DE LA METHODE DANS LA VIE, DANS L'ÉTUDE, DANS L'ACTION
Il semble que les grands talents peuvent se passer de mé» thode et atteindre, d'un coup d'aile, le but qu'ils ont visé.
l84 LA VIE CHRÉTIENNE
C'est là un privilège rare qu'il serait présomptueux de vouloir partager avec eux, d'autant que le travail, chez un esprit bien doué, peut parfois suppléer au génie. Pour jouer le rôle que la Providence demande à chacun de nous, la foi, la persévérance, l'activité et la méthode suffisent ordinairement.
Sans méthode, l'esprit maraude, l'action s'émiette, la vie se gâche.
Parmi les ouvrages, que nous citerons sous cette rubrique, figurent quelques excellents livres à l'usage du clergé. Les laïques, — il ne nous appartient pas d'indiquer aux jeunes clercs les livres qu'ils doivent consulter, — les laïques, disonsnous, trouveront dans ces travaux d'excellents conseils dont ils sauront tirer le meilleur parti, car ils leur enseigneront non seulement une méthode de vie et une méthode d'étude, mais aussi une méthode d'action, c'est-à-dire l'art d'utiliser sa vie, de diriger son intelligence et d'agir avec fruit par la constitution des élites, par l'association sous toutes ses formes, par les enquêtes et par les statistiques...
Méthode de vie.
M. l'abbé Dementhon, dans le précieux Mémento que nous recommandons ci-dessous, explique ainsi la raison d'être de so étude, précisément écrite pour les prêtres, mais dans laquelle les laïques auront beaucoup à glaner. « Offrir au jeune clergé, sous une forme vivante, la synthèse méthodique des règles de vie les plus accréditées, stimuler la flamme de son zèle, corroborer enfin les principales directions qui lui sont données par une sorte de commentaire bibliographique perpétuel; être, en somme, un aide-mémoire, une sorte de directoire pratique à l'usage du jeune prêtre pour « organiser » sa vie... V oilà tout ce que désire ce livre. » Et, de fait, le livre répond bien à ce programme; les plus sages conseils, qu'une longue expérience a dictés, y foisonnent et les renseignements de tous genres se
• l'apostolat, comment s'y préparer i85
rencontrent à chaque page. Cet ouvrage devrait être dans toutes les bibliothèques :
Dementhon (Abbé). — Nouveau mémento de vie sacerdotale ou Directoire du jeune prêtre au temps présent, avec notes pour bibliothèque ecclésiastique. — Paris, Beauchesne, 1907, in- 18 de xn-544 p. — Prix : 3 fr.
Du règlement de vie. — Vie privée. — Vie physique. — Vie matérielle et tenue extérieure.
Vie sociale. Vie publique. — Relations avec les supérieurs hiérarchiques, avec les autorités civiles, avec les confrères, relations diverses de société.
Vie intellectuelle. — Quelques principes. Etudes. Lectures. Composition. Travaux d'érudition. Livres de bibliothèque.
Vie morale et religieuse. — Quelques principes. Exercice spirituel. Dévotion et pratiques de piété. Principales vertus sacerdotales.
Vie apostolique. — L'entrée en fonctions. L'apostolat dans la paroisse. Devoirs comme curé. Devoirs comme vicaire. Devoirs particuliers. Catéchisme. Prédication. Sacrements. Culte. Dévotion et pratiques de piété. — Apostolat par les œuvres. Quelques principes. Préparation d'une œuvre à fonder. Organisation et administration. Du maintien des œuvres. — Œuvres générales : Œuvres d'action catholique. Œuvres diocésaines. Œuvres paroissiales. Sanctification et instruction. Assistance et fraternité chrétiennes. — Œuvres spéciales. Enfants. Jeunes gens. Militaires. Jeunes filles. Mères chrétiennes. Hommes.
Appendice bibliographique.
Voici, pour exemple, ce que Fauteur dit de la rédaction d'un premier règlement de vie :
« Procéder graduellement, sans chercher à être complet dès le « début, ajouter peu à peu à ce qui a été entrepris, plutôt que d'être ce obligé de retrancher quoi que ce soit à une réglementation trop « longue et trop compliquée. Me borner d'abord à une ordonnance « précise de mes devoirs essentiels et des principaux moyens d'y « être fidèle; me tenir à quelques résolutions faciles, décisives, pour « la bonne organisation matérielle et pour la direction morale de « ma nouvelle existence.
« Eviter également l'écueil d'un excès de rigidité dans cette légiste lation ; laisser à la détermination de l'emploi des heures de la jource née une certaine souplesse qui me permette de céder aux impré- « vus de la vie du ministère; pas de liberté trop grande, mais pas de « gêne excessive. »
l86 LA VIE CHRÉTIENNE
Méthode d'étude.
On trouvera dans le livre de l'abbé Dementhon, que nous venons de citer, de très bonnes pages sur la méthode qu'il convient d'apporter dans ses études. Lire, par exemple, le chapitre : Vie intellectuelle, tout rempli d'avis précieux. Nous y lisons ces lignes relatives à la méthode intellectuelle :
ce Travailler avec méthode, avec esprit de suite, selon une vie « tracée d'avance, dans un programme de vie intellectuelle qui dé- « terminera les grandes lignes du sujet ordinaire de mes études..., « prendre garde à ne pas disperser superficiellement mon esprit sur « mille objets divers en voulant tout savoir, même dans l'ordre des « études utiles à mon état, me rappeler que les divisions du travail, « des spécialisations dans l'ordre intellectuel, deviennent de plus en « plus nécessaires... Circonscrire, concentrer de plus en plus mes « sujets principaux d'études... Je veux acquérir une réelle compé- « tence professionnelle. — Cependant ne pas me spécialiser trop tôt. « — Ne jamais rester comme isolé de la culture générale contempo- « raine et suivre avec curiosité ce qui se passe et se produit autour « de moi dans le monde de la science » (p. 70).
■vw Nous devons citer aussi un autre livre, très connu, qui est également une méthode de vie et une méthode d'étude. Comme l'auteur, le P. Gratry, a mis en première ligne son plan d'étude, nous croyons être fidèle à sa pensée en mentionnant son livre à cette place. Ce travail sera lu avec curiosité par ceux qui, parvenus à vingt ans, savent bien que c'est l'âge où l'on commence vraiment à étudier et à vivre. Il y a bien, par-ci, par-là, inspirées par un sage mysticisme, quelques visions étranges qui pourront surprendre les esprits non prévenus, mais qu'on ait confiance; le livre est excellent, car il prêche la méthode, la volonté de créer et d'agir, la bonté qui suscite les grandes pensées et les grands dévouements. Toutefois, c'est un livre qui ne peut être goûté que par une élite très cultivée. « Ces conseils, dit l'auteur, ne s'adressent pas à tous; un très petit nombre d'esprits, dans l'état actuel du monde, en sont ou en voudront être capables. »
On lira donc :
l'apostolat, comment s'y préparer 187
Gratry (Le P.). — Les Sources, Conseils pour la conduite de l'esprit, 6e édition. — Paris, Tequi, 1910, in-12 de 225 p. — Prix : 2 fr. 5o.
Conseil pour la conduite de V esprit [ou plan d'études] : Silence ou travail du matin. L'idée inspiratrice. Le soir et le repos. La prière. La lecture. Foi. Science comparée. Mathématique. Astronomie. Physique. Géologie. Géographie. Histoire. La morale. La théologie. Conclusion. Conseils sur les devoirs intellectuels du chrétien au dix-neuvième siècle.
Le premier et le dernier livre de la science du devoir [ou plan de vie]. — Que faire : travailler à la protection de l'ordre et de la justice sur la terre, à l'union croissante des hommes et des nations. Un obstacle : l'amour de l'argent, s'arracher à sa tyrannie. Une vertu nécessaire, la sagesse.
Les aphorismes de la science de devoir. — Les devoirs envers Dieu. Devoirs de l'homme envers lui-même. Devoirs de l'homme envers autrui. La famille. Conclusion.
« Je vous ai... proposé un plan d'études. Je voudrais... vous pro- « poser un plan de vie.
« Ce plan de vie se résume en un mot que j'ose vous adresser au « nom de Dieu : Mon fils, sois bon.
« Le plan est simple, mais vous verrez qu'il est aussi riche qu'il « est simple ; sans doute, il n'y a que les grands cœurs qui savent ce « qu'il y a de gloire à être bon. Mais pourquoi vous, qui que vous « soyez, n'auriez-vous pas déjà ou n'oseriez-vous pas demander à « Dieu, votre Père tout-puissant, un grand cœur et de grandes pen- « sces? Essayons. Voyons si vous saurez comprendre la grandeur et « la gloire de la bonté. Voyons si vous voulez cette gloire...» (p.2i3.
w». Puisque l'ouvrage de l'abbé Dementhon a surtout été écrit pour les prêtres et puisque, d'autre part, le livre du P. Gratry ne s'adresse, selon lui, « qu'à un très petit nombre », nous recommanderons un autre travail qui sera lu avec intérêt et avec fruit par la plupart des jeunes gens :
Vuillermet (Abbé). — La Mission de la jeunesse contemporaine, 5e édit. — Paris, Lethielleux, 1908, in-12 de 356 p. — Prix: 3 fr.
L'auteur indique dans une langue très simple comment les jeunes gens doivent se préparer à leur mission : ce qu'il ne faut pas lire, ce qu'il faut lire, comment il faut lire, l'art d'écrire, l'art de parler, etc. On ne saurait trop se pénétrer de ces excellents conseils.
l88 LA VIK CHRÉTIENNE
*~ Citons aussi quelques ouvrages que les intellectuels seront heureux de connaître bien qu'ils aient été écrits spécialement pour le clergé. On peut discuter l'esprit et la méthode de Hogan et de Mgr Mignot, mais la pensée qui les inspire est toute apostolique et les conseils qu'ils donnent ne peuvent que favoriser le progrès des études et le triomphe de l'Eglise, à condition, bien entendu, d'apporter dans nos travaux l'esprit de Foi et de nous conformer aux doctrines développées par Léon XIII (i ), puis par Pie X dans son encyclique contre le Modernisme et aux diverses instructions qui l'ont suivie :
Hogan (J.). — Les Etudes du clergé, traduit de l'anglais par l'abbé A. Boudin/ion et introduction de Mgr Mignot. — Rome, F. Pustet, et Paris, Lethielleux, i9oi,in-8de 575 p. — Prix : 6 fr.
L'auteur enseigne dans ce livre la méthode qu'il conviei t d'apporter dans les sciences qui intéressent plus particulièrement la foi: science naturelle, philosophie, apologétique, théologie dogmatique, théologie morale, théologie ascétique, théologie pastorale, droit canonique, liturgie, prédication, histoiie de l'Eglise, la Bible, Pères de l'Eglise... Le programme serait complet si l'auteur y avait ajouté la sociologie.
« Heureux, dit Hogan, ceux qui, ainsi éclairés, se hâtent, lorsa qu'il en est encore temps, de suppléer à ce qui leur manque par « des efforts sérieux et assidus et d'acquérir ce dont ils ont le plus « besoin : force de l'esprit ou force du caractère, science ou piété, « possession de soi-même ou discipline intellectuelle, en un mot, ce « qu'ils perçoivent comme leur principal besoin, à la lumière de la « double révélation qui leur est faite du monde et d'eux-mêmes, tels « qu'ils sont. Ainsi échapperont-ils à la triste fin que le décret du « Concile deTrente leur présente comme un salutaire avertissement. a Si quis scientiam alere desinat,mox in tenebris versabitur ; in « via cœcutiet qui missus est ut sit dux populi in via salutis.
« Une science variée et toujours croissante deviendra une des heurt reuses nécessités de leur existence, leur apportera une inépuisable « jouissance, une perpétuelle vigueur d'intelligence, la dignité de « leur vie, et elle leur permettra, dans une égale mesure, de se « rendre utiles » (p. 21).
^^ On pourra consulter aussi les ouvrages suivants :
(1) Lettre au clergé français sur les éludes ecclésiastiques (3 sept. i8gg\ dans les Actes de Léon XIII (cités p. 24).
l'apostolat, comment s y préparer 189
Mignot (Mgr) : L'Eglise et la critique. Paris, Lecofïre, 1910, in- 12 de xi et 365 p. Prix : 3 fr. 5o (1). — Et du même auteur : Lettres sur les Etudes ecclésiastiques. Paris, ibid., 1908, in 12 de xvn-325 p. Prix : 3 fr. 5o. — Besse (Dom) : Les Etudes ecclésiastiques d'après la méthode de Mabillon. Paris, Bloud, 1902, in-18 de xv-209 p. Prix : 1 fr. 5o. — Smedt (Ch.de) : Principes de la critique historique. Paris, Soc. Bibliog. et Liège, Libr. de la Soc. Bibliog*. Belge, i883, in-12 de 23o p. Prix :3 fr. (épuisé). — Brehier et Desdevises du Désert : Le Travail historique. Paris, Bloud, 1907, in- 16 de 83 p. Prix : 0 fr. 60.
-v~ On trouvera des renseignements assez pratiques, à côté d'autres qui le sont moins, dans :
Guyot-Daubès. — L'Art de classer les notes et de garder le fruit de ses lectures et de ses travaux : Comment on organise son bureau, sa bibliothèque. — Paris, Bibliothèque Gujot-Daubèi [190 1], in-16 de i44 P- — Prix : 2 fr.
On n'oubliera pas, en consultant ce petit livre, que presque toutes les méthodes de classement sont bonnes à condition de les suivre, mais il en est évidemment qui sont meilleures les unes que les autres. Il est difficile d'établir des règles fixes. Tout dépend du caractère de celui qui travaille et de l'objet de ses études. Ajoutons qu'au système de fiches préconisées par l'auteur, quelques-uns préféreront des fiches plus petites et plus facilement classables (par ex. 1/4 de papier écolier ou i/4 papier commercial). Les Bénédictins, par contre, travaillent sur des fiches sensiblement plus grandes, mais rigides ; l'abbé Ulysse Chevalier, pour les travaux bibliographiques, qui l'ont rendu céSèbre dans le monde des érudits, sur des fiches plus petites, etc., etc. Le format moyen est le meilleur, mais l'essentiel, encore une fois, est d'avoir une méthode et de s'y tenir. Consulter là-dessus Brehier et Des devises du Désert, ci-dessus mentionnés.
(1) Ce livre ne convient pas aux débutants que toujours les objections séduisent plus que les exposés fermes et précis... dit M. Blin dans la Croix du 16 mars igio. Pourtant ce critique déclare qu'on y trouvera « plus d'une leçon utile qui élargit sagement l'horizon, et montre l'adaptation heureuse de la science moderne aux études sacrées ».
Méthode d'action : 1° l'Elite.
Nous ne saurions trop attirer l'attention sur la nécessité des élites et sur la nécessité de l'association. C'est pour l'avoir oublié que les catholiques français ne sont plus maîtres chez eux. Une minorité active, tenace, unie, a pu traiter la France chrétienne en pays conquis et lui imposer le gouvernement le plus anticlérical du monde.
Que cette leçon nous soit profitable.
Formons partout des élites.
Et si ces élites organisées travaillent avec discipline et avec méthode, si elles avancent à coup sûr sur un terrain bien exploré, soutenues par la foi, par la doctrine et par leurs œuvres, elles sauront bientôt s'imposer aux foules ; c'est particulièrement aux heures de lutte que l'élite est indispensable.
-ww On lira d'abord la brochure très étudiée qui suit :
Normand d'Authon (Paul). — Une élite : sa nécessitera formation, son occupation. — Reims, 1910, Action Populaire in- 16 de 32 p. — Prix : o fr. a5.
L'auteur a condensé dans ces trente-deux pages le fruit d'une longue expérience. Mieux placé que quiconque pour faire ce travail, l'ancien président de la jeunesse catholique de l'Anjou, a su non seulement rendre manifeste l'utilité de l'élite, mais il a su aussi enseigner les moyens de la susciter, de la former et de l'utiliser.
Nécessité d'une élite : Elle doit avoir une mentalité intégralement catholique et doit être douée du sens social. Elle est nécessaire aux œuvres sociales, pour les comprendre, les répandre, les défendre.
Oà prendre l'élite : Comment la susciter. Comment compléter sa formation? A quoi s'occupera-t-elle?
« A toutes les époques de l'histoire, c'est une minorité ag-is- « santé qui a conduit les peuples. Ce ne sont pas les majorités qui « font les révolutions, et s'il est vrai de dire que la puissance « des états repose sur les épaules des foules, il n'est pas moins « exact d'affirmer que les masses ont toujours subi l'ascendant « des meneurs qui ont su flatter leurs caprices ou servir leurs « intérêts. . . »
l'apostolat, comment s'y préparer 191
Lire aussi :
Béréziat (Abbé). — Comités paroissiaux, comités cantonaux, comité diocésain : Organisation. Union. Programme d'action, in-8 de 46 p- Reims, Action Populaire, 1910, et Paris, Noël. Prix : o fr. 5o. — Ou cette autre brochure, sans nom d'auteur : les Comités paroissiaux d'action catholique; leur raison d'être, leur organisation. Paris, Lethielleux, 19 10, in- 12 de 39 p. Prix : 0 fr. 3o.
Méthode d'action : 2° l'Association.
Les élites sont nécessaires, l'association est également indispensable.
C'est par l'association que nous vaincrons : associations pieuses, associations professionnelles, associations civiques, associations des efforts, associations des élites, toutes ces associations constituent, ou les éléments organiques de la rénovation sociale, ou les cadres dans lesquels les hommes de bonne volonté, qui font la guerre de guérillas, viendront chercher la discipline, la cohésion, le commandement nécessaires aux conquêtes. L'émiettement des énergies n'est jamais une bonne tactique.
On trouvera cette idée développée dans la plupart des publications de l'Action populaire et on lira : Piot (G.) : Comment et pourquoi s'associer, étude de la loi du /er juillet igoi... Reims, Act. pop., s. d., in-16 de 32 p. Prix ; o fr. 25. On se procurera surtout Sociétés et associations, par J. Benoist, A. Celier, A. Levavasseur et H. Taudière. Paris,, Marschal et Billard, 1909, in-8 de i44p-
v~ Enfin, on pourra consulter aussi le travail de :
CnjNET(Ed.). — Les Associations au point de vue historique et juridique. — Paris, Marschal et Billard, 1909, in-12 de xxvn- 519p. — Prix : 7 fr. 5o. L'ouvrage comptera plusieurs volumes.
[Le Mouvement social rend compte de ce travail en ces termes :] « Notre temps — et M. Clunet a pu le faire remarquer avec raison « — rappelle le Moyen-Age, qui fut une époque prodigieuse d'as- « sociations, le Moyen-Age qui créa tout par l'Association. Nous
« sommes en train, au xxe siècle, de renouer la tradition du xin*... a M. Glunet rend hommage à l'effort du législateur de 1901, mais il « regrette que des articles qui ont permis la spoliation et la persé- « cution de citoyens français fassent tache dans cette charte d'af- « franchissement (1). »
,vw Et, si Ton veut, — en restant sur le terrain de la propagande, car nous verrons plus loin comment Yassociation est une nécessité organique, c'est-à-dire un des rouages le plus importants de Tordre social chrétien — si l'on veut, disions-nous, toucher du doigt les bienfaits que les catholiques peuvent retirer de Yassociation, on pourra lire les monographies de deux grands groupements, l'un religieux et l'autre politique, qui ont su acquérir une véritable puissance: V Association Catholique de la Jeunesse Française et V Action Libérale Populaire.
Et d'abord, le Manuel de l'Association catholique de la Jeunesse Française. Paris, i4, rue d'Assas (sous presse). On lira avec intérêt l'histoire et l'organisation de cette vaste et solide association qui a su concilier l'autonomie de ses groupements avec la direction effective de son comité directeur. Nous donnons cette association en exemple parce qu'elle a déjà fait ses preuves, parce qu'elle ne repose pas uniquement sur le talent ou sur le zèle de ses chefs, parce qu'elle est une organisation démocratique basée du haut en bas sur l'élection, parce qu'elle est disciplinée et soumise à la hiérarchie de l'Eglise.
•w». L'utilité de l'association, sur le terrain civique ou politique, n'est pas moins grande. Nous pourrons nous en convaincre, quelle que soit notre opinion politique, en lisant le livre de Flornoy (Eug.). — La Lutte par l'association, l'Action libérale populaire. — Paris, Lecoffre, 1907, in- r 6 de vu et 208 p. — Prix : 1 fr.
Méthode d'action : 3° l'Enquête.
Uenquête doit être à la base de toute action sérieuse. L'homme d'action, qui va à l'aveuglette, échoue le plus souvent et
(1) Mouvement social, mars 191 o, p. 329.
l'apostolat, gomment s'y préparer 193
ajourne ainsi, à une époque parfois lointaine, l'œuvre qu'un homme réfléchi aurait fait vivre et prospérer.
« Pour fonder une œuvre, disait le P. Gratry, il ne suffit pas de vouloir, il faut encore savoir. » Alors, vouloir et savoir, c'est pouvoir. En effet les œuvres... ont d'abord besoin de lumière. Elles meurent souvent d'obscurité et de confusion, parce qu'elles ne sont pas connues, parce qu'elles ne sont pas comprises, peut-être, aussi, parce que, hâtivement conçues, elles ne répondent pas au tempérament du milieu, elles ne sont pas outillées pour atteindre le but qu'elles voulaient poursuivre (1). »
La revue l'Association catholique dit aussi :
« Travaillons dans notre cité. Et,pour cela, d'abord, étudions-la, car « on peut très bien avoir vécu des années dans une ville ou dans un « village et ne le connaître que superficiellement. Ce n'est que par « une étude méthodique, par les enquêtes, par les monographies, que « l'on se rendra compte de l'état social de sa commune, par suite, de « ses besoins et du genre d'action opportun. Ce travail n'exige que « de la patience, de l'esprit d'observation et de la minutie, il peut « paraître fastidieux au premier abord ; il est pourtant nécessaire, « et l'on en sentira tout l'attrait lorsque des chiffres, des statistiques, « des constatations réunis se dégageront les conclusions cherchées (2). »
L 'enquête doit d'abord porter sur la région ou sur la commune qu'on veut « travailler », sur sa population, sur son culte, sur sa moralité, sur ses opinions politiques, sur ses ressources, sur son commerce, etc. C'est V enquête territoriale, très intéressante , très féconde , qui assure l'existence et la vitalité des œuvres et donne à celui qui la fait une expérience et une supériorité incontestables.
A côté de l'enquête territoriale, il y a une autre enquête, un peu plus particulière, vraiment sociale, c'est l'enquête sur le métier ou enquête professionnelle. Cette enquête, assez délicate (qui exige un peu plus de doigté et d'expérience, car elle ne peut guère se faire qu'en recourant aux intéressés eux-mêmes), est également d'une grande utilité et d'une
(f) Manuel social pratique, p. xm. — Ces lignes, qui s'appliquent aux œuvres sociales, peuvent également s'entendre de toute espèce d'oeuvres, (a) Coirard : dans l'Association catholique du i5 décembre 1906.
iq4 la vie chrétienne
remarquable portée. N'est-ce pas le meilleur moyen de savoir si les ouvriers de telle ou telle corporation ne se trouvent pas dans une misère imméritée, de connaître les améliorations nécessaires, de distinguer les revendications légitimes de celles qui ne le sont pas, de mieux découvrir la fécondité ou l'impuissance des doctrines sociales? N'est-ce pas aussi apporter un rayon de pure lumière à ceux qui travaillent à restaurer l'ordre social chrétien?
Enfin, il faudra faire encore une nouvelle enquête pour assurer le bon fonctionnement de Yœuvre qu'on veut établir. Comment sont organisées les œuvres du même type? Quelle est celle dont le caractère social est le plus prononcé? Quelle est celle qui a été la plus étudiée, la plus expérimentée? Quels sont les avantages et les inconvénients de la loi? etc., etc. Autant de renseignements qu'on ne pourra avoir qu'en s'adressant à des compétences, œuvres ou individus, qui, d'ordinaire, ne se rencontrent qu'à Paris ou dans les villes importantes.
~~ Sur l enquête territoriale, on lira donc :
Hoguet (Abbé Paul). — Programme d'étude pour une commune agricole. — Arras, Imp. de la Presse Populaire, 1908, in-16 de 4i P- — Prix : o fr. 3o.
La populatio7i : Etat actuel. Mouvement de la population.
La famille : Constitution. Situation matérielle. Intérieur. Education,
La profession : La terre. La culture. Mode de culture. Le faire valoir. Impôts. Les salaires et groupements professionnels.
La commune : Etat d'esprit. Finance. Travaux. Employés. Assistance.
La religion : Esprit général. Organisation. Culte. Pratiques chrétiennes. Œuvres. L'action anti-chrétienne.
<ww On fera bien de se procurer également :
Dix années d'enquête, édité par l'Union provinciale de l'Orléanais (Assoc. Cathol. de la Jeun. Franc.). Paris, i4, rue d'Assas, in-8° de 48 p. Prix : o fr. 4o. — Répandre aussi le Mémorandum d'enquête territoriale. Marseille , secrétariat du Cercle d'études des Alpes et de Provence (29, rue du Paradis), in-16 de 8 p. — et les Questionnaires ou Feuilles d'Enquêtes édités par l'Association Catholique de la Jeunesse française, à l'occasion de ses congrès. Ecrire au Siège central, i4, rue d'Assas.