‹ Localisation de l'arbutoside (Arbutine) dans la Gesse Noire: Applications de la MicrosublimationChapitre 11 sur 38 · PROPRIÉTÉS THÉRAPEUTIQUES DE L’ARBUTOSIDE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS THÉRAPEUTIQUES DE L’ARBUTOSIDE

L’arbutoside est un hétéroside qui se dédouble sous l’action de la glucosidase $ de l’émulsine, en donnant du glucose et de l’hydroquinol. L'action thérapeutique de l’arbutoside paraît due à un dédoublement analogue dans l’organisme; on a en effet nettement démontré, après absorption de ce corps, la présence de l’hydroquinol dans l’urine qui. à l’air, se colore rapidement en vert et devient brune dès que sa réaction acide est devenue alcaline. On sait aussi que d’autres ferments peuvent, comme l’émulsine, provoquer ce dédoublement.

Les propriétés antiseptiques et antifermentescibles de l’hydroquinol sont connues, et on ne saurait s’étonner qu'après l’absorption de l’arbutoside, une urine brune résiste à la putréfaction.

Comment agit et se comporte l’hétéroside dans l’organisme? C’est ce que nous allons examiner.

Comportement de l’arbutoside dans l’organisme vivant.

R. Bass [1], en 1912, étudia le dédoublement des glucosides dans l’organisme animal et dans certains organes détachés, en se basant sur l’hypothèse de l’existence de rapports génétiques entre les glucosides et les acides glycuroniques combinés [1lal. Pour cela, il observa la façon dont se comportaient l’homme d’une part, l’animal (lapin) d’autre part, après absorption d’arbutoside.

De plus, il expérimenta in vitro le comportement de l’arbutoside après digestion pendant 1 à 3 jours au sein de différents organes animaux et humains (foie, pancréas, reins, sérum, muqueuse d’intestin grêle, glande salivaire, rate, etc.). |

Les essais in vivo ont montré dans l’urine, après ingestion par voie buccale de fortes doses d’arbutoside. (1,5 à 2 gr. par kilogramme de lapin), la présence d’hydroquinol et l’absence d’hétéroside. Par voie souscutanée, 0,4 gr. du glucide par kilogr. donnent déjà, chez le lapin, de l’arbutoside en nature dans l’urine. Chez le chien, la tolérance en cas d’injection souscutanée est d'environ la moitié de ce chiffre.

Si les doses de glucide ingéré par la voie buccale sont plus faibles que celles indiquées plus haut, l’hydroquinol se retrouve alors dans l’urine combiné à l'acide sulfurique et à l’acide glycuronique. A l’emploi d’arbutoside cristallisé, on peut substituer la décoction de feuilles de Raisin d’Ours [44], feuilles qui renferment environ 4 % d’arbutoside. L’action antiseptique

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exercée par l’hydroquinol sur l’urine est la même dans les deux procédés, mais tandis que l’hydroquinol directement administré peut amener des phénomènes secondaires assez inquiétants (tels que des éblouissements, bourdonnements d’oreille, oppression, pouls lent et faible, frissons, cyanose), l’arbutoside employé à l’intérieur n’a pas ces inconvénients. Il se dédouble, en effet, en glucose et hydroquinol; toutefois le pouvoir toxique du phénol est annihilé par suite de la neutralisation du produit sous forme de sulfocomposé. Cette combinaison du phénol se fait plus vite que la mise en liberté in vivo de l’hydroquinol par dédoublement de l’hétéroside; ainsi ne pouvons-nous avoir de concentration toxique d’hydroquinol dans le sang.

L’ingestion comparée d’arbutoside et d’une quantité correspondante d’hydroquinol montre dans l’urine la même proportion de glycuronate d’hydroquinol. Ceci infirme la théorie d’après laquelle les hétérosides seraient les premiers termes de combinaison des acides glycuroniques, et semble plutôt montrer que l’hydroquinol se combine directement avec l’acide glycuronique sans que les processus de formation et d’oxydation dans l’organisme soïent subordonnés l’un à l’autre et simultanés.

Dédoublement de l’arbutoside dans divers organes détachés et broyés (in vitro).

R. Bass [1] a cherché une explication du dédoublement de l’hétéroside dans la détermination quantitative du pouvoir de dédoublement fermentatif d'organes isolés et broyés.

Pour cela, il mit en contact — à une température de 38° — une solution de l’hétéroside sous toluol, avec une poudre faite de différents organes desséchés à basse température. Au bout d’un certain temps, il détermina (par une méthode que nous décrirons plus loin) la quantité d’hydroquinol libérée. Il put constater ainsi que le foie et les reins du lapin, du chat, du porc (mais pas les organes correspondants du chien) ont le pouvoir de dédoubler jusqu’à 50 % de l’arbutoside; ce dédoublement est spécifiquement organique.

Les acides glycuroniques combinés à l’état de glycuronate de menthol, glycuronate d’hydroquinol, sont attaqués aussi, quoique plus faiblement, par le foie et les reins des animaux les plus divers. Ces acides furent extraits de l’urine de lapins ayant reçu de l’hydroquinol.

Le pouvoir de décomposition dont il vient d’être question est indépendant du dédoublement simultané de l’hétéroside, ainsi que de l’espèce animale soumise à l'expérience; il se manifeste d’une manière indépendante et spécifique.

Il a été découvert également dans les organes des ferments indépendants qui agissent sur les acides glycuroniques combinés; aussi est-il vraisemblable qu’il se produit dans l’organisme une décomposition des acides glycuroniques combinés, symétrique de leur formation.

Toxicologie de l’arbutoside.

M. Ivanoff a démontré l’action inhibitrice de l’arbutoside sur la respiration des plantes [15]. L’hétéroside n’est pas toxique chez l’homme; il l’est chez certains animaux.

Des chats ayant absorbé un gramme d’arbutoside sont morts en dix heures, alors que des lapins ont reçu la même dose sans effet.

Par contre, l’absorption de 0,2 gr. d’hydroquinol a déterminé au bout d’une heure des convulsions, puis la mort de plusieurs chats. L’ingestion de 0,1 gr. les a tués en huit heures, alors que des lapins absorbaient impunément 0,05 à 0,1 gr. du phénol.

En analysant les viscères des animaux morts, on a décelé la présence d’hydroquinol dans le sang, l’urine, le foie, les reins, le cerveau, etc., mais on n’en a trouvé ni dans les muscles, ni dans les matières fécales.

L’excrétion de l’hydroquinol, comme celle de l’arbutoside (ingéré par voie buccale), est terminée au bout de 15 heures. Elle se fait dans les deux cas sous forme d’hydroquinol; cependant, dans le cas d’ingestion massive d’arbutoside par voie sous-cutanée, on peut retrouver dans l’urine de l’hétéroside inaltéré.

Détermination de l’arbutoside dans une urine. [19 a] LAURENTZ.

On mélange l’urine avec de l’acide sulfureux, puis on agite avec de l’éther acétique (le chloroforme et l’éther donnent des résultats plus incertains et l’éther de pétrole, lui, ne dissout pas l’arbutoside). On peut déceler alors, dans le produit d’évaporation du solvant, l’arbutoside cherché, par ses réactions caractéristiques décrites au cours de ce travail (voir page 33).

Dosage de l’arbutoside dans l’urine.

L’urine neutralisée est précipitée complètement par

l’acétate de plomb basique (éviter un excès). On ajoute au filtrat un peu d’ammoniaque, puis de nouveau de l’acétate de plomb, jusqu’à précipitation complète. Le précipité est lavé à l’eau ammoniacale et décomposé par l’hydrogène sulfuré. Le filtrat de sulfure de plomb est porté à l’ébullition pendant une heure avec de l’acide sulfurique à 15 %, neutralisé par du carbonate de baryum, évaporé jusqu’à réaction faiblement acide et traité enfin dans le tube à fermentation étalonné. On réussit ainsi à déceler et à doser dans l'urine 0 gr. 35 d’arbutoside par litre. L’acide glycuronique existant en même temps augmente les résultats. Si l’urine contient du glucose venant de la décomposition de l’acide glycuronique, traiter d’abord la liqueur avec de la levure.

Caractérisation de l’hydroquinol dans l'urine.

L’urine, acidifiée par l’acide sulfurique, est ensuite traitée par l’éther acétique. On évapore. Sur les résidus d’évaporation on fait les réactions d'identification du produit. |

L’urine analysée avait été émise 12 heures après l'absorption de 0,1 gr. d’hydroquinol. Le réactif de Froehde a donné faiblement sa coloration violette. En augmentant la dose à 0,15 gr., l’on obtint la réaction du perchlorure de fer, réaction verte, et celle du nitrate

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