PREMIÈRE PARTIE
Pie X a convié les catholiques du monde entier « à restaurer toutes choses dans le Christ ».
Chacun doit se mettre au travail dans la mesure de ses capacités et de ses forces. Aux bons ouvriers, la foi et la discipline suffisent; aux chefs de chantier et aux maîtres d'œuvre, il faut une foi plus éclairée, une discipline plus étroite, une science plus profonde, une abnégation plus généreuse, un sens chrétien très droit et très vigoureux.
Etre chrétien, c'est s'élever jusqu'à Dieu et s'unir à Lui; c'est recevoir de l'Eglise catholique romaine les enseignements du Christ; c'est vivre sa doctrine avec amour et sans défaillance ; c'est croire, c'est espérer, c'est aimer.
Etre chrétien, c'est enseigner, par l'acte et par le verbe, la divine Parole ; c'est la rappeler à ceux qui l'ont perdue, l'expliquer à ceux qui la méconnaissent, la révéler à ceux qui l'ignorent, la faire respecter de ceux qui la combattent.
Pour témoigner la Parole du Maître, il faut en être digne; être apôtre, c'est encore être bon et pur, miséricordieux et juste, prudent et courageux; c'est, quand on a péché,
pleurer sur ses fautes et commencer une vie nouvelle ; c'est pardonner aux autres pour que Dieu nous absolve.
Etre apôtre, c'est aussi posséder les connaissances nécessaires à la solidité et à l'intelligence de ses convictions.
L'apôtre est un chrétien conscient et sa piété est raisonnable; il comprend et goûte les symboles du culte qu'il rend à son Dieu, les prières qu'il Lui adresse dans l'ombre silencieuse du sanctuaire, le langage de ses prêtres, la loi de son Eglise.
Il croit aux mystères qui le dépassent, aux dogmes qui le réconfortent, à la doctrine qui satisfait sa raison et son cœur, mais dont l'immutabilité n'exclut point le développement providentiel et lent.
Il sait ce que cette doctrine exige de ceux qui la professent : la sainteté de vie, la fidélité à l'Eglise, la charité et la tolérance, le goût du travail et le progrès des sciences, la prospérité des cités et la paix des nations, la poursuite incessante d'un ordre social chrétien toujours fait de plus de justice et de plus de bonté... Et comme Dieu a suscite, à toutes les époques, des penseurs profonds qui, dans une langue forte et belle, ont fixé l'enseignement de l'Eglise, le vrai chrétien aime à méditer leurs œuvres, chaînons d'or de la pensée chrétienne à travers les âges.
Il sait encore que l'Eglise fut instituée par Dieu et il se plaît à lire son histoire merveilleuse, à étudier sa constitution divine, à admirer son organisation formidable et unique.
Il connaît l'influence que cette Eglise a exercée sur la société, son étonnante faculté d'adaptation, sa vitalité, ses progrès, son action bienfaisante sur les siècles passés, ses victoires, ses défaites, et les immenses espoirs qui bercent ses luttes à l'aurore de ce siècle.
Enfin, le chrétien vénère l'Eglise comme une mère et il la défend, sans se lasser, contre les sectaires qui l'attaquent et qui la calomnient, contre les ignorants qui dénaturent sa doctrine et ses œuvres, contre les savants qui proclament sa faillite, contre les philosophes qui croient pouvoir se passer de la Révélation pour expliquer Lhumanité...
Alors, l'homme, ayant achevé sa formation spirituelle, pourra faire « œuvre de conquête », parce que le Christ sera vraiment pour lui la Voie qui le conduira aux sommets d'où l'on découvre Tordre normal du monde, la Vérité qui l'éclairera et le guidera à travers les obscurités de l'heure, la Vie qui fécondera son action et assurera ses destinées.