L'ÉGLISE ET LE MONDE
Maintenant que nous sommes vraiment pénétrés de la pensée chrétienne, que nous avons vu l'Eglise lutter, au cours des siècles, pour défendre la doctrine dont elle est la gardienne, pour conserver son indépendance et pour assurer son unité, maintenant que nous connaissons son origine divine et son organisation providentielle, une question se pose :
L'Eglise dont les dogmes sont immuables, l'Eglise qui, contre toutes les philosophies, maintient sa vieille explication de la vie et du monde, l'Eglise dont l'organisation et la hiérarchie semblent un défi à notre siècle épris de liberté, l'Eglise qui, malgré les clameurs des foules tourmentées de désirs, méprise les richesses, bride les passions et proclame l'exclusive supériorité de sa morale, l'Eglise qui propose à la société désemparée la constitution rigoureuse de Tordre chrétien, l'Eglise qui dénonce tous les errements de la pensée moderne et les flagelle d'une main ferme et sûre chez les meilleurs de ses enfants, l'Eglise qui, en face de l'Etat omnipotent, veut rebâtir l'inviolable citadelle de la conscience et de la pensée, l'Eglise qui semble refoulée sur toute sa ligne de combat, l'Eglise peut-elle rester encore « l'âme du monde » ?
« Oui », répondent les plus clairvoyants de ses fils, fermement convaincus de son triomphe prochain.
Fait étrange: il faut remonter aux origines du christianisme pour retrouver de semblables espérances et pour entrevoir de semblables conquêtes...
L'Influence sociale des saints.
Les saints ont exercé une si grande action dans l'histoire de la société qu'il est indispensable de les mieux connaître. Sous l'influence de récits mystiques, on a oublié le rôle bien-
faisant que ces hommes ont accompli; on en a fait des êtres à part, vivant près de Dieu, mais en marge des siècles. C'est une erreur. Leur vie, étudiée plus humainement, n'en est que plus séduisante, plus exemplaire, plus sociale, plus divinement belle. M. Joly a su traiter ce délicat sujet avec la sûreté d'un historien, la pénétration d'un philosophe et la respectueuse émotion d'un chrétien. Après avoir montré l'idée qu'on se faisait de la sainteté dans les différentes religions, M. Joly étudie la nature, les sens, l'imagination, l'entendement, la sensibilité, l'amour et l'action chez les saints. Enfin, un chapitre entier est consacré aux « faits extraordinaires » de la vie des saints.
Joly (Henri). — La Psychologie des saints. i3e édit. — Paris, Lecoffre [1909], in-12 de ix et 201 p. — Prix : 2 fr.
« Une piété ignorante a bien souvent altéré la physionomie des « saints : le dilettantisme de plus d'un néo-chrétien d'aujourd'hui « ne risque pas moins de les défigurer. On les avait mis tellement « au-dessus de l'humanité qu'ils paraissaient en dehors d'elle. « Gomme dit avec tant d'énergie Mgr Dupanloup, on se demandait « vraiment « si c'étaient là des hommes, des fils d'Adam, de chair h et d'os comme nous ». Maintenant, on voudrait tout expliquer en « eux, par les influences naturelles et les influences sociales... »
[Et plus loin]...« Le saint, qui est un homme de Dieu, est d'abord « un homme : et c'est un homme qui ne s'est pas seulement élevé, « qui n'a pas seulement grandi sous l'action de la grâce, dans le <( sens du surnaturel et de l'éternité; Bossuet appelle les saints « ces « grands hommes qui ont planté l'Eglise de Dieu »...
ce Nous savons que le saint proprement dit est un serviteur héroï- « que de Dieu, par conséquent un homme aimé de Dieu et aimant « Dieu, puisant dans cette réciprocité d'amour une force extraordi- « naire. Nous savons que cette sainteté doit être, non point l'anéan- « tissement, mais l'achèvement de notre nature... » (pages 24 et 43).
Si on veut étudier plus spécialement la vie de quelques saints, on se gardera bien de lire toutes celles qu'on rencontrera, car nombreux sont les auteurs qui ont fait de la littérature édifiante aux dépens de l'histoire et de la critique. On trouvera dans la collection les Saints (1) et dans la collée-
(1) Chez I ,ecofi're.
tion des Grands hommes de l'Eglise (i), des biographies de valeur parfois inégale, mais dont beaucoup sont excellentes. Citons {sommairement et à titre d'indication) quelques autres travaux fort recommandables et d'un prix très abordable, variant généralement entre 3 et 5 fr.
Baudrillart Mgr). — Vie de Mgr d'Hulst. Paris, de Gigord. — Broglie (E. de) : Vie de saint Vincent de Paul. Paris, Lecoffre. — Berche : Saint Alphonse de Liguori, 2 vol. in-8. Paris, Retaux. — Bougaud : Histoire de Sainte Monique, in-12. Paris, Poussielgue. — Chogarne : Le R. P. Lacordaire, sa vie intime et religieuse, 2 vol. in-18. Paris, Poussielgue. — Gratry : Henri Perreyve, in-8. Paris, Téqui. — Dom. Guéranger : Sainte Cécile, 2 vol. in-18. Paris, Retaux. — Guibert : Histoire de saint Jean-Baptiste de la Salle, in-8, Paris, Poussielgue. — Hamon : Vie de saint François de Sales, 2 vol. in-8. Paris, Lecoffre. — Hemmer : Vie du cardinal Manning, in-18. Paris, Lethielleux. — Lacordaire : Saint Dominique, in-18. Paris, Poussielgue. — Leganuet : Montalembert, 3 vol. in-8. Paris, Poussielgue. — Le Monnier : Histoire de saint François d'Assise, 2 vol. in-8. Paris, Lecoffre. — Monnin : Vie du bienheureux curé d'Ars, 2 vol. in-12. Paris, Téqui. — Montalembert : Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie, 2vol. in-18. Paris, Retaux. — Sylvain : Histoire de saint Charles Borromée, 3 vol. in-8. Paris, Desciée. — Thureau-Dangin : Saint Bernardin de Sienne, in-18. Paris, Pion. — Vagandard : Vie de saint Bernard, 2 vol. in-18. Paris, Lecoffre, etc..
Lire aussi :
Newman : Saints d'autrefois, traduit de l'anglais, introduction de Henri Brémond. — Paris, Bloud, 1909, in-16 de 40-371 p. — Prix : 4 fr.
L'Eglise et la Société.
Que de fois n'avons-nous pas entendu affirmer que « l'Eglise était l'ennemie du progrès » ?
(1) Librairie des Saints-Pères.
Iû8 LA VIE CHRÉTIENNE
L'histoire entière de l'Eglise est un défi à ce mensonge; nous le savons et nous en serons encore plus convaincus en lisant les ouvrages qui suivent :
Dewas (Cli. St.). — L'Eglise et le progrès du monde, trad. de F anglais par leP.J.-P .Folghera. — Paris, Lecolï're, 1909, in- 12 de 3 10 pages. — Prix : 3 fr. 5o.
C'est une œuvre vraiment forte et originale. Nous ne croyons pas que les rapports de l'Eglise et de la société aient été étudiés de plus haut. C'est bien un livre de doctrine. On y trouvera d'innombrables aperçus qui éclairent d'un jour inattendu le développement de l'Eglise au milieu du monde. On goûtera particulièrement les pages qui nous montrent l'Eglise toujours amie de la culture intellectuelle. L'auteur a parfaitement compris que, pour nous convaincre de la bienfaisance de l'Église, il fallait nous prouver que le catholicisme, loin de mettre des entraves à l'intelligence humaine, l'élève, la soutient, l'émancipé et lui ouvre de vastes horizons. On lira donc avec une grande satisfaction les divers chapitres de ce livre :
L'Eglise et la culture. L'Eglise et la prospérité. La morale chrétienne. L'Eglise et l'Etat. La question sociale. Scandales et sainteté. Liberté de conscience. Hérétiques et schismatiques. Développement. Défaite et victoire. Le Miracle.
« L'Eglise se glorifie d'être catholique, mais elle doit en porter la « peine, spécialement par l'obligation qui en résulte pour elle de « tolérer, dans ceux mêmes qu'elle unit, la plus grande diversité de « sentiments. Elle ne saurait se prévaloir des liens naturels d'union « qui résultent de la communauté nationale ou politique, de la « communauté de vues sur la vie pratique et journalière, de la cornet munauté de goûts et de récréations, ou d'appréciations littérai- « res et artistiques, de la communauté d'un parti ou d'une caste, « jalouse de ses privilèges. L'Eglise, en vertu de son caractère snr- « naturel et universel, doit se dégager de tous ces liens naturels et <c particularistes. Elle se compose d'une multitude mêlée que la « nature aurait vite fait de disperser et que la grâce seule unit» (p. 174).
^^ Lire aussi l'ouvrage, toujours attrayant, de Chateaubriand : Le Génie du christianisme. Paris, Roger et Chernovitz et Bonne Presse (s. d.), 2 vol. in- 12 de xxxii-467 et 4io p. Prix : le vol. 1 fr.
L'Église et l'État.
La séparation de l'Eglise et de l'Etat en France n'a pas supprimé l'irritante question des rapports de ces deux puissances. D'ailleurs, le même conflit peut surgir dans les pays voisins, d'un jour à l'autre, à l'instigation des forces occultes.
Il faut que nous ayons sur cet important débat des idées justes et précises.
On consultera donc :
Moulart (Ferd.-S.). — L'Eglise et l'Etat, ou les Deux puissances, leur origine, leurs relations, leurs droits, leurs limites. — Paris, Lethielleux, édit. de 1887, in-8 de xi et 64/ pages. Epuisé.
Très bon traité que nous voudrions voir réédité et en bonne place dans toutes les bibliothèques, car l'auteur sait montrer aux esprits les plus prévenus que l'Eglise n'est point du tout l'ennemie des régimes et des libertés modernes. Cet ouvrage, qui a été, nous dit l'auteur, revu par plus de dix théologiens, s'inspire d'ailleurs des directions de Léon XIII et plus particulièrement de son encyclique Immortelle Dei. « Depuis l'avènement de Léon XIII, des lumières nouvelles, parties de ce foyer toujours ardent, sont venues éclairer plus vivement encore les grandes et délicates questions que nous avons à traiter. Recueillir ces lumières, tâcher de les faire pénétrer dans ces pages : tel a été notre principal souci. »
Les deux sociétés et les deux pouvoirs considérés dans leur origine et leur constitution propre. 10 l'Eglise : Son universalité, sa forme sociale, sa constitution ; 20 l'Etat : Le pouvoir civil, son origine, ses facultés. Nécessité de la religion.
Rapports mutuels des deux puissances : Distinction et souveraineté respective, prééminence de l'Eglise, union.
Des droits propres à chacune des deux puissances : Matière ecclésiastique, civile et mixte.
Des conflits entre les deux puissances et des moyens de les terminer.
« La controverse est soulevée, elle s'agite, bruyante et passionnée.». « Le laïque et le prêtre, le magistrat et le théologien..., et jusqu'à
IlO .LA VIE CHRETIENNE
« l'homme du peuple, chacun scrute avec une égale ardeur la reli- « gion, la politique, l'Eglise, la société et le redoutable problème de c< leurs mutuels rapports
« Il en est parmi nous, chrétiens cependant d'une foi sincère et « d'un dévouement réel, qui ne semblent pas bien sûrs des principes « qu'ils ont mission de défendre ; on dirait, à certains moments, «■ qu'ils doutent de l'Eglise, de sa science et de sa connaissance des .< choses humaines, de son aptitude à conduire ce que Ton appelle la « société, le monde, la civilisation modernes. Et cependant l'Eglise a « reçu de Dieu toutes les nations en héritage, celles d'hier, celles « d'aujourd'hui, celles de demain (p. vm).
« L'Eglise demande donc que les catholiques soient des hommes de « leur temps, qu'ils prennent résolument leur parti de notre état « social et des institutions qu'il comporte... Certes, nous pourrions « désirer, nous devons appeler de nos cœurs la restauration du prince cipe et de l'ordre chrétiens... Mais cette restauration n'est possible « que par la disparition des causes qui en ont amené la chute, surce tout par le retour à l'unité religieuse. Or, l'unité religieuse, si elle « se rétablit, se fera sans l'emploi de la contrainte et de la violence » (p. 4oo).
« Et pourquoi, dit à son tour Mgr Manning, serait-ce la vision « d'un rêveur que bientôt pourra surgir un nouvel ordre et un nouée veau monde catholiques. La chrétienté n'est pas plus malade et plus « brisée maintenant qu'elle ne l'était lorsque saint Grégoire entra « aux repos des justes. Il mourait, se lamentant sur sa dissolution « apparente, et pourtant toutes les gloires de dix siècles surgirent a. des ruines sur lesquelles il pleura » (p. 4oi).
Cet ouvrage sera donc préféré à l'étude plus récente de Chevalier et Legendre, avec préface du P. Laberthonnière, car l'étude de Moulard présente plus de sécurité doctrinale.
'v*v Nous reviendrons plus loin dans notre troisième partie à la vie civique sur l'importante question des Rapports de l'Eglise et de l'Etat. Nous y parlons assez longuement de l'encyclique Immortale Dei de Léon XIII sur la Constitution chrétienne des Etats et des livres suivants auxquels on voudra bien se reporter :
Cerceau. — Catéchisme social de Léon XIII. — Keller : Le
(() Chevalier et Lec e>dre, le Catholicisme et ta Société. Paris, Giard et Briere, igo7,in-i6, xliv 3oG p.
l'église, gardienne de LA FOI III
Syllabus de Pie IX et de Pie X ou l'Eglise, l'Etat et la Liberté. — Mgr d'Hulst : La Morale du citoyen. — Chénon : Les rapports de l'Eglise et de l'Etat en France du Ier au XXe siècle. — Mgr Baudrillart : Quatre cents ans de Concordat. — Voir aussi dans Ch. Pewas : L'Eglise et le progrès du monde, le chapitre intitulé : C Eglise et l'Etat et les Traités de Droit canonique de Tilloy et de Duballet.
'v~ Il faut consulter aussi les ouvrages suivants, écrits en pleine lutte, déjà un peu anciens, qui exposent, avec une rigueur toute théologique, sans se soucier des contingences, la thèse de l'Eglise. — Liberatore : L'Eglise et l'Etat dans leurs rapports mutuels. — Tarouini : Les Principes de droit public de l'Eglise. — Audisio : Droit public de l'Eglise et des nations modernes. Nous reviendrons sur ces auteurs dans notre troisième partie.
~~ Enfin, on rectifiera les erreurs contenues dans le rapport de M. Briand sur la Séparation à l'aide du sérieux travail publié par Y Action Libérale sous le titre :
Quelques erreurs de M. Briand. Paris, Act. Liber., in-8 de 80 p. — Prix: o fr. 5o (prix marqué: 2 fr.).
L'Eglise et les nations.
L'étude de l'histoire universelle à la lumière de la foi ouvre à notre esprit d'immenses horizons.
Déjà saint Augustin, dans la Cité de Dieu, avait jeté les bases de cette science nouvelle et difficile, mais il faut arriver jusqu'à Bossuet pour trouver la plus claire et la plus magnifique vision de l'histoire du monde:
Bossuet. — Discours sur l'histoire universelle, les Époques, la Suite de la Religion, les Empires. Avec une préface et des notes de M. Jacquinet. — Paris, Belin, 1900, in- 12 de b-]ô pages. — Prix : 2 fr. 5o.
« Tout le mystère de nos destinées, dit M. Nettement, s'est dévoilé devant ses regards à la lumière de la Bible et de
l'Evangile ; l'humanité a été devant lui comme un livre qui n'a que deux pages : la première au delà, la seconde en deçà de la Croix...
« Sortir de cette poussière de détails dont les histoires particulières sont comme enveloppées et s'élever jusqu'à la loi première qui donne le mouvement des destinées humaines, contempler de cette hauteur les catastrophes des empires qui tombent, le flux et le reflux des peuples qui arrivent et qui s'en vont et ne les apercevoir que comme des incidents dans la vie générale de l'univers ; suivre, à vue d'aigle, la marche de l'humanité à travers les âges et montrer les causes générales de ces grandes révolutions qui apparaissent de loin en loin comme des étapes marquées dans le royaume du temps : c'est là ce qu'on appelle la philosophie de l'histoire.
« L'esprit le plus élevé qui ait abordé cette science si haute, c'est Bossuet. »Et M.Jacquinet, dont nous recommandons l'édition, dit encore : « L'ordre des conseils d'en haut,la politique céleste, qui mène le monde et qui le sauve, est mise au jour dans toute son économie et dans toute sa teneur, pour ainsi dire, par cet infatigable et méthodique révélateur du passé qui joint, on ne sait comment, la marche exacte des logiciens à l'enthousiasme impétueux du prophète. »
Nous savons bien que notre choix ne sera pas approuvé de M. Henri Berr et en général des rédacteurs de la Revue de synthèse historique : MM. Weill, Aulard, Durckheim, etc., ni non plus de M. Georges Sorel,qui Irouve Bossuet « médiocre », contrairement à l'avis de M. Th. Funck-Brentano, professeur au collège de France, pour qui Bossuet est « un grand historien ». Ce ne sont pas les quelques erreurs de détail que l'érudition a pu découvrir dans son livre qui rendent moins pénétrante sa vision des temps. Que la philosophie d : Bossuet soit discutée par ceux qui ne croient pas, c'est naturel. Pour nous, catholiques, nous trouvons son explication des vicissitudes des peuples conforme à l'idée que nous nous faisons de l'action divine sur le monde, mais ce
d) Bossuet, Discourt sur l'histoire universelle. Ed. Nettement. Paris, Lecoffre,
1888, p. xiv.
l'église, gardienne de la FOI I I 3
n'est pas une raison pour renoncer à pénétrer les secrets du plan divin et à mieux connaître les lois qui président au développement des sociétés humaines.
Bossuet, s'adressant au Dauphin, disait, dans son avantpropos :
« Un tel abrégé... vous propose un grand spectacle. Vous voyez « tous les siècles précédents se développer, pour ainsi dire, en peu « d'heures devant vous : vous voyez comme les empires se succèdent « les uns aux autres et comme la religion, dans ses différents états, « se soutient également depuis le commencement du monde jusqu'à « notre temps.
« C'est la suite de ces deux choses, je veux dire, celle de la « religion et celle des empires, que vous devez imprimer dans votre « mémoire ; et, comme la religion et le gouvernement politique sont « les deux points sur lesquels roulent les choses humaines, voir ce (( qui regarde ces choses renfermé dans un abrégé et en découvrir « par ce moyen tout l'ordre et toute la suite, c'est comprendre dans « sa pensée tout ce qu'il y a de grand parmi les hommes et tenir, « pour ainsi dire, le fil de toutes les affaires de l'univers » (p. 22 j.
-wv On pourrait aussi se procurer séparément la 3e partie de l'œuvre de Bossuet qui contient vraiment sa philosophie de l'histoire :
Les Empires (3e partie du Discours sur l'histoire universelle). Nouvelle édition, par M. Jacquinet. — Paris, Belin, [1900,] in-12 de 142 p. — Prix : 1 fr.
*~v Sur le même sujet, il faut lire encore les études de Godefroy Kurth :
Kurth (Godefroy). — Les Origines de la civilisation moderne. — Paris, Laurens, 2 vol. in-12 de liv-38o et 389 p. — Prix : les deux vol. 8 fr.
Les livres de Godefroy Kurth, qui sait unir une foi forte à une science profonde, ne sont pas assez connus de l'élite des catholiques français. Leur lecture procure pourtant un rare réconfort parce qu'ils interprètent scientifiquement les faits, parce qu'ils proclament l'action bienfaisante de l'Eglise et son ineffaçable empreinte sur le monde.
Il4 LA VIE CHRÉTIENNE
L'ouvrage est épuisé, mais il sera, croyons-nous, réédité.
Le principe civilisateur : Empire romain. Le monde germanique. L'Eglise. La chute de l'Empire romain en Occident. Progrès de l'Eglise. Byzauce. Royaumes ariens.
Naissances des sociétés catholiques : La société barbare au vi« siècle. Action de l'Eglise. Les Carlovingiens, Charlemagne. Conclusion.
« Ea opérant cette union féconde de l'Eglise et de l'humanité, le « Créateur avait donné aussi la formule des rapports qui allaient « présider à leur vie commune. Semblable à tous ces préceptes g évangéliques, cette formule avait un caractère de netteté et d'au- « torité irrécusables. « Rendez à César ce qui est à César, disait- « elle, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Cette parole évangélique con- « tient en germe une grave et pacifique révolution, la plus considé- « rable qui se soit jamais produite dans les annales du monde. C'est « la sentence de mort du césarisme, l'acte d'affranchissement de « tous les hommes, la constitution éternelle de tous les peuples chré- « tiens. Le jour où elle fut prononcée, un nouvel ordre social sortit « du néant et ceux qui l'entendirent purent entrevoir, de loin, l'as- « pect lumineux et riant de la civilisation chrétienne. Le principe « civilisateur était désormais naturalisé ici-bas... » (p. xxxi).
-vw Le même auteur a écrit un autre livre également remarquable, d'une belle ordonnance et d'une grande clarté :
Kurth (Godefroy). — L'Eglise aux tournants de l'Histoire. — Paris, Retaux (auj. Téqui), 1907, in-8 de vi-207 P- — Prix : 2 fr. 5o.
On trouve dans cette étude des pages éloquentes sur l'Eglise et sur sa divine faculté d'adaptation. Vraiment, quand on songe aux difficultés que l'Eglise a dû surmonter dans le cours des siècles, quand on constate qu'elle a su, sans rien abandonner de sa doctrine, se plier à toutes les exigences des temps et cela d'une façon si parfaite qu'elle est toujours parvenue à reprendre sa place près du gouvernail et à survivre seule, à tous les désastres et à tous les naufrages, un grand réconfort nous vient et une grande espérance...
M. Godefroij Kurth, après avoir bien mis en évidence la mission de l'Eglise, étudie son attitude en présence des Juifs, des Barbares, de la Féodalité, du Néo-Césarisme, de la Renaissance et de la Révolution.
l'église, gardienne de la FOI I I 5
« Ce qui assure le triomphe de la cause catholique au seul point « de vue humain, c'est qu'aujourd'hui, comme à toutes les époques « qui marquèrent pour elle une crise de croissance, il y a entre elle « et l'avenir une correspondance merveilleuse. Détachant sa cause « de celle d'une classe qui voudrait la rendre solidaire d'elle, l'Eglise oc leur répond comme aux Juifs, comme aux Romains, comme aux « féodaux, comme à tous les revenants du passé. Elle laisse les « morts ensevelir leurs morts et elle conclut un pacte avec les forces « vitales du vingtième siècle. Elle apporte un programme à ces « masses populaires qui se lèvent et qui cherchent leur voie... »
« Saluons avec espérance et respect le travail de fermentation « qui se fait en ce moment dans les flancs de la société religieuse. « Ce qui germe, c'est un nouveau printemps catholique. Les siècles « ont déroulé devant nous plus d'un spectacle de ce genre. Nous « venons d'eL contempler quelques-uns : ils nous aident à apprécier « celui qui se passe sous nos yeux et qui nous apporte une preuve « nouvelle de l'indéfectible vitalité de l'Eglise » (pages 2o3 et 2o5).
Un siècle de pensée chrétienne.
11 est bon, enfin, de faire, à certaines époques, le bilan de la pensée et de Faction chrétiennes. Débarrassée des préoccupations contemporaines, l'œuvre de l'Eglise, contemplée avec le recul nécessaire, apparaît plus nette et plus belle.
Ainsi en est-il de la synthèse remarquable qui fut publiée, il y a une .dizaine d'années, et dont nous ne saurions trop recommander la lecture.
Un Siècle. — Mouvement du monde de 1800 à 1900, publié sous la direction de Mgr Péchenard, ioe mille, 4e édit. — Paris, Oudin, 1900, in-8 de 914 p. Prix: 7 fr.5o. (Aujourd'hui chez Giard, à Lille, 3 fr. au lieu de 7 fr. 5o.)
Quand on pense que ce livre devrait être dans la bibliothèque de tous les catholiques instruits, de tous les prêtres, de tous les directeurs d'œuvre, de tous les hommes d'action, on reste stupéfait qu'il ne s'en soit trouvé davantage
»l6 LA VIE CHRÉTIENNE
pour lire le tableau le plus fouillé et le plus riche qui ait été tracé du rôle des catholiques dans tous les champs de l'activité humaine au cours du xixe siècle. N'est-ce donc pas un devoir d'acquérir, une fois pour toutes, la conviction que l'Eglise peut se glorifier de ses fils? Nos plus notoires contemporains, ceux qui se sont fait un nom respecté de tous, ont voulu établir, en quelques pages concises, le bilan de notre activité au xixe siècle. Citons MM. de Vogue, Marius Sepet, Et. Lamy, Henri Joly, Ghénon, Pinon, d'Avenel, Brunhes, de Mun, Goyau, Tavernier, Péchenard, Lapparent, Allard, Duchesne, Brunetière, Peraté, Bellaigue, Pisani, Fonsegrives, Sertillanges, Bainvel, d'Haussonville., Touchet, card. Richard, etc.
Mouvement politique et économique : L'œuvre et l'influence de Napoléon. Les nationalistes. Les gouvernements. La législation. Le partage du monde. Les peuples nouveaux. La guerre. L'industrie et le commerce. L'homme et la terre cultivée. Les questions sociales au xixe siècle. L'Eglise romaine et les courants politiques du siècle.
Mouvement intellectuel : La presse. L'éducation. La critique. La philosophie. Les sciences mathématiques, physiques et chimiques. Les sciences de la vie. La science de la terre. L'archéologie. L'histoire. La littérature. Les beaux-arts. La musique.
Mouvement religieux : La religion et les religions. Les religions non chrétiennes. Les luttes de l'Eglise. L'expansion de l'Eglise catholique. Le dogme de la pensée catholique. Les œuvres et la charité de l'Eglise. La vie intime de l'Eglise.
Conclusion : Vers l'unité.
« C'est précisément parce qu'elle-même n'est pas une société tem-
« porelle que l'Eglise se trouve investie près des sociétés temporelles
« de ce rôle de mère, de médiatrice, de conseillère et de soutien.
« Désintéressée pour elle-même des biens terrestres, elle peut se faire
« arbitre indépendant entre ceux que les intérêts terrestres tendent
« à diviser. Elevée par son but ultra-mondain au-dessus de toutes
« les associations qui ont leur fin dans ce monde, elle peut parler
« à toutes avec une souveraine autorité » (card. Richard, p. Qo3).
« L'Eglise militante a traversé les orages du xixe siècle sans dé-
« choir de la place où tant de siècles l'avaient élevée : elle a main-
« tenu sa position contre de formidables assauts, elle a suivi i'évo-
« lution générale, elle a continué de faire beaucoup de bien. Plus
« que jamais, elle occupe, inquiète, ou rassure tout homme qui
« médite sur sa propre destinée ou agit sur celles des autres. Pour
« ses intérêts, son autorité, sa gloire, l'Eglise n'a pas à regretter la
l'église, gardienne de la foi 117
« vie plus facile, moins énergique et moins pure dont elle avait « joui durant des siècles qui lui accordaient plus d'obéissance exté- « rieure, moins d'action sur les esprits et sur les cœurs» (de Vogué, p. xxv).
L'Eglise restera « l'âme du monde ».
A ceux qui douteraient encore de l'avenir du christianisme, nous recommandons le livre suivant qui découvre à nos yeux émerveillés les insondables réserves de fécondité et d'énergie de la foi catholique :
Ollé-Laprune. — La Vitalité chrétienne, introduction par Georges Goyau. — Paris, Perrin, 1907, in- 16 de lix p. et 342 pages. — Prix : 3 fr, 5o.
Ollé-Laprune apporte, dans l'étude de la Vitalité chrétienne, un rare esprit de pénétration, une foi inébranlable, une parfaite compréhension des nécessités du présent, une lumineuse vision des exigences de l'avenir. Sa conclusion : « Omnia instaurare in Christo »,est devenue le mot d'ordre lancé par Pie X à toute la chrétienté.
Introduction : Un Philosophe chrétien, par Georges Goyau.
La Vie intellectuelle du catholicisme en France au XIXe siècle.
La tâche intellectuelle : La liberté intellectuelle. La générosité intellectuelle. La virilité intellectuelle. La virilité sacerdotale Le clergé et le temps présent dans l'ordre intellectuel. Le devoir scientifique des catholiques.
La tâche morale : La discipline de notre liberté. La recherche de questions pressantes. La responsabilité de chacun devant le mal social. Le devoir d'agir.
Les devoirs du moment : Ce qu'on va chercher à Rome. Attention et courage.
Epilogue : Omnia instaurare in Christo : Ou' est-ce qu'un chrétien? L'esprit chrétien. La foi du chrétien. La vie de Dieu dans le chrétien. Le chrétien vis-à-vis de son époque. Le chrétien et la future chrétienté.
a II nous faut, en des temps nouveaux à certains égards, des ver- « tus nouvelles ou plutôt des formes nouvelles des anciennes vertus. « Dieu aidant, ayons-les.
« Il faut que chacun paie de sa personne. C'est clair. Il faut que
Jl8 LA VIE CHRÉTIENNE
« chacun soit un homme, pleinement un homme et agisse en homme. a II faut de la virilité : il en faut dans l'esprit, dans le cœur, dans « le caractère, dans la conduite. Il faut oser voir, oser agir. Il faut « sortir de l'ornière, surmonter la routine et, en toutes choses, aller « à ce qui est le fond, l'essentiel, le point vital. La paresse s'accom- « mode de gémir sur le malheur des temps et d'invoquer des sauveurs (.< qui apportent le salut tout fait. La virilité consiste à voir le mal u et, l'ayant vu, à se dire qu'il faut tâcher d'y remédier. Quand on « est vraiment un homme, on prend dans ce présent les choses « comme elles sont et l'on travaille à ce qu'elles soient, dans l'avenir, « un peu plus comme elles doivent être. On ne s'étonne point, on « ne se trouble point d'avoir beaucoup à faire : selon une excellente « parole de Montalembert que je ne me lasse pas de répéter en toutes « occasions, on n'admet pas « d'être soupçonné de ne pas accepter les « conditions d'une époque militante ». Et l'on n'use pas sa force « dans des plans d'universelle réforme : on met la main à l'œuvre « là où Ton est, dans sa sphère, dans son coin, dans son village. On « fait là ce qui est à faire, on dit ce qui est à dire... »
[Et ailleurs, cette note brève, qui semble tout un plan de direction.] « La chrétienté : la refaire ; et dans l'ordre intellectuel comme dans « l'ordre social, sans renoncer à aucune des acquisitions légitimes. « Il n'y a qu'un christianisme et il doit régner... Les conflits, les « révolutions doivent servir à préparer ce règne. Enfantement d'un « monde nouveau : Vetera et nova... »
~~ Lire aussi :
Ollé-Laprune. — Les Sources delà paix intellectuelle. 6e édit. — Paris, Belin, 1910, in- 12 de vin et i3o p. — Prix : 2 fr.
« Une rumeur court, la pensée moderne retourne au Christ et le «f Christ va reprendre l'empire. Plusieurs travaillent à hâter le moment « et l'on se dit que le jour où sera consommée cette restauration, l'ina telligence troublée recouvrera la lumière et la paix... »
'vwv Signalons encore un livre original et puissant :
Spalding (Mgr). — Opportunité, traduit de l'anglais et augmenté d'une notice avec autorisation de l'auteur, par l'abbé Félix Klein, 4e édition. — Paris, Lethielleux, 1908, in- 12 de 344 pages. — Prix : 3 fr. 5o.
Cet ouvrage est peu connu d'un grand nombre de catholiques français, comme son auteur, du reste, qui est évêque de Peoria, aux Etats-Unis. On y trouve pourtant des pensées pro-
fondes, un grand esprit de foi, de sages et de prudents conseils, le sens très net des devoirs nouveaux que le siècle nous impose. Le ton toujours pondéré de l'auteur plaira peut-être mieux que l'allure plus tranchante, plus agressive, légèrement frondeuse du livre de Mgr Ireland, pourtant, en certaines pages, bien consolant : l'Eglise et le Siècle (i).
M. l'abbé Klein, parlant de l'œuvre de Mgr Spalding, s'exprime ainsi :
« Parler de bienveillance évangélique, de respect des personnes, « d'accord inévitable entre la foi et la science, de justice et de liberté « pour tous, d'éducation qui prépare à vivre, d'idéal à maintenir « au-dessus des progrès de l'ordre matériel ; rappeler ces vérités si « simples et si méconnues, d'un ton assez moderne pour forcer l'at- « tention, assez éloquent pour remuer les cœurs et toutefois, si j'ose « dire, avec un accent étranger qui montrât bien qu'on visait d'au- « très intérêts que ceux de nos partis et qu'on ne songeait nullement « à entrer dans nos disputes locales, n'était-ce point là une « oppor- « tunité » à saisir au passage, une occasion providentielle de donner <( une poussée de plus à la marche traînante des bons, de rassurer « ceux qui s'inquiètent et de secouer allègrement la troupe des « timides. »
Voici le sommaire du livre de Mgr Spalding :
Notice sur Mgr Spalding. — Opportunité, «Se proposer ce grand but et tout y ramener. » — L' Education et V avenir religieux. « Toute vérité est orthodoxe ». — Mission vitale de l'Université. « Le mieux est devant nous, non derrière nous. Tout progrès sert la cause de la vraie religion ». — Education supérieure des prêtres. « Il est bon de savoir, comme il est bon d'espérer, de croire,d'aimer.» — Le Faux patriotisme et le véritable. « La vie est plus que les circonstances et l'homme plus que son milieu. » — Dieu et le Christ. « Dieu est le besoin absolu, infini de nos âmes et Jésus-Christ est Dieu descendu vers l'homme pour marcher avec lui, l'élever au-dessus de lui-même, le racheter du péché et de la mort, le revêtir splendidement de foi d'espérance et de charité. »
« L'opportunité » dans le sens le plus élevé de ce mot, c'est l'oc- « casion de nous former, de faire de nous des hommes
« Ne vous occupez guère de ce qui est à corriger et à détruire, « mais consacrez-vous à connaître, à aimer et à répandre ce qui est « beau et bon. L'esprit de celui qui crée est plus joyeux et plus fécond
(i) Ireland (Mgr), l'Eglise et le Siècle, 10e éd. Paris, Lecoffre, 1907, in-ia de a3o p. — Prix : 2 fr.
« que l'esprit du critique ou du réformateur. La vie, qui demande '( à se répandre, écarte les choses mortes et, si vous êtes un foyer de « forces vivifiantes, ne faites pas le métier de fossoyeur. L'énergie « et la valeur d'un homme se manifestent moins dans ce qu'il accom- « plit que dans ce qu'il surmonte. Dans des conditions très fa voce râbles, l'homme le plus dépourvu peut faire des merveilles ; de « même qu'un lâche, muni d'armes, peut vaincre un héros désarmé. « Celui qui, aujourd'hui, s'est assimilé les trésors spirituels de tous « les temps sait plus et peut plus qme les hommes du passé, quelque « supérieurs qu'ils fussent en dons naturels et en vertus. Le sage, « dès lors, ne s'enorgueillit point des avantages et des facilités dont « il jouit; il trouve au contraire bien des raisons d'être humble en « pensant au mérite de ceux qui, sans les mêmes secours, se sont « frayé un passage vers la liberté et la lumière.. . » (p. 74).
[Et ailleurs] :« Rien n'est plus digne de nos efforts que de chercher « à établir sur la morale la vie individuelle et la vie publique, en « nous souvenant, d'ailleurs, qu'il n'est pas de morale solide sans « religion pure. Faire prévaloir la vérité et la justice, répandre la « beauté, la douceur, la sagesse et la paix; élargir le cercle des « opportunités ; marcher à la lumière des pensées supérieures et des « larges espoirs, encourager la science et l'art ; favoriser le travail « et l'économie, l'éducation et le savoir, le respect et l'obéissance, la « pureté, la bonté, la probité, la sobriété, le dévouement au bien « commun : voilà le but du patriote, voilà son idéal » (p. 3oo).