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LA SITUATION DU CATHOLICISME EN FRANCE

Le catholique français, qui veut se consacrer à l'action religieuse, doit, pour mieux comprendre la portée et l'utilité de son action et aussi pour défendre l'Eglise contre les attaques injustifiées dont elle est l'objet, connaître les grandes lignes de l'histoire de Y Eglise de France, particulièrement celle du siècle dernier et posséder des notions très précises sur sa situation actuelle.

Histoire de l'Eglise de France. — On trouvera dans les livres mentionnés au chapitre de YHistoire de l'Eglise et aussi dans les livres, cités plus loin sous la rubrique « Histoire de France », d'excellentes pages sur l'histoire ancienne de l'Eglise de France.

Sur le XIXe siècle et sur la période contemporaine, on lira en plus des travaux déjà cités de Chénon sur les Rapports de l'Eglise et de l'Etat en France du Ier au XXe siècle, et de Mgr Baudrillart : Quatre cents ans de concordat, le bon livre suivant :

Baunard (Mgr).— Un siècle de l'église de France, 1800-1900. 4e édit. — Paris, Poussielgue, 1 906, in-8, vi et 538 p. — Prix : 5 fr.

De Pie VII à Pie IX : Pie VII et Napoléon, l'église gallicane. Le parti catholique et la liberté. Doctrine et éloquence. Pie IX et la France. L'enseignement chrétien. L'ordre sacerdotal et religieux. L'épiscopat et l'unité romaine. Le culte et l'art chrétien. La charité.

Léon XIII et l'Église : L'Anticléricalisme. Crise politique et sociale. Etudes divines et humaines. La chaire et la presse. Les missions françaises. Le martyre. La sainteté et les saints. Les deux cités.

a Si, pour le juger, il faut le comparer, trouvera-t-on ce siècle « beaucoup pire, au regard de l'Eglise, qu'aucun des siècles précé- « dents de notre histoire?... Si le mal présent nous semble plus « intolérable qu'aucun autre, n'est-ce pas précisément parce qu'il « est le mal présent, que c'est sur nous qu'il pèse et que nous « souffrons de lui?... » (p. 5a).

^v^ Voir encore :

Lecanuet (Le P.). — Montalernbert 1810-1870. — Paris? Poussielgue, 1 904-1 909, 3 vol. in-8 de 5oo p. environ. — Prix : le vol. 5 fr, (Œuvre intéressante bien que le deuxième volume ait été plus discuté.)

Et, du même auteur, l'ouvrage suivant, qui continue le précédent, mais qui a suscité des appréciations diverses et de vives polémiques :

L'Eglise de France sous la 3e République, 1878-1894. — Paris, Poussielgue, 1807-1910, 2 vol. in-8 de 667 et 620 p. — Prix : le vol. 5 fr.

Certes, le P. Lecanuet aurait pu apporter plus de sérénité dans une œuvre qui touchait à tant de questions délicates et qui fouillait tant de blessures vives. Assez sévèrement jugé par les Etudes, par l'Ami du Clergé, accueilli favorablement par la Revue du Clergé français, par le Correspondant, par le Bulletin de la Semaine, l'œuvre du P. Legapsuet doit être lue avec une certaine prudence.

Le P. Lecanuet, en effet, est excessivement sévère pour Pie IX, dont l'intransigeance, dans sa lutte contre le libéralisme, aurait — semble penser l'auteur, — amené des maux dont souffre l'Eglise de France. Des lecteurs non prévenus pourraient arguer de ces pages pour juger, par contre-coup, l'œuvre de Pie X. C'est pourquoi il convient de ne donner ce livre en lecture qu'à bon escient.

^w On aura avantage à consulter aussi l'ouvrage suivant :

Baunard (Mgr). — Le Cardinal Lavigerie. — Paris, Poussielgue, 8e mille, 2 vol. in-8 de xxiv-542 et 688 p. — Prix : 9 fr.

« S'il est l'évêque qui a le plus hautement demandé le ralliement « à la Constitution, il est aussi l'évêque qui, à la suite du Pape, a le « plus fortement proclamé le devoir de « combattre toute législation « oppressive de la conscience chrétienne » (p. ix).

L'Eglise de France après la Séparation.

Enfin, on voudra connaître la situation nouvelle que la loi de « Séparation » a imposée à l'Eglise de France. Ces événements sont encore trop près de nous pour qu'un exposé définitif ait pu en être fait. D'ailleurs, l'heure de l'historien n'a pas encore sonné, car chaque jour apporte des éléments nouveaux. On se contentera donc, après avoir lu le livre de Chénon, déjà cité, sur les Rapports de l'Eglise et de l'Etat en France du Ier au XXe siècle, des études, en quelque sorte provisoires, mais excellentes, qui ont été publiées sur ce sujet.

Guiraud (Jean). — La Séparation et les élections. — Paris, Lecoffre, 1905, in-12 de vin et 43o p. — Prix : 3 fr. 5o.

Cette étude, dont quelques pages se ressentent de l'approche des élections législatives de 1906, est la seule qui soit aussi riche en considérations historiques et sociales. L'auteur, historien très distingué, aujourd'hui directeur de la Revue des Questions historiques, a mis toutes les ressources de son érudition et de son beau talent à arracher à cette loi son masque de libéralisme et à la montrer telle qu'elle est, «avec les spoliations, les usurpations et les tyrannies qu'elle consacre ».

-vw Comme M. Guiraud ne conduit son étude que jusqu'en iç)oG,on la complétera par l'exposé très clair et très documenté paru dans les Guides d'action religieuse de 1908 et de 1909 et par le Livre blanc du Saint-Siège: la Séparation de l'Eglise et de l'Etat. — Paris, Bonne Presse, in-12 de 175 p. — o fr. 76. Sur la police des cultes, il faut consulter :

Lama rz elle (de) et Taudière. — Commentaire théorique et pratique de la loi du 9 décembre 1909. Paris, Pion, 1906, in-8 de 462 p. Prix : 3 fr 5o. — Et aussi de M. Taudière : le Commentaire de la loi du 13 avril 1908. Paris, Pedone. Prix : 2 fr. 80. — Et encore l'excellent Manuel des cultes, législation, jurisprudence, [par de Lanzac de Laborie]. Paris, collection Dalloz, 191 1, in-16 de 455 p. Prix : 5 fr. Lire aussi : Crouzil (Ab. Luc): Le Régime légal du culte catholique. Reims, Act. Populaire, 191 1, in-12 de 342 p. Prix : 4 fr.

Enfin, signalons à ceux qui désirent posséder, sur les questions de la législation cultuelle, des sources et des éléments de solide documentation, le volume qui vient de paraître:

Le Régime des cultes en France et à l'étranger. — Paris, Pichon, 1910, in-8 de 59 1 p., t. I (le t. II suivra). — Prix : 10 fr.

La Société de Législation comparée, dont la réputation est ancienne et qui a partout des correspondants, s'est attachée, depuis plusieurs années, à étudier le régime des cultes chez les divers peuples. C'est le résultat de cette enquête qu'elle a entrepris de publier. « Pareille mine de documents n'existe nulle autre part », affirme, dans sa Correspondance, le Comité catholique de la rue de Grenelle.

De l'avenir du Catholicisme en France.

On ne nous en voudra pas de mentionner maintenant quelques études qui concluent au recul momentané de l'idée chrétienne en France. Les auteurs recommandés plus haut ont assez dit l'avenir brillant réservé à l'Eglise universelle, pour qu'il nous soit permis de constater la crise traversée par l'Eglise de France et d'en rechercher les causes. Quand nous les connaîtrons, nous nous appliquerons avec une énergie plus consciente à développer l'esprit chrétien, car nous saurons que le goût des études, la sûreté de la doctrine, la puissance de l'organisation, la vigueur de la discipline, mais aussi l'esprit d'initiative, l'intensité de l'apostolat, le dévouement au bien public et la vivacité de la foi sont les principales conditions d'une renaissance chrétienne.

Le livre suivant nous apportera beaucoup de réconfort :

Broglie (Abbé de). — Le Présent et l'avenir du catholicisme en France, 2e édit. — Paris, Pion, 1906, in-18 de 277 p. — Prix: 3 fr.

Un sérieux travail de Taine, concluant à l'irrémédiable décadence de l'Eglise, fournit à l'abbé de Broglie l'occasion et le thème de son étude. On sait quel apologiste distingué fut l'abbé

deBroglie, qui apporta, dans ce travail, toutes ses qualités d'observateur pénétrant et de psychologue averti. S'il constate que la masse s'éloigne du catholicisme, il se console en remarquant que la foi devient l'apanage d'un groupe d'élite, qui préparera les victoires futures...

De la puissance de l'Eglise et de ses causes : la puissance indiscutable de l'Eglise reconnue par M. Taine.— Source de cette puissance. « Pourtant le monde, dit Taine, s'éloigne de l'Eglise parce qu'il n'en a plus besoin». D'abord est-il vrai que l'Eglise et l'Etat ne puissent vivre à côté l'un de l'autre ? — Y a-t-il opposition entre la Foi et la Science ? — Le monde inorganique jusqu'à l'apparition de la vie. Histoire du monde organique. Histoire de l'humanité. Est-ce vraiment pour l'homme que l'univers a été créé? L'apologétique doit évoluer et s'adapter à la science. La foi et la science peuvent s'entendre.

V Eglise n'est pas en décadence. — Il n'est pas vrai que l'Eglise soit en décadence parce que le nombre de ses vrais enfants diminue. — Le oTQupe restreint qu'il forme est peut-être un bien parce qu'il sera le levain qui régénérera le pays. — Nous serions sûrs de l'avenir si une secte anti-chrétienne ne s'était emparée de l'opinion. — L'action sociale de l'Eglise, -r- Le rôle de la jeunesse.

« Ne pouvons-nous espérer, nous qui avons porté le poids de l'é- « preuve, que ceux qui nous suivent seront plus heureux que nous, « qu'ils moissonneront dans la joie ce que nous avons semé dans les « larmes ? » (p. 272).

*~+ On trouvera également de bonnes pages, au milieu d'autres moins utiles, dans un livre plus récent :

Gayraud (Abbé). — La Crise de la Foi, 3« édit. — Paris, Bloud, 1904, in-16 de xm et 235 p. — Prix : 2 fr.

« La victoire de l'Eglise, dit l'auteur, sur le rationalisme athée et « le faux libéralisme moderne, sera le prix de nos luttes, la récupéra- « tion de nos efforts, le fruit de la libre discussion soutenue par nos « théologiens et nos exégètes et de l'action sociale du clergé. »

+~+ Enfin, M. Imbart de la Tour, en quelques lignes éloquentes, nous parle, lui aussi, des Conditions d'une renaissance politique et sociale en France, ZU édit. — Paris, Bloud, in-16 de 47 p. — prix ; o fr. 60. — Ces pages sont la reproduction, légèrement retouchée et très orthodoxe, d'une conférence faite à la Semaine sociale de Dijon. L'auteur résume ainsi les causes de notre faiblesse : i° les catholiques ont trop perdu le con-

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tact avec les masses et toute prise avec la vie sociale ; 20 notre religion est trop souvent un formalisme, et non un principe de pensée et de vie ; 3° il a manqué, en dernier lieu, au catholicisme français une direction intérieure et un gouvernement.

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