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LE SENS CATHOLIQUE ET LA PENSÉE CONTEMPORAINE

De la doctrine générale de l'Eglise, enseignée par Rome et commentée par ses meilleurs penseurs, doit se dégager une façon de penser et d'agir qui s'appelle l'esprit chrétien.

L'esprit chrétien.

Quelques livres d'une lecture aisée en ont marqué récemment les traits les plus caractéristiques :

Couget (Abbé H.). — Le Sens catholique, 2e édit. — Paris, Bloucl, igog, in-16 de 128 p. — Prix : o fr. 60.

M. Couget, avant affirmé « sa docilité et son attachement à l'Eglise », rappslle aux catholiques des devoirs trop oubliés, même par ceux qui se croient quelquefois les meilleurs disciples du Christ. Le catholique doit savoir concilier la respectueuse soumission avec l'activité la plus intense, avec le désir toujours inassouvi de savoir, avec l'amour passionné de la justice ; il doit avoir, enfin, l'absolue conviction que l'Eglise peut s'adapter à toutes les nécessités sociales et politiques. L'auteur, après avoir étudié le sens catholique, la pensée catholique et la conscience catholique, nous explique la nature de l'autorité dans l'Eglise, et il nous entretient, en terminant, de l'apostolat et de la liberté du catholique.

a Voyez donc cette belle arm^e des pacifiques : ils s'avancent non

« point comme une houle de dévastateurs ou de conquérants sangui- « naires. Ils descendent posément dans les champs de l'activité a humaine, précédés de l'étendard de la Croix, non certes pour y « faire germer de nouvelles haines, mais pour répandre la divine « doctrine de l'amour et unir, dans un même idéal, leurs frères d'ici- « bas. On les voit actifs, soucieux de tout ce qui est noble, élevé, « les plus dévoués aux misères humaines, mais aussi aux conquêtes « légitimes du progrès social et de la civilisation. Il n'y a pas une « cause juste qui n'excite leur sympathie et à laquelle leur concours « efficace ne soit acquis. De tous les citoyens, ils sont les plus loyaux, (( les plus désintéressés et le pays n'a pas de meilleurs serviteurs. « On les respecte, on les admire et toute leur popularité rejaillit sur « le Christ, parce qu'on sait qu'il est leur Maître et leur Guide... » (p. 126).

^w* L'étude de l'abbé Couget, très sommaire, ne saurait peut-être satisfaire tous les esprits.

Nouscroyons donc queles catholiques pourront mieux s'orienter encore quand ils auront lu le livre suivant, très accessible, malgré qu'il traite des problèmes les plus importants :

Julien (Abbé E.). — Le Conflit : les mots, les idées, les faits. — 1904, in-12 de xvi-442 p. ; chez l'auteur, institution Saint- Joseph, le Havre. — Prix : 3 fr. 5o.

C'est une étude excellente qui élève notre esprit et élargit notre horizon. L'auteur, qui a beaucoup lu, est très au courant des idées et des faits et il solutionne leur conflit à la lumière d'une doctrine théologique très sûre, d'un sens social remarquable, d'une philosophie toute traditionnelle et d'une foi ardente où le sentiment même trouve son compte. C'est un livre à lire et à répandre, car il projette de vives lumières sur les principales manifestations de l'activité humaine...

Cléricalisme et laïcisme : Le mot et la chose : origine et développement da cléricalisme historique. Le laïcisme depuis ses origiaes jusqu'à nos jours. De Pie VII à Léon XI II, le pape providentiel...

Le saint social par la croyance : La marche intellectuelle issue du libre examen. Faillite du rationalisme.

Educations et éducation : L'éducation nationale et la liberté d'enseignement. L'avenir des congrégations et les congrégations de l'avenir.

L'individualisme : L'individualisme au xixe siècle. L'homme individu et le concept révolutionnaire. L'esprit social. L'individualisme de la

raison, ses excès, retour au principe d'autorité. Attitude de l'Eglise, L'individualisme en matière de sentiment.

« D'instinct, les idées traditionnelles d'autorité, de respect, d'in- « violabilité du mariage, de justice éternelle, se sont réfugiées dans la « religion, d'où elles étaient venues. Quiconque les défend ne tarde « pas à entrer dans l'Eglise, puisque c'est dans l'Eglise qu'on les « attaque comme dans leur forteresse naturelle. Là est la force de « conservation sociale; là, se reconnaissent, debout, sur la brèche, « tous ceux qui savent, par l'histoire, que la raison, émancipée des « croyances traditionnelles, aboutit nécessairement à l'anarchie et à a la ruine des sociétés.

ce Donc, hors de l'Eglise, point de salut... Si c'est pour l'Eglise une « grande crise qui commence, c'est aussi un grand destin qui se « continue.

« Pour tous, la papauté est la clef des batailles, le point de mire « de l'attaque, le centre de ralliement de la défense ; car c'est elle « qui, en forçant la pensée de l'homme à s'élever jusqu'à la hauteur « de la pensée divine, fait de toutes les affaires qui intéressent le « progrès de l'humanité une seule et unique affaire, l'affaire reli- « gieuse, et de tous les conflits qui en découlent, un seul et unique a conflit, le conflit religieux. »

L'esprit chrétien et la tolérance.

Le P. Vermeerseh et M. l'abbé Vacandard ont traité ce sujet délicat avec leur science et leur pondération coutumières; elles satisferont sûrement tous ceux qui cherchent à concilier les droits de la conscience avec les droits de l'Eglise et aussi avec la grande loi d'amour et le goût de la liberté que le Christ a donnés au monde.

Vermeersch (Le P. A.). — La Tolérance. Louvain, Uystpruyst-Dieudonné, et Paris, Beauchesne, 191 2, in-12 de xi- 439 p. — Prix : 4 lr.

La tolérance du Christ. — La tolérance 1° dans la vie privée ; 2° dans la vie publique (tolérance ecclésiastique et tolérance civile). — Le christianisme, religion d'amour.

« L'âme sincèrement chrétienne ne médite ni violences ni persé- « cution...

& Léon XIII a écrit sur la constitution chrétienne des Etats une « mémorable encyclique (Immortale Dei, Ier nov. i885); qu'on la

c( lise tout entière. On y reconnaîtra les principes dont nous sommes « parti et les règles pratiques elles-mêmes que nous avons forumce lées. La courte citation qui va suivre résume nos assertions les plus « importantes : « L'Eglise juge qu'il n'est pas permis de mettre « juridiquement les divers cultes sur le même pied que la religion « véritable. Mais elle ne condamne pas, pour ce motif, les chefs « d'Etat qui, en vue d'un grand bien à conquérir ou pour éviter un « mal, tolèrent patiemment leur coexistence dans la cité. Et l'Eglise « veille aussi attentivement à ce que personne ne soit forcé d'em- « brasser la foi catholique. Car déjà Augustin nous en avertit sage- « ment : « L'homme ne peut croire que par sa volonté. »

« Tirée de la vraie mission et des devoirs de l'autorité, cette doc- « trine ne sacrifie aucun droit, ni divin, ni humain, et elle ne dis- « simule aucune vérité ni de principe ni de fait... »

~~ On pourrait lire également :

Vacandard (Abbé E.). — De la tolérance religieuse, 5e édit. — Paris, Bloud, 1908, in-16 de 62 p. — Prix : o fr. 60.

L'esprit chrétien et les études.

L'étude du P. Allô, citée ci-dessous, malgré son titre quelque peu batailleur, doit être lue avec confiance et sécurité, car elle montre parfaitement comment la foi peut se concilier avec le désir de savoir.

Elle profitera surtout aux intellectuels, à ceux qui sont déjà au courant de l'exégèse biblique et des controverses dont les dogmes ont été l'objet. A rapprocher de l'affirmation de Mgr d'Hulst: « Ne déclinons aucun effort, ne redoutons aucune lumière (1) », et aussi de cette autre affirmation de Georges Fonsegrive : « II n'y a entre le catholicisme et la science aucune « sorte de contradiction. Le catholicisme permet à la science « de se développer selon ses méthodes propres en pleine liberté « et en juste indépendance. »

Allô (le P.). — La Peur de la vérité, 3* édit. — Paris, Bloud, 1908, in-16 de 64 p. — Prix : o fr. 60.

On complétera par les ouvrages, cités plus loin, de Mgr Mi- GNOT,de HoGAN,duP.de Smedt, de domBEssE, de Mgr Douais.

(1) M. d'HuLST, Nouveaux mélanges oratoires. — Paris, Poussielgue, p. 108.

(a) G. Fonsegrive, l'Attitude du catholique devant la science. Paris, Bloud, p. 59. — Le même auteur a également écrit un autre ouvrage plus discutable ; le Catholicisme et la vie de l'esprit. Paris, Lecoffre. — Prix : 3 fr. oo.

L'esprit chrétien et les arts.

Le catholique doit avoir, plus que tout autre, le sens de la beauté.

Si l'art est vraiment, non la copie, mais l'interprétation surnaturelle de la vie, cette interprétation ne peut se faire que dans le sens de l'Idée Créatrice; l'art, comme la prière, estime élévation de l'âme vers Dieu et c'est Dieu seul qui peut donner aux œuvres l'inspiration qui les fait puissantes et leur assure la pérennité.

Le moyen âge posséda la Foi ; d'où l'unité et la splendeur de ses œuvres.

Mais aujourd'hui, si « l'Art semble avoir divorcé avec la Vie », c'est que l'esprit de Dieu sommeille en nous.

Il est donc du devoir des artistes catholiques de vivifier leur foi pour mieux comprendre l'importance de leur vocation, pour mieux interpréter la nature, pour mieux faire vibrer l'âme du peuple et pour magnifier aux yeux des foules l'Ordre social chrétien que nous établirons.

A défaut du travail de synthèse que nous aurions voulu citer et dont on trouvera les plus sûrs éléments dans les divers ouvrages du P.Sertillanges et dans ceux du Baron de Montenacli, président de l'Association populaire des Catholiques Suisses, on pourra lire les livres suivants :

Montenach (Baron Georges do). — Pour le visage aimé de la Patrie (chapitre VI) ; Lausanne, Lib. Intcrn. et Universitaire. Prix : 3 fr. — L'Art et le Peuple; Fribourg-, Kragnière (épuisé). — L'Eglise et l'Art social (sous presse). Lire aussi : Tolstoï : Qu'est-ce que l'Art? Paris, Perrin. Prix : 3 fr. 5o. — IIkllo : L'Homme, déjà cité (chapitres sur l'Art). — Le P. Sertillanges : L'Art et l'Apologétique ; Paris, Blond. Prix : 3 l'r 5o.— Du même auteur : L'Art et la Morale; Ibid. Prix : o fr. Go. — La Sizeranne (Robert de) : Ruskin. Paris, Hachette. Prix : 3 fr. oo. — MINIER (le P. Ad.) : Vers l'éternelle Beauté. Paris, Beauchesne, 19 12, in-4 de xxvui-384 p. Prix : 4° ^'•■> -'"• hors texte.

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