‹ Lo cléricalisme, questions d'éducation nationale avec une préface de A. AulardChapitre 19 sur 21 · QS · texte numérisé non relu

QS

Je partage là-dessus complètement les idées de M. Jules Roche, et je crois que les mesures qu'il propose de prendre sont à la fois justes et efficaces. Justes, parce que, tout en attribuant les biens des congrégations au service de Tinstruction publique, elles restituent aux donateurs et aux religieux les biens qu'ils ont apportés, et attribuent des rentes viagères aux moines et aux nonnes dont les couvents ont été supprimés. Efficaces, parce qu'elles évitent la faute commise récemment en Italie, où, suivant le témoignage du Français, « les ordres religieux se relèvent peu à peu de l'abattement où les avaient jetés les lois injustes de suppression et de spoliation ».

En résumé, les lois d'instruction, l'abolition de l'exemption du service militaire, la suppression des congrégations, telles sont les principales mesures législatives par lesquelles pourra être combattue l'influence politique de l'Église.

Il reste bien d'autres lois à faire, bien d'autres décrets et arrêtés à prendre, dont l'énumération serait trop longue, et qui se résument, du reste, dans la formule : « l'exécution stricte du Concordat ».

Leur résultat direct se ferait immédiatement sentir par la diminution de l'autorité et des privilèges de l'Église. Et l'on ne tarderait pas à constater un résultat indirect, mais non moins important.

La puissance actuelle de l'Église en ce pays tient pour une très grande part â l'habile étalage qu'elle a fait de sa force aux yeux de la classe hier encore dirigeante. Ce n'est point par crédulité que le bourgeois de 183Q a quitté Voltaire pour Nonotte, acheté un livre de messe, livré son fils aux jésuites, et bu de l'eau de Lourdes dans ses accès de goutte; c'est parce qu'il a cru que là était son intérêt et surtout celui des siens, parce qxxi l'Église lui a promis pour son fils un avancement rapide parce qu'elle lui a montré les gouvernements soumis e obéissants devant elle.

Que la politique des gouvernements change, non plus

seulement dans l'attitude et la mise en scène, et les réflexions de la classe qui fournit les fonctionnaires prendront un autre cours. La bourgeoisie finira par s'apercevoir qu'en réalité ce n'était pas l'Église qui la protégeait, mais elle dont la docilité faisait la force de l'Église.

Quand ce résultat sera obtenu, quand les lois que j'ai indiquées seront votées, quand l'éducation publique aura été modifiée par le jeu des institutions nouvelles, alors il sera possible, sans danger, de donner satisfaction complète aux principes, de décider légalement l'indépendance complète du domaine civil et du domaine religieux, de prononcer en un mot la séparation de l'Église et de l'État.

Plus tôt, il y aurait, à mon sens, grand péril pour la République et la libre pensée.

Et cependant, si les gouvernements et les Chambres refusaient d'entreprendre résolument, à l'abri du pacte concordataire, l'œuvre législative et administrative dont j'ai esquissé les principaux traits; si l'Église devait continuer à augmenter sa puissance à la fois par les moyens que lui accorde et par ceux que lui refuse le Concordat, j'avoue que, le terrain du combat devenant chaque jour plus mauvais, je préférerais la lutte ouverte avec toutes ses chances et ses dangers, et que je me rallierais aux partisans de la séparation immédiate.

L'Eglise et la liberté >.

Messieurs, nous vivons, nous avons le bonheur de le dire, dans un temps où Ton entend beaucoup parler de liberté. Les républicains ont le droit de le faire, car ils peuvent montrer avec orgueil ce grand mot écrit sur leur bannière depuis les merveilleux jours de 1789. Car ils peuvent prouver que cette grande idée a inspiré tous leurs actes, a dicté toutes leurs lois, dirigé toute leur conduite. Ils peuvent montrer le sang qu'ils ont répandu à chaque retour des réactions triomphantes.

D'autres que les républicains, il est vrai, se sont emparés de ce mot.

On les voit se plaindre qu'on leur ait enlevé la liberté de l'enseignement, la liberté du père de famille ; et il y a quelques jours, dans une réunion tenue par nos adver. saires, un orateur s'écriait < qu'il fallait maintenant défendre la liberté des temples, des foyers, des enfants ».

11 m'a semblé qu'au lendemain de ces exagérations, qui, je dois le dire, n'ont pas causé la moindre émotion dans la nation, il était bon d'établir ce que ceux qui nous combattent entendent par ce mot de liberté.

J'ai coutume, messieurs, et mes adversaires m'ont fait l'honneur de le reconnaître, de parler clairement et d'exprimer toute ma pensée sans ambages, sans détours.

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