la civilisation en pre- « nant la défense du faible contre le fort et en favorisant les idées « de paix et de concorde, si rares à ces époques de violences et de « guerres continuelles... Le principe de la souveraineté pontificale « était si bien entré dans les mœurs du temps que les papes furent u souvent choisis aussi comme arbitres volontaires » (p. 37).

On complétera ce travail par les travaux suivants, qui sont des recueils de documents utiles à consulter :

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Lapradelle (A. de) et Politis (N.) : Recueil des arbitrages internationaux. Préface de Louis Renault. Paris, Pedone, igo5, gr. in-8 de 8G3 p. (Tome I, 1 798-1815). Prix: 60 fr. (En cours de publication.) — Descamps et Renault : Recueil international des Traités de paix du XXe siècle contenant l'ensemble du droit conventionnel entre les états et les sentences arbitrales (textes originaux avec traduction française) publié par le baron Descamps et Louis Renault [avec le concours de Léon Capelle, Léonard Ruyssenaers, Van Verduynen et Paul Fauchille]. Paris, Rousseau; publication annuelle depuis 1901. — Prix de chaque volume : 5o fr.

-vw L'arbitrage a suscité une littérature très abondante et des œuvres de valeur inégale qu'il est inutile de mentionner ici. Il y a même des auteurs qui n'ont pu traiter cette question sans faire œuvre de bas anti-cléricalisme, tel M. Damas, « procureur delà République », qui, traitant des sanctions de V arbitrage, trouve moyen de dénoncer au lecteur « les ténèbres du moyen-âge» et les « ambitions de l'Eglise », de s'indigner contre l'asservissement «théocratique » et contre « Canossa», de clamer « son dégoût », etc.. Il est regrettable que M.d'Estournelles deConstant aitcru devoir donner une préface à un ouvrage d'une valeur très discutable et si peu mesuré.

-wv On comprendra mieux maintenant la noble pensée qui a présidé à l'institution des Conférences de la paix, d'ailleurs commentées dans l'ouvrage de Bonfils cité plus haut; ce qui ne nous empêchera pas de consulter l'excellente étude de :

Mérignhac (A.).— La conférence internation aie de la paix:

étude historique, exégétique et critique des travaux et des résolutions de la conférence de la Paix de i8gg. Préface de Léon Rourgeois. — Paris, Rousseau, 1900, in-8 de vin-460 p. Epuisé.

Enfin, si l'on voulait un recueil commode de tous les textes votés, aux deux conférences de 1899 et de 1907, on le trouverait en un petit volume de :

Renault (Louis). — Les deux conférences de la paix. 1899- 1907, recueil de textes arrêtés par les conférences et de diffé-

rents documents complémentaires. — Paris, Rousseau, 1909, in-8 de 225 p. — Prix ; 4 fr.

*~ Se tenir au courant par les revues mentionnées plus haut par la revue suivante, dont on usera avec prudence : la Paix par le droit, Paris, 43, faubourg Saint-Honoré, un an : 3 fr.

~~ Nous ne pouvons terminer ces lignes sur l'arbitrage sans rappeler la judicieuse remarque que M. Faguet, dans son luxe sur le Pacifisme, fait à propos de l'arbitrage et du Tribunal suprême créé par les pacifistes : « Pour que ce tribunal ait de V autorité sur le monde, il faudrait que, dans un monde qui serait religieux, il eût un caractère religieux. »

C'est rendre à la puissance pacificatrice de l'Eglise un hommage mérité. Les pages qui suivent ne pourront que nous confirmer dans cette opinion.

Seul, l'Ordre Chrétien International peut assurer aux peuples la cr douceur de la paix )).

Après avoir constaté la multiplicité des faits internationaux et après avoir étudié, en dehors de toute préoccupation religieuse, le droit international moderne, il est, maintenant, de notre devoir de chercher à jeter les bases d'un droit international plus social et plus chrétien.

La société internationale, en effet, est aussi légitime que la cité, aussi nécessaire que la nation. L'enseignement de l'Eglise n'a jamais varié sur ce point. L'individualisme des peuples est tout aussi condamnable que l'individualisme des hommes. La communauté des nations a sa fonction et sa destinée.

Il importe donc aux catholiques — et il est étrange qu'on ne s'en soit point préoccupé plus tôt — de s'efforcer de substituer à la conception laïque et païenne du droit international moderne, issu de la Réforme, de la philosophie duxvin6 siècle, et de la Révolution, une doctrine catholique du Droit des gens, conforme à l'enseignement traditionnel de l'Eglise et adapté à la vie des nations modernes.

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C'est pourquoi, quelques catholiques, désireux de se conformer au mot d'ordre donné par sa S. S. Pie X, ont pensé qu'il convenait de « restaurer dans le Christ » la société internationale en l'établissant sur les principes enseignés par les Pères de l'Eglise, par les conciles et par les Papes, et dont l'ensemble constituait précisément au moyen âge le droit public de la chrétienté.

C'est dans cet esprit qu'ils ont fondé une Union internationale catholique pour l'Etude du droit des Gens d'après les principes chrétiens, union qui se propose de donner à la société internationale plus d'harmonie en lui marquant sa destinée, plus de stabilité en l'appuyant sur la justice, plus de paix en facilitant la solution pacifique des conflits, par la création, au sein de la société civile, d'un tribunal arbitral qu'il convient d'établir sur le fondement solide de la morale catholique,révélée par Dieu et enseignée par l'Eglise, seule capable? par sa divine origine, par son unité, par son universalité et par sa sainteté, de s'élever au-dessus des intérêts et des passions pour fournir aux hommes les règles qui leur permettront, non seulement de proclamer la justice des guerres ou d'en condamner l'iniquité, mais aussi de rétablir Yordre international par l'avènement d'une nouvelle chrétienté.

En le faisant, les catholiques manifesteront la fécondité de leur foi et de leurs doctrines, capables de satisfaire non seulement les aspirations des hommes, mais aussi les aspirations des peuples.

Et si c'est là une raison très suffisante pour envisager ce mouvement avec sympathie, il en est une autre encore qui nous est particulièrement chère, c'est qu'il marque une orientation nouvelle de la pensée et de l'activité catholiques, c'est qu'il est un mouvement positif et offensif, bien fait pour plaire à tous ceux d'entre nous qui sont las de la défensive et qui ont soif de conquêtes...

<v~ En attendant l'apparition prochaine des travaux de l'Union internationale catholique (i), — travaux qui combleront

(i) « V Union pour l'étude du Droit des gens d'après les principes chrétiens », fondée à Paris, les 16 et 17 juin 1912, a son siège à V Université de Louvain(Belgique). Elle compte déjà, dans plusieurs nations, des sections d'études coraposéesde

une grave lacune, car notre littérature est très pauvre sur ce sujet — ■ nous lirons une forte étude de Ch.Perin, qui pose bien la question. Son livre est, à notre connaissance, le seul qui ait été de notre temps écrit, sur ce sujet, dansun sens si chrétien. C'est peut-être pour cela qu'il ne figure pas dans le livre publié en 1904 par dix jeunes docteurs de la Faculté de Droit et consacré aux fondateurs du Droit International du xvie au xixc siècle (1). On lira donc :

Périn (Gh.). — L'ordre international. — Paris, Lecoffre, 1888, in-8 de ix-528 p. — Prix : 3 fr. 5o.

La société internationale : Le fait de la société internationale à travers les âges. Les raisons d'être de la société internationale et ses conditions naturelles d'existence. La société internationale suivant la doctrine catholique. La société internationale suivant l'idée humanitaire. Comment l'esprit, les lois et les institutions de l'Eglise catholique peuvent mettre la société internationale dans ses conditions naturelles d'ordre et de progrès. Sous quel aspect se présente aujourd'hui le droit des gens.

La loi des nations : De la loi internationale en général. Les écoles qui cherchent la loi internationale hors du principe catholique. On ne peut la trouver que dans le dogme chrétien, sous l'autorité de l'Eglise catholique.

Les éléments d'une vraie loi internationale : Les caractères généraux de cette loi. Si la loi internationale comprend seulement la justice stricte ou si elle comprend également ce qui est de l'ordre des devoirs de bienveillance et de charité. Qu'il faut à la loi internationale une sanction. Des sources de la loi internationale. Comment on peut établir le système général des lois qui régissent l'ordre international.

« Dans l'ordre international, où tant de si vives passions sont en « jeu, où l'intérêt égoïste a tant d'exigences, dans cet ordre, bien plus « encore qu'ailleurs, apparaît avec évidence l'impuissance d'une loi « dont l'homme peut faire plier les dispositions au gré de ses ambi- « tions et de ses cupidités. C'est là que se manifeste particulièrement « la nécessité sociale d'un pouvoir qui, sous l'autorité et avec l'as- « sistance de Dieu, conserve la loi dans son intégrité, l'applique suicc vant les règles de la saine logique, à tous les actes humains, soit

théologiens, de juristes, de sociologues et d'historiens. Pour tous renseignements sur la Section française, 6'adresser à M. Frédéric Duval, Paris, g, villa Cœur-de- Vey (XIVe;.

(1) Les Fondateurs du droit international du XVIe au XIXe siècle. Paris.Giard et Ih-icrci 904, in-8 de xxx-691 p.— 12 fr. 00.— Les fondateurs de ce droit seraient de Victoria, Gcntilis, Suarez, Grotius , Pufendorf, Zouch, Bynkershœk, Wolf, Wattel, de Martens. On remarquera qu'aucun Français n'a été jugé digne de figurer au nombre des fondateurs du droit international.

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« de la vie privée, soit de la vie publique et la préserve des~"alté- « rations dont les menacent à chaque instant l'audace et l'astuce a des fausses interprétations. Ce pouvoir, les sociétés qui obéissent à « l'Eglise catholique le possèdent seules, et seules,elles peuvent avoir « une vraie loi internationale » (p. 35o).

** Il faut également connaître les pages très intéressantes et très sûres que le P. Weiss a écrites dans son Apologie du christianisme {t. VIII, pp. 4oo-440> sur laNotion chrétienne du droit des Peuples, et dont voici le sommaire :

Etat et Etats: Notion du droit des Peuples; il est la clôture du droit naturel social. Un droit des peuples n'était pas possible dans l'antiquité. Le christianisme a rétabli le droit naturel des peuples et l'a élevé au point de vue surnaturel. Origine du droit des peuples modernes et en quoi il diffère des vues du moyen-âge. Le droit du peuple pratique et sa faiblesse dans la vie réelle. Effort pour parvenir à une paix éternelle. Les rapports juridiques des peuples ne peuvent être réglés qu'au point de vue de la morale, de la religion et du christianisme. Situation des peuples au point de vue du droit et des devoirs de l'Eglise.

Appendice : La conception médiévale du droit d'état et du droit des peuples.

« Ce n'est pas seulement l'État qui est un organisme, mais toute « l'humanité en forme un qui, en réalité, est le plus élevé de tous « les organismes moraux naturels. Toutes ces parties , c'est-à-dire « tous les peuples, tous les états, toutes les associations... ne sont « que les membres de ce grand corps. Tous sont astreints au ser- « vice du tout.. » (p. 402).

« ... La conception chrétienne répandit des principes tout à fait « nouveaux sur les relations des peuples extérieurs. . . et transforma « l'hostilité générale, qui avait régné jusqu'alors, en obligations mu* « tuelles, en intérêt et en soutien réciproques, bref, en solidarité » (p. 4o5).

« Sans doute, on accueille aujourd'hui avec des haussements d'épau- « les, sinon avec des railleries, ce principe que les nations doivent « se traiter avec respect, ménagement et amitié, se favoriser les unes « les autres pour arriver à leurs fins. Ceci montre combien nous « avons perdu l'idée de l'unité et de la solidarité de l'humanité, « combien peu nous sommes capables de concevoir celle-ci comme « l'unique grand organisme. Mais il faut susciter à nouveau cette « conviction dans les esprits et la faire pénétrer dans les cœurs » (p. 4i5).

« Si le droit des peuples vous fait sans cesse penser à la paix éter- « nelle; si ces efforts n'ont pas de chance de réussir là où la religion

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« et la morale ne sont pas invoquées comme des principes conduc- « teurs ; si tous les efforts des états isolés pour amener une situation « pacifique restent sans résultat, parce qu'ils sont eux-mêmes un « parti ; si les hommes privés et les associations privées n'ont pas « de perspective de réussir non plus, parce que l'autorité leur fait « défaut, il est clair que la tâche naturelle de se charger de la mé- « diation de la paix incombe, d'après les principes du droit des peu- « pies, à cette puissance qui est elle-même revêtue de cette autorité « universelle égaie pour tous les états et qui pourtant ne rivalise « avec aucun, qui n'est nulle part parti dans les choses du monde, ce cette puissance à laquelle a été confiée la garde de la morale et de « la religion : l'Eglise » (p. 4*6).

Ce que l'Eglise pense de la Paix et ce quelle a fait pour la Paix ?

Si l'Eglise a bien les nobles ambitions que Ch. Périn et que le P.. Weiss viennent de nous révéler, on ne s'étonnera plus des pages vibrantes que le P. Gratry a consacrées à la Paix dans un ouvrage qui, malgré les. allusions fréquentes aux événements contemporains, contient des considérations générales très intéressantes :

Gratry. — La Paix : méditations historiques et religieuses.— Paris, Douniol et LecofFre, 1861, in-8 de 246 p. ire partie. Epuisé.

« Regardons en face, je vous prie, l'admirable idéal d'une paix « habituelle, générale et croissante, d'une paix sociale et interna- « tionale, dans la justice et le progrès, d'abord au milieu des chré- « tiens, puis sur le globe entier. Sans rien prédire sur ce qui sera, « j'affirme que le devoir et la gloire de tout homme serait de trace vailler jusqu'à son dernier souffle à établir cette paix de Dieu au « sein du monde entier. Qui osera me contredire ? » (p. 26).

L'Histoire, d'ailleurs, nous montre que l'Eglise s'efforça, surtout au Moyen Age, d'établir la paix de Dieu au sein du monde et c'est le souvenir de cette louable tentative qui fait écrire à M. Faguet ces lignes excellentes :

« Par ses prétentions à être comme un tribunal de rois, elle essayait « une sorte d'impérialisme spirituel qui n'est pas autre chose que la

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«plus grande pensée et le plus grand dessein qui ait traversé le « monde. Si l'impérialisme temporel peut se défendre par la beauté « de son but, l'impérialisme spirituel peut se défendre par la sain- « teté du sien . S'il serait très acceptable qu'une grande force maté- « rielLe incomparable imposât la tranquillité du g-enre humain, fût- « ce à son profit à elle, mais évidemment aussi à son profit à lui, il « serait bien plus beau encore et plus sûr et plus salutaire qu'une « grande force toute morale imposât cette tranquillité par le seul « moyen du respect dont elle serait l'objet de la part de tous.

« Non seulement je trouverais bonne la « Paix romaine » imposée « par ce respect, mais en vérité je n'aurai rien à redire sur cette sorte « de terreur romaine. L'Eglise interdisant l'Enfer ici-bas.., ce serait « une chose que je ne trouverais aucune raison de trouver mau- « vaise(i). »

~~ Cette action pacifique de TEg-lise mérite, en vérité, d'être connue davantag-e. C'est pourquoi nous, ne saurions trop recommander la lecture d'un ouvrag'e actuellement sous presse. Ce ne sont plus des méditations sur les bienfaits de la paix, mais bien des études approfondies sur la doctrine pacifique de l'Eglise et sur les applications pratiques de cette doctrine depuis les origines jusqu'à nos jours:

La Doctrine de l'Eglise sur la guerre, étude historique et critique. Lyon, Vanderpol, l\o, rue Franklin, 191 2. {Prix : 3 fr. 5o environ.) Cet ouvrag'e se composera de sept notices rédigées par des spécialistes. En voici la liste: i°Mgr Battiffol : Les premiers chrétiens et la guerre; 20 Monceaux (Paul) : Saint Augustin et la guerre; 3° Chénon (Emile) : Saint Thomas d Aquin et la guerre; 4° Vanderpol (A.) : Franc, de Victoria et la guerre ; 5° Rolland (Louis) : Suarez et la guerre ; 6° Frédéric-Duval : Les applications pratiquesde ladoctrine au Moyen-Age ;7°Tanouerey (abbé) : La synthèse.

^w Lire aussi les ouvrages de A. Vanderpol sur la même question (2).

(1) Faguet, Le Pacifisme, p. 10, cite plus haut, p. 646.

(2) Vanderpol (à.) : Le Droit de guerre d'après les théologiens et les canonisfes du Moyen-Age. Paris, Tralin, et Bruxelles, Goemaere, in-8 de xvi-214 p. Prix : 3 fr. — j)u même auteur : La Guerre devant le christianisme. Paris, ibid., in-16 de 282 p. Prix : 2 fr. 5o(sorte de résumé, d'une lecture plus facile, du livre précédent).

Comment les catholiques entendent favoriser la paix, sans amoindrir la patrie.

On aura, sur les efforts tentés par nos contemporains, et particulièrement par les catholiques en faveur de la paix, des précisions doctrinales et des renseignements pratiques en lisant le : Bulletin de la Ligue des Catholiques français pour la Paix. Lyon, Vanderpol, 4o, rue Franklin (trim., 2 fr.).

Cette Ligue, — - ancienne Société Gratry pour le maintien de la paix entre les nations — s'est donné pour tâche d'améliorer les rapports internationaux et d'asseoir la paix des nations sur l'Evangile et sur le droit. Elle a précisé son caractère et son but en quelques lignes précises que nous n'hésitons pas à reproduire, parce qu'elles sont tout un programme d'action.

I. (( La Ligue des catholiques français pour la paix, — considérant « que la guerre est un mal dont l'humanité a le droit et le devoir de « chercher à s'affranchir et que les catholiques sont plus particu- « lièrement tenus d'y travailler ; car, comme le dit Pie X, « s'ef- « forcer d'éviter au monde les horreurs de la guerre, ce n'est que se « conformer aux préceptes de l'Evangile » ; considérant que les « principes de la morale chrétienne s'appliquent aussi bien aux rap- « ports entre les peuples qu'aux rapports entre les individus, qu'il « importe, par suite, d'amener les gouvernements à instituer entre « eux des relations juridiques comme il en existe entre les hommes « civilisés; considérant, enfin, que le recours à la violence ne saurait « être admis que s'il n'existe aucun autre moyen de se faire rendre « justice — se propose d'empêcher les guerres, autant que possible, « en s'efforçant d'amener la solution pacifique des litiges internatio- « naux par l'institution de relations juridiques entre les Nations, à « la fois plus étroites et plus conformes aux préceptes de l'Evangile.

II. « La ligue des catholiques français pour la paix se place sur « un terrain exclusivement chrétien et pratique; chrétien, car, si « elle réprouve la guerre, c'est sans doute à cause des horreurs « qu'elle entraîne, mais c'est surtout parce qu'elle est un mal et « qu'elle est contraire à l'idéal apporté aux hommes par Jésus- « Christ; pratique, car, sans avoir la prétention de réaliser à brève « échéance la « paix universelle » ou « les Etats-Unis du Monde », « elle s'efforcera de répandre partout les idées de concorde entre les « peuples, et préconisera l'emploi de tous les moyens propres à « l'assurer et à la maintenir.

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III. « La ligue des catholiques français pour la pa ix n'est ni antice militariste ni antipatriote. Elle sait que le meilleur moyen de conte server la paix, dans les temps troublés que traverse l'humanité, est « d'avoir une armée forte et disciplinée, imbue de l'esprit de devoir et « de sacrifice, qui la rendra toujours prête à mettre sa force au ser- « vice de la justice. Elle sait aussi que l'existence de nations diver- « ses est un fait naturel, qui offre au surplus cet avantage d'entre- « tenir une émulation profitable au bien de l'humanité ; son but est « d'empêcher cette émulation de dégénérer en hostilité. Elle est d'ail- « leurs convaincue que la religion chrétienne, par son caractère unice versel et son esprit de charité, ne peut manquer d'être dans l'ave- « nir, comme elle l'a été dans le passé, le lien le plus propre à unir « les différents peuples et les différentes races. »

La chrétienté nouvelle.

Et voici qu'arrivé au terme de notre travail un horizon immense et de longues espérances s'ouvrent devant nous... Nos yeux en sont émerveillés et notre âme est toute palpitante de joie.

On ne saurait oublier, en effet — et tous les amis de la paix s'en réjouissent — que l'organisation ouvrière tend de plus en plus à déborder les frontières et à apporter au droit international un nouvel élément de progrès et au monde un nouveau gage de paix.

Nous est-il donc permis d'espérer que nous approchons de l'heure où les nations, après s'être partagé le monde, pourraient peut-être réaliser , dans la concorde , les réformes sociales qui vont transformer notre vieille société ; de l'heure 1 où les multitudes ouvrières, pour organiser le Travail et pour trouver la sécurité, vont franchir les bornes séculaires de la cité et s'appuyer sur des accords internationaux; de l'heure où les foules, en quête de la justice libératrice, vont se retourner vers le Christ bon et miséricordieux; de l'heure enfin où, après un long repos, l'Eglise, pressentant, comme dit Bossuet, « l'élargissement des voies de Dieu », va s'ébranler pour refaire, après la chrétienté politique du moyen-âge et malgré les vicissitudes inhérentes aux choses humaines, la chrétienté sociale des Temps nouveaux?

Déjà les catholiques, pour mieux défendre l'Eglise, se rencontrent et se concertent sur le terrain international; déjà, fidèles aux conseils de Léon XIII et de Pie X, les ouvriers et les sociologues chrétiens de toutes les nations se tendent une main fraternelle; déjà nous pensons que notre tâche serait inachevée si nous ne cherchions à établir chez les autres peuples Y « état de justice » réalisé dans la patrie. Le monde chrétien semble reprendre conscience de son unité et c'est le Travail, glorifié par l'Eglise, qui nous vaudra cette merveilleuse renaissance...

~~ En sus desprochains travaux déjà annoncés de « V Union pour l'étude du Droit des gens d'après les principes chrétiens (i) », on relira l'ouvrage déjà cité de Périn : l'Ordre international (2) et on consultera les deux courtes études suivantes, qui sont animées d'un grand souffle chrétien et profondément sociales :

Baziki<; (H.) : La chrétienté sociale. Discours prononcé à la séance solennelle de clôture du 2* Congrès de l'Action Populaire (28 avril 191 1). — Dans le Mouvement social de juin 191 1, pp. 483-493. — Reims, Action Populaire, et Paris, Lecoffre. Prix du numéro : 2 fr.

a Reportons notre pensée vers la période la plus glorieuse de l'his- ; « toire de l'Eglise, je veux dire cette époque du Moyen Age où la « Papauté, ayant achevé de lénifier fâpreté du sang barbare dans les « eaux du baptême, parvint encore à discipliner les énergies tumul- « tueuses et trop souvent brutales de la Féodalité. Elle avait élevé cet ce admirable monument de civilisation qui s'appelle la chrétienté. La « paix entre les individus, la paix entre les peuples par la Trêve de « Dieu consolidée, prolongée; la doctrine catholique devenue à la « fois le centre et le lien d'une unité politique presque familiale : le « Pape exerçant son rôle d'arbitre en se prévalant de son titre de « Père : voilà le chef-d'œuvre accompli par l'Eglise... C'était le « temps où... « la philosophie de l'Evangile gouvernait les Elats ».

« Ne vous semble-t-il pas que l'on peut concevoir à notre époque « l'établissement par l'Eglise d'une autre chrétienté, la Chrétienté « sociale? 'La première était politique; la seconde serait sociale.

« Puisque de nos jours l'économique a pris le pas sur la politique] (( puisque les conflits sont plus fréquents, plus douloureux entre clas-

fi) Voyez plus haut, p. 65i.

(2) Voyez plus haut, p. 652.

l'ordre international 65o,

« ses qu'entre nations, l'Eglise, qui est la grande pacificatrice, parce « qu'elle est la souveraine justicière, viendrait dire le droit et pro- « poser des traités de paix qui seraient des sentences d'arbitrage.

« Dire le droit, rendre la justice, établir la paix... ne sera-ce point « de nouveau sa mission dans un avenir prochain? »

~~ Enfin, il faut lire également l'intéressante et substantielle étude suivante qui stimulera notre zèle et élargira notre esprit en nous découvrant l'immensité du champ qui reste à moissonner :

Desbuquois (G.). — L'internationalisme social, dans le Mouvement social. Janvier-Février 1909, Reims, Action Populaire, et Paris, Lecoffre. — Prix du numéro : 2 fr.

Nous empruntons à cet article, si fortement pensé, ces lignes éloquentes par lesquelles il nous est tout particulièrement agréable de terminer ces pages.

« Le travail de l'humanité s'unifie: le programme social qui en découle se ramène, lui aussi, à l'unité. Et le socialisme présente sa solution, solution, en définitive, unique et mondiale.

« En face du socialisme, une seule force apparaît, capable de lui tenir tèle : l'Eglise. Catholique par essence, il sied à l'Eglise d'aborder une tâche morale universelle. Elle a, pour s'y engager, sa mission, et elle retrouve, dans son histoire, des précédents et des modèles. »

Et l'auteur, en parlant de ceux qui travaillent à la restauration de l'ordre social chrétien, ajoute :

« Chaque ouvrier, si humble soit-il, sent vraiment, comme l'Eglise, palpiter sous son action l'humanité tout entière. 11 travaille directement à la plus vaste tâche qui ait peut-être jamais sollicité l'activité sociale de l'Eglise. Pour la première fois, sans doute, depuis son origine, l'Eglise se trouve en présence des races et des peuples les plus divers, constituant dans leur groupement la partie maîtresse du monde, la somme des races civilisées., lui demandant unanimement, dans toutes les langues, de résoudre la même question, le problème capital désormais, le problème d'ordre matériel lié le plus intimement à la question spirituelle : le problème du travail. En répondant

victorieusement à l'attente de ces multitudes, les fils de l'Eglisi la présenteront comme une révélatrice et même comme une révélatrice d'en haut. Car les masses rendront hommage à uni clairvoyance et à une puissance morale incomparables, plus qu'humaines. Leur esprit en sera éclairé, leur cœur en sera touché... »

Elles s'achemineront alors « vers la pleine vérité et peutêtre, lentement, vers l'universelle unité de la Foi ».

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